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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des chercheurs trouvent qu'il y a du glyphosate dans les sols européens !

17 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup), #Activisme

Des chercheurs trouvent qu'il y a du glyphosate dans les sols européens !

 

 

 

« Researchers Find European Soils Contain Glyphosate » (des chercheurs trouvent qu'il y a du glyphosate dans les sols européens), telle est l'exploitation militante d'un article scientifique par The Cornucopia Institute. Pour sa part, GMWatch se place bien dans la course à l'emphase et la gesticulation avec « Glyphosate persists – and European topsoils are contaminated with it » (le glyphosate est persistant – et les couches supérieures des sols européens sont contaminés). Tout comme PAN Europe qui a utilisé le même titre pour un article publié le 13 octobre 2017... avant la mise en ligne de l'article scientifique (le 15) !

 

Crier à la conspiration serait sans doute exagéré ; mais il y a des copinages qui posent question.

 

L'article scientifique, c'est « Distribution of glyphosate and aminomethylphosphonic acid (AMPA) in agricultural topsoils of the European Union » (distribution du glyphosate et de l'acide aminométhylphosphonique (AMPA) dans les couches superficielles des sols dans l'Union Européenne texte complet mis en ligne par PAN Europe), de Vera Silva, Luca Montanarella, Arwyn Jones, Oihane Fernández-Ugalde, Hans G.J. Mol, Coen J. Ritsema, Violette Geissen.

 

Voici les points forts et le résumé (nous découpons en paragraphes) :

 

« Points forts

 

  • Les données sur l'occurrence et les niveaux de résidus de glyphosate dans les sols de l'UE sont très limitées.

 

  • Le glyphosate et son métabolite AMPA ont été testés dans les couches supérieures de 317 sols de l'UE.

 

  • 21% des couches supérieures des sols de l'UE testées contenaient du glyphosate et 42% contenaient de l'AMPA.

 

  • Le glyphosate et l'AMPA présentaient une concentration maximale dans le sol de 2 mg.kg-1.

 

  • Certains sols contaminés se trouvent dans des zones très sensibles à l'érosion hydrique et éolienne.

 

 

Résumé

 

L'approbation des herbicides à base de glyphosate dans l'Union européenne (UE) fait l'objet de débats intenses en raison de préoccupations concernant leurs effets sur l'environnement et la santé humaine. La présence de résidus de glyphosate dans les masses d'eau européennes est plutôt bien documentée alors que seules quelques informations fragmentaires et périmées sont disponibles pour les sols européens. Nous fournissons la première évaluation à grande échelle de la distribution (occurrence et concentrations) de glyphosate et de son principal métabolite, l'acide aminométhylphosphonique (AMPA) dans les couches supérieures des sols de l'UE, et estimons leur dissémination potentielle par l'érosion éolienne et hydrique.

 

Le glyphosate et/ou l'AMPA étaient présents dans 45% des couches supérieures des sols collectées, provenant de onze pays et six systèmes de culture, avec une concentration maximale de 2 mg.kg-1. Plusieurs points chauds de glyphosate et d'AMPA ont été identifiés dans l'UE.

 

Les taux de perte de sol (obtenus à partir de cartes européennes récemment dérivées) ont été utilisés pour estimer l'exportation potentielle de glyphosate et d'AMPA par l'érosion éolienne et hydrique. Les exportations estimées, résultat d'un modèle conceptuellement simple, indiquent clairement que le transport de particules peut contribuer à l'exposition humaine et environnementale aux résidus d'herbicides. Des valeurs limites de résidus dans les sols sont nécessaires d'urgence pour définir les risques potentiels pour la santé du sol et les effets hors site liés à l'exportation par l'érosion éolienne et hydrique.

 

Il y a là beaucoup de blabla et une gesticulation finale. Ben oui, si on trouve une substance dans la partie supérieure du sol – ici, les 15 à 20 premiers centimètres car on a utilisé des échantillons prélevés à d'autres fins – il y a un risque de dissémination par l'érosion. Faut-il alors « d'urgence » des valeurs limites ? Réponse : bof ! On connaît avec une bonne précision les teneurs en glyphosate et AMPA (dont une partie provient des détergents industriels et ménagers) dans les eaux de surface et souterraines. Et, franchement, ces teneurs n'inquiètent que ceux dont le fond de commerce est précisément de susciter l'inquiétude et dont l'ambition est précisément de gérer et de faire prospérer ce fond de commerce.

 

De plus, les auteurs précisent que les échantillons ont été sélectionnés selon deux critères principaux :

 

« ...ils ont été collectés dans i) les pays de chaque région de l'UE avec le pourcentage le plus élevé de superficie agricole et d'utilisation de pesticides par hectare de terres arables et de cultures permanentes (FAO, 2013, 2014) et ii) les cultures ayant l'utilisation de pesticides la plus élevée par hectare ou la plus grande extension en termes de superficie cultivée dans ces pays (Muthmann, 2007). »

 

Ces choix peuvent se discuter. Mais cela aurait dû inciter les auteurs à plus de prudence, par exemple quand ils ont conclu que « 21% des couches supérieures des sols de l'UE testées contenaient du glyphosate et 42% contenaient de l'AMPA. » C'est 21 % d'un ensemble d'échantillons conçu pour produire les chiffres les plus inquiétants.

 

Les auteurs n'échappent pas non plus aux remontrances quand ils choisissent de communiquer sur la seule « concentration maximale dans le sol de 2 mg.kg-1 ». C'est de la science grossièrement militante.

 

Le militantisme – et le parti pris – a aussi été exprimé par l'auteure principale, Mme Violette Geissen. Embrayant sur des indications sur la présence de glyphosate et d'AMPA dans les eaux (avec évidemment l'indication des concentrations maximales...) et l'urine, elle déclare :

 

« Cela conduit à la conclusion que la Commission Européenne doit également établir des normes pour le glyphosate et l'AMPA dans les sols et les eaux de surface le plus rapidement possible. Les effets négatifs potentiels sur la biodiversité du sol, la vie aquatique et les personnes après avoir été exposés à ces substances sont multiples. Compte tenu des niveaux élevés de traces de glyphosate que nous avons trouvés dans le sol en Europe, il n'est pas prudent d'étendre l'approbation du glyphosate. »

 

Mme Geissen a évidemment droit à la liberté d'opinion et de parole. Toutefois, cette recherche a été conduite avec un financement du Septième Programme Cadre de l'Union Européenne (FP7 – projet RECARE), avec des contributions du Centre Commun de Recherche (CCR) de la Commission. Il n'est pas interdit de penser que, dans ces conditions, les auteurs de l'étude sont tenus à une obligation de réserve s'agissant du débat politique.

 

En tout cas, le choix de l'image d'illustration est parlant : il s'agit de science militante.

 

C'est encore plus évident sur la figure 1 qui résume les résultats : la très grande majorité des résultats positifs (détections) se trouve en dessous de 0,5 mg/kg, la fréquence des détections se situant en majorité sous la barre des 25 % pour le glyphosate et 50 % pour l'AMPA (à durée de demi-vie plus longue).

 


 

 

S'agissant des transports par l'érosion éolienne et hydrique, les auteurs se limitent aussi aux scénarios du pire :

 

« Dans les zones à teneurs faibles ou moyennes en glyphosate ou AMPA dans le sol (0,05-0,5 mg.kg-1), l'enlèvement estimé de glyphosate et d'AMPA par l'érosion éolienne atteint 1.941 mg.ha-1. an-1, alors que dans les zones avec des teneurs >0,50 mg.kg-1, elle pourrait dépasser 3000 mg.ha-1.an-1. L'érosion hydrique pourrait entraîner des pertes/exportations potentielles de glyphosate et d'AMPA plus élevées, avec des exportations maximales estimées de 9.753 mg.ha-1.an-1 dans les sols à faible teneur en herbicide et de 47.667 mg.ha-1.an-1 dans les sols avec des teneurs plus élevées... »

 

On n'est pas que subjugué par la précision des prédictions apocalyptiques... au milligramme près ! Pour exporter 47.667 mg de glyphosate avec un sol gorgé à 2 mg/kg (le maximum tonitrué par les auteurs), il faudrait perdre exactement 23,8335 tonnes de terre arable. En France, les pertes en terre dues à l’érosion hydrique sont estimées à 1,5 t/ha/an en moyenne, avec une forte variabilité (jusqu’à 20 % du territoire affecté par des taux très élevés). Comme le montre (mal) la carte ci-dessous, il y a des zones, peu étendues, où l'érosion dépasse les 20 tonnes/hectare/an.

 

 

 

 

Ce calcul suggère que les auteurs ont pris le pire scénario en matière de présence de glyphosate et le pire scénario en matière d'érosion hydrique. Il doit être doublement relativisé. D'une part, le glyphosate et l'AMPA sont fortement adsorbés sur les particules de terre ; on peut penser qu'il reste en surface et que les valeurs utilisées par les auteurs – relatives à des échantillons de l'horizon allant à 15-20 cm – sont sous-estimées. D'autre part,

 

« En Europe, le glyphosate et l'AMPA ont été analysés respectivement dans 75.350 et 57.112 échantillons d'eau de surface et détectés dans 33 % et 54 % des échantillons à des niveaux allant jusqu'à 370 μg.L-1 et >200 μg.L-1 (Horth, 2012). »

 

Toujours cette manie des maximas. Faut-il s'inquiéter ? Les auteurs font allusion à des scénarios cauchemardesques potentiels :

 

« La présence de glyphosate et d'AMPA dans les sols agricoles peut non seulement constituer un risque pour la santé des sols, mais également un risque potentiel de propagation de ces substances dans les domaines terrestres, aquatiques et aériens. En effet, outre les effets potentiels sur les communautés édaphiques locales et sur les humains, qui peuvent être exposés à ces substances par inhalation de particules de poussière contaminées, contact cutané ou ingestion d'eau de surface contaminée, l'érosion éolienne et hydrique peut transporter des contaminants vers tous les compartiments environnementaux : atmosphère, autres sols et eaux de surface. »

 

L'effort est aussi louable que dérisoire : c'est du blabla ! Le glyphosate est maintenant utilisé depuis quarante ans et a fait l'objet de très nombreuses études. Il serait peut-être temps d'arrêter de gesticuler avec des « risques potentiels ».

 

Pour notre part, nous aurions pu commencer par la fin : consulter la littérature citée. Benbrook ? Gasnier, ... Séralini ? Guyton et une partie du groupe de travail du CIRC ? Mesnage, ... Séralini ? Myers, Antoniou, ... Colborn, ... Landrigan, ... Mesnage, ... vom Saal, ... Benbrook ? Arrêtera-t-on un jour d'affirmer que les effets du glyphosate sur la santé et l'environnement font débat en citant ces gens?

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T
Quant à lire des blabla très ennuyeux de scientifiques autant se fendre la poire en écoutant Nicole Ferroni qui veut mettre un "coup de pelle dans la gueule" d'homo-sapiens-sapiens.
https://positivr.fr/nicole-ferroni-chronique-france-inter-planete/
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'ai apprécié la prestation, mais ça ne m'a pas fait vraiment rire. Chacun ses goûts et son humeur.