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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« C'était mieux avant ! » de Michel Serres

21 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Recension

« C'était mieux avant ! » de Michel Serres

 

 

Vous arrive-t-il de chercher un gamin à la sortie de l'école ?

 

Remarquez, « avant », nous rentrions tout seuls... à pied. C'était l'époque où on pouvait encore taper dans un ballon dans la rue ; l'époque où les femmes gardaient la rue sous une surveillance discrète, pas pour les gamins mais pour le passage du paysan – il me semble qu'on l'appelait alors administrativement « cultivateur » – et de son attelage. Qu'un cheval fasse cadeau de son crottin dans les parages– oui, c'était quasiment un don de la gent hippique, et elles se précipitaient avec pelle et balayette pour le ramasser et le déposer au pied des plants de tomate. C'était avant...

 

Et maintenant, ces rassemblements de parents – vrais ou de jour, surtout de mamans – sont un sujet d'étude sociologique intéressant. Il y a celles qui attendent en bâillant aux corneilles, celles qui tapotent sur un instrument avec les deux pouces, celles qui font preuve de sociabilité. Ce dernier groupe porte majoritairement une tenue qui indispose bien des « souchiens », une tenue qui, pourtant, a quelque ressemblance avec celle des « bonnes sœurs » quand « c'était mieux avant »...

 

Et il y a celui, d'un autre âge mais pas encore hors d'âge, qui lit.

 

De préférence un petit livre qui se glisse dans une poche ; de préférence avec un découpage compatible avec des attentes plutôt brèves et des moments de lecture espacés.

 

« C'était mieux avant ! » de M. Michel Serres est – ou dois-je maintenant écrire : étais – plus que mieux, parfait, pour ces occasions.

 

C'est sous-titré :

 

« Dix Grands Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : "C'était mieux avant».

 

Est-ce bien vrai, ces Grands Papas... ? Peut-être y en a-t-il quelques-uns qui, ayant pété dans la soie ou tout simplement oublié d'où ils sont sortis, ont la nostalgie. En tout cas, c'est un message à l'intention de tous ceux qui, sans l'avoir vécu, croient que « c'était mieux avant ».

 

Quant à ceux qui œuvrent pour que l'avenir de nos enfants et petits-enfants soit, au moins partiellement, un retour vers ce passé idyllique, on peut craindre que cet opuscule ne soit d'aucune utilité, enfermés qu'ils sont dans leur idéologie déconnectée. Et tout particulièrement dans leurs rêves inspirés par Martine à la Ferme ou l'agronomie de canapé.

 

Il y a beaucoup d'éléments sur l'agriculture et la ruralité, la santé et l'alimentation, dans ces 95 pages. Mais je citerai cet extrait sur un autre sujet :

 

« Pour mon accent occitan, j'ai reçu plus d'humiliations qu'un Iroquois en terre persane ou un Africain dans le Deep South […] Je fus rétrogradé au classement d'agrégation, le président du jury, philosophe notable, arguant que je n'étais pas exploitable sur la totalité du territoire. Je ne doute pas qu'il eût raison, puisque nous ne nous comprenions pas les uns les autres et qu'à mon premier poste, en Auvergne, les étudiants disaient en silence que je devais être italien [...] »

 

Ce devait être dans les années 1950.

 

Mais voici 1970... Ma propre expérience de « c'était mieux avant ». Travaux pratiques de zootechnie (ou peut-être de génétique) : un assistant dicte un problème de génétique... une bonne partie de la salle ne comprend que pouic ; certains sont frappés d'incrédulité... tous de dignes représentants de la langue d'oïl. L'Alsacien qui a une langue maternelle et une langue scolaire, était quant à lui carrément dans les choux. Un tout aussi estimable Aveyronnais vint à notre secours : « C'est du cotong ». En partie seulement car cela ne décryptait pas le reste de l'énoncé.

 

L'ami Joël B. se reconnaîtra peut-être.

 

Pour les souvenirs de M. Serres, « le roi de l'émouchette », « le dos paysan », la propreté, l'hygiène, les maladies... c'est 5 euros bien investis et un délice pour gourmet intellectuel.

 

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Benaldjia 21/01/2018 18:42

Une époque où le bien commun était bien établi ! Aujourd'hui que le meilleur gagne ?

Seppi 22/01/2018 14:00

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais je ne sais pas comment le prendre...

Non, le bien commun n'était pas bien établi à l'époque à laquelle M. Serres commence son explication. Le premier titre est : « Caudillo, Duce, Führer, Grand Timonier » (en oubliant du reste le Petit Père des Peuples).

Non, ce n'est pas, aujourd'hui, que le meilleur gagne. Enfin pas forcément. Voyez le Brexit, Trump...