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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : le Conseil Fédéral suisse serein... et objectif

17 Novembre 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

Glyphosate : le Conseil Fédéral suisse serein... et objectif

 

 

 

« Il faudrait une consommation irréaliste de 71 kg par jour du produit testé le plus contaminé (pâtes) pour qu'on puisse s'attendre à des effets secondaires nocifs pour la santé. »

 

 

En Suisse aussi, il y a de l'agitation contre le glyphosate.

 

Le groupe des Verts avait déposé le 27 septembre 2017 une motion au titre a priori curieux : « Interdiction de l'herbicide glyphosate au moins jusqu'en 2022 ». Mais c'est, semble-t-il, bien ce qui était visé : une interdiction temporaire en attendant de nouvelles études. Enfin, sur le papier... on sait ce que donne ce genre de moratoire.

 

Voici le texte de la motion (une intervention qui charge le Conseil fédéral de déposer un projet d'acte de l’Assemblée fédérale ou de prendre une mesure) :

 

« Ces derniers jours, le gouvernement français a annoncé qu'il entendait interdire pour les cinq prochaines années, notamment dans l'agriculture, toute utilisation du glyphosate, herbicide controversé. La France réagit ainsi à la volonté de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du glyphosate, qui arrive à échéance à la fin de cette année. Elle a annoncé qu'elle s'y opposerait lors du vote, comme l'a d'ailleurs aussi fait notre deuxième voisin, l'Italie.

Cela fait des années que l'herbicide en question est controversé. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) fait partie de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le 20 mars 2015, dans la revue spécialisée "The Lancet", le CIRC avait publié une réévaluation de la dangerosité de quatre substances actives au total, le glyphosate étant reclassifié dans la catégorie des "cancérigènes probables" pour l'homme, soit la deuxième catégorie de dangerosité sur cinq. L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), pour sa part, juge improbable que le glyphosate présente un risque cancérogène pour l'homme. A l'échelle mondiale, le glyphosate est l'herbicide le plus utilisé et le plus efficace. En Suisse aussi il est la substance active la plus vendue, et il entre dans la composition de plus de 70 herbicides homologués. La quantité vendue est évaluée à 300 tonnes par an. Le glyphosate est utilisé notamment dans l'agriculture, dans les cultures fruitières, dans l'horticulture professionnelle et privée ainsi que pour désherber les rails. Il a été commercialisé pour la première fois en 1974 en tant que substance active du Roundup, l'herbicide total de Monsanto.

 

Malheureusement, tant le Conseil fédéral que la majorité du Parlement ont jusqu'à présent rejeté toutes les interventions demandant une interdiction ou une suspension de l'homologation du produit incriminé. Le pays agricole qu'est la France franchit à présent une étape courageuse en interdisant l'herbicide controversé pour au moins cinq ans. Cela donnera du temps pour étudier les risques à long terme pour l'homme et l'environnement de façon scientifique et indépendante. La Suisse a récemment adopté un Plan d'action des produits phytosanitaires, dont les objectifs sont peu ambitieux. Un moratoire dans l'utilisation du glyphosate dans l'agriculture, les espaces publics et le domaine privé compléterait efficacement ce plan et tiendrait compte du principe de précaution et de l'orientation écologique de notre politique agricole. »

 

Le Conseil Fédéral (le gouvernement de Sept Sages, pas un de plus) a répondu le 15 novembre 2017 :

 

« Depuis 2015, le glyphosate a fait l'objet de nombreuses évaluations du risque par des organismes internationaux reconnus comme le JMPR (Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues), l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) de même que par l'ECHA (Agence européenne des produits chimiques). Toutes ces évaluations arrivent à la conclusion que le glyphosate ne présente pas de risque pour la santé humaine lorsqu'il est utilisé conformément aux prescriptions. Le postulat de la CSEC-N (15.4084) chargeait le Conseil fédéral de présenter une étude sur l'impact du glyphosate en Suisse. Le rapport est en cours de finalisation. Le Conseil fédéral est déjà en mesure d'annoncer à ce stade que les résidus mesurés sont très faibles et donc inoffensifs pour la santé. Il faudrait une consommation irréaliste de 71 kg par jour du produit testé le plus contaminé (pâtes) pour qu'on puisse s'attendre à des effets secondaires nocifs pour la santé.

 

La situation en France n'est pas celle présentée dans la motion. Aucune décision d'interdiction n'a été prise au moment du dépôt de cette dernière. En fait, le gouvernement français a annoncé, le 26 septembre 2017, à l'Assemblée nationale, vouloir étudier une stratégie de sortie du glyphosate qui passe notamment par la recherche d'alternatives.

 

Le glyphosate fait l'objet actuellement d'une procédure de réexamen au sein de l'UE. Sur la base des évaluations scientifiques réalisées par l'EFSA et l'ECHA et en application des dispositions légales en vigueur, la Commission européenne propose de renouveler l'admission de cette substance pour 10 ans. Le vote des Etats membres sur la proposition de la Commission doit avoir lieu d'ici à la fin 2017.

 

Le plan d'action visant à l'utilisation durable de produits phytosanitaires fixe comme objectif une réduction de 50 % des risques liés à l'utilisation de ces produits. L'objectif fixé par le Conseil fédéral est ambitieux. De nombreuses mesures sont prévues afin de réduire de manière ciblée les risques notamment dans le domaine de la protection des organismes aquatiques. Le plan d'action prévoit également de réduire l'utilisation des produits phytosanitaires en général et des herbicides en particulier. Des premières mesures ont été adoptées par le Conseil fédéral dans le cadre de l'ordonnance sur les paiements directs. L'objectif est de soutenir la réduction ainsi que le non-recours aux herbicides dans les cultures de betteraves, en arboriculture et dans la vigne.

 

L'interdiction du glyphosate serait problématique à plusieurs titres. Pour de nombreuses utilisations y compris en dehors de l'agriculture, la seule alternative est la destruction mécanique ou thermique ; ce genre de lutte nécessite plus de travail, souvent manuel, et d'énergie. Dans d'autres cas, le désherbage devrait être effectué avec un mélange de différentes substances pour obtenir la même efficacité que celle du glyphosate. A noter que le glyphosate est faiblement toxique pour les organismes aquatiques et qu'à ce jour on n'a pas détecté cette substance dans les eaux souterraines utilisées pour la production d'eau de boisson.

 

Il convient donc de pondérer tous ces éléments avant de prendre une décision aussi radicale que l'interdiction de cette substance. »

 

La réponse n'est certes pas au dernier cri s'agissant des développements à Bruxelles, mais on appréciera le sérieux et la sérénité du Conseil Fédéral.

 

MM. Hulot, Philippe et Macron prendront-ils de la graine ? Il n'est pas trop tard !

 

 

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