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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Du sable dans les rouages de l'agriculture biologique

24 Octobre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique

Du sable dans les rouages de l'agriculture biologique

 

Dr Olaf Zinke, Agrarheute*

 

 

© Adobestock

 

 

Le marché des produits biologiques est en pleine croissance. Les agriculteurs veulent se convertir. Mais le boom s'arrête. Que s'est-il passé ?

 

 

En fin de compte, le marché rattrapera tout le monde. Les agriculteurs biologiques aussi. Le fait est que, après des années de très forte croissance et de records successifs, le sable pénètre clairement dans les rouages de l’agriculture biologique. Bien sûr, personne n'aime entendre ça dans la filière.

 

Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Pour la première fois depuis des années, les prix des céréales biologiques sont soumis à une pression énorme. Sur le marché des « produits de conversion », une offre excédentaire importante ne disparaîtra pas si rapidement.

 

 

Des listes d'attente ou pas d'aides à la conversion

 

© Adobestock

 

De nombreux agriculteurs biologiques se demandent ce qui se passe. Henrik Wendorff, agriculteur biologique et président de l'Association d'Agriculteurs du Brandebourg (LBV), a même déclaré : « Si la situation du marché reste inchangée, je ne peux pas recommander la conversion à l'agriculture biologique aux fermes de grande culture conventionnelles. » Cela ne s'est pas encore produit jusqu'à récemment.

 

De nombreux agriculteurs conventionnels sont passés au bio ces dernières années. Comme dans le cas des laiteries biologiques, il y a maintenant aussi des listes d’attente pour les grandes cultures, si vous envisagez une conversion avec soutien financier. C'est en tout cas ce qu'a rapporté un agriculteur de Saxe-Anhalt qui, malgré certaines préoccupations, envisage désormais de procéder à une conversion sans subventions.

 

Autre fait intéressant : la situation sur le marché des produits biologiques est apparemment assez similaire pour nos voisins du sud, en Autriche, et pour nos collègues danois.

 

 

La morale est dans le rayon

 

© Adobestock

 

Mais quelles sont les raisons du dilemme ? Comme souvent, il n’y a probablement pas de réponse simple.

 

Holger Jonas, président du Comité de l'Agriculture Biologique du Brandebourg, a formulé le problème dans les termes suivants : « De nombreux agriculteurs ont décidé de passer à la production biologique en raison de la faiblesse des revenus dans le secteur conventionnel et des subventions de l'État. Ils se sont ainsi alignés sur le souhait de certaines parties de la société d’obtenir des produits biologiques et s’appuient sur leur volonté fréquemment exprimée de dépenser plus d’argent à cette fin. »

 

Cependant, Jonas se fait critique : « Il s’agit principalement de belles paroles. En fin de compte, la majorité des consommateurs décident strictement en fonction du prix. La morale est tout simplement dans le rayon. »

 

 

Des produits bio à des prix Aldi ?

 

© Adobestock

 

À première vue, cependant, une crise des ventes de céréales et d'autres produits biologiques étonne. Après tout, le chiffre d'affaires des produits biologiques dans le secteur de la vente au détail a augmenté de 8,6 % pour atteindre 6,4 milliards d’euros rien qu'en 2018. C'est plus de deux fois plus que ce qui a été vendu dans le commerce des aliments naturels. Désormais, tous les grands distributeurs et discompteurs proposent des produits biologiques dans une très grande gamme de prix.

 

Et cela a des conséquences : d’une part, le marché s’est considérablement développé. D'autre part, les prix sont maintenant en baisse pour de nombreux produits. La raison en est que les gros discompteurs achètent leurs produits biologiques – sans aucun souci majeur – aussi à l'étranger et les proposent ensuite à des « prix Aldi ».

 

Dietmar Groß, un agriculteur biologique de la Hesse, en est certain : « La banalisation du marché des produits biologiques entraînera également un changement structurel au niveau des producteurs. Aldi et Lidl n'achètent pas sur le plan local mais là où leurs attentes pour la qualité des produits biologiques peuvent être satisfaites de la manière aussi rentable et fiable que possible. »

 

 

S'appuyer davantage sur la demande

 

© Adobestock

 

Les agriculteurs biologiques comme Hendrik Wendorff cherchent des solutions à la congestion de l'aval et à la chute des prix des céréales. Le président de la LBV estime que « la promotion de l'agriculture biologique doit à l'avenir être davantage régie par la demande du marché ainsi que par les possibilités de transformation et de commercialisation à l'échelle régionale ».

 

Wendorff ajoute : « À l’heure actuelle, les silos sont pleins, malgré des rendements moindres. Nos partenaires, tels que le négoce et la distribution, sont prudents. » La situation est évidemment particulièrement difficile avec le seigle panifiable. « Je connais des collègues qui ont encore des grains de la dernière récolte dans leurs installations de stockage et les ventes stagnent. »

 

C'est une situation complètement nouvelle et difficile pour nous », résume Wendorff. Mais qui pense que les problèmes de vente en Allemagne sont une exception, se trompe. L'Autriche et le Danemark ont signalé une évolution similaire.

 

 

Commercialiser les quantités excédentaires en conventionnel

 

© Adobestock

 

En raison des nombreux agriculteurs en conversion, il y a eu des problèmes similaires à ceux de l'Allemagne après la récolte en Autriche. « La capacité d'absorption du marché intérieur est dépassée, les invendus montent en flèche et les prix baissent », dit-on.

 

La cheffe de l'association professionnelle autrichienne Bio-Austria, Gertraud Grabmann, a également averti les agriculteurs biologiques autrichiens : « Un autre défi est que la pression sur le marché augmentera dans certains secteurs, en raison des nombreux agriculteurs en conversion, mais également en raison de l'offre croissante dans d'autres pays. »

 

Certains négociants sont de surcroît convaincus que « les quantités excédentaires devront soit être livrées à l'export avec une forte concurrence sur les prix, soit même être commercialisées à des prix encore beaucoup plus bas en tant que produits conventionnels. » Le problème est que l’espace pour les produits bio et de conversion reconnus, stockés ensemble dans les silos, devient rare.

 

 

Le marché bio n'est pas découplé

 

© Adobestock

 

Les agriculteurs biologiques toucheront entre 10 et 25 pour cent de moins pour leurs céréales cette année. C’est ce que disent les prix du bio de l’AMI [Agrarmarkt Informations-Gesellschaft mbH] pour les céréales principales. Les agriculteurs bio obtiennent encore de bien meilleurs prix que leurs collègues pour leurs produits conventionnels. Cependant, le marché des produits biologiques n'est évidemment plus « découplé du reste du marché », comme l'a constaté la Fédération de l'Industrie des Aliments Biologiques (BÖLW) en 2018.

 

De plus, les rendements ne sont que de la moitié de ceux des céréales conventionnelles. Ainsi, le produit des céréales biologiques est fortement réduit et, chez de nombreux agriculteurs biologiques, cela devient sérieux. Une enquête de l’Institut Thünen montre que cela n’avaient pas été aussi simple dans le passé pour les agriculteurs biologiques qu'il ne semblait à première vue. L'institut s'est penché sur les « Rückumsteller » – ceux qui reviennent au conventionnel et dont on n'aime pas beaucoup parler dans le milieu.

 

Selon son étude, sur 10 nouveaux agriculteurs biologiques, il y en a deux qui finiront par mettre la clé sous la porte et quatre qui reviendront au conventionnel. Ce nombre relativement élevé pourrait inciter à nouveau certains agriculteurs intéressés à réfléchir. Parce qu'une conversion réussie est évidemment plus difficile que ne le pensent beaucoup d'agriculteurs et d'hommes politiques.

 

____________

 

* Source : https://www.agrarheute.com/management/betriebsfuehrung/sand-getriebe-biolandbaus-560377

 

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max 28/10/2019 15:04

Un article de l'usine nouvelle sur l'étude Britannique sur le bio. J'ai du mal à croire qu'un médias sur l'industrie et ses process puisse écrire ça. Ne vous laisser pas avoir par le titre, on a tous les poncifs habituel, OGM pas bien, pesticide chimique (de synthèse) pas bien, engrais de synthèse (et chimique aussi) pas bien et agriculture bio "indéniablement plus vertueuse pour l’environnement que son équivalent classique, notamment grâce à l’utilisation d’alternatives aux produits chimiques", c'est la première phrase.
https://www.usinenouvelle.com/article/une-production-agricole-100-bio-a-grande-echelle-ne-serait-pas-moins-emettrice-de-co2-bien-au-contraire.N897359

Hbsc Xris 25/10/2019 00:06

Pas étonnant... Le bio "dont les rendements sont faibles, a de facto un coût qui le rend inaccessible à la grande majorité des consommateurs. Donc forcément, s'il y a trop d'offres de produits bio, le marché des acheteurs potentiels étant très limité, il y a rapidement surproduction. Il y a peu de temps l'AFP a fait un assez bon fact checking suite à une numéro de Que choisir qui s'insurgeait de la marge des grandes surfaces sur les produits bio https://factuel.afp.com/les-supermarches-sengraissent-ils-sur-les-fruits-et-legumes-bio
Le fact checking montre non seulement que les supermarchés s'engraissent plus sur le conventionnel que sur le bio (erreur de Que Choisir) mais surtout fait ressortir que pour un même panier, on est à 186 euros de coût producteur en conventionnel, et à 335 euros en bio. Et cela même alors que le bio bénéficie de grosses aides par rapport au conventionnel, on énumérera pas, c'est un florilège. Donc si le bio est aussi rentable que le conventionnel comme on nous l'affirme, pourquoi un prix de 335 euros soit 149 euros de + que le même panier conventionnel ? Les agriculteurs bio seraient-ils des rapaces plumant leurs acheteurs ? Bon trêve de plaisanterie, une grande partie de ceux qui sont sur ce blog connaissent le réel de l'agriculture et les grandes illusions du bio qui ne tient que par de grosses aides.
Cela m'amène à rappeler, qu'aujourd'hui un smicard dépense à peu près 15-20% de son salaire, maximum pour manger. Peu de gens sont prêts à revenir au début du XIXème siècle quand l'alimentation était 70-80% du budget de la plus grande partie de la population et qui plus est pour manger sans diversité et bien plus mal qu'aujourd'hui. Et je ne parle pas de la piètre qualité sanitaire des produits alimentaires de l'époque, bien loin du mythe actuel. Pour finir, qui, demain, pourra se permettre une hausse importante des produits alimentaires ? Les stars et starlettes décérébrés qui montent les marches du festival de Cannes avec des fringues à 10 000 euros, font trempette dans leur grande piscine à St Trop, se déplacent en jet privé et ensuite nous enjoignent de nous serrer la ceinture...

max 25/10/2019 12:37

"je suis simplement "étonné" que nos politiques (et journalistes) soient autistes à ce point."
Ils on été biberonnés à l'idée que les taxes sont la solution à tous les problèmes.

Si l'on prend toutes les taxes et les charges sur toutes la chaîne de production et de distribution, on pourrait surement augmenter le revenue des agriculteurs sans augmenter le prix pour le consommateur si l'état acceptai enfin de les baissés voir de supprimer celle qui sont carrément inutile.

Quand on voit toutes les taxes existantes, il y en a même une sur le ski de fond (la 62).
https://www.contrepoints.org/2019/10/06/331489-combien-de-taxes-en-france

douar 25/10/2019 08:59

"aujourd'hui un smicard dépense à peu près 15-20% de son salaire, maximum pour manger"
un ami m'a fait la démonstration qu'avec toutes les taxes "pour la planète" à venir, c'est à dire carburant, contrôle technique, électricité, chauffage, même nourriture..., la part des dépenses contraintes passe à un niveau insupportable, même pour un revenu plus élevé que le SMIC.
Conclusion: c'est dans la rue que le problème va se règler comme il a commencé avec les GJ (et au Chili par exemple).
Ce n'est pas une perspective réjouissante.
je suis simplement "étonné" que nos politiques (et journalistes) soient autistes à ce point.