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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Conception des expériences (ou pourquoi, notamment, les rats ne sont pas des personnes)

4 Septembre 2021 Publié dans #Divers

Conception des expériences (ou pourquoi, notamment, les rats ne sont pas des personnes)

 

Andrew Karam*

 

 

Image : OpenIcons, Pixabay

 

 

[Ma note : Cet article a été écrit dans le contexte des « débats » sur les effets néfastes des téléphones portables. Il s'applique évidemment aussi aux thèmes de prédilection de ce blog.]

 

Mis à part Stuart Little, les animaux de laboratoire ne sont pas des personnes. Et – oui – je sais que cela est assez évident pour la plupart d'entre nous, mais il faut le dire. C'est l'une des limites de l'étude des effets de... eh bien... n'importe quoi sur des rats et des souris et de l'application des résultats aux humains.

 

 

Nous utilisons des rats et des souris, bien sûr, parce qu'il existe un grand nombre d'expériences que nous ne pouvons pas réaliser sur des êtres humains ; pour connaître les effets d'un agent potentiellement dangereux pour l'homme, nous devons effectuer des tests sur des animaux non humains. Si nous ne pouvons pas extrapoler à l'homme les résultats d'une étude sur des rats, par exemple, l'utilité de cette étude est limitée.

 

Considérez, par exemple, ce que nous aurions pu conclure sur la toxicité du chocolat ou de l'ail en étudiant leurs effets sur les chiens – la cuisine italienne et la file d'attente à la caisse de la plupart des pharmacies seraient bien différentes si nous appliquions les résultats de cette recherche aux humains. D'un autre côté, les éléphants et les rats-taupes nus sont rarement atteints de cancer, ce qui pourrait nous rendre blasés par rapport au tabagisme, au papillomavirus humain (HPV) et aux rayons UV, qui sont tous connus pour provoquer le cancer chez l'Homme. De même, lorsque nous étudions les effets des radiations des téléphones portables sur des rats, il faut faire preuve d'une grande prudence pour appliquer les résultats à l'homme.

 

La partie la plus difficile de la conception de toute expérience est de trouver comment réaliser une bonne étude conforme à l'éthique qui reproduit une situation réelle dans laquelle les résultats sont significatifs pour les humains. Prenons l'exemple de l'étude d'un produit qui peut provoquer un cancer – mais très rarement. Comment pouvons-nous apprendre quelque chose à son sujet  ? L'un des moyens, bien sûr, est d'exposer des dizaines de milliers d'organismes à la substance en question pour voir combien d'entre eux développent un cancer par rapport à un groupe témoin composé du même nombre d'animaux. Mais cela coûte cher – acheter, élever, exposer et étudier plusieurs dizaines de milliers de souris ou de rats peut prendre plusieurs années et coûter un paquet d'argent.

 

Une façon de contourner ce problème est d'augmenter l'exposition – il n'est pas rare qu'une dose plus élevée d'une substance provoque plus de cancers qu'une dose plus faible. Ainsi, pour mettre en évidence un effet qui est faible aux faibles doses autorisées, il peut être nécessaire d'augmenter suffisamment la dose pour obtenir des résultats sur un groupe d'animaux plus petit et en moins de temps.

 

 

Mais ces résultats sont-ils significatifs  ?

 

Prenons l'exemple d'une expérience visant à étudier les effets sur la santé d'un choc avec des pierres d'un gramme. Pour gagner du temps, les chercheurs laissent tomber une tonne de pierres sur un seul rat et concluent que, puisque 1.000 kg de pierres sont mortels à 100 % pour leur sujet d'expérience, 1 gramme doit être fatal une fois sur un million. Cette conclusion a-t-elle un sens  ? Il est certain que la plupart des agents nocifs présentent une augmentation relativement linéaire de leurs effets avec l'augmentation des doses – sauf aux niveaux d'exposition très élevés et très faibles. Une expérience qui expose des rats à des doses très élevées de rayonnements de téléphones portables peut ne pas être pertinente pour des rats (ou des humains) exposés à des niveaux d'exposition beaucoup plus faibles.

 

 

Tenez compte de la nature de l'exposition et de la dose reçue.

 

Lorsqu'une personne tient un téléphone à l'oreille, la peau située directement sous l'antenne du téléphone (une antenne interne sur la plupart des téléphones actuels) reçoit la plus forte dose à une distance de moins d'un centimètre. Étant donné que la puissance d'un signal radio diminue avec le carré de la distance, cela signifie que la peau située à 5 cm de l'antenne recevra une dose équivalant à peine à 4 % de celle de la peau située sous l'antenne. La dose diminue encore plus à mesure que la distance augmente. Cette dose est encore atténuée par la peau, les muscles et tout autre tissu situé entre l'antenne du téléphone et les autres parties du corps. Les rayonnements d'un téléphone portable qui pénètrent jusqu'à mon cœur subiraient une atténuation due à la distance (environ 30 cm dans mon cas) et au passage à travers les tissus de ma tête, de mon cou et de ma poitrine. Mon cœur recevrait moins de 0,1 % de la dose reçue par mon oreille du seul fait de la distance, et encore moins si l'on tient compte de l'absorption par ma tête et les autres tissus.

 

La récente étude du NTP [National Toxicology Program]** sur les rayonnements des téléphones portables, par exemple, a exposé de nombreux rats à des niveaux élevés de rayonnements, et a noté que ces rats ont développé un plus grand nombre de certains cancers rares que les rats du groupe témoin. Mais voilà – les rats étaient continuellement exposés à des niveaux très élevés de rayonnements de radiofréquence sur l'ensemble de leur corps. L'exposition du corps entier annule les effets d'une conversation téléphonique réelle – l'atténuation de la distance du téléphone et les effets de protection des tissus du corps (sans compter que les rats ont beaucoup moins de tissus que les humains). Il convient également de noter qu'il n'est pas réaliste d'exposer les rats en permanence aux rayonnements des téléphones portables. Même mes enfants faisaient des pauses pendant les repas, entre les appels et pendant leur sommeil.

 

Pour appliquer les résultats de cette expérience de manière significative, nous devons être en mesure de tenir compte de certains éléments  :

 

  • Les rats ne sont pas des personnes, et ce qui est nocif pour un rat peut ne pas l'être pour une personne.

 

  • Les organismes réagissent souvent différemment à des doses très élevées et très faibles, même d'un agent cancérigène.

 

  • Nous faisons généralement une pause lorsque nous parlons au téléphone et nous ne sommes pas exposés en permanence aux doses les plus élevées.

 

  • Une exposition réelle entraîne des variations de la dose et du débit de dose en raison de la distance et des effets de protection des tissus de l'organisme.

 

  • Et cela sans parler des statistiques  ! Plus d'informations à ce sujet plus tard....

Ne vous méprenez pas : nous pouvons apprendre beaucoup des études sur les effets d'agents potentiellement dangereux sur les animaux. Mais nous devons nous rappeler que toute étude a ses limites et que nous ne pouvons pas simplement accepter les résultats – bons ou mauvais – sans faire preuve d'esprit critique.

 

__________

 

* Source : Experimental Design (or Why Rats Are Not People, Among Other Things) | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

** Voir aussi, sur European Scientist, « Que nous révèle l’étude du National Toxicology Program sur les champs radiofréquences ? » d'Anne Perrin, Isabelle Lagroye et Catherine Yardin et « NTP, radiofréquences et cancer : une vraie saga » d'Anne Perrin.

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M
Ça me rappelle une étude présenter dans un reportage de arte qui est passé sur LCP sur les effets des écrans sur les enfants. Dans cette étude des souriceaux était exposé à des lumières et des sons durant 6 heures d'affilé. Les souriceaux n'ont aucun moyen d'y échapper ou de faire de pause ce qui ne ressemble pas vraiment à ce que subit un enfant. En plus les flash et les sons donne quelque chose d'incohérent (surtout pour des souris) et ça finis plus par ressembler à une séance de torture qu'autre chose. Bref une étude qui n'est clairement pas transposable à l'humain (ou même la souris) pour l'exposition aux écran.
https://vimeo.com/417476579
A partir de 7m34.
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