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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Au Nigeria, l'agriculture a besoin d'agripreneurs créatifs, et elle le leur rend bien

21 Janvier 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Au Nigeria, l'agriculture a besoin d'agripreneurs créatifs, et elle le leur rend bien

 

Chibuike Emmanuel*

 

 

Je ne m'attendais pas à devenir un éleveur de poissons-chats, bien que je ne sois pas surpris de me retrouver dans l'agriculture. J'ai toujours baigné dans le milieu agricole – il était donc naturel que je m'y engage ici au Nigeria.

 

Malheureusement, beaucoup de jeunes Africains ne reconnaissent pas cette opportunité. Beaucoup ne savent pas comment commencer. Beaucoup pensent que c'est vieux jeu. D'autres s'inquiètent des défis du financement et de l'infrastructure.

 

Pourtant, nous voyons tous le besoin : les agriculteurs sont la clé de l'émancipation économique de l'Afrique. Nous avons une énorme quantité de terres arables, une grande population de jeunes et beaucoup de rattrapage vers un potentiel inexploité pour nourrir un monde affamé, pour autant que nous voulions travailler dur et adopter de nouvelles technologies.

 

Mon grand-père maternel avait une palmeraie, et ma grand-mère l'aidait à transformer les fruits du palmier en produisant de l'huile qu'elle vendait. Ils ont également cultivé du manioc et des ignames. Quand j'étais petit, je leur rendais visite pendant les vacances et je les accompagnais tous les jours à la ferme. J'ai vu que les villageois tenaient mon grand-père en grande estime parce qu'il les aidait à acquérir des semences améliorées et enseignait des techniques telles que la greffe.

 

J'ai aussi aidé mes parents à produire de la nourriture. L'un de mes souvenirs les plus vifs est que j'attrapais des mites colorées qui sortaient toujours des sacs de maïs que nous gardions dans notre maison. Elles étaient belles. Mais elles étaient aussi des nuisibles, bien que, comme enfant, je ne le savais pas.

 

En tant que jeune homme, je me suis lancé dans une agriculture complètement différente : j'élève des poissons-chats à Port Harcourt, dans le delta du Niger, sur la côte sud de mon pays. Les coûts de l'immobilier sont élevés ici – parmi les plus élevés de la nation – et j'ai donc dû faire preuve de créativité. J'ai remarqué qu'une station de télévision locale par câble avait des espaces libres dans son complexe de transmission. J'ai lancé l'idée d'une pisciculture et le personnel a été réceptif à la proposition.

 

Nous avons commencé avec un bassin et 500 alevins. Aujourd'hui, nous avons sept bassins et nous nous préparons à tripler de taille, à emménager dans de nouvelles propriétés louées et à mettre en place des unités de traitement comme des fours à fumer et des unités de congélation.

 

L'un des plus grands avantages est que je peux devenir mon propre patron. Je fixe le rythme de mon travail et de mes affaires, appréciant la possibilité d'organiser mon emploi du temps pour répondre à mes besoins.

 

Je contribue aussi à la solution d'un problème. Quelque chose comme un Africain sur quatre a actuellement faim et souffre de malnutrition. Dans les années à venir, le problème risque de s'aggraver, l'Afrique ajoutant plus d'un milliard de personnes d'ici 2050.

 

Pour nourrir ces masses, nous aurons besoin de beaucoup d'agriculteurs qui savent tirer le meilleur parti de la terre.

 

La bonne nouvelle est que nous avons la possibilité de faire beaucoup mieux. Si nous pouvons devenir aussi productifs que les agriculteurs des pays développés, nous relèverons les grands défis de notre continent.

 

La mauvaise nouvelle est que ces défis sont énormes. Ils comprennent un accès limité au financement, des routes médiocres reliant les fermes aux villes et un manque de mécanisation. Certains petits agriculteurs sont même confrontés à des bergers nomades dont le bétail mange leurs récoltes, avec le risque d'affrontements meurtriers.

 

Le pire de tout est peut-être la perception, particulièrement forte parmi les jeunes, qu'une vie dans l'agriculture n'est pas souhaitable.

 

S'ils pouvaient voir ce que je vois tous les jours, beaucoup d'entre eux changeraient d'avis. Ils apprendraient que l'agriculture est une activité qui a besoin d'entrepreneurs créatifs et qui le leur rend bien. Ils découvriraient aussi que l'agriculture est à la veille d'une révolution numérique. Leur familiarité avec les smartphones les met dans une excellente position pour s'épanouir.

 

Peut-être que le moment venu, nous aurons accès aux OGM qui ont aidé les agriculteurs du monde développé à lutter contre les ravageurs et la sécheresse – deux des plus grands ennemis de l'agriculture, dans les sociétés tant riches que pauvres.

 

Je suis pleinement engagé dans la sensibilisation, le développement de services de soutien aux entreprises, le lancement d'une entreprise d'investissement financée par la foule appelée Peterscoin, et la promotion d'Agric Rock, qui encourage l'agriculture à travers les arts, le divertissement et la technologie.

 

J'ai de grandes ambitions pour moi, mais de plus grandes encore pour mon pays et mon continent. Nous avons beaucoup à faire. Nous avons juste besoin de trouver les gens qui sont prêts à le faire – ou au moins à essayer.

___________

 

Chibuike Emmanuel est un producteur de poissons-chats de première génération, à Port Harcourt, au Nigeria. Il a ajouté la production de légumes à ses activités.

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2018/01/nigeria-farming-needs-rewards-creative-agripreneurs/

 

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