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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

De la ferme à la table, etc. : l'enquête de l'UE sur les pesticides est naïve, chimiophobe et polluée par le militantisme (2e partie)

20 Avril 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Union européenne, #Pesticides, #Activisme

De la ferme à la table, etc. : l'enquête de l'UE sur les pesticides est naïve, chimiophobe et polluée par le militantisme (2e partie)

 

Risk-monger*

 

 

 

 

Le rêve d'une Europe sans pesticides (chimiques)

 

 

 

 

Quelque part en chemin (depuis la présidence Delors), les institutions européennes ont mis leurs rêveurs en charge de la politique de l'UE. Quelque part à la DG Santé, il y a un activiste qui s'imagine que nous pouvons nourrir le monde sans outils de protection des plantes, sans engrais ou sans technologies des semences. La dure réalité de l'agriculture est que nos cultures, nos sols et nos rendements sont de plus en plus vulnérables aux ravages de la nature. La population mondiale croissante exigeant des régimes alimentaires plus riches (dans un contexte de stress climatique accru), nous avons besoin d'outils de protection des plantes plus sophistiqués, de meilleures technologies des semences et d'une meilleure gestion des sols si nous voulons parvenir à l'intensification durable nécessaire des rendements agricoles. Nous n'avons pas besoin d'autres rêveurs qui pensent que nous pouvons nourrir le monde si nous supprimons toutes les innovations technologiques des 70 dernières années, si nous arrêtons la recherche industrielle et si nous adoptons une approche plus holistique (agro-écologique) de la terre.

 

Je ne partage pas ce rêve. C'est pourtant celui qui semble déterminer l'orientation politique de l'Union Européenne en ce moment (et les conséquences s'avéreront dévastatrices à l'échelle mondiale).

 

Avec les rêveurs aux commandes, la Commission Européenne met en place une stratégie « de la ferme à la table » qui promettra faussement à ses populations apathiques que leur nourriture sera bientôt 100 % sûre et sans produits chimiques (j'aimerais bien inventer tout ça). Ils affirment maintenant que les agriculteurs européens peuvent nourrir le monde avec des produits biologiques et que cela sera meilleur pour l'environnement. Rien de tout cela n'est scientifiquement valable, mais ces idéologues n'ont jamais fondé leurs rêves sur des preuves.

 

Une fois que nous aurons interdit toutes les technologies, nous pourrons simplement jeter de l'argent sur les problèmes que nous avons créés. (Je crains que cette phrase ne vienne de résumer l'échec du leadership européen fondé sur la précaution au cours des deux dernières décennies.)

 

 

 

 

Belle idée ! C'est probablement la raison pour laquelle cela se fait déjà, puisque la plupart des fabricants de pesticides en Europe ont introduit des politiques de reprise de leurs fûts et bidons vides. Grâce aux technologies d'agriculture de précision, les fabricants de pesticides mettent en place des moyens permettant de n'appliquer les pesticides que dans les zones des champs où les cultures sont vulnérables (ce qui augmente leur effet tout en diminuant leur volume). De nouveaux systèmes de dosage permettent aux agriculteurs d'obtenir le bon mélange tout en évitant tout débordement ou contact.

 

Mais les personnes qui ont conseillé les fonctionnaires de la Commission Européenne chargés de cette consultation (c'est-à-dire les militants anti-pesticides) ont négligé de les informer que ces outils et pratiques sont déjà à la disposition des agriculteurs européens. Et il semble que les fonctionnaires européens n'aient jamais pris la peine de consulter les industriels eux-mêmes pour savoir ce qu'ils ont développé au cours de la dernière décennie (apparemment, ils ne sont plus autorisés à rencontrer les responsables des entreprises, sauf par l'intermédiaire des associations professionnelles).

 

 

 

 

Sérieusement ? La Commission Européenne ne comprend-elle pas les fondements de la gestion des risques ? La gestion des pesticides n'est pas comme la mesure de la teneur en sucre des bonbons ou des desserts. Les codes de couleur impliqueraient que certains pesticides ne nécessitent pas d'attention particulière, ce qui va à l'encontre de tout ce que les agriculteurs sont formés à pratiquer. Toutes les expositions aux produits chimiques doivent être gérées correctement... Point barre !

 

 

 

 

Une fois encore, cela pourrait fonctionner dans le cadre du bricolage pour le jardinier moyen, mais ce n'est pas la préoccupation principale de la législation « de la ferme à la table » ou de l'« utilisation durable ». Et répétons-le, les pesticides plus dangereux sont conçus pour lutter contre des infestations plus difficiles et c'est là que réside leur valeur.

 

L'idée d'utiliser un système basé sur les médicaments pour réduire l'utilisation et restreindre l'accès par le biais de prescriptions ne fonctionnerait pas ici. Les agriculteurs doivent souvent lutter contre des attaques pernicieuses, rendues particulières par les variations des conditions du sol, des semences, des parasites et du temps. Dire arbitrairement aux agriculteurs que le quota de pesticides a été atteint, que les produits les plus puissants ne seront pas disponibles pour eux ou qu'ils devront simplement laisser tomber la récolte, c'est comme dire à un patient atteint d'un cancer qu'il ne peut pas utiliser le meilleur médicament pour son traitement... mais tiens, prenez donc deux aspirines et appelez-moi demain matin.

 

Comment un fonctionnaire de la Commission Européenne peut-il penser qu'un système basé sur la prescription est une bonne idée alors que chaque exploitation et chaque culture sont différentes ?

 

 

 

 

Il existe différentes interprétations de ce que signifie réellement la lutte intégrée contre les parasites et maladies (IPM – integrated pest management). Les agriculteurs considèrent la lutte intégrée comme une question de bon sens : il faut essayer d'autres moyens de prévenir les pertes de récoltes avant d'appliquer des pesticides. Pour les activistes, la lutte intégrée contre les parasites est la première étape vers une interdiction totale des pesticides (et c'est la raison pour laquelle ils se sont battus avec véhémence pour interdire les néonicotinoïdes et le glyphosate malgré leurs avantages pour l'agriculture). Pour la Commission Européenne, il semble qu'elle interprète maintenant la lutte intégrée comme le moyen d'interdire totalement les pesticides « chimiques » afin que l'Europe puisse devenir entièrement biologique.

 

Donc la solution de la Commission Européenne est encore une fois : jetons plus d'argent dans une mauvaise idée [ma note à la suite d'un commentaire : la mauvaise idée étant de promouvoir la lutte intégrée "comme le moyen d'interdire totalement les pesticides « chimiques » afin que l'Europe puisse devenir entièrement biologique"].

 

C'est de la folie pure et simple.

 

 

 

 

La première question à se poser est de savoir si le label de marketing et l'idéologie du culte de l'agriculture biologique sont réellement assez durables pour mériter d'être promus. Il y a beaucoup plus de dogme que de science derrière l'alimentation biologique, aussi une telle suggestion m'inquiète-t-elle. Une personne (ou une institution) raisonnable devrait-elle oser promouvoir l'alimentation biologique ?

 

Il est largement admis que la plupart des cultures biologiques ont un rendement inférieur de 40 % en moyenne à celui des cultures conventionnelles, ce qui signifie que nous devrions labourer davantage de prairies et d'habitats naturels pour satisfaire nos besoins alimentaires croissants. Les produits biologiques étant beaucoup plus chers, les segments les plus pauvres de la population ne pourront pas se permettre un équilibre alimentaire quotidien correct comprenant au moins cinq portions de fruits et légumes. Sans herbicides, il sera de plus en plus difficile pour les agriculteurs de régénérer leurs sols grâce à l'agriculture sans travail du sol avec des cultures de couverture complexes. Du point de vue de la justice sociale, la promotion de l'alimentation biologique dans l'UE entraînera davantage de souffrances pour les petits exploitants et leurs familles en Afrique, car ils donneront la priorité aux exportations alimentaires vers l'Europe. Des terres seront également expropriées au détriment des agriculteurs, comme c'est le cas au Rwanda, afin de cultiver des fleurs pour fabriquer des pesticides biologiques (« non chimiques ! »), plutôt que de la nourriture pour les communautés locales. (Voir mon article « 20 raisons » pour plus d'arguments et de sources sur les raisons pour lesquelles l'alimentation biologique est mauvaise pour l'humanité et la planète – ici et ici sur ce blog.)

 

Seul le rêveur le plus naïf, qui n'a aucun égard pour les faits ni aucune préoccupation pour le bien-être humain et la durabilité de l'environnement, envisagerait de promouvoir l'agriculture biologique ou même penserait qu'il est utile de délimiter une fausse dichotomie morale entre naturel et synthétique – ou biologique et conventionnel...

 

...et cela nous amène à la stratégie pro-biologique « de la ferme à la table » de la Commission Européenne (l'objectif principal, je crois, de cette comédie de boulevard cynique de consultation publique).

 

 

De la ferme à la table, etc.

 

Cette consultation est une tentative à peine voilée de légitimer la stratégie « de la ferme à la table » de la Commission Européenne. Les questions sont toutes orientées en faveur de l'agriculture biologique. Il n'y a eu aucune question sur les risques pour la santé humaine et l'environnement des pesticides (non chimiques ?) approuvés pour l'agriculture biologique. Aucune question sur les avantages auxquels les consommateurs seraient prêts à renoncer ou les coûts qu'ils seraient prêts à supporter. Le ton de l'enquête reflète, malheureusement, un mépris envers les consommateurs et les agriculteurs et une adulation envers ceux qui luttent pour le retrait des produits chimiques. Le parti pris de la consultation présente les agriculteurs conventionnels comme des ignorants qui déversent allègrement des produits chimiques dangereux dans l'environnement. La consultation publique en ligne de l'UE sur l'utilisation durable des pesticides était puérile, non scientifique et, tout simplement, une honte pour la Commission Européenne.

 

La dernière section pose la question de savoir si l'imposition d'un ensemble d'exigences radicalement nouvelles sur notre système de production alimentaire aura un impact. C'est presque comme si les fonctionnaires européens ne comprenaient pas les risques potentiellement catastrophiques qu'une telle entreprise entraînerait. Mais encore une fois, ce sont les mêmes personnes qui pensent que nous devons arrêter les pesticides « chimiques », alors peut-être ne devrions-nous pas faire trop d'hypothèses sur leurs capacités. Les idéologues ne se soucient guère des conséquences ; avec les rêveurs naïfs nous avons la certitude que ces conséquences seront graves.

 

Le fait de demander les impacts potentiels de la stratégie « de la ferme à la table » en cochant simplement une case indique que la Commission Européenne ne prend pas très au sérieux les conséquences potentielles de l'imposition d'une idéologie politique sur un défi scientifique. J'ai décidé de répondre à cette section par quelques brefs commentaires.

 

 

 

 

Forcer un changement de politique majeur comme la stratégie « de la ferme à la table », qui aura des effets profonds sur la façon dont les Européens se nourrissent, juste pour qu'elle puisse s'intégrer parfaitement dans un programme « Pacte Vert » (Green Deal) axé sur le changement climatique, n'est probablement pas une idée très intelligente. Insister pour la faire passer au milieu d'une pandémie qui menace d'étrangler l'économie européenne et les moyens de subsistance d'une grande partie de la population est tout simplement irresponsable. Les échecs de la gouvernance du Pacte Vert de Bruxelles feront des millions de victimes humaines. Compte tenu de la détermination désastreuse de plusieurs des personnalités de l'actuel cabinet de la Commission Européenne, je ne serais pas surpris si les conséquences de ce programme politique entêté entraînaient une nouvelle rupture ou une dilution de l'Union Européenne.

 

Je n'ai jamais vu Bruxelles être dirigée avec un tel niveau d'incompétence, d'intransigeance et d'incohérence. L'état de l'Union est en lambeaux.

 

_____________

 

David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter oulapage Facebook de Risk-Monger.

 

Source : F2F FFS Pt 1: The EU Pesticide Survey – Naïve, Chemophobic and Activist-driven – The Risk-Monger (risk-monger.com)

 

 

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max 21/04/2021 15:33

L'UE fait la même chose avec le nucléaire pour la taxonomie sur les énergie verte. Refiler le dossier à des parlementaire en pleine idéologie anti-nucléaire et pro-renouvelable et ignoré les avis des expert sur le sujet.
https://twitter.com/maxcordiez/status/1382993587953012736

joletaxi 20/04/2021 16:42

très bons articles
mais vous pourriez écrire les mêmes concernant l'énergie,concernant les transports,l'immobilier, etc etc..
sous le fallacieux prétexte d'une crise climatique(reportée régulièrement) ,s'est construit un dogme qui oriente toutes les politiques
Vous pourrez bientôt connaître avec une précision à 4 chiffres,l'empreinte carbone de vos chaussures, de votre teashirt,du crayon couleur, de celui à mine dure, tout cela grâce à une administration pléthorique,tatillonne,complètement déconnectée du réel
La crise covid est une illustration de ce monde là
J'aimerais me dire que ceci est une parenthèse, que la déconfiture de nos modes de représentation va permettre un sursaut salutaire, et que toute cette clique de dangereux crétins va être balayée
Mais je ne peux écarter l'idée que ceci au contraire fait partie d'un plan patiemment mis en place par quelque groupe occulte.
La parenthèse Trump démontre la puissance de ce groupe.

Aymard 20/04/2021 09:23

Bonjour,
Souvent d'accord, mais pas avec le point de vue sur la lutte intégrée, qualifiée ici de mauvaise idee, s'il y en a une à approuver c'est pourtant bien celle ci, ce n'est d'ailleurs pas que idée, mais devenue une bonne pratique développée, enseignée et pratiquée depuis bientôt un demi siècle, notamment dans les réseaux de développement agricole en France et en Europe
Cordialement
J Aymard

Seppi 20/04/2021 10:36

@ Aymard le mardi 20 avril 2021, 09:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je viens de relire. David n'a pas écrit que la lutte intégrée est une mauvaise idée. Ce serait stupéfiant de sa part de le faire (et je n'aurais pas traduit et publié, du moins sans un commentaire).

L'idée qu'il exprime est que c'est une mauvaise idée de la part de la Commission de vouloir promouvoir la lutte intégrée "comme le moyen d'interdire totalement les pesticides « chimiques » afin que l'Europe puisse devenir entièrement biologique".

Je vais préciser dans le texte.