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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Réhomologation du glyphosate : les boules puantes sont sorties au Monde Planète

14 Octobre 2021 Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme

Réhomologation du glyphosate : les boules puantes sont sorties au Monde Planète

 

 

Très artistique l'image... mais le pictogramme de danger n'est plus le bon.

 

Avant décembre 2022, l'Union Européenne renouvellera – ou pas – l'autorisation de mise en marché de la matière active herbicide glyphosate (les produits formulés étant homologués – ou non – au niveau national).

 

Un consortium d'entreprises – et pas seulement Bayer/Monsanto – a soumis un dossier de quelque 11.000 pages qui a été examiné par quatre « États rapporteurs » ou « Groupe d'évaluation sur le Glyphosate » (Assessment Group on Glyphosate – AGG), la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède.

 

Le 15 juin 2021, l'AGG a soumis à l'Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) et à l'Agence Européenne des Produits Chimiques (EChA) ses évaluations sous la forme d'un projet de rapport d'évaluation de renouvellement (dRAR) et d'un rapport CLH contenant une proposition de classification et d'étiquetage harmonisés, respectivement. En bref, ces rapports concluent à l'absence d'obstacles au renouvellement.

 

 

Des études réglementaires non fiables, mais lesquelles ?

 

Près de quinze jours après, les populations ont été alertées sur des problèmes par un consortium d'anti-glys médiatiques prompts à relayer les gesticulations des anti-glys activistes – dont le Monde, dans ce cas sous l'inévitable plume de M. Stéphane Foucart.

 

Dans son édition électronique datée du 2 juillet 2021, le Monde titre : « Réautorisation du glyphosate en Europe : la qualité des études réglementaires en cause », avec en chapô :

 

« La grande majorité des 53 études qui ont fondé l’opinion des autorités européennes sur la génotoxicité du pesticide ne remplissent pas les critères de conformité attendus, estiment deux toxicologues de renommée internationale. »

 

L'édition papier des 4 et 5 juillet 2021 est encore plus anxiogène... exit la référence à la génotoxicité : « Glyphosate : des études réglementaires non fiables » et « La plupart des travaux ayant fondé la réautorisation du pesticide seraient de qualité insuffisante », tels sont le titre et le chapô.

 

Quelle expertise dans l'art d'enfumer : un titre péremptoire, immédiatement suivi par un chapô au conditionnel !

 

 

 

 

Peut-on aussi arguer que le flou sur la réautorisation dont il s'agit est du grand art ? Il faut lire le premier paragraphe jusqu'au bout pour apprendre qu'il s'agit de celle de 2017 (pour laquelle Mme Ségolène Royal s'était fait offrir des fleurs...).

 

« C’est un nouvel élément, décisif et explosif, dans la controverse sur la dangerosité du glyphosate. Le Monde, aux côtés de plusieurs médias européens, dont The Guardian, Der Spiegel, De Standaard ou encore la télévision publique allemande, a pu consulter la première évaluation indépendante des cinquante-trois études réglementaires confidentielles de génotoxicité, qui ont permis la réautorisation de l’herbicide controversé en Europe, en 2017. »

 

 

(Source)

 

 

Un florilège d'adjectifs ronflants pour une petite manip'

 

Quelle emphase ! « décisif », « explosif », « confidentielles », « controversé »... Et « la première évaluation indépendante » – que le Monde et d'autres ont « pu consulter » (un peu de complotisme aide) – est évidemment accessible au grand public sur le site de Global2000, la succursale autrichienne de Friends of the Earth... succursale mais néanmoins indépendante...

 

Le scénario est simple : SumOfUs, la (pas si petite) entreprise collectrice de fonds dont le fond de commerce est l'indignation, a commandé au Pr Siegfried Knasmüller, de L'Institut de Recherche sur le Cancer de l'Université de Vienne (Autriche), une évaluation, réalisée avec son collègue Armen Nersesyan, de l'évaluation faite dans le cadre de la procédure ayant abouti en 2017 des 53 études réglementaires relatives à la génotoxicité.

 

Cela a consisté en pratique à reprendre un rapport d'évaluation et à y apporter quelques lignes de commentaires en rouge.

 

Si vous pensez qu'il s'agit d'un copier-coller – un reproche qu'on a abondamment et répétitivement fait, à tort à l'EFSA (voir par exemple ici et ici, et encore ici) – vous avez tort ! C'est pas pareil !

 

 

L'argument d'autorité ?

 

Bien évidemment – soyons lucides : conformément aux attentes des commanditaires – ces études présentées par les pétitionnaires sont/seraient insuffisantes et les évaluations défectueuses.

 

« ...décisif et explosif » ? Nous sommes priés de croire que les opinions d'un chercheur universitaire, sans expertise particulière en toxicologie réglementaire, doit prévaloir sur les analyses et évaluations faites par (1) les experts du consortium de pétitionnaires, (2) de l'État membre rapporteur (du Bundesinstitut für Risikobewertung allemand), (3) de l'EFSA et de l'EChA et (4) des États membres qui ont contribué à l'évaluation finale.

 

Et pour bien enfoncer le clou, M. Siegfried Knasmüller est aussi « rédacteur en chef de la revue Mutation Research/Genetic Toxicology and Environmental Mutagenesis »... Mais cela n'en fait pas un expert en toxicologie réglementaire...

 

 

Chercher des poux dans la tête...

 

L'argumentation résumée est aussi confondante :

 

« Parmi les cinquante-trois études analysées, la majorité s'écarte des lignes directrices [de l'OCDE], selon M. Knasmueller. "Certaines ne sont pas conformes aux critères de qualité qui étaient en vigueur au moment où elles ont été réalisées, précise le chercheur. D'autres étaient conformes lorsqu'elles ont été réalisées, mais ne répondent plus aux critères actuels, car ceux-ci sont régulièrement remis à jour en fonction des nouvelles connaissances." La précision est importante : plus de la moitié de ces tests ont été réalisés dans les années 1990 ou avant. Seuls deux ont été conduits il y a moins de dix ans. »

 

Une plongée dans le « rapport » de MM. Siegfried Knasmüller et Armen Nersesyan réserve aussi des surprises. Voici un commentaire simple et facile à comprendre :

 

« Commentaires (SK et AN) : seules 4 souches ont été testées au lieu de 5. L'étude s'écarte de la ligne directrice de l'OCDE et les résultats ne sont pas fiables. »

 

Comment on passe de la première à la deuxième proposition est un mystère pour un esprit rationnel. Mais le résultat est là : des études conduites selon les règles en vigueur dans les années 1990 sont subitement « pas fiables » car ne remplissant pas une simple condition numérique des règles des années postérieures à 2000.

 

 

Un autre exemple de commentaire : les évaluateurs officiels et les activistes disent grosso modo la même chose en substance. Mais ce n'est pas le message qui est transmis à travers les médias.

 

 

Et le couperet du « pas fiable » – ou du « partiellement fiable » – tombe dès que l'étude en cause ne remplit pas toutes les prescriptions et même recommandations.

 

 

Ici, les évaluateurs officiels ont considéré que l'étude n'était pas acceptable... mais la comptabilité des résultats par les activistes de l'Université de Vienne et des médias la met dans la même catégorie que les études dont ils contestent la fiabilité.

 

 

Il y a un autre point étourdissant. Ici, l'argument est que les études prises en compte ne sont pas conformes aux exigences. Ailleurs, et très souvent, c'est que les exigences sont trop sévères et conduisent à écarter de nombreuses études académiques... Pile, je gagnes, face tu perds...

 

 

La vraie cible : le renouvellement (ou non) de décembre 2022

 

C'est peut-être Mme Carey Gillam – qui voue une véritable haine à Monsanto qui lui aurait savonné la planche chez Reuters (elle est actuellement à l'officine US Right to Know) – qui a le mieux exprimé l'anachronisme et l'acharnement à trouver des poux sur la tête des évaluateurs officiels. Le propos ci-dessous figure aussi dans son article dans le Guardian.

 

 

Extraordinaire ! Analyser le dossier « historique » à l'aune des exigences actuelles ! (Source)

 

 

Pourquoi ressortir les anciennes études ? Mme Carey Gillam l'exprime sans ambages :

 

« L'analyse intervient à un moment critique, alors que Bayer et un contingent de sociétés se faisant appeler le Glyphosate Renewal Group (GRG) demandent à nouveau aux régulateurs européens de réautoriser le glyphosate avant l'expiration de l'autorisation l'année prochaine, et alors que l'industrie se bat pour préserver l'utilisation du glyphosate au niveau mondial. »

 

 

Un exemple patent d'anachronisme.

 

 

SumOfUs est plus direct... il faut entretenir l'indignation (et la machine à cash) : « GLYPHOGATE : Les autorités de l'UE ont utilisé des études défectueuses, financées par l'industrie, pour justifier l'autorisation du glyphosate en 2017, et elles pourraient le faire à nouveau. »

 

 

Le résumé en image par SumOfUs.

 

 

Des études secrètes... pas si secrètes

 

La littérature de M. Stéphane Foucart baigne quant à elle dans l'ambiguïté.

 

Les études sont « confidentielles ». Dès le deuxième paragraphe :

 

« Jamais, jusqu’à présent, des scientifiques indépendants n’avaient pu consulter le détail de ces études et les commenter publiquement sans encourir de poursuites judiciaires. [...] »

 

L'auteur bifurque « adroitement » sur le classement du glyphosate en « cancérogène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et sur l'expertise de l'INSERM reposant sur des articles de la littérature académique, alors que les contradicteurs du CIRC (toutes les agences d'évaluation qui se sont prononcées) se seraient appuyés, selon un intertitre, sur des « Travaux jusqu'ici secrets ».

 

Comment donc l'étude en question ici a-t-elle alors pu se faire ? On apprend, noyé dans l'article, qu'en fait elles ne le sont pas (notons que les poursuites judiciaires, c'est du pipô) :

 

« Les études industrielles sur la génotoxicité du glyphosate sont-elles plus fiables que les travaux académiques ? Les premières étant couvertes par le secret industriel, uniquement accessibles aux experts des agences réglementaires, il était impossible de trancher.

 

Mais le 7 mars 2019, la Cour de justice de l'Union européenne (UE) rend un arrêt qui change la donne. Saisie par plusieurs eurodéputés, la haute juridiction contraint l'EFSA à transmettre les études confidentielles fournies par les industriels sur lesquelles elle s'est appuyée pour forger son expertise. »

 

En réalité, elles étaient accessibles bien avant : il fallait simplement frapper à la bonne porte (d'où le « pipô » ci-dessus)...

 

 

Quand Greenpeace travaillait pour M. Gilles-Éric Séralini et vice versa (source).

 

 

Certains sont « indépendants », d'autres pas

 

Les études sont aussi « industrielles ». En réalité, la plupart ont été menées sous contrat par des laboratoires indépendants. Oups ! Ils ne peuvent pas être indépendants, puisqu'ils ont été payés par les industriels...

 

En revanche, la production de MM. Siegfried Knasmüller et Armen Nersesyan est une « évaluation indépendante » réalisée par des « scientifiques indépendants ». Ah, mais ils ont été missionnés par l'industrie de la gesticulation et de l'indignation et, pour le second, rémunéré à hauteur de 3.000 euros ? (Selon M. Stéphane Foucart, « M. Knasmueller dit avoir travaillé pro bono.) Mais c'est pas pareil !

 

Et d'insister avec un sophisme de la condamnation du tout par l'insuffisance (alléguée) d'une partie :

 

« "Ces tests sont menés par des laboratoires privés qui sont sous contrat avec les firmes agrochimiques, explique Helmut Burtscher, toxicologue à l'ONG Global 2000. La question de savoir à quel point ces tests réglementaires sont fiables s'est particulièrement posée en 2019 avec la révélation que l'un de ces laboratoires s'était livré à des fraudes systématiques. Or il avait produit certains des tests d'évaluation de la génotoxicité du glyphosate.»

 

 

Ah, les Monsanto Papers...

 

On a aussi droit aux inévitables Monsanto Papers et à une lecture partielle et partiale des échanges épistolaires entre Monsanto et un professeur de l'Université de Swansea, James Parry. Les cadres de Monsanto « avaient des soupçons, dès la fin des années 1990, sur la génotoxicité du glyphosate ». Nous avons décortiqué ce qui relève de l'imposture dans « "Monsanto Papers" : comprendre la guerre du Monde contre Monsanto ».

 

Bien évidemment, M. Stéphane Foucart persiste.

 

 

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J
Et, comme on ne peut plus lire les commentaires sous les articles du Monde>:i> depuis septembre, les lecteurs n'auront plus accès à des lecteurs pouvant les éclairer.
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U
Il n'y a que deux études significatives sur ce sujet : AHS et Agrican. Une telle étude nécessite de gros moyens.
Ces études n'ont rien de confidentiel, et leur résultat est clair, le glyphosate n'est pas cancérigène.
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