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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Si l'agriculteur américain est là pour lutter contre la faim, pourquoi y a-t-il encore des gens qui ont faim aux États-Unis ?

14 Janvier 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Si l'agriculteur américain est là pour lutter contre la faim, pourquoi y a-t-il encore des gens qui ont faim aux États-Unis ?

 

Jonathan Lawler, AGDAILY*

 

 

Image : Sara Carpenter, Shutterstock

 

 

Lorsque j'ai créé Brandywine Creek Farms – qui était centrée sur l'idée de transformer notre ferme à but lucratif en une organisation qui fournit des produits pour nourrir les personnes en situation d'insécurité alimentaire dans leur communauté – certains de mes amis agriculteurs pensaient que nous sous-entendions que les agriculteurs n'en faisaient pas assez et qu'il fallait produire plus de nourriture. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. Nous avons commencé nos efforts à but non lucratif de culture et de don de produits après avoir remarqué que les banques alimentaires avaient rarement des fruits et légumes frais. Bien que cela ait été vrai à l'époque, beaucoup de banques alimentaires ont compris le message et ont commencé à travailler dur pour inclure des produits frais dans leur planification d'achat de nourriture.

 

Mais aujourd'hui encore, on me demande : « Pourquoi les agriculteurs ne produisent-ils pas assez de nourriture ? »

 

Pour moi, c'est une question étrange et mal fondée. Comme si les agriculteurs ne faisaient pas leur part. Ma ferme a pour mission d'améliorer l'accès aux produits frais, et non de prendre le relais des autres agriculteurs. En tant que citoyen des États-Unis, j'ai la chance de vivre dans un pays où les agriculteurs produisent non seulement les aliments les plus sains et les plus sûrs de la planète, mais où ils les surproduisent en fait, de sorte qu'il y a toujours de l'abondance.

 

La grande question est donc la suivante : si nous, en tant qu'agriculteurs, faisons notre part, pourquoi y a-t-il encore un problème alimentaire dans tant de régions ? Pourquoi y a-t-il des individus qui ont faim ?

 

Il est indéniable que la faim et l'insécurité alimentaire sont de véritables problèmes aux États-Unis. Les municipalités de tout le pays commencent à se concentrer sur les déserts alimentaires en nommant des conseils et en accordant des incitations fiscales pour la création d'épiceries et de jardins urbains. Mais est-ce suffisant ? Le manque d'accès à la nourriture dans certaines régions est-il la cause de la faim ? Ce manque peut certainement expliquer certains problèmes d'insécurité alimentaire, mais certainement pas tous. (Un point que j'examinerai plus tard est la façon dont les déserts alimentaires ruraux sont souvent ignorés alors que les déserts alimentaires urbains semblent bénéficier de la plus grande attention et de la plus grande partie des ressources.)

 

Ainsi, lorsque nous créons une épicerie dans un désert alimentaire, la faim disparaît-elle ? Selon une étude publiée dans le Quarterly Journal of Economics, l'ouverture d'une épicerie dans un désert alimentaire n'a pas l'effet sur l'insécurité alimentaire que nous pensions – ou espérions tous – auparavant. La faim existe toujours.

 

S'il y a une chose que mon travail dans le domaine de l'accès abordable à la nourriture et de la faim m'a apprise, c'est qu'il n'y a pas une seule solution qui soit un remède universel contre la faim. La pandémie de Covid-19 n'a fait qu'ajouter à la tâche d'un réseau caritatif déjà bien chargé de banques alimentaires. Les déserts alimentaires ne sont pas, et de loin, la seule cause de la faim. Aux États-Unis, avant la Covid, nous avions déjà une importante population qui dépendait des banques alimentaires et des soupes populaires, et c'est pourquoi nous avons vu les organisations caritatives de l'alimentation être mises à rude épreuve au plus fort de la pandémie. J'ai remarqué que de nombreuses banques alimentaires à travers le pays ont adopté l'idée de fournir de la nourriture sans poser de questions (certaines posent des conditions pour en recevoir). En apparence, cela semble être une merveilleuse idée pour préserver la dignité de ceux que la banque alimentaire sert, mais est-ce vraiment le cas ?

 

Sommes-nous, en tant que société, intéressés par des aides de fortune ou voulons-nous de vraies solutions ?

 

 

 

 

Nous devrions nous poser la question : pourquoi des individus ont-ils recours à des banques alimentaires? Est-ce lié à une perte d'emploi ? Oui. Les revenus sont-ils limités en raison de facteurs extérieurs ? Oui. Sont-ils incapables de conserver un emploi ? OUI.

 

Beaucoup de mes clients appartiennent à cette dernière catégorie. Les deux premiers groupes sortent souvent du besoin d'assistance, mais pas le dernier. Tout en essayant désespérément de ne pas simplifier à l'excès une question complexe, je constate que l'aide alimentaire est souvent temporaire et déterminante pendant la transition d'un emploi à un chômage, puis à un nouvel emploi, ou en attendant que les revenus se stabilisent. La dernière catégorie, sans doute celle qui connaît la croissance la plus rapide, est devenue dépendante de l'aide alimentaire. Si une personne que nous servons devient un client de nos services en mai, nous ne voulons pas qu'elle utilise encore nos services en octobre sans que sa situation ne s'améliore – si elle les utilise encore, alors nous l'avons laissé tomber.

 

C'est pourquoi nous posons des questions. C'est pourquoi nous nous associons à un vaste réseau de services qui peuvent répondre aux besoins que nous ne pouvons pas satisfaire. La nourriture est le besoin le plus fondamental que nous puissions satisfaire immédiatement, et nous pouvons remercier l'agriculteur américain pour cela. Pour ce qui est de les sortir du cercle vicieux de la pauvreté, cela incombe à de multiples individus et organisations qui utilisent une approche globale pour traiter la cause de la faim (perte d'emploi, toxicomanie, anciennement incarcéré, état de santé mentale non traité, etc.) ). Grâce à l'agriculteur américain, nous pouvons soulager le symptôme de la faim pendant que d'autres organisations administrent le remède. Pour les églises et les organisations caritatives, la nourriture doit être le pont vers les ressources, et non une béquille qui ne fait que maintenir l'existence.

 

Il est important d'attraper le plus grand nombre possible de personnes qui entrent dans le cercle vicieux de la pauvreté avant que la dépendance au système ne s'installe. Que le moteur soit une perte de revenus ou un problème de santé mentale, cela ne fait aucune différence ; une intervention précoce permet de sortir plus rapidement de l'engrenage. Si nous comprenons combien de personnes se trouvent au bord de ce cercle, nous nous rendrons compte qu'il suffit de très peu de choses pour les en sortir. Centraide [United Way] définit cette population comme la population A.L.I.C.E – un acronyme qui signifie Access Limited, Income Constrained, Employed (accès limité, revenus limités, emploi). Ils gagnent plus que le niveau fédéral de pauvreté, mais pour de nombreuses raisons, ils sont souvent à cantonnés à un salaire de pauvreté.

 

Dans le cadre de mon travail, j'ai rencontré plusieurs de ces personnes et familles – les saisies, les expulsions, les licenciements et la réduction des heures de travail ont tous joué un rôle dans le point de basculement pour mes clients. Même les grossesses non planifiées peuvent pousser un individu ou une famille dans le besoin.

 

 

 

 

L'idée de fournir de la nourriture sans poser de questions ou sans les qualifications nécessaires semble assez noble, et je comprends parfaitement le concept sous-jacent, mais donneriez-vous 10 dollars à un alcoolique sans rien dire ? Et si vous lui donniez 10 dollars en lui proposant de le conduire aux Alcooliques Anonymes, de le faire suivre par un parrain qui est là pour le dissuader de faire une rechute ?

 

Je ne compare en aucun cas une personne qui a traversé une période difficile à une personne qui souffre d'une dépendance, qui est une maladie en soi. Je parle des nombreuses personnes qui dépendent de la nourriture et des dons pour subvenir à leurs besoins quotidiens en raison d'un manque de soins de santé mentale ou d'une éducation insuffisante, voire inexistante, y compris en matière financière. Les personnes qui ne participent pas au marché du travail, non pas parce qu'elles sont paresseuses, mais parce qu'elles ont été mises à l'écart par la société et ont besoin de l'aide d'une personne ou d'une organisation pour trouver les ressources nécessaires, jusqu'à ce qu'elles puissent marcher par elles-mêmes. Nous devons briser ce cycle de dépendance, dont la faim et l'insécurité alimentaire sont un symptôme, en traitant le mal qui est le cercle vicieux de la pauvreté.

 

Si vous lisez ceci et supposez que je vous demande d'arrêter de donner de la nourriture à ceux qui en ont besoin, alors vous avez mal compris. Trop d'enfants se trouvent dans des situations sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle pour que l'on soit aussi insensibles. Trop de gens n'ont pas de filet de sécurité. Retirer de la nourriture gratuite n'est pas non plus la solution. Utiliser l'aide alimentaire comme point de départ d'une relation qui permet aux individus et aux familles de sortir du cercle vicieux de la pauvreté, c'est tout l'intérêt. Les agriculteurs américains font leur part, et ce depuis des années. Donner à quelqu'un un carton de nourriture pourrait «répondre » à ses besoins immédiats et faire que vous vous sentiez mieux, mais là encore, il s'agit d'une aide sous forme de cautère sur une jambe de bois.

 

S'attaquer au problème de la faim par un approvisionnement continu de nourriture « gratuite » tout en ignorant la cause première garantira une chose : il y aura toujours une population toujours croissante de personnes souffrant de la faim. Les agriculteurs ont déjà résolu le problème de la faim. Maintenant, il faut que d'autres professions se joignent à nous et offrent leurs services en première ligne et fassent la même offre et les mêmes sacrifices que l'agriculteur américain. C'est la seule façon de réduire considérablement le symptôme de la faim dans ce pays.

 

_____________

 

Jonathan Lawler dirige les Brandywine Creek Farms dans l'Indiana et est un défenseur de la lutte contre la faim et de l'agriculture. Il travaille sur une émission de télévision intitulée Punk Rock Farmer qui sera diffusée au printemps. Sa devise est FARM OR DIE (cultiver ou mourir).

 

Source : If U.S. farmers address hunger, why are hungry people around? | AGDAILY

 

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