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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

60 Millions de Consommateurs n'a pas apprécié la critique de ses salades

1 Mai 2024 Publié dans #60 Millions, #critique de l'information, #Activisme

60 Millions de Consommateurs n'a pas apprécié la critique de ses salades

 

 

Un article sur son site Internet, un éditorial dans son numéro du mois de mai, 60 Millions de Consommateurs a tenté une défense. Elle surfe dans l'éditorial sur l'ultima ratio de Schopenhauer... les choses sont donc claires.

 

 

La direction de 60 Millions de Consommateurs n'a vraiment pas digéré les critiques que nous avions émises, Mme Géraldine Woessner sur X (ex-Twitter) et moi (sur Atlantico puis sur ce blog avec « La décadence du consumérisme et le panurgisme médiatique : le cas des salades de 60 Millions de Consommateurs »), à l'encontre de leur livraison du mois d'avril sur les salades en sachets.

 

Elle a réagi par une « mise au point », « Pesticides : 60 Millions ne raconte pas de salades » sur son site Internet (derrière un péage) et par un éditorial dans son numéro de mai, « N'en déplaise aux détracteurs... »

 

 

Un éditorial au mieux condescendant

 

Et elle a choisi dans son éditorial de se fonder sur les critiques de Mme Géraldine Woessner, particulièrement sévères mais avec un petit point faible, résultat souvent fatal de la nécessaire brièveté des messages.

 

« Je viens de m'infliger la lecture sidérante de ce magazine... Un modèle de désinformation, à enseigner dans les écoles de journalisme. Absolument RIEN ne va... Pas d'information, pas de mise en contexte, pas de sources. Un festival d'insinuation et de complotisme.

Allons-y... »

 

 

(Source)

 

 

Il y avait eu, par exemple, mise en contexte, mais avec les techniques bien connues comme la petite phrase glissée dans le texte qui permet, le cas échéant, de tonitruer : « Vous voyez... » Ce qui ne manqua pas de se produire (voir ci-dessous).

 

Mais qu'il est doux de se draper en martyr ! Nous avons émis des critiques ? Nous sommes des « détracteurs » !

 

Et en ange blanc :

 

« Nous suivons strictement des normes. Nous ne sommes les suppôts d'aucun lobby. Les faits, rien que les faits ! »

 

Ainsi, avec cette forte affirmation mise en valeur par un pavé, les critiques – oups ! les « détracteurs » – deviennent implicitement des suppôts de lobbies...

 

Mais ce grand art rhétorique (ironie) ne répond pas à une critique fondamentale que nous reformulerons ici après avoir lu ceci :

 

« La force d'un comparatif, c'est de montrer où sont les qualités et les défauts de chaque produit afin que les consommateurs puissent choisir en connaissance de cause. »

 

Répétons donc : il est irresponsable de produire un comparatif fondé sur des échantillons limités à, ici, un sachet de salade par marque, d'inciter les pisse-copies à produire des articles dénigrant les produits mal notés, d'inciter soi-même et par pisse-copies interposés les consommateurs à choisir sur la base de résultats nullement représentatifs des produits proposés par telle ou telle marque ou tel ou tel distributeur.

 

Encore une fois : refaites le « comparatif » dans quelque temps et vous trouverez des résultats différents. Le facteur clé n'est pas la marque ou le distributeur, mais le producteur de salades ainsi que la saisonnalité.

 

Il est difficile de croire que 60 Millions n'est pas conscient de cette limitation. Il précise sur Internet :

 

« ...chaque fabricant est informé, en amont de la publication, des résultats de nos analyses sur son produit, dont nous indiquons les numéros de lots testés... »

 

Mais le lecteur n'est pas informé du fait que les résultats dépendent, ou peuvent dépendre, du lot...

 

Et 60 Millions pérore :

 

« Il y a beaucoup de pesticides, on le dit ; dans les limites autorisées par la loi, on le dit aussi. Tout comme on s'interroge sur ies effets cocktail et le fait que l'on sait encore peu de choses sur l'association de certaines molécules entre elles. »

 

Oui, « on dit »... mais noyé dans un flot d'autres allégations. Et on affiche en couverture « Des pesticides plein les sachets »...

 

 

(Source et source)

 

 

« On sait un peu » sur les « effets cocktail », écrit Mme Géraldine Woessner ? Soyons sérieux ! Si cet effet était bien réel au sens qui est régulièrement mis en avant – à savoir un effet plus qu'additif, synergique –, cela se saurait. Et les gestionnaires de la santé publique auraient pris des mesures.

 

Dans l'éditorial, on continue d'insinuer et de semer le doute : « ...on s'interroge sur les effets cocktail... »

 

Et pourtant ! Dans son numéro d'avril, 60 millions avait interrogé M. Jean-Pierre Cravedi, toxicologue, ancien directeur de recherche à l'INRAE. Si la fin semble être une flatterie pour ses interlocuteurs, son propos est pourtant clair :

 

« Il existe une incertitude sur ces effets cocktail, notamment avec les substances CMR [cancérogène, mutagène, reprotoxique, NDLR]. Certes, on dispose aujourd'hui de données sur les mélanges de résidus auxquels les Français sont le plus exposés. Elles indiquent, pour la plupart, qu'il s'agit principalement d'effets additifs, c'est-à-dire pas plus nocifs mélangés que pris individuellement. Mais là, en présence de produits phytosanitaires moins répandus, je ne nie pas la présence de zones d'ombre. »

 

La « présence de zones d'ombre » est sans doute appelé à un bel avenir... pour entretenir le doute, à défaut de pouvoir assommer avec des certitudes.

 

Soyons un peu complotiste ici : comment se fait-il qu'il y ait peu d'études sur le sujet et, sauf erreur, aucune iconique ? Ne serait-ce pas parce qu'il n'y a pas grand chose à trouver susceptible d'intéresser les éditeurs de revues ?

 

Enfin, l'éditorial dérive vers les insultes crasseuses :

 

« N'en déplaise à nos détracteurs qui font commerce de coups de gueule surjoués et en rien d'information, nous réitérons l'exercice dans ce numéro. […] Nous avons réalisé ces deux études en toute objectivité. Un mot malheureusement inconnu des trolls. »

 

Les deux comparatifs évoqués portent sur les produits phytosanitaires encore disponibles pour les jardiniers amateurs et les teintures capillaires. Mais ce sont des produits issus de process bien définis, pas des salades...

 

En définitive, ce sont les lecteurs de 60 Millions qui sont pris de haut.

 

 

Un autogoal sur Internet

 

Nous ne ferons pas ici une analyse détaillée de la « mise au point » sur le site internet. Brandolini...

 

Elle est fondée sur les propos de Mme Géraldine Woessner, notre article sur Atlantico étant en quelque sorte évacué en une phrase :

 

« Elle a répété ses propos sur le plateau de BFMTV au lendemain de la parution de notre article. De plus, un article publié par Atlantico a également mis en doute les résultats de notre étude, en reprenant les arguments de cette journaliste.

 

Non, ce ne sont pas les « résultats » qui ont été « mis en doute », mais l'ensemble de la démarche qui a été critiquée et jugée contraire à la déontologie.

 

Et on ne peut qu'éclater de rire devant l'allégation d'une reprise « des arguments de cette journaliste ».

 

Il y a une admission de taille, avec un bémol, pour les « effets cocktail » :

 

« Si les effets cocktail sont encore très peu étudiés, citons par exemple une étude récente menée par des chercheurs de l’Inserm, établissement public de recherche médicale, qui suggère un lien positif entre une exposition sur le long cours à 25 substances actives largement utilisées dans les pesticides de l’Union européenne et la survenue d’un diabète de type 2. »

 

Cette étude, c'est « Prospective association between dietary pesticide exposure profiles and type 2 diabetes risk in the NutriNet-Santé cohort » (association prospective entre les profils d'exposition aux pesticides alimentaires et le risque de diabète de type 2 dans la cohorte NutriNet-Santé) de Rebouillat et al. Il suffit de lire le titre pour comprendre que ce n'est pas du tout une étude sur l'effet coktail. Carence intellectuelle ou tentative de désinformer ?

 

60 millions tente aussi de se dédouaner s'agissant de la quasi-absence d'informations sur les molécules détectées :

 

« Pour que nos tableaux restent lisibles, il est impossible de détailler toutes les molécules retrouvées. Il aurait fallu occuper plus de pages de notre magazine, au détriment d’autres sujets de consommation tout aussi importants. De plus, et à moins d’être spécialiste en la matière, le nom de chaque molécule ne permet pas d’éclairer le consommateur sur les effets potentiels qu’elle peut avoir sur la santé. »

 

C'est spécieux et indigent. On parle de... 28 molécules, comme indiqué en couverture. Et d'un article de huit pages... dont une double-page essentiellement consacrée à une illustration !

 

60 Millions se fait aussi arrogant :

 

« Bien sûr, nous pouvons citer les molécules ayant des propriétés suspectées CMR par l’ECHA et retrouvées dans notre étude ».

 

Et de lister huit molécules avec leur effet suspecté... mais toujours sans préciser les niveaux de résidus, ce qui était un des griefs importants des critiques. Le contexte suggère des niveaux microscopiques (« nous avons une fréquence a minima de détection (présence égale ou inférieure à 0,01 mg/kg de produit) élevée pour le spirotetramate et l’azoxystrobine (dix occurrences chacune) ».

 

Notons enfin ces deux propos de poids, mis en intertitres :

 

« Non, il n’est pas acceptable que nos aliments soient contaminés, même dans les limites maximales autorisées »

 

Et :

 

« Un produit qui respecte la réglementation serait inoffensif ? C’est faux ! »

 

Le deuxième est fondé sur un sophisme de l'homme de paille. Quant au premier, il remet en cause les fondements de l'agriculture qui nous nourrit, ainsi que de la toxicologie et de la sécurité sanitaire des aliments.

 

On a, là, les fondements de la désinformation évoquée par Mme Géraldine Woessner.

 

On peut être tenté de conclure : « Vive la famine ! »

 

Et, en tout cas : « Un "troll" vous salue bien ! »

 

 

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J
Encore une fois : refaites le « comparatif » dans quelque temps et vous trouverez des résultats différents<br /> =><br /> Dans un des dernières vidéos de la tronche en biais sur la reproductibilité des études, a un moment ça dit:<br /> Si vous obtenez un résultat conforme à vos attentes (en biologie surtout), surtout ne refaites pas l'expérience, vous aurez des résultats différents
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