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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Biocheckons le laboratoire Biocheck...

6 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Biocheckons le laboratoire Biocheck…

 

Glané sur la toile 338

 

 

On doit maintenant le savoir partout... Une Association « Campagne glyphosate » bat la campagne (et les villes) pour recruter des « pisseurs involontaires de glyphosate » prêts à faire don de leur personne – enfin, n'exagérons rien – de leur pipi matinal pour le faire analyser quant à la présence de glyphosate pour la modique somme de 85 euros.

 

 

L'instrumentalisation de la justice

 

S'y ajouteront 50 euros si le généreux donateur de pipi désire participer à une opération de dépôt de plaintes – nécessairement individuelles mais coordonnées pour pouvoir submerger un seul et même tribunal (le Pôle Santé Publique du Tribunal de Grande Instance de Paris) – contre « [t]oute personne impliquée dans la distribution et la large diffusion dans l’environnement de molécules probablement cancérigène de glyphosate » pour « [m]ise en danger de la vie d’autrui, [t]romperie aggravée, [a]tteintes à l’environnement (Destruction de la biodiversité, pollution des cours d’eau, des nappes phréatiques, des sols ) » – « [l]e cas échéant, en réunion ».

 

 

Les relais efficaces des médias

 

La presse généraliste en a parlé... Notre bien-aimé Monde Planète a par exemple fait savoir le 5 octobre 2018 (date sur la toile) que « La mobilisation des "pisseurs involontaires de glyphosate" prend de l’ampleur ».

 

L'infâme « Envoyé Spécial » sur le glyphosate du 17 janvier 2019 s'y était également mis avec son « glyphotest », son micro-trottoir et ses commentaires à la limite de l'hystérie.

 

Dans les gazettes régionales et locales, il y a toujours un journaliste sympathisant consciencieux qui annonce la nouvelle d'une collecte d'échantillons. C'est généralement suivi, quelque temps après, par l'annonce des résultats, avec l'inévitable comparaison avec la norme de qualité (qui n'est pas une valeur de référence sanitaire...) de 0,1µg/L pour l'eau potable. Et c'est souvent accompagné par l'annonce d'un nouveau rendez-vous de collecte.

 

Nous vivons décidément une époque formidable !

 

Tellement formidable que, comme dans des temps lointains, à l'École des Fans de Jacques Martin, « tout le monde a gagné ». Car, curieusement, 100 % des analyses sont positives : et même si les quantités détectées sont minuscules, cela suffit pour alimenter le fond de commerce de la peur et de la gesticulation anti-pesticides* (* de synthèse), des analyses et in fine de l'instrumentalisation de la justice.

 

 

Un laboratoire « militant »

 

Le site de Campagne glyphosate – totalement opaque (mais on sait que le mouvement est parti de l'Ariège où un tribunal doit se prononcer sur des faits reprochés à des « faucheurs volontaires » – précise :

 

« Afin de ne pas encourager les démarches personnelles, nous ne préférons pas mentionner le nom du laboratoire sur ce site. »

 

Cachotterie bien vaine... les échantillons d'urine sont envoyés au laboratoire allemand BioCheck, Leipzig 53, Walter-Markov-Ring.

 

Le 21 février 2019, l'excellent Agriculture et Environnement publiait un non moins excellent « BioCheck, un laboratoire aux curieuses analyses ». Résumé :

 

« Le chiffre de 100% semble être une constante infaillible de ces analyses. Du moins lorsque les prélèvements sont analysés par le laboratoire BioCheck, systématiquement à l’origine de tous ces résultats spectaculaires. »

 

Spectaculaires, en effet, quand on les compare à des résultats produits par d'autres laboratoires, certes avec des outils qui peuvent être différents.

 

 

 

 

Que faut-il aussi retenir ? Que ce laboratoire a été fondé par une militante anti-pesticides et anti-OGM notoire... C'est ce que la mouvance anti appelle un « laboratoire indépendant »...

 

 

Que mesure le test ?

 

 

 

D'autres, à la suite de l'effarant « Envoyé Spécial » de la mi-janvier 2019, se sont aussi attaqués à ces résultats étonnants, pas toujours avec bonheur. Il a ainsi été suggéré que le test pourrait (également) réagir à l'AMPA, un produit de dégradation du glyphosate mais aussi... des détergents.

 

Libération – avec le concours d'un chercheur de l'INRA en épidémiologie des plantes – a cru bon de voler au secours des preux chevaliers blancs de France 2 avec un pathétique « checknews » intitulé « Les tests urinaires du glyphosate mesurent-ils en réalité… des résidus de lessive ? »

 

 

Un extrait du délire journalistique d'Actu.fr !

 

 

Pathétique parce que, manifestement, on a voulu noyer le poisson pour conclure fort prudemment :

 

« Il est donc extrêmement probable que la substance quantifiée dans les tests urinaires est bien uniquement du glyphosate.

 

[… voir ci-dessous]

 

Pour autant, aucun test spécifique de l’AMPA n’ayant été réalisé, rien ne prouve que cette substance n’était pas présente dans les échantillons d’urine. Les études scientifiques sur ce sujet ont fait état de concentration en AMPA dans les urines généralement du même ordre de grandeur que celles en glyphosate sans établir de lien entre les deux. »

 

Il va de soi que les preux chevaliers terrassant les dragons agrochimiques ont crié victoire... Et M. Gil Rivière-Wekstein s'est fendu le 27 mars 2019 d'un « Glyphosate dans les urines : Libération vole au secours du laboratoire BioCheck ».

 

La partie omise de la citation ci-dessus a la teneur suivante :

 

« Certains scientifiques nous ont indiqué préférer la chromatographie (une méthode de quantification plus coûteuse) à l’Elisa. Ceci dit, une étude de 2014 de comparaison des deux techniques obtient des bons niveaux de corrélation (entre 0,87 et 0,97). »

 

Problème : l'étude citée porte sur une comparaison des deux techniques sur... l'eau... C'est même précisé dans le titre ! Voilà un « checknews » qui ressemble fortement à des « fake news », même s'il ne s'agissait là que d'une remarque incidente...

 

 

Un laboratoire d'analyses... mais de quoi ?

 

Passons au blog Ma concierge m'a dit... bla bla bla », sous-titré :

 

« Nous croyons plus volontiers les mensonges qui nous plaisent que les vérités qui nous déplaisent. Ce blog tente de rétablir la vérité face aux mensonges et à la désinformation généralisée déversés par les média et Internet. »

 

Dans le nouveau billet, « ma concierge » a dit : « que BioCheck c'était le grand laboratoire allemand pour le glyphosate ».

 

Ce à quoi M. Jakez Gwenan répond lapidairement :

 

« BioCheck a une certification ISO/CEI 17025 et non CEI 15189 pour laboratoire de biologie médicale. »

 

Et d'enfoncer le clou :

 

« Ma concierge : "Mais alors, leurs analyses sont bidons ?"

 

On peut douter de leurs résultats, qui de toutes les façons n'ont aucune valeur, puisque non valables en biologie médicale… »

 

Ce n'est pas tout... mais allez le lire sur son site.

 

Cela dit, ne nous réjouissons pas trop vite. Justice et science ne font pas forcément bon ménage.

 

Mais ajoutons tout de même deux points.

 

D'une part,le descriptif du test ELISA d'Abraxis précise :

 

« Comme pour toute technique d'analyse (GC, HPLC, etc.), les résultats positifs appelant une action réglementaire devraient être confirmés par une méthode alternative. »

 

D'autre part, les résultats communiqués par Biocheck gravitent autour de 1 microgramme par litre d'urine, ce qui, en comptant large, correspond à une ingestion de 10 microgrammes, à comparer à la dose journalière admissible de 0,5 milligrammes/kg de poids corporel, soit 30 milligrammes admissibles pour une petite personne de 60 kg. Une telle personne, qui est incitée à porter plainte, absorbe donc – pour autant que les résultats de Biocheck ne soient pas des faux positifs – une dose qui représente le trois millième de la dose journalière qui déclenche une alerte, sachant que cette dose a elle-même été établie avec un facteur de sécurité de 100.

 

Alerte! ALERTE ! ALERTE !

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max 08/05/2019 19:41

Ces analyses ne valent absolument rien. Ils font stériliser les échantillons ce qui ne se fait jamais avec le test elisa (on les congèles). Les chauffé dénature l'échantillon ce qui pour ce test et des concentration aussi faible fausse tout. Ensuite ils sont envoyé par la poste. De telle échantillons, s'ils sont envoyés le sont par un service spéciale dans de la glace carbonique et en express. J'imagine le transport dans un camion de la poste (toutes ces heures passer sous le soleil). Vu le respect que ce laboratoire porte au protocole juste à ce niveau, je n’imagine même pas le reste. En plus en cas d positif il faut faire un second test dans les mêmes condition mais avec une méthode différente (du test elisa dans ce cas), pour être sur d'éviter les faux positif. Bref bon à rien, mauvais à tout.
Cahier des charges des huissiers https://p1.storage.canalblog.com/22/75/291675/122977477_o.jpg
Regarder les raisons du choix du labo par génération future et campagne glyphosate https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2017/04/GLYPHOSATE_1_0604172.pdf
https://pig.log.bzh/actions/ . On comprend vite que le choix de ce Labo (et non d'un labo Français qui serait plus proche) à été fait dans le but de monter une arnaque médiatique et juridique.
Ils engagent des huissiers pour donner un ère sérieux à tous ça, mais ça reste du foutage de gueule. Normalement avec tous ça, ils devraient être déboutés en justice. Mais la justice en ce moment...

Seppi 14/05/2019 18:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Vous mettez le doigt sur un gros problème : l'influence de la médiatisation sur le cours de la justice.

max 14/05/2019 18:01

La réponse des écolos avait été "c'est pas le même test et pas le même protocole, donc c'est nous qu'on a raison". La seule carte du château qui tient encore debout est celle des médias qui soutiennent encore cette action. Ils montrent d'ailleurs qu'on à pas besoin de beaucoup de moyen financier, ni de corruption pour influencer la justice. Avec un tel tapage médiatique, quel juge oseras aller contre l'opinion (manipulé) public et se faire traiter de suppôt du lobby Monsatan.

Seppi 11/05/2019 17:48

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Trois agriculteurs du Calvados ont fait le test… négatif (

https://actu.fr/societe/glyphosate-apres-pisseurs-volontaires-agriculteurs-normands-realisent-leur-test-durine_23601048.html

rural 08/05/2019 11:10

hier j'ai pissé dans les allées de mon jardin, l'effet sur l'herbe se voit déjà, je doit avoir une sacrée concentration de glyphosate ?

Seppi 11/05/2019 17:56

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"Là où Attila passe, l'herbe ne repousse pas" selon la légende… il devait en pisser, du glyphosate...

Bruno 07/05/2019 10:36

Compte tenu de notre exposition par inhalation mais aussi par ingestion de moult substances chimiques, s'il semble normal de trouver du glyphosate (ou l'AMPA, ou le radical phosphonate) dans nos urines, il est évident qu'une recherche sérieuse dans les urines mettrait en évidence (sans parler des substances médicamenteuses !) bien des molécules considérées comme toxiques. Exception faite des personnes qui devraient consulter un néphrologue pour insuffisance rénale !!!


Et, devant certains des résultats affichés, je conseille aux personnes qui ont été testées et dont les urines sont "empoisonnées" (rien que ça !) d'aller pisser dans leurs allées de jardin pour les désherber...

Seppi 11/05/2019 18:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Biocheck trouve en moyenne 1 ng/ml (ou 1 µg/L) ? C'est trois grammes (un demi-morceau de sucre) dans une piscine olympique de 3.000 m3

Maître Folace 06/05/2019 17:04

J'ai lu récemment qu'une dame était horrifiée à l'idée d'avoir 1,9ng/ml de glyphosate dans les urines, rendes-vous compte 20 fois la dose maximale permise dans l'eau potable! Cette même dame ne s'alarmerait probablement pas après avoir bu deux verres de vin d'avoir 0,2g d'alcool par litre de sang. Et pourtant c'est 100000 fois plus d'un cancérigène certain d'après le CIRC que d'un cancérigène probable d'après le même organisme. Certes ça n'est pas dans le même fluide corporel mais quand même (et encore ne vaut-il pas mieux l'excréter que fatiguer notre foie?). Vous reprendrez bien une petite coupe madame?

Seppi 11/05/2019 18:17

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Et, si ça se trouve, cette dame prend aussi la pilule…

Mais on peut aussi visionner les horreurs lucet-fériennes et son "glyphotest". Au fait, la dame, n'est-ce pas Julie Gayet ?