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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Monsanto et le Parisien : aux racines du soupçon, il y a le soupçon, la mauvaise foi et plus encore (5)

2 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Monsanto et le Parisien : aux racines du soupçon, il y a le soupçon, la mauvaise foi et plus encore (5)

 

à propos de « Monsanto et ses "trolls" : aux racines du soupçon »

 

 

Connaissez-vous la loi de Brandolini ? Énoncée pour la première fois en 2013 par un informaticien italien, elle stipule que la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter une idiotie est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour la produire (petit article ici).

 

Il faut bien sûr donner un sens large à « idiotie » ; cela peut inclure les soupçons.

 

La preuve par « Monsanto et ses "trolls" : aux racines du soupçon » publié par le Parisien le 20 avril 2019 et ses deux paragraphes sur Agriculture et Liberté, un « groupe d’agriculteurs français » – les guillemets sont dans l'original et dénotent une ironie, une mise en doute. Résultat ici : quatre pages...

 

 

Le groupe « Agriculture et Liberté » : Greenpeace au secours du soupçon...

 

Le Parisien écrit :

 

« Mais en octobre 2018, Greenpeace a révélé qu’Agriculture et Liberté, un "groupe d’agriculteurs français" réuni autour d’un site Internet et un compte Twitter, avait été créé par une autre entreprise de consulting, basée en Irlande, Red Flag, à laquelle Monsanto a facturé entre 100 000 et 200 000 dollars de services en 2017. [...] »

 

C'est superbement amalgamé...

 

Greenpeace, c'est en fait Unearthed, sa succursale britannique qui fonctionne comme une agence de presse. Si cela avait été du lourd, l'« information » aurait été reprise sur les sites des diverses succursales nationales et aurait fait l'objet d'une vaste campagne médiatique... Elle n'a été reprise que par quelques médias amis, complaisants ou avides de sensationnalisme et d'audimat. Mais cela suffit pour créer le « soupçon »... et l'entretenir.

 

Red Flag est une entreprise internationale de consultance ayant son siège à Dublin et spécialisée, dit-elle, dans la communication stratégique, les relations avec les gouvernements, la gestion de crise et la participation aux affaires réglementaires. Monsanto est/a été un de ses clients pour un montant dans la fourchette indiquée ci-dessus, selon le registre de transparence de l'Union Européenne.

 

Unearthed met également en lien un site qui partage l'expérience de deux hôtesses de stand intérimaires ayant travaillé pour Red Flag à la foire de la jardinerie et de l'artisanat de Munich de mars 2017. C'est assez flou. L'une dit qu'elle avait pour mission de demander aux gens ce qu'ils pensaient du glyphosate et de les informer (!), les « clients » pouvant remplir un formulaire de contact « pour s'engager davantage » ; l'autre dit avoir distribué des supports d'information et collecté des signatures (pour quoi, mystère...).

 

Cela correspond assez bien à ce qu'a/aurait répondu le patron de Red Flag à Greenpeace selon le Parisien :

 

« […] Interrogé par Greenpeace, le patron de Red Flag affirme que sa société fournit "des informations factuelles sur la science autour du glyphosate" aux agriculteurs et aux autres personnes qui désirent être informées et s’exprimer sur ce sujet. […] »

 

 

Quand c'est flou, il y a un loup

 

On est ici dans le journalisme d'investigation de seconde main. Mais Agriculture et Liberté a-t-il été créé par Red Flag ? Greenpeace est très flou sur le sujet :

 

« La référence au soutien de l’industrie à Agriculture et Liberté figure dans un point au bas de son site Web. [ma note : « Nous sommes soutenus par une coalition d’utilisateurs et fabricants de produits agricoles »]

 

Mais il n’est fait aucune mention de Red Flag – ni de financement par l'industrie – sur le compte Twitter du groupe, qui se décrit comme "un groupe d’agriculteurs français qui se sont unis pour protéger notre mode de vie et nos moyens de subsistance", ni dans la couverture de presse [ma note : il s'agit d'un article sans lien organique avec Agriculture et Liberté qui n'y est mentionné que comme une source de propos].

 

Unearthed a identifié des entités similaires dans six autres pays de l’UE qui semblent être des marque locales de la campagne "liberté de cultiver" de Red Flag.

 

Ces entités – qui sont souvent enregistrées à l’adresse de Red Flag à Dublin et à un compte de messagerie appartenant à un membre du personnel de Lincoln Strategy – sont apparues ou doivent apparaître à 33 événements depuis le début de 2017.

 

Brophy [le patron de Red Flag] a dit à Unearthed qu'il "ne reconnaît pas un certain nombre de groupes dont vous semblez parler", mais a refusé de développer. Il n’y a eu aucune tentative de dissimuler l’implication de Red Flag ou de Lincoln Strategy, a-t-il déclaré. »

 

Le « journalisme d'insinuation » (et les manipulations de Greenpeace) dans toute sa splendeur ! Six autres ? Pas de liens... Nous n'avons rien trouvé en anglais et en allemand. Quand on cherche la « libertà di coltivare » italienne, on tombe sur un site qui promeut la culture du cannabis...

 

Mais il y a effectivement eu des stands de Red Flag dans diverses manifestations agricoles sous une bannière appelant à la liberté de cultiver, avec collecte de signatures (à Munich comme mentionné et par exemple aux Pays-Bas)... une opération de relations publiques branquignolesque de plus, apparemment censée contrer la vaste campagne de signatures « Stop Glyphosate ».

 

The Independent – dans un article qui fleure bon le journalisme d'insinuation voire de diffamation dès le titre, « PR company accused of using 'tobacco lobbyist tactics' to promote weedkiller linked to cancer » (une entreprise de relations publiques accusée d'utiliser des "tactiques de lobbyisme du tabac" pour promouvoir un herbicide lié au cancer) – rapporte qu'un stand de Red Flag sur une foire, non identifiée, aurait été financé par Monsanto et trois autres fabricants.

 

Mais cela n'a pas empêché Unearthed (Greenpeace) de pérorer avec le concours de Mme Carey Gillam...l'USRTK... le monde est petit... :

 

« "Monsanto souhaite que cela apparaisse comme si les agriculteurs se prononçaient de manière indépendante pour soutenir le maintien de l'utilisation de ce produit chimique, alors qu'en réalité, ces groupes d '" agriculteurs "ne sont en fait que des pions dans une campagne de relations publiques élaborée par ses agents de propagande embauchés," a déclaré Carey Gillam, journaliste d'investigation et auteur de Whitewash, qui décrit l'histoire de Monsanto et la montée en puissance des herbicides à base de glyphosate. »

 

Voilà comment se crée le soupçon. Mais, d'un autre côté, le site d'« Agriculture et Liberté » est peu disert...

 

 

Un site de faux agriculteurs ?

 

Résumons donc les deux paragraphes du Parisien pour démonter leur mécanisme – rappel : il est question de « trolls » de Monsanto et de soupçons : Greenpeace a « révélé » qu'un « groupe d’agriculteurs français » – les guillemets sont du Parisien et dénotent une suspicion – a été créé par une entreprise de communication ayant Monsanto pour client. Le patron de l'entreprise tient des propos évasifs.

 

Et le Parisien conclut :

 

« Depuis ces révélations, le site d’Agriculture et Liberté a publié la liste de cent agriculteurs revendiquant leur appartenance au groupe. »

 

C'est un peu court ! Et – fort opportunément – il n'y a pas de lien. Car sous le titre « Nous ne sommes pas des fantômes », les signataires – M. Denis Fumery, agriculteur dans les Yvelines et DumDum #Nerienlaisserpasser sur Twitter – ont interpellé les médias pour, en fait, démonter une infox.

 

Dans la confraternité des journalistes, on ferme les yeux sur les turpitudes des confrères...

 

 

Terre-Net fait du « Stop Fake News » en vain

 

Car turpitudes il y a !

 

L'infox est partie le 17 octobre 2018 de RMC et M. Jean-Jacques Bourdin et Mme Marie Dupin – « Glyphosate: Monsanto a créé et financé des groupes de "fermiers fantômes" en Europe ». Le journalisme panurgique et de sensationnalisme a relayé sans recul ni esprit critique Unearthed et The Independent.

 

Fast forward : Terre-Net révélera que M. Karl Brophy, le patron de Red Flag avait « fourni à Marie Dupin de RMC des explications complètes et claires sur nos activités qu’elle a décidé d’ignorer » et que ses activités sont soutenues par « (par ordre alphabétique) Albaugh, Barclay Chemicals, Monsanto et NuFarm ».

 

 

 

 

Elle est relayée le jour même par l'Obs, mais avec un conditionnel journalistique de prudence dans le titre, les journalistes s'étant mis à deux pour réaliser cette prouesse.

 

 

 

 

Le 19 octobre 2018, Terre-Net publie : « Un agriculteur bien réel d'"Agriculture et liberté" témoigne ». Extrait :

 

« Sur le fond, que ce soit Monsanto ou une autre entreprise, que ce soit sur le glyphosate ou tout autre sujet, la question essentielle n’est pas là. Le débat ici n’est pas d’être "pour" ou "contre" le glyphosate – le sujet est plus complexe qu’une simple question binaire. Ce groupe en question, «"Agriculture et liberté" est-il un "faux groupe d’agriculteurs", ce qui sous-entendrait qu’il y ait une sorte d’usurpation d’identité collective d’une profession ?

 

Pour y répondre, finalement rien de plus simple ! La rédaction de Terre-net a adressé un mail, via le site web, à "Agriculture et liberté" et a demandé à être mis en relation avec un agriculteur du groupe. Deux heures plus tard, un agriculteur, un vrai, nous a rappelé.

 

Cet agriculteur, c’est Denis Fumery. Agriculteur dans le Val-d’Oise, Denis Fumery s’attache depuis des années à communiquer et parler de la réalité de son métier. Il le confirme : "Il n’y a pas de faux agriculteurs ou d’'agriculteurs fantômes' dans ce collectif Agriculture et liberté ! »

 

C'est clair ! Mais c'est un site spécialisé, agricole... Trop plouc et indigne d'attention pour le journalisme bobo... Donc en vain...

 

Le 5 novembre 2018, l'Obs remettait une couche et publiait « Défense du glyphosate : comment Monsanto a manipulé des agriculteurs français ». Le titre ne doit pas faire illusion, c'est à nouveau la régurgitation des balivernes :

 

« ...le journal anglais "The Independant" et l'équipe d'investigation de Greenpeace ont publié deux enquêtes démontrant que Monsanto, le groupe américain qui vient d'être racheté par le géant allemand Bayer, a créé des associations d'agriculteurs fantômes dans huit pays européens. »

 

Et, pour faire bonne mesure, l'Obs réédite cet article le 17 janvier 2019, en soutien à la curée sur le glyphosate d'Envoyé Spécial.

 

Et que vient de faire le Parisien ? Donner une information correcte, mais sans préciser le contexte. L'infox a de beaux jours devant elle...

 

 

Imaginons...

 

Un gazouillis de M. Alexandre Carré suffira...

 

 

 

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