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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les médias africains exhortés à prendre en compte « l'intérêt national » dans la couverture des OGM

25 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Les médias africains exhortés à prendre en compte « l'intérêt national » dans la couverture des OGM

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

 

 

Des journalistes et des scientifiques exhortent les médias africains à prendre en compte « l’intérêt national » dans leurs reportages sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) afin de guider le débat du continent sur la technologie.

 

Affail Monney, président de l’Association des Journalistes du Ghana (GJA), a déclaré qu’il ne suffisait pas que les médias jouent le rôle de courroie de transmission des informations sur les OGM sous l'angle des « pro » et des « anti »

 

« Notre objectif est de trouver un terrain d'entente et de passer au crible les questions sous un angle journalistique et de les présenter telles quelles, après avoir écouté les deux côtés [...] C'est donc là que notre expertise journalistique devrait intervenir », a-t-il déclaré à l'Alliance pour la Science après une table ronde à Accra sur la couverture médiatique des OGM. « Il ne suffit pas de répéter ce que les deux côtés nous ont dit, pour ou contre […] Nous devons écouter les deux côtés. Et puis, nous avons des éditoriaux et des opinions […] Nous devons prendre une position guidée uniquement par l'intérêt national. »

 

Ses commentaires ont fait suite aux préoccupations exprimées par certains scientifiques selon lesquelles les médias ont souvent laissé sans réponse les discours alarmistes et les informations erronées sur la technologie, suscitant des doutes sur les OGM dans l'esprit des citoyens.

 

« Je suis inquiet », a déclaré Richard Ampadu Ameyaw, de l'Institut de Recherche sur les Politiques en Matière de Science et de Technologie. « Si vous regardez le travail des médias, ils sont censés fournir des informations [exactes]. Pas des informations qui induisent en erreur. Ils sont censés donner des informations fiables à la population. La première chose que je dois faire est donc que je m'assure que les professionnels des médias soient convaincus que cette information que je diffuse est la véritable information. Mais il semble que les médias eux-mêmes ne soient pas sûrs de ce qu'ils racontent. Donc, si vous vous trouvez dans cet espace, vous induisez toujours les gens en erreur. »

 

Les essais sur le terrain susceptibles de conduire à la commercialisation de plantes génétiquement modifiées en sont à un stade avancé dans plus de 12 pays du continent africain. Au Ghana, des scientifiques ont indiqué qu’ils avaient achevé leurs travaux sur la première plante GM du pays et qu’ils présenteraient bientôt une demande de libération commerciale aux autorités de réglementation.

 

Le président de la GJA a déclaré que les questions de science et de technologie étaient complexes, mais qu'il incombait aux médias de bien les comprendre et de les communiquer correctement au public. « Nous [les médias] devons comprendre les problèmes et les humaniser [...] La compétence des journalistes est fondamentale. La première étape sera donc de susciter l’intérêt des journalistes. Ainsi, ils peuvent digérer et assimiler de tels problèmes et façonner leur esprit pour le mieux, », a-t-il déclaré.

 

« Nous devrions demander : quelles sont les implications ? Les avantages et les inconvénients : quels sont les bénéfices et les effets négatifs des OGM ? Mais si nous permettons à des gens de les dominer, parfois, les discussions ne seront pas dans l’intérêt de ce pays. Nos spécialistes des médias dans ce domaine devraient jouer un rôle de premier plan dans la formation de l’opinion publique et pour amener le gouvernement à définir une politique qui soit dans l’intérêt national suprême », a ajouté Monney.

 

Il a noté qu'il existait un lien entre le développement de n'importe quel pays et l'importance accordée par les médias aux questions de science et de technologies. « Il y a une corrélation directe entre le sérieux avec lequel nous prenons de telles questions et le développement national. Donc, si nous souhaitons nous développer dans toutes les dimensions, les journalistes doivent approfondir leur intérêt pour la science et cela devrait se traduire par davantage d'articles sur ces questions », a déclaré Monney.

 

Ameyaw, qui est également le coordinateur ghanéen du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB), souhaite que les médias donnent la priorité aux points de vue des vrais experts sur les questions relatives aux OGM et ne permettent pas aux personnes qui ne comprennent pas parfaitement la technologie de mener les discussions. « J’en suis venu à comprendre que si je tombais malade ou que je me cassais une jambe, je n’irais pas chez un charpentier. Vous allez chez quelqu'un qui est capable d'apporter une solution. Et donc, s'il y a un problème avec une question scientifique, vous allez voir un scientifique […] La réalité est que nous avons des scientifiques qui s'intéressent à la technologie », a-t-il noté.

 

Mary Ama Kodum-Agyemang, consultante en communication, s’inquiète également de ce que la propagation de faussetés sur les OGM empêche un véritable débat sur la technologie. « Les anti ont réussi à susciter la peur des OGM. Et la peur est une chose forte. Les gens s’opposent donc à cause de la peur […] Et c’est une peur malsaine […] Mais en tant que nation, il existe un programme de développement. Et une partie de ce programme a à voir avec la science », a-t-elle déclaré.

 

Elle a appelé les médias à travailler à la production de davantage d'enquêtes sur les OGM afin que le public puisse être mieux informé. « La plupart des choses négatives sont dites par peur inutile. Et on ne doit pas faire ça. C’est de la science [...] Je veux voir la majorité de ceux qui couvrent les questions de biotechnologie le faire sous l'angle de l’enquête », a déclaré l’ancien radiodiffuseur et auteur à l'Alliance pour la Science.

 

_____________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/07/african-media-urged-take-gmo-positions-inspired-national-interest/

 

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I
Ce serait cool pour l'Afrique si les médias africains pouvez écouter les scientfiques de la sorte, ce serait une très belle leçon de déontologie journalistique donnée aux médias européens et le signe flagrant que la science africaine est aussi productive et développée que la science européenne. En tout cas ca fera un sacré pied au nez de nos moralisateurs de première.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"...une très belle leçon de déontologie journalistique donnée aux médias européens …" ? Vous croyez encore au Père Noël ?