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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : Philippulus Chevallier dans le Point

28 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme

Glyphosate : Philippulus Chevallier dans le Point

 

 

Déjouant les pronostics, les États membres de l'Union Européenne ont voté le 27 novembre 2017, ric-rac en termes de majorité de la population, le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour cinq ans. Mais l'affaire ne se termine pas là, bien au contraire. Les manœuvres vont continuer, surtout en France où le Président de la République vient d'annoncer une sortie du glyphosate dans les trois ans, et le cirque va recommencer à Bruxelles d'ici 2022.

 

J'avais des articles en attente. Ils ont perdu un peu de l'actualité, mais ne sont pas totalement obsolètes. En voici un autre.

 

 

 

Il n'y a, hélas, pas que l'indigence déontologique du Monde Planète des deux Stéphane à vitupérer. Le Point a offert ses colonnes le 9 novembre 2017 à M. Laurent Chevallier, médecin nutritionniste en centre hospitalo-universitaire et en clinique, pour des billets qui font souvent l'article pour la merveilleuse agriculture biologique et, inversement, contre l'agriculture qui nous nourrit. Son dernier, « Zéro glyphosate : c'est possible » est un florilège de... soyons un peu charitable.

 

M. Chevallier n'est peut-être pas l'auteur du chapô :

 

« Il existe des alternatives à cet herbicide suspecté d'être cancérogène. Mais, à ce jour, les pouvoirs publics n'ont rien fait pour les développer. »

 

C'est étonnant : des pouvoirs publics si hostiles, depuis des années, aux pesticides. Rappelez-vous : le Grenelle de l'Environnement qui sacrifia l'agriculture au nucléaire, décerna un brevet de politiquement correct à la phobie des pesticides et édicta un objectif de réduction de l'utilisation des pesticides de 50 % en dix ans, c'était de septembre à décembre... 2007. On pourra certes rétorquer – sans preuves, mais qu'importe dans le monde post-factuel – que rien n'a été fait...

 

La suite est de M. Chevallier. Elle commence mal, très mal :

 

« Le glyphosate, herbicide, classé comme cancérogène possible par le Centre international de recherche sur le cancer, organisme indépendant de l'agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)... »

 

Si l'auteur du classement est correctement identifié – ce n'est souvent pas le cas – la qualification est fausse : c'est « probable », pas « possible », qui désigne la classe suivante dans l'ordre décroissant du système du CIRC.

 

Il faut de grands mots, enrobées dans des précautions oratoires selon un usage très répandu en journalisme. Donc le glyphosate :

 

« contamine en premier lieu les agriculteurs, les habitants proches de certaines exploitations agricoles et peut, potentiellement, toucher toute la population... »

 

Mais à force de forcer sur le principe de précaution journalistique, l'argument perd de sa force. On ajoute donc :

 

« ...le fait est connu, patent. »

 

Oh oui ! Nos méthodes d'analyse sont maintenant tellement précises qu'on trouve de tout partout... et il suffit d'appeler cela « contamination ».

 

Mais que fait la police ? Oups !

 

« Et que font les pouvoirs publics ? Ils n'arrêtent pas de tergiverser au niveau européen et français sur une éventuelle date d'interdiction. »

 

En fait, au moins au niveau européen, les tergiversations sont sur la durée du renouvellement de l'autorisation.

 

C'est le moment d'un formidable effet de manche – une technique qui n'est pas réservée aux avocats en robe :

 

« Cela est particulièrement atterrant, l'histoire, la justice peut-être, retiendra qu'ils sont à la fois responsables et coupables, car ne pas utiliser de glyphosate en grande culture conventionnelle est tout à fait possible. »

 

Agiter la responsabilité et la culpabilité est particulièrement efficace dans une France traumatisée par des scandales et « scandales », par exemple celui du sang contaminé (vraiment contaminé) qui empoisonna aussi la vie politique de M. Laurent Fabius, Mme Georgina Dufoix et M. Edmond Hervé. Mais l'explicative nous laisse pantois.

 

M. Chevallier a un ami agronome :

 

« Que nous enseignent des agronomes comme Claude Aubert ? Qu'il est tout à fait possible de lutter contre les mauvaises herbes, non pas chimiquement, mais mécaniquement avec des outils adaptés (sarclage…), qu'il est possible de pratiquer des cultures dites dérobées (principalement engrais vert) entre deux cultures principales et qu'il faut modifier les rotations, notamment en introduisant des légumineuses. En plus, cela permet d'améliorer la qualité des sols et de diminuer les apports d'azote. »

 

Normal... ils ont écrit à quatre mains « Alors, on mange quoi ? », sous-titré « Le guide du bon sans toxique », ainsi que le « Guide antitoxique de la grossesse ».

 

À en croire l'extrait du premier ouvrage ci-dessous, en mai 2016, les auteurs ne semblaient pas particulièrement angoissés par le glyphosate, au point pour l'un d'eux d'évoquer « l'histoire, la justice ».

 

M. Aubert ne nous apprend rien de nouveau... la houe et la binette sont multi-millénaires...

 

Or donc,

 

« Passer à une agriculture zéro glyphosate est possible très rapidement et dépend principalement de l'aide technique qui peut être apportée aux agriculteurs pour effectuer cette transition. La balle est clairement dans le camp des pouvoirs publics. »

 

C'est ça ! Les agriculteurs sont des idiots... et toute solution passe en France par les « pouvoirs publics ». Mais qu'a donc fait M. Aubert – un homme éminemment respectable – pendant toutes ces années ? Que fait l'INRA ?

 

Après une citation de son « confrère Pierre-Michel Périnaud » (voir ici notre commentaire sur sa tribune dans le Monde), nous voici à la conclusion :

 

« Tout cela est particulièrement préoccupant puisque les pouvoirs publics faillissent pour partie dans le domaine de la santé et de l'alimentation à leur principale mission : protéger efficacement leurs propres citoyens. Il en est de même pour les perturbateurs endocriniens. »

 

Ces imprécations, c'est franchement lassant.

 

Peut-être que des auteurs d'ouvrages dispensant la bonne parole sur ce qu'il convient de manger devraient s'interroger sur le point de savoir pourquoi leur audience ne dépasse pas le cercle des hypocondriaques, de nature ou de création par leurs ouvrages et les médias complaisants.

 

 

 

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aatea 28/11/2017 16:20

juste une remarque à l'article que j'apprécie

"phovie des pesticides" c'est pas plutôt phobie des pesticides?

bonne continuation

aatea

Seppi 29/11/2017 15:55

Bonjour,

Merci pour votre commentaire et vos encouragements.

Corrigé.

douar 28/11/2017 11:24

"en même temps"... les commentaires dudit article donnent du baume au coeur:le pôvre auteur se fait écharder.

Seppi 29/11/2017 15:51

Bonjour,

Merci pour votre information.

Je suppose que pour qu'ils soient efficaces, les chats ne doivent pas être nourris (les miens ne chassent que pour le plaisir). Mais que font les assos ?