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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vous avez dit : « science » ?

17 Novembre 2021 Publié dans #Article scientifique, #Activisme

Vous avez dit : « science » ?

 

 

 

 

Nos pérégrinations nous ont amené à « Science, the endless frontier of regulatory capture » (la science, la frontière sans fin de la capture réglementaire) d'Andrea Saltelli, Dorothy J. Dankel, Monica Di Fiore, Nina Holland et Martin Pigeon. C'est publié dans la revue Futures.

 

Le titre interroge : qu'est-ce qu'une « frontière sans fin », en particulier dans ce contexte ?

 

Les auteurs interrogent aussi. Ils émargent au : Centre pour l'Étude des Sciences et des Humanités de l'Université de Bergen, Norvège ; au Département des Sciences Biologiques de l'Université de Bergen et au Groupe de Réflexion [Think Tank] Nordique sur le Milieu Marin ; à l'Institut des Sciences et Technologies Cognitives, Conseil National de la Recherche, Rome, Italie ; et, pour les deux derniers...

 

...Prenez une profond inspiration : au Corporate Europe Observatory, Bruxelles, Belgique.

 

Cela vous étonnera-t-il qu'il n'y ait pas de déclaration des auteurs sur leurs conflits d'intérêts ? Pourtant...

 

Voici le résumé de cet article aussi long qu'indigeste :

 

Points forts

 

  • Cinq cas récents de capture réglementaire en Europe sont examinés.

 

  • Des formes importantes de pénétration des entreprises sont basées sur une utilisation stratégique de l'image et de la légitimité de la science.

 

  • Les lobbyistes se présentent comme des défenseurs de la science et d'une politique fondée sur des preuves afin de faire passer leur programme sur les fonctions sociétales de la science.

 

  • La stratégie suit une "échelle épistémique", allant de la remise en question des preuves à la remise en question de leur légitimité, jusqu'à la création d'une vision du monde.

 

Résumé

 

Dans cet article, nous explorons cinq cas récents de capture réglementaire en Europe et nous nous concentrons sur une forme de pénétration des entreprises qui est basée sur une utilisation stratégique de l'image et de la légitimité de la science. Nous examinons des cas dans lesquels des lobbyistes, qui se présentent comme des défenseurs de la science et de la politique fondée sur des preuves, interviennent directement dans les aspects méthodologiques et éthiques de la science pour l'élaboration des politiques, imprimant ainsi leur propre agenda sur les fonctions sociétales de la science. Nous proposons l'existence d'un processus par lequel les intérêts privés gravissent une "échelle épistémique" idéale. Dans cette vision, l'intervention des groupes de pression passe de la remise en question des preuves à la remise en question de leur légitimité, jusqu'à la création d'une vision du monde où non seulement les preuves, mais aussi l'idée même de réglementation, deviennent non pertinentes ou indésirables, si ce n'est en tant que véhicule pour la poursuite de l'intérêt privé. Pris dans ce projet, la science et son avenir semblent vulnérables. »

 

Cet article s'intéresse à cinq questions et prétend les aborder soit par le « journalisme d'investigation », soit par un examen de la littérature :

 

  • Néonicotinoïdes : « Dans la bataille pour laquelle les preuves comptent, comment les lobbies peuvent-ils mobiliser les experts, les régulateurs, les revues scientifiques et les médias ? »

 

  • Mécanisme de conseil scientifique de l'UE (la nomination, vivement (euphémisme) contestée de Mme Ann Glover par le Président Manuel Barroso au poste de conseillère scientifique principale) : « Les conseillers scientifiques peuvent-ils résister aux lobbyistes ? » IJ

 

  • « Ethics washing » : lignes directrices pour l'intelligence artificielle (IA) : « Les comités d'éthique scientifique peuvent-ils résister aux lobbyistes ? » (traduction de DeepL de : « Are scientific ethical committees venue lobbyists? »

 

  • Déclaration de Bruxelles : « Comment les représentants de l'industrie de l'alcool et du tabac peuvent-ils infiltrer l'agenda de la gouvernance scientifique ? »

 

  • Principe d'innovation (le pendnt du principe de précaution) : « Comment l'influence des entreprises peut-elle conduire à la création d'un nouveau principe européen ? »

 

Vous ne trouverez bien sûr rien sur la « capture réglementaire » par les lobbies militants, les ONG et « ONG » et autres entités qui se prétendent dans le « camp du bien ».

 

Le cas des néonicotinoïdes aurait pourtant été un morceau de choix, avec ce qu'il convient bien d'appeler une vaste escroquerie : les études, certes scientifiques mais à but militant, de la Task Force on Systemic Pesticides (groupe de travail sur les pesticides systémiques), objet de plusieurs articles sur ce site.

 

Dans le cas des néonicotinoïdes, les ressources mobilisées auraient été « les entreprises ou agences spécialisées, les "marchands de doute", les défenseurs de la "bonne épidémiologie", les journaux scientifiques capturés... ». En bref, ce qu'a fait la TFSP...

 

On ne s'étonnera pas non plus, par exemple du dernier point : comment peut-on croire qu'il aura fallu une « influence des entreprises » pour susciter la formulation d'un « principe d'innovation » ?

 

Revenons aux néonicotinoïdes. La partie descriptive conclut :

 

« Il convient de préciser que, dans le contexte de l'UE, des raisons structurelles expliquent l'engagement de l'EFSA et de la Commission européenne en faveur d'une approche "scientifique solide" de la réglementation. Celles-ci sont résumées par van Zwanenberg (2020) comme suit :

 

- Dans le cadre de son engagement en faveur du marché unique, la CE a besoin d'une approche centralisée, donc normalisée, de l'évaluation des risques.

 

- Un agenda pro-biotechnologie pourrait/a pu [could be] être soutenu par la CE et l'EFSA dans l'intérêt de la croissance et de la compétitivité de l'UE.

 

- Une crainte que l'abandon d'une approche standardisée stricte puisse ouvrir la voie à une déconstruction sans fin des politiques de l'UE, conduisant à des réglementations plus coûteuses et plus lourdes.

 

- Une forme latente de scientisme chez les fonctionnaires qui souscrivent sincèrement à une vision de la neutralité scientifique – de sorte que les voix critiques doivent être soit des "intérêts cachés ", soit des " anti-sciences " (Wynne, 2014).

 

 

En relation avec ce dernier point, Wynne (2014) note qu'une économie politique de l'innovation a permis un verrouillage de trajectoires prédéfinies de manière rigide dans des domaines tels que l'agriculture et l'énergie. »

 

Un « agenda pro-biotechnologie » ? Une « forme latente de scientisme chez les fonctionnaires » ? Un « verrouillage de trajectoires prédéfinies... » ?

 

Que faut-il de plus pour caractériser cette bouse ? Lire peut-être une conclusion abracadabrantesque peut-être...

 

Mais c'est une bouse publiée dans une revue, en principe, scientifique...

 

On aurait toutefois tort d'en rester là, sur une sorte de pirouette.

 

Les auteurs écrivent en introduction, avec évidemment un champ de vision restreint par les œillères de la détestation du monde de l'entreprise :

 

« […] Nous affirmons également que l'information, en tant que monnaie, a joué un rôle clé dans la méthodologie de la capture, ainsi que dans l'éthique et la gouvernance de la réglementation, modifiant le cadre de la capture réglementaire. Nous identifions dans cette transformation une progression que nous appelons " échelle épistémique ". Sur la base de cinq cas tests (tableau 1), nous discuterons des nouvelles stratégies de lobbying qui ciblent les espaces où la science est produite comme source de preuves pour l'élaboration des politiques, où sa gouvernance est débattue et où ses implications éthiques sont négociées, jusqu'à cibler directement les fonctions sociétales de la science. Les étapes de l'échelle que gravissent les lobbyistes sont illustrées par nos cas tests, qui concernent tous la pratique, la gouvernance, l'image et la fonction sociales de la science. »

 

Cela s'applique aussi – et de plus en plus – et de plus en plus – au militantisme « anti », quelles que soient sa nature, ses motivations, et les forces qui le sous-tendent et le financent et qu'il sert. L'article examiné ici en est une illustration, tout comme d'autres, tel que celui immortalisé par une ignoble photo de rats.

 

Nous ferions bien de nous en inquiéter. Sérieusement.

 

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