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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : le Président Emmanuel Macron sur le chemin de Damas, le Monde sur le chemin de la damnation... et autres joyeusetés

26 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Politique, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme

Glyphosate : le Président Emmanuel Macron sur le chemin de Damas, le Monde sur le chemin de la damnation... et autres joyeusetés

 

 

 

 

 

Une double prise de conscience

 

« Pas faisable »

 

Jeudi 24 janvier 2019. Le Président Emmanuel Macron s'était invité à un débat citoyen à Bourg-de-Péage (Drôme). Interrogé sur la « sortie du glyphosate », il déclare (à partir de 02:00) :

 

« Je sais qu'il y en a qui voudraient qu'on interdise tout du jour au lendemain. Je vous dis : un, pas faisable et ça tuerait notre agriculture. Et même en trois ans on ne fera pas 100%, on n'y arrivera, je pense, pas. »

 

 

Cela vient évidemment avec des lots de consolation. L'AFP a diffusé les éléments suivants, largement repris par la presse (cité ici à partir de la France Agricole) :

 

« Et de l’autre côté, il y en a qui ne voulaient pas bouger du tout [...]. On a réussi à faire bouger beaucoup de gens. »

 

M. Emmanuel Macron a rappelé qu’un « contrat de confiance » allait être signé. « On va évaluer et on va aider ceux qui bougent ».

 

 

« Pas mortel »

 

Autre mise au point importante :

 

« Il a été montré qu’il y a des doutes [...]. Il n’y a aucun rapport indépendant ou pas indépendant qui a montré que c’était mortel. » […] « À partir du moment où je pense que c’est pas bon, j’ai envie qu’on s’en sépare. Il y a des secteurs où il y a des alternatives. Il faut au maximum avoir des alternatives non chimiques et en s’organisant autrement. »

 

Et c'est accompagné par une rodomontade :

 

« L’Europe voulait nous remettre 15 ans d’autorisation. C’est parce que la France s’est battue qu’on a obtenu cinq ans. »

 

C'est faux et trompeur. La France n'a pas été la seule à prendre une posture politique (et anti-scientifique et irrationnelle ; ce serait plutôt l'Allemagne de Mme Barbara Hendricks qui aura fait capoter le renouvellement pour quinze ans) ; et ce qui a été « obtenu », c'est un renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour cinq ans, sans certitude que celle-ci ne sera pas renouvelée à l'échéance de décembre 2023.

 

Une double prise de conscience

 

Mais on ne peut que saluer la double prise de conscience : oui, l'interdiction du glyphosate « tuerait notre agriculture » ; enfin, des secteurs de notre agriculture. Et non, « il n’y a aucun rapport [...] qui a montré que c’était mortel. »

 

Il n'y a même aucun rapport – sérieux s'entend – qui montre que le glyphosate est problématique lorsqu'il est utilisé selon les préconisations d'emploi (pour une comparaison avec une « alternative maison », voir ici... vous ne serez pas déçu du voyage... ou encore ici).

 

 

(Source)

 

 

Ouvrons une incidente : l'usage des pesticides de synthèse a été interdit aux collectivités publiques à compter du 1er janvier 2017 et aux particuliers à compter du 1er janvier 2019 (merci les grands-prêtres et grandes-prêtresses de la « vertitude », et merci aussi les parlementaires démagos). Nous formons le vœu qu'il n'y ait pas d'accidents graves avec les méthodes de désherbage « alternatives ». Voir par exemple ici pour les ravages du désherbage thermique. Dans l'Obs, M. Arnaud Gonzague, militant avec une carte de presse et un accès à un média, s'extasie : « Comment sortir du glyphosate ? Cet homme a trouvé une réponse : l'eau chaude ». Quelle indigence ! Combien d'eau chaude à l'hectare ? Combien de bonbonnes de gaz ? Combien de brûlures au troisième degré à venir ?

 

 

 

 

Revenons au Président Emmanuel Macron. Que penser ? Pour autant que l'on interprète le fameux gazouillis trumpien du 27 novembre 2022 comme un « engagement » – ce que ne manque pas de faire le monde glyphophobe et plus généralement anticapitaliste et surtout anti-pesticides – seuls les imbéciles ne changent pas d'avis.

 

Sans vouloir être désobligeant, des imbéciles...

 

 

Le Monde informe interprète à sa façon

 

Non, pas une prise de conscience, un geste politicien

 

Sous la plume de M. Rémi Barroux, le Monde... Planète Politique a titré le 25 janvier 2019 (date sur la toile) : « Emmanuel Macron renonce à sa promesse d’interdire le glyphosate en 2021 ». Pour notre part, nous n'avons vu ni promesse par le passé (au plus une promesse que personne ne sera laissé au bord du chemin), ni renoncement avant-hier...

 

Le journal qui fut de référence a aussi son explication... Devinez...

 

« En affirmant, jeudi, que l’objectif de sortie d’ici à trois ans n’était "pas faisable", le chef de l’Etat a fait un geste en direction de la FNSEA. »

 

 

C'est reproduit sur le site web du Monde

 

 

Une information équilibrée... deux réactions

 

L'article fait aussi la part belle à « l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot » et à « l’association de défense de l’environnement Générations Futures » (lire : le faux-nez du biobusiness) et M. François Veillerette, « le directeur de l’association » :

 

« Après le refus de l’interdiction dans la loi, cette déclaration sonne comme un renoncement à un réel objectif de sortie du glyphosate qui n’est pas acceptable.

 

Un rapport de l’INRA, en novembre 2017, indiquait que des alternatives au glyphosate existent déjà pour 90 % des surfaces agricoles. Dans ces conditions, il est bizarre d’affirmer, trois ans avant l’objectif, qu’on ne pourra pas l’atteindre »

 

L'équilibre de l'information ? Mais voyons, elle est parfaite... deux réactions...

 

Dont l'une met en évidence le fiasco de l'« expertise » et de la communication de l'INRA. Où sont, en effet, les solutions quand on voit le tableau résumé suivant ?

 

 

Où sont les "solutions" ?

 

 

Cacophonie gouvernementale

 

Sortir à 80 %

 

Cela pose aussi la question de la cacophonie gouvernementale. Le jeudi, le Président Emmanuel Macron déclare... le vendredi le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume déclare (pour autant que ce soit correctement retranscrit)...

 

« L'objectif d'Emmanuel Macron de sortie du glyphosate au premier janvier 2021 est l'objectif politique. Nous allons l'atteindre je pense pour 80 % de l'agriculture française […] Si nous arrivons plus vite tant mieux, si nous n'y arrivons pas, le président de la République a toujours dit (que) nous ne laisserons personne sans solution. […] Mon objectif en tant que ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, c'est d'accompagner la transition de l'agriculture et de faire en sorte qu'on se passe du glyphosate. »

 

Cacophonie et compétence : sur quelle base les 80 % ?

 

 

 

 

Non, sortir à 100%

 

Cacophonie et incompétence... Le 17 janvier 2019, dans l'innommable Envoyé Spécial sur contre le glyphosate, M. François de Rugy, Ministre de la Transition Écologique et (officiellement) Solidaire, déclarait (nous supposons, à sa décharge, que c'était pré-enregistré) :

 

« Notre volonté, c'est bien d'en sortir en trois ans. Car si jamais les filières agricoles n'arrivaient pas à se mettre d'accord, à se mobiliser d'ici à 2021, à ce moment-là, il y aura une loi en 2021, une loi-couperet [...]. En 2021, nous en aurons fini avec le glyphosate en France. C'est l'engagement de tout le gouvernement. »

 

Car, comme l'a noté un commentateur sur FranceTVInfo, « Super.. comme ça on sera dans la deche comme au Sri Lanka. »

 

L'« écologie » politique punitive, totalitaire, irresponsable, a toujours sa place au gouvernement…

 

 

 

 

Un ministère de l'agriculture à la ramasse

 

Revenons au Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. Le 17 janvier 2019, il publiait : « Plan de sortie du glyphosate : le dispositif ». On est ébahi !

 

« Les mesures du plan de sortie :

 

  • la création d’un centre de ressources pour rendre accessible à l’ensemble de la profession agricole les solutions existantes pour sortir du glyphosate ; il sera disponible dans les tout prochains jours. ;

  • le renforcement des actions d’accompagnement dans le cadre du programme Ecophyto pour diffuser les solutions et trouver de nouvelles alternatives pour les usages pour lesquels il demeurerait des impasses ;

  • la mobilisation des réseaux territoriaux des chambres d’agriculture, et de l’enseignement agricole pour faire connaître et promouvoir les alternatives au glyphosate sur l’ensemble des territoires avec l’appui des CIVAM et des coopératives agricoles ;

  • le suivi des quantités vendues et utilisées des produits contenant du glyphosate afin de faire toute la transparence sur les usages en publiant régulièrement les données et en les mettant à disposition du public ;

  • la valorisation de ce travail au niveau européen avec les pays volontaires pour s’engager comme la France dans une sortie rapide du glyphosate. Une première réunion avec ces pays se tiendra en marge du prochain Conseil Agriculture en juillet. »

 

Il n'est plus question, nous semble-t-il, de lancer une croisade anti-glyphosate sur l'ensemble de l'Union Européenne... Et puis, le « centre de ressources » ? Cela devait être, nous semble-t-il, cette « start-up d'État » dont le compteur est toujours bloqué à deux intentions de « sortir du glyphosate ».

 

 

 

 

Eh bien non !

 

« Une deuxième version du site est en préparation afin de le rendre plus pertinent au regard des objectifs fixés, à savoir montrer l'engagement des agriculteurs dans la sortie du glyphosate, présenter auprès du grand public les évolutions du plan de sortie du glyphosate.

 

Il sera complété par une start-up d’État au cours du premier trimestre 2019. Elle vise à permettre l’émergence d’outils numériques au service de l'accompagnement des agriculteurs, en articulation entre les différentes démarches engagées et les multiples acteurs. »

 

Il y a d'autres horreurs dans ce texte. Citons encore :

 

« L'Anses, avec l'appui de l'Inra, réalisera également une évaluation comparative des produits restant autorisés d'ici la fin de l'année 2020. Elle sera basée sur les alternatives constituées par des produits de biocontrôle ou des produits à faible risque, et sur les méthodes non chimiques de prévention et de lutte d’usage courant. »

 

La fin de l'année 2020... n'est-ce pas – ou plutôt n'était-ce pas – la date de la mise à mort du glyphosate en France ?

 

 

Bienvenue dans le merveilleux monde des alternatives au glyphosate

 

Le magazine Cultivar a publié, le 21 janvier 2019, « Les premiers résultats d’essais sans glyphosate » menés en Saône-et-Loire. Dommage qu'on n'y ait testé que l'efficacité de « méthodes alternatives », sans comparaison avec des itinéraires avec glyphosate, et sans indication des rendements. Mais l'article vaut lecture... pour la liste des herbicides employés pour gérer les couverts...

 

Petit florilège : « Colzor Trio (2 l/ha maxi) ou Novall (0,8 l/ha à 1 l/ha) […]. Un second traitement en post semis précoce […] avec Novall (0,8 l/ha à 1 l/ha) ou Butisan (1 l/ha) […] Springbox (1,25 l/ha) ou Springbox (1 l/ha à 1,25 l/ha) + Novall (0,5 l/ha à 1 l/ha) […] Pour le second traitement en post levée précoce […] Novall ou Alabama (0,6 l/ha à 0,8 l/ha) en un ou deux passages. […] Lontrel (0,1 l/ha) ou […] (0,3 l/ha). [Etc.] »

 

 

Le retour à « la terre qui ne ment pas » de la Conf'

 

 

 

 

Il y a (au moins) une autre réaction qui vaut son pesant d'or. De la France Agricole :

 

« ...la Confédération paysanne "réaffirme qu’il y a urgence à sortir des pesticides qui, années après années font mourir les paysannes et paysans et continuent de creuser le fossé entre notre profession et le reste de la société. Le Président Macron a déclaré hier, dans un exercice de communication d’autopromotion, que ce ne sera pas possible, finalement, de sortir à 100 % du glyphosate en trois ans, à cause… des importations. Nous, nous lui disons que c’est possible !"

 

Le syndicat met l’agronomie en avant comme outil qu’il porte "pour réduire l’utilisation des pesticides de synthèse. La généralisation de l’usage des pesticides est le symptôme d’un modèle agricole fondé sur le libre-échange, entraînant une compétition acharnée sur les coûts et les prix. Sortir des pesticides présuppose donc une transformation de la condition économique faite aux paysan-ne-s, qui fait des pesticides une béquille au revenu."

 

C'est en gros le discours de « la terre qui ne ment pas » (avec le mensonge des pesticides qui déciment les populations agricoles). Mais c'est aussi curieux... nous n'avons trouvé nulle part l'explication des importations... Quand les faits n'appuient pas la thèse, on en invente...

 

 
Et pour conclure, la « lettre aux Français »

 

Admettons cependant qu'il y a une petite indication dans la « lettre aux Français ». Sous une brève mention de la biodiversité, le Président Emmanuel Macron interroge :

 

« Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?'

 

Les réponses sont pourtant simples : s'appuyer sur la science, la vraie, pas la frelatée... Mettre fin au syndrome de la France, « meilleure élève de la classe » ou « phare éclairant le monde »...

 

Dans une autre question, on voit poindre en filigrane un autre débat sur l'avenir de l'agriculture (implicitement, l'agriculture étant un des parents pauvres de cette lettre) :

 

« Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ? »

 

Ah, « produire et consommer local » (et bio)... Un autre domaine où le Président Emmanuel Macron ferait bien de réviser ses propres options et celles de son gouvernement.

 

Courage ! Y a encore du boulot !

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