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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L’extinction de 75% des insectes : comment se perpétue une légende scientifique

12 Juillet 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique

L’extinction de 75% des insectes : comment se perpétue une légende scientifique

 

 

Nous avons signalé l'excellent article de M. Philippe Stoop, « L’extinction de 75% des insectes : Comment naît une légende scientifique » paru dans European Scientist.

 

M. Philippe Stoop a peut-être inventé le concept de « presse scientifique d'opinion ». Partant de deux études sur la « disparition des insectes », il a démontré avec brio le hiatus entre les données brutes et les modélisations dans deux articles.

 

Il s'agissait de « More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas » (un déclin de plus de 75 pour cent en 27 ans de la biomasse totale d'insectes volants dans des zones protégées) de Caspar A. Hallmann et al. et de « Arthropod decline in grasslands and forests is associated with landscape-level drivers » (le déclin des arthropodes dans les prairies et les forêts est associé à des facteurs liés au paysage) de Sebastian Seibold et al.

 

Dans une réponse à un commentateur, M. Philippe Stoop a précisé :

 

« En fait, l’objet de mon article est double :

 

montrer comment la pratique courante, de ne montrer les données que superposées à une régression ou un modèle de tendance choisi par les auteurs, oriente le regard du lecteur et détourne la réflexion nécessaire sur la crédibilité des données

 

donner un bel exemple des absurdités auxquelles peut conduire l’utilisation abusive de modèles mixtes linéaires, très commodes pour trouver des tendances significatives dans n’importe quel nuage de points informe, mais totalement inopérants en termes prédictifs, ou pour la recherche de liens de causalité. »

 

Il ne faut pas être grand clerc pour repérer ces absurdités. De simple graphiques suffisent. M. Philippe Stoop en a fourni un éloquent pour le deuxième article.

 

 

 

 

S'agissant du premier, un commentateur sur PlosONE a fondamentalement fait la même chose :


 

 

M. Philippe Stoop avait présenté la chose un peu différemment sur le plan optique.

 

 

 

 

Résumé : ces articles, pris pour exemples, sont mauvais et certains « aspects » (soyons charitables...) ont été dénoncés.

 

Qu'en pense-t-on sur Twitter ? Nous serons bien sûr doublement sélectifs : sur le contenu des commentaires et leurs auteurs.

 

 

(Source)

 

 

L'auteure se dit « PhD Écologie + MScEng. Agronomie = Écologue des champs ».

 

 

La critique est cinglante... entièrement à côté de la plaque... et complètement stupide...

 

 

 

Dans le même fil, d'un auteur doctorant en intelligence artificielle et se disant écologiste rationnel, avec des réponses cinglantes de Jiembé  :

 

 

 

 

La toxicologue réglementaire Annette Lexa a posé un commentaire plus philosophique :

 

 

(Source)

 

 

Parmi les réponses, celles d'un « PhD, Chercheur indépendant, écologue, herpétologue, naturaliste » :

 

 

 

M. Alexandre Carré a aussi gazouillé au sujet de l'article de M. Philippe Stoop. S'est ensuivit un échange dont voici le début et dans lequel nous retrouvons un personnage vu précédemment.

 

 

 

Bon, il y en a encore sous le capot... Ces gazouillis ont un gros mérite : celui de montrer l'aveuglement qui imprègne même les milieux des sciences de l'écologie.

 

Des articles « scientifiques » ont fait naître une légende de la disparition de 75 % des insectes... l'aveuglement – parfois haineux – perpétue la légende.

 

On ne peut que souscrire aux réflexions de Mme Annette Lexa. M. Alexandre Carré en a ajouté une autre :

 

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H
Il est assez curieux qu'aucun entomologiste n'ait le moindre recul historique. Il suffit d'une part de lire des écrits du passé, d'autre part d'avoir recueilli des témoignages de gens âgés à la fin du XXème siècle et d'avoir soi même été enfant dans les campagnes des années 1960 pour savoir sur les insectes une chose fondamentale dont jamais aucun spécialiste ne parle : les mouches et les insectes inféodés aux excréments ont subi au cours du XXème siècle 2 chocs absolument colossaux. Le premier concerne surtout les villes à partir des années 1910-1920 quand la traction automobile commence à remplacer la traction hippomobile qui générait des quantités de merde (disons le franchement) absolument inimaginable aujourd'hui, avec pour corollaire un cortège d'insectes appropriés, les mouches étant la face immergée de l'iceberg. Le 2ème choc survient à partir des années 1970 quand dans les campagnes sont édictées toute une série de normes qui feront à la fois disparaitre les étables de grand papa, le poulailler de la grande tante, le cochon de grand mère, les chiottes de jardin, et les tas de fumier qui faisaient la gloire des plus riches fermiers. Avant ces normes, les mouches (et associés) étaient partout tout simplement. On rivalisait d'ingéniosité pour les combattre : papiers collants accrochés partout, tapettes et records de victimes, linge blanc obligatoire pour mettre sur les plats quand on mangeait dehors et j'en passe. Je me souviens que l'on pariait sur les hirondelles sur les fils électriques qui n'en finissaient plus de leurs circonvolutions attrapant au vol ces saletés de mouches qui nous pourrissaient la vie quotidienne. Et quel bonheur ces bombes insecticides quand elles sont arrivées, on pouvait donner un bon coup dans les chambres pour pouvoir dormir tranquille la nuit.
Alors oui, quand tous les insectes de la merde ont massivement diminué jusqu'au point que des entomologistes ne semblent même pas se souvenir de leur omniprésence il y a encore 50 ans, il est vraisemblable que par contrecoup, les autres populations d'insectes ont été impactés.
Strictement rien à voir avec les traitements phytosanitaires des cultures. Mais allez faire comprendre cela à ces spécialistes qui vivent dans les villes, prennent les pecnos pour des crétins et ignorent les réalités du passé.
D'autres insectes ont également diminué comme les moustiques du fait de l'asséchement de zones humides et de traitements anti moustiques massifs tous les étés dans les régions infestés. On oublie quelle bénédiction fut le DDT au temps du typhus et du palu en Europe.
Le retour du moustique augmenté de nouvelles espèces est d'ailleurs inévitable et sera bientôt un fléau, les agences publiques s'occupant des démoustications ayant été presque toutes supprimés par bien pensance écologique et des zones asséchées sont aujourd'hui restaurées en marais sous la pression de la terreur khmert vert. Qui oublie le passé, se condamne à le revivre.
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I
Du coup je me demande, est-ce qu'un entomologiste qui lit ce blog pourrait faire une étude sur l'impact de l'amélioration de l'hygiène sur la disparition des insectes ? Ce serait intéressant de savoir si l'amélioration du respect des règles de l'hygiène impacte la chute de biodiversité insectoïde et si oui jusqu'à quel point.
S
@ Hbsc Xris le mardi 14 juillet 2020 à 05:51

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Entièrement d'accord.

On peut ajouter d'autres facteurs comme, en milieu agricole, la fauche précoce et répétée des prairies ou, pour les autoroutes, l'entretien régulier des abords.

Il est aussi "curieux" que ces entomologistes ne s'intéressent pas, ou guère, aux ravageurs des plantes cultivées. Je ne connais pas d'article qui rapporte que 75 % des ravageurs du colza ont disparu...
M
Avoir une solide formation scientifique est une chose, l'aveuglement idéologique qui vous la fait oublier en est une autre.
Hélas, une grande partie des scientifiques en sciences de la vie et de la terre se sont transformés en militants.
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S
@ Murps le lundi 13 juillet 2020 à 18:24

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne peux que partager le constat. C'est pire que du "bon vieux temps" des scientifiques encartés ou compagnons de route du Parti Communiste.
F
Je trouve le fil Twitter de la lince particulièrement révélateur: elle n’a pas lu les articles critiqués par Philippe Stoop mais elle ne supporte pas qu’on les critique... Elle illustre une tendance très actuelle: tout va mal et ceux qui osent en douter sont forcément dans le faux. Le pessimisme comme boussole!
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I
Cher Seppi

Perso ceux que vous citez je les mets dans la liste des fanatiques et des capitalistes verreux qui exagèrent la situation et en profitent pour prendre des mesures à la noix.

Pour vous donner une idée, dans ceux qui mésestiment la crise écologique, je pense, par exemple, à certains ingénieurs du pétrole qui soutiennent des thèses climatosceptique et considèrent qu'on a aucun effort à faire pour améliorer notre impact écologique.
S
@ Il est là, fils spirituel de Seppi le lundi 13 juillet 2020 à 20:10

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

A l'âge et l'expérience que j'ai, je n'ai pas la même notion d'urgence écologique que vous. Mais je partage le sentiment que "certains mésestiment la crise écologique et ne fassent pas les efforts nécessaire". L'identité des "certains" et l'évaluation de leurs actions sont peut-être un peu différentes.

Dans ces "certains", il y a par exemple ceux qui promeuvent l'arrêt du nucléaire -- existant et encore meilleur dans le futur, les irresponsables qui ont fermé Fessenheim au prix d'importation d'électricité fortement carbonée de pays voisins, qui ont pris le risque d'un ou plusieurs black-out l'hiver prochain à l'échelle française, voire européenne.

Il y a les imbéciles qui s'opposent aux solutions technologiques, chimiques et génétiques, qui rendent notre agriculture et notre approvisionnement alimentaire plus abondant, plus sain et plus écologique.

Il y a ces politiciens ineptes qui promeuvent des "énergies renouvelables" et ces capitalistes cyniques qui exploitent l'imbécillité et la veulerie des premiers pour s'en mettre plein les fouilles.

Il y a ces... la liste est longue...
I
Je vous comprends Seppi car moi-même j'ai peur. J'ai peur que certains mésestiment la crise écologique et ne fassent pas les efforts nécessaire... mais j'ai aussi peur que des fanatiques ou des hommes d'affaires ne rendent la situation plus grave que ce qu'elle est et en profitent pour prendre des mesures vraiement effrayantes.

Et j'ai bien peur que dans un cas comme dans l'autre vos petits-enfants auront une vie moins confortable que la votre :(
S
@ Fm06 le dimanche 12 juillet 2020 à 11:56

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est bien ce qui m'a incité à écrire le billet. Tant d'années d'études -- scientifiques, pas de la sociologie à deux balles -- pour faire preuve d'un tel aveuglement... Je crains pour l'avenir de mes petits-enfants.