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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le maïs kényan offre une leçon sur les défis et les opportunités de la chaîne d'approvisionnement alimentaire

26 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #OGM

Le maïs kényan offre une leçon sur les défis et les opportunités de la chaîne d'approvisionnement alimentaire

 

Gilbert Arap Bor*

 

 

 

 

Si nous n’avions pas de maïs, tout serait différent, de ce que nous produisons à ce que nous mangeons.

 

Il y a moins d'une saison, il semblait que nous produisions plus de maïs que le pays ne pouvait en gérer. Aujourd’hui, confronté à une sécheresse catastrophique, le pays doit faire face à une pénurie alimentaire imminente et à la hausse des prix du produit de base, le maïs.

 

Pourtant, le fait le plus étonnant à propos de la production de maïs au Kenya est peut-être que cette espèce n'a pas été cultivée au Kenya il y a à peu près un siècle – et notre pays en dépend aujourd'hui plus que tout autre.

 

Les colons britanniques ont apporté le maïs au Kenya au début du XXe siècle. Pendant de nombreuses années, la majeure partie de leur production a été exportée. Rien n'a été mangé au pays.

 

Cela a changé, car la politique coloniale imposait aux Africains de travailler dans les fermes coloniales britanniques et de recevoir des rations de maïs blanc en guise de paiements « en nature » pour leur travail. Dans les années autour de 1925, les Kényans s'éloignèrent d'un régime traditionnel dominé par le mil, les tubercules et les légumineuses et consommèrent davantage de maïs. L'introduction de broyeurs à marteaux a encore stimulé la consommation, car le maïs a été broyé plus rapidement et à meilleur coût que le mil et le sorgho.

 

À la fin des années 30 et au début des années 40, les agriculteurs africains étaient en concurrence avec les agriculteurs coloniaux britanniques pour la production de maïs et le gouvernement a mis en place des offices de commercialisation pour réglementer la commercialisation de la récolte, ouvrant la voie à des achats contrôlés par l'État et à la minoterie à grande échelle. Dans les années 50, ces offices ont commencé à utiliser la technologie des broyeurs à rouleaux qui produisait une farine raffinée et coûteuse et monopolisait les ventes aux consommateurs urbains, entraînant une hausse des prix pour les agriculteurs, détruisant le marché d'exportation et encourageant une production accrue.

 

Cela a nécessité une production scientifique de semences, ce qui a conduit au premier programme de recherche sur le maïs institué à Kitale en 1955. La production de Kenya Seed a commencé l'année suivante. Après l’indépendance du Kenya en 1963, les paysans africains ont racheté en masse les fermes des colons blancs. En 1964, une semence de maïs hybride a été mise en circulation. La production à grande échelle de la culture ainsi que la recherche et le développement continus de nouvelles variétés ont entraîné une augmentation de la production et, dans les années 80, le maïs était devenu la culture la plus importante du Kenya. Il prospère dans de nombreux climats et à peu près tous les petits exploitants le cultivent.

 

La libéralisation du marché des années 90 a apporté de nouveaux défis. Le gouvernement a cessé d'acheter la récolte, ouvrant la voie aux prix dictés par les meuniers privés. La production de maïs n’a pas suivi la croissance démographique du Kenya, avec des années de production élevées et faibles, même si les obtenteurs et les agronomes ont exploité le potentiel génétique du maïs et que le gouvernement a adopté des politiques favorables aux agriculteurs visant à accroître la production.

 

Pourtant, il y a à peine deux ans, le Kenya était confronté à une véritable pénurie de maïs – et le gouvernement a déclaré un état d'urgence. Dans les comtés traditionnellement du grenier à pain du Rift Nord, les agriculteurs ont réagi en cultivant davantage de maïs. Entre-temps, les importations approuvées par le gouvernement ont permis aux cartels de vendre au NCPB [National Cereals And Produce Board – Office National des Céréales et des Légumes] d'importantes quantités de maïs présentées à tort comme du « maïs provenant d'agriculteurs kényans », inondant finalement le marché et recevant tout l'argent destiné aux agriculteurs.

 

Bor (tout à gauche) lors d’une visite d’un essai sur le terrain d’un maïs biotechnologique au Kenya il y a quelques années.

 

Aujourd’hui, alors que la sécheresse s'étend aussi à la saison des semis, les agriculteurs conservent encore plus des deux tiers (environ 21 millions de sacs) de la production de l’année dernière. Le problème ne fera que s'aggraver face à une nouvelle énigme créée par le changement climatique, les coûts de production élevés, l'instabilité des prix, la concurrence étrangère, les parasites et les maladies, les pratiques de production monoculturales et les stratégies de commercialisation médiocres.

 

Alors que les stocks diminuent, les prix des produits de base augmentent à nouveau. Les meuniers ont augmenté les prix de détail et les consommateurs doivent puiser plus profondément dans leurs poches alors que le gouvernement se lamente. Les avantages temporaires d’une nourriture plus abordable nous échappent et nous paierons tous un prix à long terme car les agriculteurs ne produiront rien cette saison.

 

Comme cela arrive trop souvent, notre secteur agricole souffre de sous-production et notre population succombe à la faim, à la malnutrition ou pire. Le Kenya a dû faire face au dilemme classique des prix des denrées alimentaires consistant à maintenir des prix suffisamment élevés pour que les agriculteurs puissent réaliser des bénéfices tout en restant suffisamment bas pour que les consommateurs puissent acheter des aliments à des prix abordables. Le marché et les forces climatiques ont tendance à résoudre le problème, envoyant des signaux de prix aux agriculteurs, qui à leur tour décident quoi planter pour répondre aux besoins de la population.

 

Il n'y a pas de solution simple à ce problème. Les dirigeants des gouvernements nationaux et de comté ont proposé plusieurs solutions, y compris la production irriguée, et je les soutiens. L’une des meilleures idées est que le gouvernement renforce les coopératives d’agriculteurs. Ces organisations appartiennent à des agriculteurs et sont gérées par eux au profit d’agriculteurs. Elles peuvent organiser l'acquisition précoce d'intrants agricoles et servir de voies de création de valeur et de diversification, aidant les agriculteurs à avoir un meilleur accès aux marchés où leurs produits peuvent atteindre de meilleurs prix.

 

Le gouverneur du comté de Uasin Gishu, H.E. Jackson Mandago, a dirigé la création d'usines de transformation du maïs appartenant à des membres de coopératives, avec le soutien logistique et financier du gouvernement du comté. Les membres des coopératives qui livrent à leurs propres usines sont assurés de commercialiser leurs produits, augmentant ainsi leurs revenus. Les coopératives rassemblent les agriculteurs pour réaliser des économies d’échelle, facilitant ainsi l’obtention de capitaux d’investissement et l’achat de tout, des semences aux engrais en passant par les machines agricoles. Ceci, à son tour, peut stimuler l'innovation scientifique, incluant à la fois la sélection classique et la modification génétique.

 

Enfin, les coopératives offrent également des possibilités de diversification dans l'irrigation et la production de cultures d'exportation de grande valeur, telles que le café et les fruits. Elles constituent un bon point focal pour les services de formation et de vulgarisation.

 

Le maïs a peut-être une histoire relativement courte au Kenya, mais des politiques intelligentes lui assureront un avenir long et prospère.

 

____________

 

* Cet article a paru initialement le 20 avril dans le Daily Nation basé à Nairobi, au Kenya.

 

Gilbert Arap Bor

Agriculteur, Kapseret, Kenya

 

D. Gilbert Arap Bor cultive du maïs et des légumes et élève des vaches laitières dans une petite ferme de 10 hectares située à Kapseret, près d'Eldoret, au Kenya. Il enseigne également à l'Université Catholique d'Afrique Orientale, sur le campus d'Eldoret, et est membre du conseil d'administration de la Kenyan Fish Marketing Authority. Dr Bor est le récipiendaire du prix Kleckner 2011 et est membre du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/05/kenyan-maize-offers-a-lesson-in-food-supply-chain-challenges-and-opportunities/

 

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Commenter cet article

what else 27/08/2019 22:11

"Elles peuvent organiser l'acquisition précoce d'intrants agricoles et servir de voies de création de valeur et de diversification, aidant les agriculteurs à avoir un meilleur accès aux marchés où leurs produits peuvent atteindre de meilleurs prix."

Voilà le discours piège, le fameux effet "miroir aux alouettes" tenu par les irresponsables lobbyistes, ce discours n'est évidement que mensonges.

Avec les acquisitions d'intrant leurs marges serons si réduites qu'ils ne gagnerons plus leurs vie comme cela ce passe actuellement chez nous. La vente au meilleur prix mais ces lobbyistes leurs cachent bien que c'est selon les cours ...Dans le cas ou les cours chutent ils supporterons tous de même les coûts des intrants plein pot, aille aille là ça fera mal mais chuttttttttt il ne faut pas éveiller leur soupçons.

Seppi 02/09/2019 14:35

Encore une crétinerie de première… Il est vraiment fort...