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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Europe : c'est la faute aux « lobbies » ! Ben voyons !

9 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Union européenne, #Politique, #Activisme

Europe : c'est la faute aux « lobbies » ! Ben voyons !

 

À quoi joue Marianne ?

 

 

Avant d'entrer dans le vif du sujet – une critique de « Comment les lobbies dévorent l'Europe » publié par Marianne dans son numéro du 3 au 9 mai 2019 –, musardons brièvement...

 

Pour qui s'intéresse aux affaires européennes, le site Votewatch est incontournable. Une de ses dernières publications, « Top 100 most influential EU Parliamentarians », a recensé les 100 eurodéputés les plus influents. Il précise :

 

« Ce n'est pas une évaluation du meilleur et du pire, ni du bon et du mauvais. Le "bon" et le "mauvais" sont essentiellement une question de perspective, en fonction des opinions et des intérêts politiques de chacun. "Influence", cependant, est un terme neutre dans ce contexte, indiquant le niveau de pouvoir dont dispose un eurodéputé pour faire avancer les choses. »

 

Bilan pour la France ? Au mieux « pas terrible ». Aucun Français dans les 15 premiers.

 

 

 

 

La première au classement (Mme Pervenche Berès, qui ne se représente pas) arrive 24e avec un score juste au niveau de la moyenne.

 

 

 

 

Et pour la prochaine législature ? Trente-trois (33) listes viennent d'être déposées pour les élections de la fin du mois ! Combien ont le Parlement Européen et la représentation constructive des intérêts de la France dans cette institution en ligne de mire ? Et combien parmi celles et ceux qui seront élus œuvreront en coopération avec d'autres pour faire avancer l'Europe ? Ou pour la faire reculer (sachant qu'ici aussi « avancer » et « reculer » sont une question de perspective, que siéger dans l'opposition c'est se condamner à une quasi-impuissance et inexistence, et qu'une grande partie des élus seront nouveaux et inexpérimentés) ?

 

C'est ici qu'intervient cet article de Marianne, un hebdomadaire dont la ligne éditoriale interroge souvent au regard des fondements mêmes de la démocratie. Car, en l'occurrence, quel était l'objectif, à trois semaines du scrutin, d'un article qui prétend que l'Europe est « dévorée » par les lobbies ? En chapô :

 

« Les représentants d'intérêts privés sont omniprésents dans la bulle européenne. Grâce à des pratiques tantôt ultra-agressives, tantôt retorses, ces lobbies ont réussi à enterrer de nombreuses réformes ces cinq dernières années. »

 

Il était difficile de faire mieux (ou pire) pour susciter le rejet de l'Europe, ou du moins d'une certaine idée européenne, et d'inciter implicitement à voter pour les extrêmes. Ce n'est pas la première fois que Marianne se révèle ainsi toxique.

 

 

(Source)

 

 

Mais tout n'est pas à rejeter dans cet article.

 

Comme souvent, nous avons droit à une démonstration par les anecdotes.

 

 

(Source)

 

 

Et les lobbies de l'altermonde (et des intérêts dissimulés) ?

 

Comme souvent aussi, dans ce genre de « littérature », il ne sera guère question des lobbies de l'altermonde et de leurs méthodes qui, question déontologie et éthique, sont à des années-lumière des pratiques qui s'imposent aux représentants d'intérêts économiques clairement annoncés, et que ces intérêts s'imposent, du moins dans la majorité des cas.

 

Au détour du texte, on rencontre un certain Daniel Guéguen, que nous avons déjà évoqué sur ce site et qui tient un blog intéressant. Il évoque le pouvoir des ONG, mais attention... c'est un « défenseur du géant allemand Bayer, de l'agroalimentaire notamment » et il « se plaint de la montée en puissance d'un "principe de précaution" qui s'opposerait au "principe d'innovation" ». Voilà comment sa parole est subtilement dévalorisée...

 

Marianne écrit :

 

« Pour certains lobbyistes, pourtant, leur corporation connaîtrait actuellement une crise. Daniel Guéguen, dirigeant du cabinet EPPA, actif dans l'écosystème européen depuis quarante ans, est de ceux-là. Ce sexagénaire madré, défenseur affiché d'un lobbying "réglo", sans dîners et sans complicités malsaines, estime que la concurrence nouvelle des ONG ringardise totalement les représentants d'intérêts classiques : "La force des ONG, c'est que leur message est simple à expliquer à l'opinion puisqu'il est souvent manichéen. Face à ça, les représentants d'intérêts ont du mal à s'adapter, ils sont encore dans le vieux monde, ne maîtrisent pas les nouveaux codes.»

 

En fait, ils ne les maîtriseront pas car, contrairement aux « ONG » – les fonds de commerce qui roulent pour eux-mêmes ou pour des donneurs d'ordre occultes –, ils ne peuvent pas se permettre d'outrageux mensonges et de grossières manipulations, et ne bénéficient pas de la complaisance médiatique.

 

À preuve, Marianne cite le Corporate Europe Observatory – largement financé par la très opaque Isvara Foundation, et dont une des anciennes collaboratrices sévit maintenant au Monde... – et l'infox d'« un prestataire de là société Monsanto [qui] a ainsi créé des groupes de faux agriculteurs dans au moins sept pays. »

 

 

 

 

Le fantasme de la force de frappe financière

 

Un autre fantasme journalistique est servi au lecteur : la force de frappe financière des « lobbies » des intérêts économiques, « dont les dépenses sont plus de deux fois plus élevées ».

 

Ne serait-ce pas là, au contraire, la démonstration de l'importance du lobbyisme alter et anti ?

 

De toute manière, l'efficacité des opérations de relations publiques ne se mesure pas en euros mais, par exemple, en simplicité du message manichéen, amplification par les réseaux sociaux, complicités médiatiques, etc. Ainsi, que valent les 950.000 euros – tout compris – dépensés par la Coca Cola Company selon le registre de transparence européen (à titre de comparaison, Corporate Europe Observatory déclare en comparaison un budget total de 800.000 euros, évidemment entièrement consacré au lobbying, et 200.000 de « coûts annuels liés aux activités couvertes par le registre) – face à deux articles de Mme Stéphane Horel (ancienne collaboratrice du CEO) dans le Monde, « Enquête sur la science sous influence des millions de Coca-Cola » et « Comment Coca-Cola a bafoué ses promesses de transparence dans les contrats de recherche » ?

 

 

(Source)

 

 

Un ex-syndicaliste qui ne semble pas intéressé par la compétitivité de l'industrie européenne

 

Voici donc, pour la première anecdote, M. Édouard Martin, ex-syndicaliste d'ArcelorMittal, qui a déposé une proposition d'amendement à un texte non spécifié mais qui porte, prétendument, sur le « droit à polluer dans l'Union Européenne ». Il décide de se rendre à une « réunion dite "d'information" » de la fédération des cimentiers européens. La suite :

 

« Il veut connaître les arguments de ce lobby, opposé à son texte. Arrivé devant la porte restée entrouverte, il entend un des représentants d'intérêts... évoquer son projet :"L'amendement Martin, il ne faut pas le voter ou on perdra notre compétitivité. On serait obligé de fermer un certain nombre d'usines, de délocaliser en Asie, au Maghreb." Piqué au vif, l'élu rentre et découvre de nombreux collègues députés de la commission Industrie, qui écoutent le lobbyiste. La semaine suivante, la proposition Martin est enterrée par un vote auquel participent ces mêmes parlementaires. »

 

Message implicite : le « lobbyiste » claque du doigt... les eurodéputés (enfin les autres...) s'exécutent. C'est un histoire un peu simpliste, sinon simplette. Une porte entrouverte ? Une arrivée juste à temps ? En quelle langue parlait le « lobbyiste » ?

 

Si non è vero, è ben trovato... »

 

En tout cas, cette « anecdote » illustre un mal bien français, que j'ai pu observer au cours de mes années à Bruxelles : l'absence des eurodéputés français et de leurs assistants des forums où s'échangent les informations et peuvent se forger les opinions.

 

Marianne a beau avoir mis en pavé une déclaration de M. Michel Cantin, député LR :

 

« Le vrai enjeu est de ne pas être un photocopieur, mais d'être capable de digérer et de critiquer l'information qui est transmise. »

 

Mme Pervenche Berès fait écho en fin d'article :

 

« Ceux qui cèdent aux lobbies, c'est parce qu'ils le veulent bien. Personne n'a le couteau sous la gorge [les représentants d'intérêts] peuvent parfois développer de bons arguments. »

 

Mais le thème général de l'article, c'est par exemple « 15 lobbyistes pour 1 élu »... Greenpeace European Unit (budget global 1,8millions d'euros) a douze porteurs de cartes d'accréditation permettant d'accéder aux bâtiments du Parlement européen ; Friends of the Earth Europe (budget global 3,5 millions d'euros, dont 2,3 de financement public, dont 1,5 de l'Union Européenne), 11 ... Mais cela n'intéresse pas Marianne.

 

 

L'incontournable oracle Michèle Rivasi

 

Voici Mme Michèle Rivasi... on ne présente plus :

 

« Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts depuis 2009, a remarqué que les groupements professionnels aiment se rendre aux commissions spécialisées du Parlement européen, pour se faire un avis sur ses membres : "Ils notent la tonalité des interventions des députés et vont ensuite les rencontrer un par un, en adaptant leur discours." En 2013, le géant du tabac Philip Morris a reconnu avoir fiché les parlementaires européens, notamment les Français, selon leur proximité avec les cigarettiers. »

 

Le lecteur lambda de Marianne comprendra-t-il que connaître ses interlocuteurs fait partie du b-a-ba de la communication et des relations publiques ?

 

Et pourquoi, Marianne, ce sophisme du déshonneur par association ?

 

 

 

 

Ah, les « propositions d'amendements clés en main »...

 

Les eurodéputés seraient ainsi fichés. Il y a les infréquentables (ben oui...), et les autres :

 

« A l'inverse, les élus réputés les plus ouverts peuvent se voir proposer une collaboration plus poussée,matérialisée par... des propositions d'amendements clés en main. »

 

Il va de soi (ironie) que ces pratiques sont inconnues des députés de gauche ou « verts » qui contribuent à la formation des textes sortant du Parlement Européen...

 

Et, comme on le sait par des événements particuliers, ces mêmes députés sont d'une blancheur et candeur virginales (ironie)...

 

Pas de tentative de Mme Michèle Rivasi, par exemple, de faire projeter le brûlot anti-vaccins Vaxxed au Parlement Européen. Pas de conférence de presse au Parlement Europée, sous la houlette de Mme Corinne Lepage, permettant à M. Gilles-Éric Séralini de propager une théorie du complot après le retrait de son article de Food & Chemical Toxicology, le 28 novembre 2013... Pas non plus de réunions donnant la parole aux anti-glyphosate et anti-Monsanto, qu'elles soient officielles mais avec un ordre du jour dont l'origine est évidente ou officieuses et sponsorisées par exemple par M. Pavel Poc... Pas de réunion secrète à Berlin pour coordonner les attaques contre l'industrie chimique et l'agriculture conventionnelle...

 

 

 

 

En fait, le Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne et les francs-tireurs style Éric Andrieu, Guillaume Balas, Marc Tarabella et autre Pavel Poc, s'agissant du glyphosate, vivent une sorte de symbiose avec le monde des « ONG ».

 

 
L'aveuglement journalistique sur le glyphosate

 

La saga du glyphosate ne pouvait évidemment pas être ignorée. Nous avons déjà eu une bribe ci-dessus à propos des prétendus « groupes de faux agriculteurs ». Mais voici mieux, à propos du classement du glyphosate en « probablement cancérogène » par le CIRC – inévitablement attribué à l'OMS :

 

« ...le point de vue des véritables associations n'a pas pesé bien lourd face à la puissance de feu de Bayer-Monsanto. »

 

Quelle blague ! La réhomologation du glyphosate, originellement proposée pour les 15 ans justifiés par la solidité du dossier et les procédures normales, n'a été arrachée que pour cinq ans... C'est sans compter les effets collatéraux, notamment sur les procédures d'autorisation de l'Union Européenne et le fonctionnement de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).

 

La « blague » se poursuit :

 

« Cette étude [préparatoire] a été réalisée par l'agence sanitaire allemande, soit... le pays de Bayer, propriétaire de Monsanto producteur du glyphosate. »

 

Sauf que la décision de confier l'étude à l'Allemagne (et à la Slovaquie) a été prise – et le rapport préliminaire, établi – bien avant l'acquisition de Monsanto par Bayer. Et, incidemment, que le glyphosate est tombé dans le domaine public.

 

Qu'importe. Cela débouche sur une perle :

 

« "Il faudrait éviter de confier à un pays qui a un lien avec une industrie l'analyse et l'expertise de ce secteur", commente, stupéfait, le député écologiste Pascal Durand, qui a récemment rejoint la liste LREM. »

 

Oui, évitons de confier l'analyse et l'expertise aux pays qui disposent de l'expertise... Nous attendons aussi du transfuge Pascal Durand qu'il s'investisse pour retirer à la France la nouvelle procédure concernant le glyphosate car – outre notre énorme conflit d'intérêts issus d'un caprice macronien – nous n'avons pas encore complètement démantelé notre industrie agrochimique en France.

 

 

Le très « courtisé » Éric Andrieu

 

Nous avons déjà narré les prétendues mésaventures de M. Éric Andrieu dans « Vous êtes pathétique, M. Éric Andrieu ! Et vous aussi, M. Stéphane Foucart ! » La belle histoire du preux chevalier anti-glyphosate est déroulée sans recul ni esprit critique. Ainsi :

 

« ...le PS Eric Andrieu a connu sur ce même dossier une drôle d'expérience. Par le biais d'un cabinet de lobbying, la firme Bayer lui envoie d'abord un courrier de demande de rendez-vous, puis un deuxième. Refus. A quelques jours de la remise de son rapport, le parlementaire fait l'objet de tentatives de déstabilisation, sans pouvoir remonter la piste de leur commanditaire. »

 

Le très courageux président de la Commission PEST refuse de rencontrer Bayer... L'industrie, voilà l'ennemi...

 

Et, franchement, qui peut croire qu'il y ait eu des « tentatives de déstabilisation » alors que le rapport était finalisé ? Du reste, ses co-auteurs étaient en fait M. Norbert Linz (EPP, CDU allemande) et M. Bart Staes (Verts, Groen belge)... Et ce dernier a déclaré n'avoir fait l'objet d'aucune pression…

 

 

« Un piratage ? "Je n'ai pas de preuves. Mais tout cela suscite un climat anxiogène. C'est une technique typique d'intimidation », raconte Eric Andrieu à Marianne. » Pourquoi, alors, Marianne, avoir reproduit des allégations sans preuves ?

 

 

« Les Allemands, lobbyistes hors pair »

 

C'est un encadré en fin d'article. Et il peut se résumer en une phrase :

 

«...nos voisins d'outre-Rhin savent faire l'union sacrée pour défendre leurs intérêts économiques. »

 

Le contingent d'eurodéputés que nous enverrons à Bruxelles et Strasbourg assimilera-il – non pas la notion d'« union sacrée », ne rêvons pas ! – mais simplement celle d'« intérêts économiques » ?

 

Ne rêvons pas non plus... Marianne a mis en pavé une forte déclaration de Mme Michèle Rivasi, certaine, sauf miracle, d'être réélue :

 

« dès qu'on veut réformer leur secteur, les lobbies parlent de compétitivité et de suppression d'emplois. C'est automatique. »

 

Difficile de mieux afficher son mépris pour les intérêts économiques... Sauf, peut-être, se vanter comme M. Éric Andrieu, autre candidat à la réélection, de refuser de rencontrer des représentants de l'industrie...

 

Quant à ces gens qui concourent sous la bannière « Renaissance » – la République en Marche et consorts – il nous a été donné un tract énonçant huit actions pour « reprendre en main le destin de l'Europe ». Car, cela vous a peut-être échappé, ce destin nous a échappé... En première position, « Faire de l'Europe une puissance verte » ; en deuxième, seulement, « Faire de l'Europe une puissance industrielle ».

 

Par « puissance verte » il faut évidemment entendre « écolo ». En deuxième position sous ce titre :

 

« Atteindre le "0 carbone" en 2050 et diviser par 2 l'usage des pesticides en Europe, d'ici 2025. »

 

 

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M
Libération si met aussi, avec un article qui plébiscite le principe de précaution et s'en prend à ceux qui voudrait une évaluation par les risques. Avec des références comme Pesticide Action Network et Eric Andrieu et même une allusion au Monsanto Papers.<br /> https://www.liberation.fr/planete/2019/05/09/comment-la-commission-europeenne-a-tente-d-affaiblir-la-protection-contre-les-pesticides_1725702
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et le lien.<br /> <br /> C'est en effet édifiant.<br /> <br /> Il faudrait aussi interdire l'eau… danger au-dessus de quatre litres en moins de deux heures me semble-t-il.