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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les herbicides à base de glyphosate détruisent-ils les cellules cancéreuses et n’ont-ils « aucune toxicité significative » pour l’homme ? Une autre étude dit « oui », mais qu'est-ce que cela signifie ?

26 Août 2019 , Rédigé par Seppi

Les herbicides à base de glyphosate détruisent-ils les cellules cancéreuses et n’ont-ils « aucune toxicité significative » pour l’homme ? Une autre étude dit « oui », mais qu'est-ce que cela signifie ?

 

Cameron English*

 

 

Alors que le géant de la biotechnologie Bayer se bat contre des milliers de poursuites fondées sur l'allégation que son herbicide Roundup cause le cancer, plusieurs études publiées au cours des six dernières années suggèrent que le glyphosate, la matière active de l’herbicide tant décrié, pourrait en fait empêcher la croissance des cellules cancéreuses.

 

Un article publié le 24 juin dans le Journal of Environmental Science and Health, Partie B est la quatrième étude de ce type depuis 2013 à suggérer que le Roundup pourrait avoir des propriétés anticancéreuses. Les auteurs ont indiqué que les co-formulants – des substances qui améliorent l'efficacité du principe actif – du glyphosate inhibaient la croissance des cellules cancéreuses du foie, des poumons et des cellules nerveuses, tandis que le glyphosate était relativement inoffensif:

 

« Les herbicides à base de glyphosate sont des pesticides à large spectre largement utilisés dans le monde [...] mais récemment, il y a eu une controverse persistante concernant leur cancérogénicité [...]. Les données obtenues ont montré que tous les produits de formulation éthoxylés testés et leurs mélanges avec la substance active déclarée, le glyphosate sel d'isopropylamine (GP), avaient un effet inhibiteur significatif sur la prolifération cellulaire, tandis que la substance active déclarée ne présentait aucune toxicité significative. »

 

Si le Roundup ou l’un de ses ingrédients s’avérait un traitement efficace contre le cancer, ce serait un revirement spectaculaire dans la bataille juridique en cours contre Bayer. Mais ce n’est pas encore la conclusion à tirer de cet article. Les quatre études existantes sont très préliminaires. Trois d'entre elles, y compris l'article du 24 juin, sont des études in vitro ou en culture de cellules, qui consistent à tremper les cellules dans des produits chimiques pour voir ce qui se passe, un moyen notoirement peu fiable pour mesurer la toxicité dans le monde réel.

 

 

Attention aux cueilleurs de cerises

 

Bien que cette nouvelle étude ajoute au corpus de preuves rassemblées par 15 agences de régulation et des experts indépendants du monde entier et montrant que le glyphosate ne provoque probablement pas de cancer, il convient de souligner un point plus important. En mai 2019, Genetic Literacy Project faisait rapport sur les trois articles précédents suggérant que le glyphosate pourrait potentiellement devenir un traitement du cancer, car nous voulions illustrer la raison pour laquelle le picorage d'études pour étayer des opinions préconçues est si problématique.

 

« Citer sélectivement des études peut aboutir à des conclusions erronées. C’est pourquoi les scientifiques [...] insistent sur l’évaluation de toutes les recherches disponibles [...]. Mais si vous voulez montrer que le glyphosate est dangereux, malgré une montagne de preuves contraires, picorer est une approche utile. »

 

La même leçon s'applique à cette nouvelle étude. Si nous voulions argumenter sans réserve que certains ingrédients du Roundup tuent les cellules cancéreuses alors que le glyphosate ne pose aucun danger pour la santé humaine, nous pourrions le faire. Mais ce serait une conclusion exagérée et pas la seule interprétation possible. Les auteurs de l'étude sont allés dans la direction opposée, en fait. Ils ont intitulé leur article : « Evaluation of the cytotoxic effects of glyphosate herbicides in human liver, lung, and nerve » (évaluation des effets cytotoxiques des herbicides à base de glyphosate sur le foie, les poumons et les nerfs humains) et ont émis l'hypothèse que le Roundup était peut-être toxique en raison de ses divers « formulants et formulations », et non du glyphosate lui-même.

 

Tirer la conclusion, que le Roundup cause ou guérit le cancer, sur la base de cette étude dépasse les données réelles recueillies par les chercheurs. La biologiste Mary Mangan a expliqué pourquoi dans un courriel au GLP :

 

« La plupart des cellules en culture sont d'origine tumorale, car elles doivent se multiplier de manière constante dans une boîte. Les cellules normales s'arrêtent à un moment donné. Vous ne pouvez pas les convaincre de se développer suffisamment pour pouvoir continuer à tester des choses. Et la source des cellules – tumeur du foie, du cerveau, peu importe –, c’est simplement la source. Dans la boîte, elles pourraient encore avoir certaines caractéristiques du tissu d'origine (certains gènes activés ou désactivés). Mais elles ne doivent pas être confondues avec un comportement du foie ou du cerveau.

 

La culture de cellules est un système artificiel. C'est utile [...] mais vous devez savoir que [les cellules] sont déjà perturbées pour qu'elles soient en multiplication indéfinie. Vous connaissez les limitations. Le titre de cet article a GRANDEMENT exagéré ce que signifient des cellules dans une boîte. »

 

Pour renforcer leur assaut contre le Roundup, des activistes ont mis en doute la sécurité des ingrédients de l'herbicide autres que le glyphosate. Selon le site Web populaire Natural News, fondé par le militant anti-OGM Mike Adams, « le glyphosate est souvent mélangé à […] des agents chimiques qui augmentent le pouvoir destructeur du glyphosate ». Mais l’Environmental Protection Agency et des scientifiques indépendants disent le contraire. Après avoir évalué toutes les preuves disponibles, ces experts ont conclu que les co-formulants du Roundup ne présentaient pas de risque pour la santé humaine.

 

La prochaine fois que quelqu'un affirmera que la substance chimique X pourrait causer ou guérir la maladie Y, assurez-vous que son argument ne repose pas sur des expériences in vitro préliminaires ou incomplètes. Ce type d’études peut être informatif, mais c’est généralement le début d’une enquête scientifique sérieuse – et non la fin.

 

_____________

 

Cameron J. English est le responsable de la génétique agricole et des projets spéciaux du GLP. Il co-anime le podcast Biotech Facts and Fallacies. Suivez-le sur Twitter @camjenglish

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2019/07/31/glyphosate-based-herbicides-kill-cancer-cells-and-has-no-significant-toxicity-to-humans-another-study-says-yes-but-what-does-it-mean/

 

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Y
agronome vous me rappelé un fanatique de GP qui avait autant de mauvaise foi que vous ! Ces etudes sont ce qu'elles sont et u nombre de 4 maintenant ! point barre ! Si elle ne doivent pas etre prise comme référence d'effet "in vivo", mais elles serviront de bases pour des études plus poussées. Les dénigrés juste parce que leurs résultat vous choque et remet en cause vos certitudes est idiot et surtout anti recherches scientifique. Les études scientifique ne sont pas faites pour prouver des croyances ou des faits mais pour chercher des explications meme si ce qu'elles trouvent ne convient pas à vos convictions! Votre avis ...comment dire a autant d'intérêt que se que pense la Royale segolène on s'en fou se que l'on veut c'est la réalité et vérité
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, c'est bien le "Bionel" de son vrai non Lionel P., du 76, le super-grand spécialiste du cuivre en agriculture biologique...

A
seppi pas d’inquiétude; j'ai bien lu en entier, j'ai même relu, j'ai bien compris; je dis bien la vérité.

Ce qui me dérange dans ce cirque, c'est de voir des scientifiques qui pondent des études qui de plus sont publiées, capables d'alimenter la cherry picking, c'est a dire toute l'intox des lobbyistes.

Mais à ce jeu là, non seulement ces scientifiques se décrédibilisent; mais c'est toute la science qui subira les conséquences de ces ignominies.
Répondre
S
Merci à tous les contributeurs qui auront répondu à ce qui se voulait une nouvelle bouse et constitue en fait, à l'insu du plein gré de son auteur, un commentaire très sensé.

Cette forte pensée s'applique parfaitement, par exemple, à l'auteur de ces formidables photos de rats laissés en vie jusqu'à ce qu'ils eurent présenté des tumeurs monstrueuses, suffisamment photogéniques "capables d'alimenter la cherry picking, c'est a dire toute l'intox des lobbyistes".
I
Ah vous auriez pu préciser agronome que vous aviez lu les études, vu votre commentaire on jurerait que vous avez commenté l'article.

Par contre, non je ne suis pas Seppi, mais qu'avez-vous donc tous à me confondre avec André Heitz ? Je ne suis pas lui et je ne le connais ni d'Adam ni d'Eve.
A
Oui j'ai lu l'article et je vous parle de ces études et non de l'article que j'ai bien compris, donc pas d’inquiétude seppi* ou c'est trop difficile pour vous?

*barbe blanche tu te trahis dans tes com et on ne croient plus au père noël ...
M
"Ce qui me dérange dans ce cirque, c'est de voir des scientifiques qui pondent des études qui de plus sont publiées, capables d'alimenter la cherry picking, c'est a dire toute l'intox des lobbyistes."

Des lobbyistes comme génération future (avec nousvoulonsdescoqueliquots et campagne glyphosate), Greenpeace, US right to know, corporate europe observatory et le cabinet Huglo Lepage.
I
Pourquoi m appelez vous Seppi agronome ? Je suis il est la pas Srppi

Et de toute evidence vous n avez pas lu l article car il dit que ces etudes sont bancales et qu ul est hatif de ce baser sur elles pour conclure que le glypho protege du cancer. Ille dit Clairement
I
Allons Seppi,

Ne supprimez pas les commentaires d'@agronome, après il va se sentir en position de force et vous accusera de chercher à cacher la vérité. En plus j'allais lui répondre aujourd'hui...

Bon je le fais quand même : agronome si vous passez par là. Avez-vous bien lu l'article ou vous êtes-vous contentez de lire le titre ?

Non parce que cet article dit clairement que la conclusion selon laquelle le glyphosate peut protéger du cancer est hâtive voire erronée et relève du cherry picking. Donc votre grand paragraphe ne montre pas une vérité, il monte juste où bien que vous ne comprenez pas ce que vous lisez ou bien que vous ne lisez que le titre de l'article pour le critiquer.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il y a des limites à la malséance.
I
Article intéressant qui démontre bien que la science est complexe et qu'il faut être prudent avant de dire ce qu'elle confirme ou infirme. Prenons garde nous, rationnalistes, à ne pas faire ce que nous reprochons aux irrationnalistes de faire.
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