Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : une mission de désinformation à l'Assemblée Nationale

14 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

Glyphosate : une mission de désinformation à l'Assemblée Nationale

 

 

 

 

L'Assemblée Nationale a mis en place une Mission d'Information Commune [à plusieurs commissions] sur le Suivi de la Stratégie de Sortie du Glyphosate.

 

C'est une sorte de compensation pour le refus d'inscrire l'interdiction du glyphosate à l'horizon 2020 dans la loi agriculture et alimentation (dite EGALIM). C'est aussi un mouvement du menton de la majorité parlementaire : braves gens, vous allez voir que nous irons voir de près comment le grand plan, l'autodafé du pesticide sera mis en œuvre et, croix de bois, croix de fer, si ça lambine nous sévirons...

 

 
Un duo de ministres fait des annonces délirantes

 

Le 8 novembre 2018, la Mission a auditionné conjointement MM. François de Rugy et Didier Guillaume. Visiblement, les relations sont bien meilleures dans ce duo que dans le précédent. Ce n'est pas forcément meilleur pour le destin de l'agriculture française.

 

M. Jean-Baptiste Moreau, « député paysan de la Creuse » (qui n'a toujours pas déclaré ses parcelles...) et soutien sans faille de la politique jupitérienne, a résumé l'audition avec flagornerie sur sa page Facebook sous le titre : « Sortie du glyphosate: on l'a dit, on le fait avec 8 actions concrètes ! ».

 

Un agriculteur rationnel a traduit cela sur Twitter : « 1) une taxe ; 2) un arrêté ; 3) une médiathèque ; 4) une étude ANSES qui revient en grâce ; 5) un biocontrôle pour remplacer un herbicide ? Étonnez-moi et je teste beaucoup ; 6) promotion d’un réseau agriculteur existant ; 7) une plate-forme numérique ; 8) un fonctionnaire ».

 

 

Petite revue de détail

 

« 1. Augmentation de la redevance pour pollution diffuse des phytosanitaires au 1er janvier 2019 sur les substances les plus dangereuses. Elle sera relevée de 50% pour le glyphosate. Cette taxe permettra de financer, à hauteur de 50 M d'euros par an, le développement de l'agriculture biologique en plus des 71 M d'euros consacrés au programme Ecophyto pour la réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires.

 

M. Jean-Baptiste Moreau avait écrit précédemment, en gras :

 

« Nous devons traiter ces enjeux ensemble pour trouver des solutions alternatives qui se concentrent sur la transition agro-écologique. »

 

Démonstration : on pique des sous aux agriculteurs « conventionnels » utilisant du glyphosate (jusqu'à son interdiction) et d'autres produits – non pas parce qu'ils sont « accros » mais parce qu'ils doivent répondre à un problème phytosanitaire – pour financer le développement du « bio ». Belle manière de trouver des « solutions alternatives »...

 

Soyons clairs : ce surcroît de taxation pénalisera l'agriculture française et péjorera sa compétitivité ropar une augmentation des coûts de production pour ceux qui utilisent des pesticides ou des « solutions alternatives » plus coûteuses, et par une diminution de la productivité pour ceux qui feront une impasse sur la protection phytosanitaire, avec éventuellement des effets à long terme, ou recourront à une « méthode alternative » moins efficace. Le coût sera supporté d'une manière ou d'une autre par les agriculteurs et les consommateurs.

 

Il n'y a pas à dire : nous avons des lumières au gouvernement...

 

« 2. Révision des procédures d’autorisations de mise sur le marché des produits contenant du glyphosate afin d'exclure les usages pour lesquels des alternatives sont avérées. Un arrêté ministériel sera également pris pour arrêter les usages de pré-récolte. »

 

Premièrement, l'organe en charge des autorisations de mise en marché, y compris de la définition des usages autorisés, est l'ANSES... depuis le 1er juillet 2015, en application de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014. Légiférer par arrêté, c'est méconnaître les intentions (passées) du législateur ; et sans doute un abus de pouvoir.

 

Deuxièmement, l'autorisation du glyphosate a été renouvelée au niveau européen avec la mention : « Seules les utilisations en tant qu'herbicide peuvent être autorisées. » Le Gouvernement se propose donc d'enfoncer par arrêté une porte ouverte.

 

Troisièmement, les produits formulés actuellement autorisés en France le sont pour les désherbages avant mise en culture (ou pour le désherbage des cultures installées dans le cas des arbres et arbustes fruitiers et de la vigne).

 

Moralité : il n'est de bonne action gouvernementale que fondée sur la méconnaissance des actions gouvernementales, législatives et administratives antérieures et destinée à plaire à une opinion « publique » formatée par l'activisme anti-pesticides (y compris l'activisme gouvernemental)...

 

 

Un autre point de vue critique.

 

 

« 3. Création d’un centre de ressources glyphosate pour aider les agriculteurs, d'ici la fin 2018. Il mettra en avant les bonnes pratiques.

 

Où est-il ? Quelles « bonnes pratiques » que les agriculteurs ne connaîtraient pas (rappel : il s'agit de gestion des adventices) ?

 

« 4. Demande d’une étude indépendante à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES). »

 

L'ANSES a déjà déclaré, au grand dam de l'altermonde, que « nous ne disposons d’aucun élément qui pourrait permettre un retrait immédiat des AMM, en l’état actuel des connaissances ».

 

Sera-ce une étude « indépendante » – un adjectif qui implique que d'autres études (de l'ANSES) ne l'étaient pas – avec un résultat prédéfini ?

 

L'ANSES s'est pliée aux caprices gouvernementaux – voir « Glyphosate : l’Anses lance une évaluation comparative avec les alternatives disponibles ». Et donc, « Pour chaque produit à base de glyphosate, les usages pour lesquels il existe une alternative répondant aux critères de substitution seront donc interdits. » Nous attendons avec impatience les premières contestations judiciaires de ce nouveau processus d'homologation.

 

« 5. Encouragement de la recherche pour développer le biocontrôle avec la mise en place d’un consortium public-privé et un budget de 3.5 M d’euros pour 2019. »

 

C'est curieux... il y a déjà un « consortium public-privé "Recherche - Développement - Innovation" sur le biocontrôle » (voir une présentation ici)...

 

Et on croit rêver... 3,5 M d'euros, pour une année...

 

On tombe aussi des nues... le biocontrôle en matière de gestion des adventices...

 

« 6. Soutien financier au réseau FERME DEPHY qui rassemble plus de 3 000 exploitations agricoles engagées dans une démarche volontaire de réduction de l’usage des pesticides. »

 

Aucun chiffre... contrairement au financement de la promotion du bio par l'augmentation de la redevance pour pollution diffuse.

 

« 7. Mise en place de la start-up d’État annoncée par Emmanuel Macron, pour s’engager contre le glyphosate. Elle devrait prendre la forme d’une plateforme numérique animée par l’administration, pour fédérer les agriculteurs autour de l’arrêt de cet herbicide. »

 

Nous avons vu le résultat...

 

« 8. Nomination d’un délégué interministériel chargé de suivre la stratégie de sortie du glyphosate. »

 

C'est apparemment en bonne voie.

 

 

L'INRA dira combien ça coûte...

 

Le jeudi 29 novembre 2018, la mission a auditionné M. Philippe Mauguin, PDG de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), et deux de ses collaborateurs. L'INRA avait contribué précédemment à la funeste décision avec un « rapport » conçu pour ne pas fâcher le maître des dotations. Les auteurs s'étaient en particulier gardés, pour des motifs futiles, d'aborder le volet économique.

 

Mais M. Philippe Mauguin ne pouvait échapper éternellement aux réalités. La France Agricole (avec AFP) rapporte :

 

« "Dans 85 % à 90 % des cas, il y a des alternatives techniques qui existent" à l’utilisation du glyphosate, mais ces options entraînent des "surcoûts" pour les agriculteurs "qui peuvent passer par des investissements ou des surcoûts en temps de travail", a indiqué Philippe Mauguin [...] »

 

 

Rouge = pas bon !

 

 

Ces gens ne reviendront pas sur les alternatives au glyphosate, alors même que leur rapport se résume à une absence quasi complète de solutions (sauf, évidemment, à considérer par exemple qu'arracher les mauvaises herbes avec une pince à épiler est une alternative). La discussion a porté sur le cas de la viticulture en terrasse. Toujours de la France Agricole :

 

« [...] le surcoût des alternatives "pourrait atteindre 20 centimes d’euros par bouteille si on considère que pour faire ce travail supplémentaire, il faudrait une personne pour 20 hectares" [...] »

 

A-t-on le droit de dire que c'est un enfumage ? Ce n'est qu'un petit manque à gagner de quelque 950 €/ha sur une base SMIC (à condition de trouver la main d'œuvre... et c'est sans tenir compte des augmentations à venir) et une production de 35 hectolitres à l'hectare.

 

 

Soyons fous... mais qu'on se rassure...

 

Mais qu'on se rassure :

 

« S’il faut acquérir une herse, un outil de "scalpage" ou autre, "cela peut être éligible au grand plan d’investissement et à des aides des pouvoirs publics nationales, européennes ou régionales", selon Philippe Mauguin [...] »

 

L'argent public au service d'une foucade jupitérienne... Les contribuables et surtout les « gilets jaunes » apprécieront...

 

Les agriculteurs peuvent aussi se rassurer : l'INRA va évaluer les surcoûts en demandant notamment aux directeurs de ses unités expérimentales de s’engager dans la sortie du glyphosate un an avant l’objectif gouvernemental, c’est-à-dire pour la récolte de 2020. Voilà qui laisse perplexe : on utiliserait donc encore du glyphosate à l'INRA, malgré l'existence proclamée d'alternatives ?

 

On doit aussi penser à l'INRA qu'une unité expérimentale est un bon référentiel pour une exploitation agricole... Et, s'agissant d'une culture d'hiver, qu'on pourra tirer des conclusions sur une seule campagne de production (sur les semis de 2019) ou, s'agissant d'un verger, d'une seule saison de production...

 

Mais rassurez-vous, agriculteurs,

 

« Ce test grandeur nature devra se faire "en regardant le surcoût d’investissement, le temps de travail, le coût horaire, pour pouvoir apporter des éléments auprès des partenaires professionnels et des pouvoirs publics", a ajouté Philippe Mauguin. »

 

Résumé : on décide d'abord, puis on dit que le gouvernement discutera « avec les filières pour qu’elles puissent elles-mêmes trouver leurs solutions » (M. François de Rugy, le 12 septembre 2018 sur BFM TV), puis...

 

En bref on marche sur la tête et on assassine l'agriculture française. Ça vaut bien l'espoir de récupérer quelques voix de plus aux prochaines élections, non ?

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Le seul problème, c'est qu'on a un boulet au pied_Laurent .....OUI ,mais il faut nous aider Bruno éleveur passé en BIO,depuis la crise de la vache folle,et qui a vu ses 2 voisins éleveurs se suicider et 2 autres vendre,et qui soigne ses vaches avec des huiles essentielles <br /> "Les consommateurs sont aussi coupables".....OUI formatés par les Grandes surfaces,mais aujourd'hui cela CHANGE - Carrefour s’engage pour la qualité alimentaire avec Act For Food - Monoprix Label BEE Friendly - Zéro résidu de pesticides : Casino passe à la vitesse supérieure - AOP Pommes du Limousin/Corrèze Notre filière évolue, réfléchit, investit pour vous offrir une pomme bonne, belle et saine qui respecte à la fois l'environnement et les hommes.1° charte environnementale pour protéger les riverains<br /> Si il y a URGENCE Climatique,il y a URGENCE de changer de modèle agricole aussi - CNRS_ONU (Cop21) Quand 1 agriculteur se suicide tous les deux jours en France,en plus du risque lié aux pesticides,c'est qu'il y a un PROBLEME <br /> Pour un JUSTE PRIX de rémunération des agriculteurs par le BIO & Circuits courts,c'est ce qui résulte de la Consultation citoyenne en Occitanie,sachant que comme le disait l'agriculteur Pierre Priolet (Consommer juste) "Quand les AIDES de la PAC ne servent qu'a PAYER les vendeurs de Matériel et de Phytos c'est qu'il faut CHANGER de modèle.....en PLUS des coûts des externalités d'une agriculture conventionnelle (perte de la BIOdiversité - POLLUTIONS de l'AIR de l'EAU et des SOLS" Pascal Perri.<br /> Laurent estime que les agriculteurs ne sont pas prêts à une éventuelle transition écologique car ils n'en ont pas les moyens et rappellent les consommateurs à leurs responsabilités....... 70% des Viticulteurs-Maraichers sont prêt à la Transition écologique,à condition d'être aidé,par l'INRA-Serfel-Ctifl qui doit NOUS AIDER,au lieu de CHERCHER DE L'ARGENT à droite et à gauche (GG_RMC Didier Giraud) <br /> GLYPHOSATE INTERDIT D'ici 2022 on a le temps de trouver les ALTERNATIVES en AIDANT les AGRICULTEURS,même si il faut quelques dérogations pour les Céréaliers,on a baisser de 30% les apports de GLYPHOSATE sachant que le géant BretonTriskalia,comme 80% des Maraîchers bannissent les herbicides grâce à la Robotique" INRA - CNRS<br /> Qu'on nous trouve des solutions! Je ne suis pas chimiste. Si j'emploie le glyphosate, c'est que je juge que c'est utile pour une certaine façon de faire de la production. J'en ai besoin, c'est comme les produits vétérinaires. Quand j'ai une vache qui attrape la grippe, je suis obligé d'employer des médicaments......ET BIEN NON d'autres alternatives au Médicament existent https://rmc.bfmtv.com/emission/la-colere-de-laurent-agriculteur-utiliser-du-glyphosate-ca-ne-me-fait-pas-triper-qu-on-nous-trouve-des-solutions-1586678.html?fbclid=IwAR2iqZW85GMXRHNyhtfhUB20GHEZa7ypC3NM2q4uOO__t0VQ50T_HIoAtaM
Répondre
S
Bonjour (Max),<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et votre tentative d'apporter un peu de bon sens.
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour le déluge...
M
Les agriculteurs se suicide parce-qu’ils ne gagnent pas assez, ils sont bouffé par les charges et l'agribashing et non pas les pesticides le changement climatique ou le modèle de l’agriculture lui-même (pour ça les agriculteurs sont assez grands pour le faire seule).<br /> La campagne acte for food de carrefour est une saloperie, le bio est le seul secteur ou la publicité mensongère est admise.<br /> La transition écologique est une connerie idéologique. Le renouvelable ? Suffit de regarder l'Allemagne qui fonctionne au charbon et le prix que les subventions de ce secteur coûte (dans les 600 milliards). Les pesticides ? 97 % de nos aliments sont dans les normes.<br /> Soigner les animaux d’élevage sans médicament, genre avec de l'homéopathie, de l'acuponcture ou un magnétiseur. Je suis sur que si ses enfants sont malades il recourait aux médicaments.<br /> Le glyphosate marche, permet l'agriculture de conservation des sols qui est respectueuse de l'environnement et présente un profile toxicologique et écotoxique très favorable. Alors pourquoi changer quand ça marche.
M
Augmenter les taxes sur les produits phytosanitaire considérés dangereux, sachant qu'ils le font pour le glyphosate qui n'est pourtant pas toxique, on voit la dérive qui va taxer les produits écologiquement impopulaires indépendamment de leurs toxicités réelles et bien-sur les produits utilisé en bio seront épargnés. Le reste ne va rien apporter de positif et nous couter chère, mais c'est pas grave c'est le contribuable qui paie (et dans 4 ans on sera plus là).<br /> <br /> Taxer pour subventionner le bio me rappel les énergies renouvelable, présenté comme la solution d'avenir sans défaut, au point que très peu de personne l'adopte (mais bon on vous dit que ça marche).<br /> <br /> « 8. Nomination d’un délégué interministériel chargé de suivre la stratégie de sortie du glyphosate. » Avec un ministre de l'agriculture, un ministre de l'écologie, les secrétaires d'états qui vont avec, l'INRA, l''ANSES et j'en oubli surement pleins d'autres, a-t-on vraiment besoin d'un nouveau poste inutile payé par nos impôts ?
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Pour le point 8, on peut être tenté de répondre : "pourquoi pas ? Après tout la fonction publique est pléthorique dans certains secteurs." Et si ça permet une vraie coordination...