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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le point de vue d'un agriculteur canadien : le glyphosate cause-t-il le cancer ?

30 Septembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup)

Le point de vue d'un agriculteur canadien : le glyphosate cause-t-il le cancer ?

 

Jake Leguee*

 

 

 

 

Glyphosate et cancer. C'est quelque chose dont nous entendons beaucoup parler, apparemment tout d'un coup, avec des nouvelles importantes qui ont été publiées la semaine dernière [cet article a été publié à l'origine le 14 août 2018]. Vendredi dernier, un procès en Californie a abouti à un verdict de 289 millions de dollars en faveur d'un homme du nom de Dewayne Johnson, qui a déclaré que ses années d'utilisation du glyphosate (également appelé Roundup) avaient causé un cancer. Quelques jours avant cette nouvelle, l'utilisation du glyphosate avait été suspendue par une juge au Brésil dans l'attente d'une réévaluation de la toxicité par le gouvernement.

 

Que passe-t-il ?

 

Je suis un agriculteur qui utilise le glyphosate. Mon père a commencé à l'utiliser il y a des décennies, et c'est vraiment la plus grande invention de l'histoire de l'agriculture. Et il est, sans équivoque, incroyablement sûr. C'est l'un des herbicides les moins toxiques que nous utilisons dans notre ferme. Il est moins toxique que l'alcool. Moins toxique que la caféine. Alors, de quoi s'agit-t-il ?

 

 

Pourquoi en avons-nous besoin ?

 

Je suis membre d'une ferme familiale multi-générationnelle dans le sud-est de la Saskatchewan, au Canada. Nous produisons du canola, du blé tendre, du blé dur, du pois, des lentilles, du lin et du soja, ainsi que quelques autres cultures. Je cultive avec ma sœur, ma mère et mon père, mon beau-frère et mon épouse, et j'ai deux petits garçons. J'aime ce que je fais.

 

Dans ma région des Prairies canadiennes, nous cultivons dans des conditions assez sèches. Notre moyenne de précipitations pendant la saison de pousse est d'environ 9 pouces ou 225 mm. La neige et les pluies d'automne nous fournissent un autre 4-5 pouces. C'est une agriculture en milieu semi-aride, où la prochaine pluie peut vraiment faire la différence entre les profits et les pertes. Donc, nous travaillons très dur pour utiliser chaque goutte d'humidité que nous obtenons. Nous devons le faire. Cela signifie que nous ne pouvons pas permettre aux mauvaises herbes de pousser et que ne nous devons autant que possible ne pas perturber le sol – nous ne voulons pas travailler nos terres si nous pouvons l’éviter.

 

Ce que le glyphosate nous permet de faire, c'est de tuer toutes les mauvaises herbes dans les champs avant que la culture n'émerge. Dans les temps d'avant le glyphosate, mon grand-père avait le même objectif – mais il n'avait qu'une façon de le faire. Il devait travailler la terre encore et encore. Le but était de la rendre absolument noire. C'était le seul outil dont ils disposaient alors et, malheureusement, c'était la cause directe des grandes tempêtes de poussière des années 30. Pourquoi voudrions-nous revenir à cela ?

 

De plus, le glyphosate nous permet de contrôler les mauvaises herbes dans certaines cultures pendant leur croissance. Le canola et le soja sont deux cultures que je produis et qui sont génétiquement modifiées pour résister au glyphosate. Cela signifie que nous pouvons pulvériser sur les cultures, quand elles sont jeunes et ont du mal à rivaliser avec les mauvaises herbes, pour les garder propres. Nous utilisons différents produits chimiques dans d'autres cultures pour accomplir la même chose, mais aucun ne possède le large spectre de contrôle du glyphosate – et peu d'entre eux sont aussi bon marché, ou aussi sûrs.

 

L'introduction des cultures Roundup-Ready, notamment du maïs, du soja, du canola, du cotonnier, etc., a permis de supprimer les mauvaises herbes de manière sûre, simple et très rentable.

 

 

Est-ce sûr ?

 

C'est la grande question, et si vous suivez les nouvelles, je pourrais certainement comprendre que vous pensez qu'il n'est pas sûr. Vous pensez peut-être qu'il cause le cancer, l'autisme et bien d'autres maladies. C'est ce que vous trouverez sur Internet.

 

Voici voici l'expérience d'un agriculteur.

 

J'utilise du glyphosate pendant des centaines d'heures chaque année. Je remplis et conduis nos pulvérisateurs (avec les employés de la ferme et ma famille) sur des milliers et des milliers d'acres de pulvérisation de glyphosate. Mon fils monte parfois dans le pulvérisateur avec moi. Et je ne m'inquiète pas du tout de la dangerosité du glyphosate.

 

Voici ce qu'il faut savoir à propos de la pulvérisation d'un produit chimique comme le glyphosate. Un terrain de 43.560 pieds carrés est un peu plus petit qu'un terrain de football américain. Sur cet acre [environ 0,4 hectare], on pulvérise 360 ​​grammes de principe actif à base de glyphosate. En d'autres termes : 2 canettes de bière de glyphosate pulvérisées sur une surface presque équivalente à celle d'un terrain de football. Cela fait 0,015 mL de bière par pied carré – et cela inclut la solution dans laquelle l'ingrédient actif glyphosate est en suspension. C'est une concentration incroyablement faible. Une « goutte » standard d'eau fait 0,05 ml. C'est moins d'un tiers de goutte d'eau !

 

Bien sûr, certains produits chimiques sont hautement toxiques, même à très petites doses. Le glyphosate n'est pas l'un de ces produits chimiques. Sa DL50 – la dose létale pour 50 % des rats dans un test – est de 5.600 mg/kg de poids corporel. La DL50 de la caféine? 192 mg/kg. Ne paniquez pas à propos de votre café – c'est toujours très sûr !

 

 

Le glyphosate provoque-t-il le cancer ?

 

Bien que j'aie expliqué qu'une dose aiguë de glyphosate soit sans danger, cela ne répond pas vraiment à la question du cancer. C’est quelque chose qui s’accumulerait au fil des années et qui pourrait avoir peu à voir avec la DL50 susmentionnée. Cela a-t-il été suffisamment étudié pour qu'on soit sûr que le glyphosate est sûr ? Et a-t-il été étudié par des organisations et des scientifiques indépendants ?

 

John Giesy, professeur et titulaire d'une chaire de recherche en toxicologie environnementale à l'Université de la Saskatchewan, soutiendrait que oui, le glyphosate est sans danger. Il a tout à fait le cv, en tant que professeur ou professeur honoraire dans six autres universités, et il est l'auteur le plus cité au monde dans les domaines combinés de l'écologie et des sciences de l'environnement. Dans un article que vous pouvez trouver ici, en parlant du cancer, il a dit ceci :

« Certainement vous ne le souhaiteriez à personne. Mais à mon avis, que le glyphosate cause le cancer est hautement improbable. »

 

En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l'OMS, a déclaré que le glyphosate était un « cancérogène probable ». Le glyphosate est loin d'être le seul dans cette catégorie, avec des compagnons tels que la friture à haute température, le travail en tant que coiffeur, la viande rouge ou le travail posté. Des choses qui sont effectivement cancérogènes sur leur liste ? Les boissons alcoolisées, la sciure de bois et la viande transformée (pour n'en citer que quelques-unes). Oui, la bière et les hot dogs sont plus susceptibles de causer le cancer que le glyphosate (source).

 

C'est ce rapport du CIRC qui a tout déclenché et il y a de vraies questions quant à leur méthodologie. En fait, selon le directeur général de l'époque de l'Association Européenne de la Protection des Plantes, Jean-Charles Bocquet,

 

« D'après les conclusions sommaires, il apparaît que le CIRC a tiré ses conclusions d'un examen incomplet des données qui a omis des éléments de preuve essentiels. » (Source)

 

Il a été découvert récemment que le CIRC avait supprimé les résultats d’études ayant conclu que le glyphosate n’était pas cancérogène avant de publier sa version finale. Ils ont également utilisé dans leur analyse la tristement célèbre étude sur les rats de Séralini rétractée. [Ma note : l'étude a toutefois été écartée du fait de ses vices rédhibitoires.]

 

Le fait est que de nombreuses organisations concluent que le glyphosate est sans danger, y compris l’Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l’Agriculture, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, Santé Canada, l’agence allemande pour l'évaluation des risques, etc. Une vaste étude menée sur 89 000 agriculteurs et leurs familles dans l'Iowa et la Caroline du Nord depuis 1993 n'a pas permis de trouver de lien entre le glyphosate et le cancer. De combien de preuves de plus avons-nous besoin ?

 

J'ai besoin du glyphosate dans ma ferme. Cela m'aide à être plus durable, sur le plan tant environnemental qu'économique ; cela m'aide à protéger mon sol contre l'érosion et à améliorer la santé des sols ; cela m'aide à séquestrer du carbone et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. La peur du glyphosate est sans fondement et nous devons nous calmer et avoir une vraie discussion à ce sujet. Si vous voulez venir à ma ferme et voir comment nous utilisons ce produit chimique controversé, faites-le moi savoir. Ma porte est ouverte à tous ceux qui veulent qu'on réponde à leurs questions.

 

__________

 

* Cet article a été publié en premier lieu le 13 août sur le blog de Jake, A Year in The Life of a Farmer (un année dans la vie d'un agriculteur).

 

Jake Leguee et sa famille produisent sur environ 12.000 acres (4.860 hectares) du canola GM, du blé, du blé dur, du pois, du soja GM, du lin et des lentilles. C'est l'une des premières fermes de la région à avoir produit du soja en 2010. Ils envisagent maintenant de produire du maïs. Sans labour depuis plus de 20 ans.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2018/08/does-glyphosate-cause-cancer/

 

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K
Quelque chose m’interpelle là. Je ne comprends pas vraiment deux articles de votre blog.
Ce Jake Leguee dont vous relevez le propos, est le même qui épand du glyphosate sur sa récolte quelques jours avant la moisson sur un autre site.
Pourriez vous m’expliquer la totale contradiction qui s’ensuit : vous niez dans un article que le glyphosate soit épandu au canada avant la récolte, mais vous choisissez le discours de ce type qui ailleurs dit que c’est le cas et met donc en doute vos propos. Pourquoi ce choix étrange ?
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il n'y a pas de totale contradiction, ni de contradiction tout court.

L'article de Michelle Miller se rapporte aux USA et, en particulier, à Joe, agriculteur en Caroline du Nord.

Jake Leguee est canadien et exploite dans le sud-est du Saskatchewan.

Dans le premier cas, les céréales murissent suffisamment tôt en saison pour les récolter sans traitement de dessication. Dans le deuxième, les conditions sont limites et un "coup de pouce" peut être utile ou nécessaire.