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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quel hiatus entre science vraie et « science » militante À propos d'une tribune dans le Monde

11 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #activisme, #agriculture biologique, #nutrition

Quel hiatus entre science vraie et « science » militante

 

À propos d'une tribune dans le Monde

 

 

(Source)

 

 

Nous avons écrit dans « Certification HVE : journalisme d'insinuation et d'influence dans le Monde ? » :

 

« Les milieux de l'agriculture biologique se démènent actuellement pour arracher le plus gros morceau possible des aides qui seront versées dans le cadre de la déclinaison nationale de la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC). »

 

C'est évidemment avec le concours du ban et de l'arrière ban des amis.

 

 

Du beau linge à la manœuvre...

 

Ainsi, le Monde, rubrique « Idées » parce qu'il s'agit d'une tribune, a publié le 27 mai 2021 (date sur la toile) « Quel hiatus entre politique de santé et politique agricole ! » (les guillemets font partie du titre) dont voici la liste des premiers signataires :

 

« Premiers signataires : Philippe Binder, médecin généraliste, professeur des universités à la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers ; Laurent Chevallier, nutritionniste, médecin attaché au CHU de Montpellier ; Barbara Demeneix, endocrinologue, professeure émérite au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), directrice de recherche au CNRS ; Laurence Gamet-Payrastre, chargée de recherche hors classe, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), centre de recherche en toxicologie alimentaire Toxalim, Toulouse ; Serge Hercberg, professeur émérite de nutrition, université Sorbonne-Paris-Nord ; Emmanuelle Kesse-Guyot, épidémiologiste de la nutrition, directrice de recherche Inrae, équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN), centre Inserm-Inrae-Paris-XIII, Bobigny ; Denis Lairon, biochimiste et nutritionniste, directeur de recherche émérite, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), centre de recherche en cardio-vasculaire et nutrition, Marseille ; Tania Pacheff, diététicienne-nutritionniste, présidente de Cantine sans plastique ; Pierre-Michel Périnaud, médecin généraliste, président de l’Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP) ; Philippe Perrin, éco-infirmier, cofondateur et directeur de l’Institut de formation en santé environnementale (Ifsen) ; Philippe Pointereau, agronome, spécialiste des impacts environnementaux des régimes alimentaires, Solagro, Toulouse ; Pierre Rustin, biochimiste, directeur de recherche émérite au CNRS, unité Inserm 1141 "Physiopathologies et thérapie des maladies mitochondriales", Paris. »

 

Comme on peut le voir, c'est du beau linge, avec, en particulier, des chercheurs exploitant la cohorte NutriNet-Santé. On se dit alors que la tribune doit être costaude – quoique... il y a aussi parmi les signataires de bons « clients » de ce blog dont nous avons critiqué les travaux et prises de position – et que les plus de 500 signataires revendiqués ont bien fait de s'associer à une demande ainsi résumée dans le chapô du Monde :

 

« Alors que de nombreuses études montrent une imprégnation de la population aux pesticides, un collectif de professionnels de santé et de l’alimentation appelle, dans une tribune au "Monde", le gouvernement à agir, au travers de la PAC, afin de favoriser le développement de l’agriculture biologique. »

 

 

(Source et source)

 

 

Mais...

 

 

 

 

...avec un bien mauvais départ...

 

Et sur le fond ? Hélas...

 

La tribune commence très mal :

 

« Si la politique nutritionnelle du gouvernement recommande, notamment à travers le Programme national nutrition santé (PNNS), d’aller vers une alimentation biologique pour les produits végétaux, c’est bien parce que l’exposition de la population aux pesticides est une préoccupation majeure de santé publique et qu’il faut absolument agir pour la réduire. »

 

M. Olivier Lesgourgues, alias Mac Lesggy, s'est attaqué à l'essentiel de cette affirmation dans un fil Twitter. Voici le premier gazouillis :

 

 

(Source)

 

 

Passons à la conclusion générale : la recommandation de 20 % de fruits et légumes en bio, ou d'aller vers les aliments bio selon l'infographie ci-dessous, est le résultat d'un entrisme et d'un détournement de pouvoir ; cela ne repose sur aucune base scientifique sérieuse. « Non, il n'est pas établi que les aliments bio protègent du cancer » ont ainsi écrit les deux membres émérites de l'Académie d'Agriculture de France Léon Guéguen et Gérard Pascal. Cela s'applique à d'autres allégations. Et lorsqu'on lit « La qualité des produits de l’agriculture biologique » de M. Denis Lairon (un signataire de la tribune), on ne peut que relever, d'une part, que les qualités sont comparativement modestes (et mal étayées) et, d'autre part, que nombre d'avantages ne sont pas liés spécifiquement à la nature « biologique » du mode de production.

 

Il suffit du reste de s'interroger : pourquoi 20 % et pas 100 % ?

 

Et que vient faire le « [Aller vers] Les aliments de saison et les aliments produits localement » ? Démontrer l'entrisme et le détournement !

 

 

 

 

...fondé sur le commerce de la peur...

 

On s'étonnera aussi devant :

 

« ...l’exposition de la population aux pesticides est une préoccupation majeure de santé publique et […] il faut absolument agir pour la réduire ».

 

On peut supposer que si c'était vraiment une préoccupation majeure – alors qu'on est déjà dans un cadre réglementaire hyper-protecteur et qu'on agite le « principe de précaution » à tout bout de champ – on aurait pris des mesures dans le sens d'une réduction encore plus grande.

 

En sens inverse, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, qui collige chaque année les résultats des analyses de résidus de pesticides dans les aliments (dernier rapport en date), devrait se faire rabrouer quand elle affirme dans son rapport ainsi que dans son communiqué de presse :

 

« Dans le cadre de son analyse des résultats, l’EFSA a également réalisé une évaluation des risques alimentaires. Cette évaluation suggère que les produits alimentaires analysés en 2019 ne sont pas susceptibles de constituer un problème pour la santé des consommateurs. Toutefois, un certain nombre de recommandations sont formulées afin d’accroître l’efficacité des systèmes de contrôle européens et de continuer ainsi de garantir un niveau élevé de protection des consommateurs. »

 

 

...étayé par des affirmations à l'emporte-pièce, farfelues...

 

Voici un formidable morceau de bravoure :

 

« En France, la moitié des aliments non bio contient des résidus de pesticides, trois en moyenne (rapports sur la contamination des aliments par les pesticides : DGCCRF, France, 2016 et EFSA, Union européenne, 2018), dont 60 % sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens. Les premières victimes sont bien sûr les professionnels agricoles et leurs enfants, pour qui l’exposition et donc les conséquences sont majorées (expertise collective « Pesticides : effets sur la santé », Inserm, 2013 ; "Cancer incidence in the AGRICAN cohort study (2005-2011)", Clémentine Lemarchand et al., Cancer Epidemiology, n° 49, 2017, p. 175-185). »

 

Le document de la DGCCRF, c'est « Sécurité des denrées alimentaires : les actions de la DGCCRF dans le domaine des contaminants chimiques », étant entendu que, selon un encadré,

 

« Les additifs, les résidus de pesticides et les substances faisant l’objet d’une législation spécifique n’entrent pas dans le champ d’application de cette définition [des contaminants chimiques]. »

 

La citation n'est donc pas pertinente... mais elle impressionnera le lecteur convaincu d'avoir affaire à de grosses pointures.

 

Le lien vers l'EFSA, c'est l'avant-dernier rapport sur les résidus de pesticides dans les aliments (encore une illustration de l'amateurisme). On peinera à croire qu'il y a en moyenne trois résidus de pesticides dans les aliments en France, sachant en particulier que plus de la moitié des échantillons n'en contiennent pas à des niveaux quantifiables. Certes, la phrase se rapporte aux seuls aliments contenant des résidus, mais il faut être un obsédé textuel pour la lire correctement ; bref, elle est malhonnête.

 

Le graphique suivant, éloquent, est tiré du dernier rapport de l'EFSA. Sur les 44% d'échantillons avec résidus, 34 points de pourcentage (les trois quarts) sont à trois ou moins, la moyenne s'établissant du côté de 2,6.

 

 

 

 

On peinera également à trouver de quoi étayer l'affirmation des conséquences majorées chez les professionnels agricoles et leurs enfants dans l'expertise collective de l'INSERM.

 

L'article de Lemarchand et al. [texte complet], qui résume le bilan des études sur la cohorte AGRICAN (plus de 180.000 participants), affirme en effet que l'incidence globale des cancers n'est pas différente entre agriculteurs et population générale. Voici la partie « résultats » du résumé (découpé) :

 

« Au cours de cette période, 11.067 cas incidents de cancer ont été identifiés (7.304 hommes et 3.763 femmes). L'incidence globale du cancer ne différait pas entre la cohorte et la population générale.

 

De plus, les SIR [ratios standardisés d'incidence] étaient significativement plus élevés pour le cancer de la prostate (SIR=1,07, 95%CI 1,03-1,11) et le lymphome non hodgkinien (SIR=1,09, 95%CI 1,01-1,18) chez les hommes, le mélanome cutané chez les femmes (SIR=1,23, 95%CI 1,05-1,43) et le myélome multiple (hommes : SIR=1,38, 95%CI 1,18-1,62 ; femmes : SIR=1,26, 95%CI 1,02-1,54).

 

En revanche, les SIR étaient plus faibles pour les cancers des voies aérodigestives supérieures et les cancers respiratoires.

 

L'augmentation du risque était plus importante chez les ouvriers agricoles masculins pour le cancer de la prostate et des lèvres, chez les ouvrières agricoles pour le mélanome de la peau et chez les propriétaires agricoles masculins pour le myélome multiple. De plus, l'incidence du myélome multiple et du mélanome cutané était plus élevée chez les utilisateurs de pesticides masculins et féminins respectivement. »

 

Notons le biais de publication, peut-être lié à une approche partiale ou à une difficulté de résumer des données multiples : les SIR ne sont pas indiqués dans le résumé pour les cancers moins fréquents dans le milieu agricole...

 

Quoi qu'il en soit, qu'il y ait des différences dans les incidences n'est pas anormal (c'est aussi le cas pour les comparaisons entre d'autres professions et la population générale), et les excès d'incidence ne sont pas démesurés. De plus, globalement, la population agricole esr en meilleure santé que la population générale.

 

En bref, la publication n'étaye pas la thèse présentée dans la tribune.

 

 

(Source)

 

 

...suivies par une déclaration tout en douceur sur les bienfaits de l'alimentation bio...

 

Ils ont fait les fiers-à-bras en agitant fort mal à propos l'épouvantail des ravages des pesticides chez les agriculteurs... ils se font maintenant timides pour les bienfaits du bio chez les consommateurs :

 

« Un nombre croissant d’éléments suggère que l’alimentation bio serait meilleure pour la santé humaine. »

 

C'est une phrase formidable : un « nombre croissant »... « suggère »... un conditionnel...

 

Peut-on mieux confesser l'imposture ?

 

 

 

 

...suivie par un bombardement de citations d'études...

 

La réponse est positive : en alignant des références bibliographiques censées démontrer cette allégation précautionneuse à souhait. Mais...

 

Première attaque : l'alimentation bio « diminue drastiquement l’exposition aux pesticides ». Sous-entendu : de synthèse.

 

Pour étayer cette lapalissade, les auteurs citent trois études issues de la cohorte Nutrinet-Santé et, pour commencer, « Detection of glyphosate residues in animals and humans » de Monika Krüger et al.

 

Il y a un petit problème, outre le fait que son étude se limite au seul glyphosate : Mme Monika Krüger est une militante qui fut en blouse blanche, qui a fondé le laboratoire d'analyses vétérinaires Biocheck, à la manœuvre dans, notamment, l'escroquerie des tests urinaires de glyphosate fondée sur des tests ELISA (comme son étude, semble-t-il) dont il a été démontré qu'ils ne sont pas fiables.

 

 

(Source du premier et du dernier)

 

 

...lui-même suivi par une nouvelle suggestion...

 

Deuxième salve :

 

« Les produits bio présenteraient aussi une meilleure qualité nutritionnelle […] ».

 

Remarquez, une fois de plus, le conditionnel de prudence.

 

Au menu, avec trois références bibliographiques pour faire sérieux, les inévitables teneurs plus élevées en antioxydants des végétaux et en oméga-3 du lait, ainsi que la diminution des teneurs en métaux lourds et en nitrates.

 

On trouvera dans ces articles des auteurs notoirement militants... et des signataires de la tribune. Nous avons désossé l'un d'eux (les articles...) – « Higher antioxidant concentrations and less cadmium and pesticide residues in organically-grown crops: a systematic literature review and meta-analyses » (des concentrations plus élevées d'antioxydants et moins de cadmium et de pesticides dans les produits de l'agriculture biologique : un examen systématique de la littérature et méta-analyses) – sur le site Imposteurs de notre ami Anton Suwalki dans « Aliments « bio » : ils sont beaux, les biais, par Wackes Seppi ».

 

S'agissant du lait, sa composition dépend essentiellement de l'alimentation des vaches et de la race. Le cahier des charges bio n'a qu'un effet incident, en définissant un mode d'alimentation préférentiel. Il en est de même pour les métaux lourds dont la présence résulte essentiellement de la nature du sol, de l'historique de culture et de la qualité des matières fertilisantes.

 

Mais intéressons nous de plus près à « Human health implications of organic food and organic agriculture: a comprehensive review » (incidences de l'alimentation et de l'agriculture biologiques sur la santé humaine : une étude exhaustive), d'Axel Mie et al. (dont Mme Emmanuelle Kesse-Guyot, signataire de la tribune). En voici le résumé complet (découpé) :

 

« Cette revue résume les preuves existantes concernant l'impact des aliments biologiques sur la santé humaine. Elle compare la production alimentaire biologique à la production alimentaire conventionnelle en ce qui concerne les paramètres importants pour la santé humaine et examine l'impact potentiel des pratiques de gestion biologique en mettant l'accent sur les conditions de l'UE.

 

La consommation d'aliments biologiques est susceptible [may] de réduire le risque de maladies allergiques et de surpoids et d'obésité, mais les preuves ne sont pas concluantes en raison d'une confusion résiduelle probable, les consommateurs d'aliments biologiques ayant tendance à avoir un mode de vie plus sain dans l'ensemble.

 

Cependant, les expériences sur les animaux suggèrent que des aliments composés de manière identique, issus de la production biologique ou conventionnelle, ont des effets différents sur la croissance et le développement.

 

Dans l'agriculture biologique, l'utilisation de pesticides est limitée, alors que les résidus dans les fruits et légumes conventionnels constituent la principale source d'exposition humaine aux pesticides. Des études épidémiologiques ont fait état d'effets néfastes de certains pesticides sur le développement cognitif des enfants aux niveaux d'exposition actuels, mais ces données n'ont jusqu'à présent pas été appliquées dans les évaluations formelles des risques des différents pesticides.

 

Les différences de composition entre les cultures biologiques et conventionnelles sont limitées, comme une teneur modestement plus élevée en composés phénoliques dans les fruits et légumes biologiques, et probablement aussi une teneur plus faible en cadmium dans les cultures céréalières biologiques. Les produits laitiers biologiques, et peut-être aussi les viandes, ont une teneur plus élevée en acides gras oméga-3 par rapport aux produits conventionnels.

 

Toutefois, ces différences sont probablement d'une importance nutritionnelle marginale.

 

L'utilisation répandue d'antibiotiques dans la production animale conventionnelle, qui est un facteur clé de la résistance aux antibiotiques dans la société, est plus préoccupante ; l'utilisation d'antibiotiques est moins intensive dans la production biologique.

 

Dans l'ensemble, cette étude met en évidence plusieurs avantages documentés et probables pour la santé humaine associés à la production d'aliments biologiques, et l'application de ces méthodes de production est susceptible d'être bénéfique dans le cadre de l'agriculture conventionnelle, par exemple dans la lutte intégrée contre les parasites. »

 

Que de contorsions pour établir des « différences [qui] sont probablement d'une importance nutritionnelle marginale »... et qui auraient néanmoins un impact gigantesque sur la santé selon la tribune...

 

 

...elle-même suivie par du picorage (cherry picking)...

 

Et, justement, en avant pour les allégations – péremptoires – de bienfaits en matière de santé !

 

Limitation de la taille de la tribune oblige, les auteurs ont été obligés de trier. Va donc pour une diminution du risque de lymphome non hodgkinien liée à une forte consommation d’aliments bio ainsi que du risque de cancer du sein chez la femme ménopausée. Il y a aussi une réduction du surpoids, de l’obésité et du risque de diabète.

 

Étonnante première référence : « Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom » (consommation d'aliments biologiques et incidence du cancer dans une vaste étude prospective sur des femmes au Royaume-Uni,) de K. E. Bradbury et al. Voici le résumé :

 

« Contexte :

 

Les aliments issus de l'agriculture biologique sont moins susceptibles que ceux issus de l'agriculture conventionnelle de contenir des résidus de pesticides.

 

Méthodes :

 

Nous avons examiné l'hypothèse selon laquelle la consommation d'aliments biologiques peut réduire le risque de sarcome des tissus mous, de cancer du sein, de lymphome non hodgkinien et d'autres cancers courants dans une vaste étude prospective portant sur 623.080 femmes britanniques d'âge moyen. Les femmes ont déclaré leur consommation d'aliments biologiques et ont été suivies pour l'incidence du cancer au cours des 9,3 années suivantes. Des modèles de régression de Cox ont été utilisés pour estimer les risques relatifs ajustés de l'incidence du cancer en fonction de la fréquence déclarée de consommation d'aliments biologiques.

 

Résultats :

 

Au départ, 30 %, 63 % et 7 % des femmes ont déclaré ne jamais, parfois ou habituellement/toujours consommer des aliments biologiques, respectivement. La consommation d'aliments biologiques n'était pas associée à une réduction de l'incidence de tous les cancers (n=53.769 cas au total) (RR pour habituellement/toujours vs jamais=1,03, intervalle de confiance (IC) à 95 % : 0,99-1,07), du sarcome des tissus mous (RR=1,37, IC à 95 % : 0,82-2,27) ou du cancer du sein (RR=1,09, IC à 95 % : 1,02-1,15), mais était associée au lymphome non hodgkinien (RR=0,79, IC à 95 % : 0,65-0,96).

 

Conclusions :

 

Dans cette vaste étude prospective, la consommation d'aliments biologiques a entraîné peu ou pas de diminution de l'incidence du cancer, sauf peut-être pour le lymphome non hodgkinien. »

 

Ainsi donc, les auteurs de la tribune ont présenté le risque diminué de lymphome non hodgkinien comme avéré, alors que les auteurs de l'étude se sont faits fort prudents. Et les auteurs de la tribune ont passé sous silence le fait que cette vaste étude, bien plus vaste en nombre de participants et en durée que les études NutriNet-Santé, ne trouve quasiment aucune différence – si ce n'est légèrement en faveur de l'alimentation conventionnelle, avec même un risque relatif significatif dans le cas du cancer du sein.

 

La deuxième référence est « Association of frequency of organic food consumption with cancer risk : findings from the NutriNet-Santé Prospective cohort study » (association de la fréquence de consommation d'aliments biologiques avec le risque de cancer – résultats de l'étude de cohorte prospective NutriNet-Santé) , de Julia Baudry et al.

 

Nous avons évoqué cette étude dans « Alimentation « bio » et – 25 % de cancers : science à objectif socio-politique ? ». Il est peu utile de rappeler les nombreuses critiques qu'a suscitées cet article. Voici cependant les résultats (selon le réumé) et la conclusion de l'article :

 

« Résultats Parmi les 68.946 participants (78,0 % de femmes; âge moyen [écart-type] au départ, 44,2 [14,5] ans), 1.340 premiers cas de cancer ont été identifiés au cours du suivi, les plus fréquents étant 459 cancers du sein, 180 cancers de la prostate, 135 cancers de la peau, 99 cancers colorectaux, 47 lymphomes non hodgkiniens et 15 autres lymphomes. Les scores élevés d'alimentation biologique étaient inversement associés au risque global de cancer (ratio de risque pour le quartile 4 par rapport au quartile 1, 0,75 ; IC à 95%, 0,63 – 0,88 ; P pour la tendance = 0,001 ; réduction du risque absolu, 0,6% ; ratio de risque pour une augmentation de 5 points, 0,92 ; IC 95 %, 0,88 – 0,96.

 

[…]

 

Nos résultats indiquent qu'une consommation plus élevée d'aliments biologiques est associée à une réduction du risque de cancer en général. Nous avons observé une réduction des risques pour certains types de cancer (cancer du sein post-ménopausique, LNH et tous les lymphomes) chez les personnes consommant plus fréquemment des aliments biologiques. D'autres études prospectives utilisant des données d'exposition précises sont nécessaires pour confirmer ces résultats et devraient intégrer un grand nombre d'individus. S'ils sont confirmés, nos résultats semblent indiquer que la promotion de la consommation d'aliments biologiques dans la population générale pourrait constituer une stratégie préventive prometteuse contre le cancer. »

 

 

(Source – l'analyse détaillée de M. Eugène Matadon est ici.)

 

 

Bilan des courses : sur le canal A (JAMA Internal Medicine, qui s'est du reste permis de publier l'article avec un commentaire fort critique en ouverture), une conclusion fort prudente pour des résultats qui démontrent au mieux une association) ; sur le canal B (la tribune dans le Monde), l'affirmation sans nuance ni mise en perspective d'une association, support d'une demande de soutien supplémentaire à l’agriculture biologique...

 

 

Du blog de M. Hervé This.

 

 

Ce sont quatre études, dont trois issues de la cohorte NutriNet-Santé et ayant Mme Emmanuelle Kesse-Guyot pour premier auteur, qui sont citées à l'appui de :

 

« Chez les forts consommateurs et consommatrices d’aliments bio, on constate une réduction du surpoids, de l’obésité et du risque de diabète. »

 

Bis repetita non placent... Contentons nous de nous référer à ce stade à une interview de Mme Emmanuelle Kesse-Guyot dans Graines de Mane – un site sur lequel il convient d'être factuel –, « Alimentation bio et diminution du risque de cancers : "des résultats importants, mais à considérer avec prudence" ». Une prudence qui, du reste, a été bien moindre sur Reporterr, « C’est confirmé : manger bio est meilleur pour la santé »...

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la prudence a été absente de la tribune publiée dans le Monde.

 

Et cela mène à une importante question : à quoi servent toutes ces études qui, par le biais de la recherche d'associations statistiquement significatives n'étayant pas une relation de cause à effet, cherchent à démontrer la supériorité nutritionnelle et sanitaire de l'alimentation bio ?

 

Où placer ici le curseur entre science vraie et « science » militante ?

 

Le Plan National Nutrition Santé n'a-t-il pas été en quelque sorte piraté par une coterie ?

 

Voici la péroraison de la tribune :

 

« Nous demandons donc que les aides nécessaires au développement de l’agriculture biologique soient mises en place, que des actions de communication d’envergure sur l’importance de privilégier les aliments bio soient déployées, ainsi qu’une politique volontariste permettant l’accès de toutes et de tous à une alimentation sans pesticides, pour le bien de notre santé, de celle de nos producteurs et de celle de notre planète. »

 

 

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Hbsc Xris 11/06/2021 21:56

Quand j'ai lu en détail l'étude Agrican, je l'ai vécu comme une sacré bonne nouvelle. La santé des agriculteurs est globalement bien meilleure que celle des non agriculteurs. Deux types de cancer, lèvres et mélanomes cutanés ont une explication évidente pour qui travaille dehors et fait de l'histoire car ces types de cancer chez tout ceux qui travaillent dehors sont bien décrits dans la littérature médicale du passé (voir également aujourd'hui du côté des marins-pêcheurs). Les chiffres du cancer de la prostate sont peu significatifs, mais il conviendrait peut-être de s'intéresser aux "vibrations" des machines agricoles, puisqu'autrefois le cancer de la prostate était appelé cancer du postillon (ceux qui chevauchaient le cheval de tête d'un véhicule de poste avant les cochers) ou cancer du cavalier et il était attribué aux "secousses". Bien entendu, ce n'est qu'un piste mais elle est digne d'intérêt. Ne reste que deux anomalies préoccupantes, les lymphomes et les myélomes qui bien sûr imposent investigations. Mais je suis sidérée, avec le recul, de constater comment toutes les "bonnes nouvelles" de cette étude ont été passées sous silence.
Pour le reste, le commerce bio marque le pas actuellement et une grande partie de la population reste non convaincue. Il faut donc lancer une nouvelle campagne publicitaire et le "bio" a lancé ses troupes... Dans le passé, les campagnes publicitaires pour un produit alimentaire s'appuyaient déjà sur des arguments santé. La seule chose de neuve en matière de pub est le dénigrement par tous les moyens possibles d'une catégorie de produits pour tenter d'en détourner le public.