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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : le Monde, un arbitre bien partial

7 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #CIRC, #EFSA

Glyphosate : le Monde, un arbitre bien partial

 

 

How does she know?

 

 

Le Monde de..., enfin du 28 mars 2016 s'est voulu informatif avec « Roundup : le pesticide divise l’Union européenne et l’OMS ».

 

Malheureusement, ça commence très mal car le titre ne reflète nullement l'intention de l'auteur. Si vous l'interprétez comme signifiant qu'il y a une division au sein de l'Union européenne et au sein de l'OMS (dont le CIRC est une agence), les faits vous donnent raison, mais ce n'est pas du tout le sens de l'article.

 

En résumé, celui-ci oppose le bon chrétien – le CIRC – et le mauvais diable – l'EFSA – sous des allures d'impartialité.

 

 

Petits rappels (c'est long...)

 


 

  • Le glyphosate fait l'objet d'une procédure – normale – de réévaluation au niveau européen (et états-unien). La décision aurait dû être prise en 2015 en Europe mais a dû être repoussée. La nouvelle date limite est fin juin 2016.

     

  • En mars 2015, à l'issue d'une réunion qui s'est tenue du 3 au 10 mars, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « probablement cancérigène » (catégorie 2A). Ce classement a fait l'objet d'une procédure accélérée dans la mesure où il a pris le pas sur d'autres substances ayant reçu un plus haut degré de priorité lors d'une réunion d'un groupe consultatif tenue les 18 et 19 avril 2014. Il a été annoncé par un communiqué de presse le 20 mars 2015, pile pour l'ouverture de la « Semaine sans pesticides » (ce n'est pas anodin).

     

  • Ce classement a fait l'objet de très vives contestations au sein des communautés scientifique et économique – inversement, il a été applaudi par la mouvance anti. En effet, les preuves de cancérogénicité sont plus que limitées chez l'homme ; et limitées et peu convaincantes chez l'animal. Quant aux dommages chromosomiques invoqués, l'auteur principal de l'étude en cause a récusé l'interprétation qui en avait été faite par le groupe d'experts du CIRC. Tout cela se situe dans un contexte de soupçons de manœuvres de la part du CIRC, soupçons qui, au fil du temps n'ont fait que se consolider.

     

  • L'attention se porte ici, plus particulièrement, sur M. Christopher Portier qui, ayant pris sa retraite du service public états-unien, s'est mis au service d'un lobby « écologiste », l'Environmental Defense Fund. M. Portier avait été associé aux travaux du groupe de travail en tant que « spécialiste invité ». Invité par le CIRC. Il figure sur la liste des participants du groupe d'experts comme retraité de l'Agency for Toxic Substances and Disease Registry, une note en bas de page – dont il y a lieu de croire qu'elle a été ajoutée rétrospectivement, le 30 mars 2015 – signalant qu'il « reçoit un salaire à temps partiel » de l'EDV. M. Portier a une longue histoire d'association avec le CIRC, et des questions fort légitimes ont été posées sur sa participation au groupe de travail – et son influence.

     

  • Ce classement ne poserait pas de problème particulier s'il était pris à sa valeur faciale, comme indiqué dans les notes aux lecteurs qui accompagnent les monographies, mais sont publiées séparément (quel manque de professionnalisme!) : une déclaration portant sur le danger et non sur le risque. La différence est importante : nous vivons avec des dangers sans nécessairement courir de risque parce que des mesures ont été prises pour éliminer l'exposition ou la réduire à une quantité supportable. Il en serait de même si on voulait bien reconnaître que les « évaluations sont […] de nature qualitative » et qu'il n'est fait aucune recommandation pour la réglementation ou la législation. Ou encore si le CIRC avait fait l'effort d'explication qu'il a déployé quelques mois plus tard à propos du classement de la viande rouge et de la viande transformée – la première au même niveau que le glyphosate, la seconde au niveau de cancérogénicité supérieur.

     

  • Cette différence entre danger et risque a aussi été expliquée par l'OMS dans un document de juillet 2015, malheureusement publié sans publicité (voir aussi ici).

     

  • Le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR – Institut fédéral d'évaluation des risques) a pris une première position mesurée, exprimant sa surprise. Le 30 juillet 2015, il écrivait que le fait que des organes d'évaluation arrivent à des évaluations différentes fait partie intégrante du processus d'évaluation.

     

  • Le dossier est monté au niveau de l'EFSA. Le 12 novembre 2015, le BfR écrit :

 

« Dans la conclusion de l'EFSA, la majorité des experts européens [en fait tous sauf ceux de la Suède] confirment aussi l'évaluation sanitaire du … (BfR), déclarant qu'aucun effet toxique cancérogène, mutagénique ou sur le développement n'est à prévoir de l'utilisation appropriée du glyphosate dans les opérations agricoles. »

 

  • L'EFSA écrit le même jour dans un communiqué de presse :

     

    « L'EFSA et les États membres de l'UE ont finalisé la réévaluation du glyphosate, un produit chimique largement utilisé dans les pesticides. Le rapport conclut qu’il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'homme et propose une nouvelle mesure de sécurité qui permettra de renforcer le contrôle des résidus de glyphosate dans l’alimentation. »

 

On verra aussi avec intérêt un quatre-pages, « L'évaluation des risques expliquée par l’EFSA ».

 

  • L'évaluation des conclusions du CIRC par le groupe de l'EFSA n'a pas vraiment été appréciée. C'est que, contrairement à ce qu'on lit souvent, l'EFSA (les experts des États membres) n'est pas parvenue à des conclusions différentes sur des bases bibliographiques différentes, mais a contesté sur le fond l'analyse faite par les experts du CIRC des documents que celui-ci a retenu. En bref : des ego ont été froissés.

     

  • On a vu par ailleurs sur ce site (entre autres ici et ici) que des agents du CIRC, notamment M. Nicolas Gaudin, chef du Groupe des Communications, et Mme Kathryn Guyton, qui a été en charge du dossier glyphosate, se sont épanchés dans les médias et des « documentaires », l'un au moment de la publication du classement du CIRC, l'autre après, avec des propos qu'on peut trouver curieux.

     

  • La charge la plus invraisemblable est cependant venue de M. Christopher Portier. Il écrit le 27 novembre 2015 une lettre à M. Vytenis Andriukaitis, Commissaire européen pour la Santé et la Sécurité Alimentaire, pour, en bref, demander avec insistance à la Commission d'ignorer l'avis de l'EFSA. Il s'y présente comme « Senior Contributing Scientist, Environmental Defense Fund, Washington, DC », en alignant ensuite ses titres et fonctions passées – ce qui camoufle son occupation de lobbyiste. La lettre est cosignée par 96 « scientifiques universitaires et gouvernementaux indépendants » dont huit membres du groupe d'experts du CIRC. Le CIRC n'a pas cru bon de commenter cette lettre, et encore moins de s'en dissocier, alors même que la participation des huit jetait l'ombre du doute sur l'objectivité de ses travaux.

     

  • L'EFSA a répondu par une lettre de son directeur exécutif, Bernhard Url, du 13 janvier 2016.

     

  • Le 1er décembre 2015 a lieu une audition au Parlement européen avec la participation de représentants du CIRC et de l'EFSA. C'est à cette occasion que M. Url lance son fameux « Âge Facebook de la science ».

     

  • L'EFSA a produit début janvier 2016 une page spéciale, « Glyphosate: l’EFSA répond aux critiques » reproduisant la correspondance, en partie acrimonieuse, avec M. Portier et cosignataires, et le CIRC. En définitive, le CIRC décide de ne plus avoir de contacts bilatéraux avec l'EFSA. Ils se retrouvent – en gros pour s'observer en chiens de faïence – dans une conférence organisée au Parlement européen le 2 mars 2016.

     

  • On peut le considérer comme une réponse du berger à la bergère : le CIRC a mis en ligne une série de documents (un Q&A, une présentation et une vidéo – l'exposé de Mme Guyton à la conférence précitée) le 1er mars 2016. (L'exposé de M. Jose Tarazona, de l'EFSA, est ici.)

     

  • M. Portier publie avec 93 autres « Differences in the carcinogenic evaluation of glyphosate between the International Agency for Research on Cancer (IARC) and the European Food Safety Authority (EFSA) » dans J Epidemiol Community Health. Le texte est mis en ligne le 3 mars 2016. Cette critique de l'évaluation par l'EFSA de l'évaluation du CIRC est cosignée par rien moins que neuf membres du groupe de travail du CIRC. Là encore, aucune réaction du CIRC.

     

M. Portier s'y présente comme « consultant en santé environnementale, Thoune, Suisse ». Son emploi chez EDF n'est mentionné que dans la rubrique « competing interests ». Et encore le minimise-t-il en affirmant que ses activités ne portent pas sur les pesticides... Mais il est un des orateurs, le 15 juillet 2015, lors d'une réunion d'information sur le glyphosate organisée par la Soil Association (le lobby du bio) britannique. À quel titre ? On n'est certes pas responsable de ce qu'écrivent les autres, mais, apparemment, aucune mesure n'a été prise – ni par M. Portier, ni par le CIRC – quand M. Portier a été décrit comme « co-auteur du rapport du CIRC » ou comme « chercheur du CIRC » (par exemple ici) ou comme « expert de l'OMS » (par exemple ici). Lors de cette réunion, M. Portier a dit : « Le glyphosate est incontestablement génotoxique. Il n'y a aucun doute dans mon esprit » (pour le CIRC, les preuves sont « fortes »).

 

 

  • Cet article présente aussi une information importante : « CJP [Christopher J. Portier], MTS [Martyn T Smith] et DDW [Dennis D Weisenburger] prodiguent des conseils à un cabinet d'avocats US impliqué dans un litige sur le glyphosate. » Ces conflits d'intérêts ont certes pu naître après la missive du 27 novembre 2015 au Commissaire Andriukaitis (et a fortiori après les travaux du CIRC), mais le fait est qu'ils n'y sont pas mentionnés. Dans les signataires on trouve aussi M. Philip J. Landrigan, dont nous avons vu les liens avec le lobby du bio, notamment ici.

     

  • La Commission européenne a soumis aux États membres une proposition conforme à l'avis de l'EFSA. On se déplace ici sur le plan « politique » (on peut lire : « démagogique » ou « politicien »). Un vote aurait dû avoir lieu le 8 mars 2016, mais a été reporté.

 

 

Les généralisations abusives et les oublis opportuns du Monde

 

Comment attirer le chaland ? Avec bien sûr des tics journalistiques pavloviens :

 

  • « Le glyphosate est-il cancérogène ? C’est la question au cœur d’une dispute d’experts en cours, entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union européenne. » Non, c'est le CIRC, d'une part – l'OMS est bien embêtée... – et bien plus que l'UE d'autre part.

     

  • « ...le glyphosate – la molécule active du Roundup, le célèbre désherbant de Monsanto... » Ah, si on n'avait pas évoqué cette compagnie qu'on aime tant haïr... La demande de renouvellement de l'autorisation est pourtant présentée par un consortium.

     

  • « Il est aussi la pièce centrale de la stratégie de développement des biotechnologies végétales, puisque près des trois-quarts des cultures OGM actuelles sont modifiées pour tolérer le glyphosate... » La situation actuelle serait donc pérenne ? L'amalgame entre OGM et herbicides, et glyphosate en particulier, est trop vendeur pour ne pas s'en passer.

     

  • « ...l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a, au contraire, jugé "improbable" qu’il soit cancérogène ». Le BfR a été plus précis en faisant référence à « l'utilisation appropriée du glyphosate dans les opérations agricoles. » Et qui a jugé ? L'EFSA selon l'article – et l'abrégé selon les conclusions de l'EFSA ; les « experts de l'UE de l'examen par les pairs avec seulement une exception » (« EU peer review experts ») selon le résumé.

 

Mais il y a une observation fort pertinente :

 

« La décision aura des répercussions considérables sur l’agriculture européenne, l’environnement et la santé publique. »

 

 

Les experts

 

CIRC

 

Peut-on croire le CIRC sur parole ? . – Le lecteur est averti à juste titre qu'il faut « croire le CIRC sur parole car l’agence ne publie pas les déclarations d’intérêts des auteurs sélectionnés ».

 

M. Christopher Portier nous est présenté comme une figure de la toxicologie – ce qu'il n'est pas vraiment... c'est un statisticien. Il « n’a pas pris part à la rédaction de l’avis, en raison d’un lien d’intérêt avec une ONG environnementaliste américaine ». Fort bien. Mais il y a un lien vers un CV établi à l'époque où il a reçu une bourse pour son séjour au CIRC comme chercheur principal invité (c'est indiqué par l'intitulé de l'onglet sur la page internet), d'octobre 2013 à avril 2014. M. Portier y indique bien son affiliation à l'Environmental Defense Fund (voir aussi ici). Une affiliation qui n'a pas été reprise dans la liste des participants du groupe de travail sur le glyphosate... sauf sous la forme d'une note en bas de page dont il y a lieu de croire qu'elle a été ajoutée après coup.

 

Alors, peut-on croire le CIRC sur parole ? Les gens du CIRC en charge de la monographie n'aurait-ils pas vérifié la liste des participants en temps utile ? Est-ce une erreur de secrétariat ou une tentative de dissimulation d'une activité qui aurait dû lui fermer la porte du CIRC ?

 

On peut laisser cette question en l'état. Le fait est que le Monde et son journaliste pouvaient difficilement éluder les controverses suscitées par M. Portier, ainsi que par le CIRC lui-même. Ils l'ont pourtant fait.

 

Imaginez le même scénario, mais avec un spécialiste invité par l'EFSA... Que n'aurait-on pas lu et entendu !

 

 

Les h-index . – Les experts du CIRC seraient donc de grands... experts. La preuve ? Elle consiste à ressortir la bibliographie d'un chercheur et le nombre de citations pour chacun des articles signés ou cosignés par lui. Les articles sont classés par ordre décroissant de nombre de citations et on cherche le rang de l'article qui correspond au même nombre de citations. Pour le chercheur exceptionnel pouvant se vanter d'un h-index de 40, sa 40e publication ainsi ordonnée a été citée 40 fois.

 

 

Question : qui a fait ce travail fastidieux, pour les 17 membres du groupe de travail du CIRC pour arriver à la moyenne – présentée de manière subliminale comme avantageuse – de 30,5 ?

 

En tout cas, il s'agit d'un superbe enfumage. Cet index est rustique et critiqué. Et comme les experts choisis par le CIRC ont une longue carrière derrière eux, 30,5, ce n'est pas un gage de qualité. Précisons : nous ne contestons pas les titres des experts, seulement l'argument de vente qui relève de la publicité discutable.

 

Le lien avec les matières actives examinées par le groupe de travail est aussi ténu. « Estimating the global public health implications of electricity and coal consumption » de C. Portier et al., par exemple, ne fait pas de M. Portier un spécialiste de la cancérogénicité du glyphosate et de quatre autres matières actives. Encore une fois, il ne s'agit pas ici de dénigrer, mais d'illustrer la faiblesse cachectique de l'argument.

 

 

EFSA

 

Le personnel incompétent et affligé de conflits d'intérêts de l'EFSA . – Le Monde livre ici un gloubiboulga plutôt indigeste. Au lieu d'expliquer la procédure dans l'ordre chronologique, on manœuvre à rebours, ce qui permet de dénigrer l'EFSA.

 

« L’avis définitif de l’Efsa, déclarant "improbable" le potentiel cancérogène du glyphosate, a été rédigé par ses experts "maison", c’est-à-dire par des employés de l’agence. »

 

C'est mesquin ! Et cela relève aussi de l'enfumage, car l'avis a sans nul doute été approuvé par les experts. Mais, attribuer le rapport aux agents de l'EFSA permet un grosse giclée de doute :

 

« Sont-ils des scientifiques actifs et compétents ? Ont-ils des conflits d’intérêts ? A la première question, il est impossible de répondre : l’Efsa n’a pas divulgué leurs noms, expliquant que c’était l’institution elle-même qui endossait l’avis. »

 

Le lecteur naïf ne peut que gober... Mission accomplie !

 

En fait, les « experts "maison" » ont par exemple écrit (page 11) :

 

« Contrairement à l'évaluation du CIRC, les experts de l'examen par les pairs de l'UE, avec une seule exception, ont conclu qu'il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'homme et les éléments de preuve ne supportent pas le classement du point de vue de son potentiel cancérogène selon le règlement CLP. »

 

 

La réputation de l'EFSA. – Tout repose donc sur les experts... mais le doute a été semé sur l'EFSA. Quant à l’indépendance des experts, il faut croire l’EFSA, tout comme il fallait croire le CIRC, mais :

 

« ...à la différence du CIRC, l’Efsa pâtit d’une réputation épouvantable en matière de gestion des conflits d’intérêts. »

 

Nouvelle giclée de doute, illustrée – à défaut d'être démontrée – par la nomination de Mme Barbara Gallani, « une ancienne lobbyiste de l’agro-alimentaire à la tête de la communication de l’Efsa ». En fait, Mme Gallani a un CV qui démontre une grande adéquation avec le poste. Mais peut-être eût-il été préférable de sélectionner un docteur, non pas en médecines mais en lettres, ancien traducteur. Comme au... chut !

 

Pour la réputation de l'EFSA, on est dans « l'Âge Facebook du journalisme » : « on » – y compris les journalistes – balance des insinuations sur les réseaux dits sociaux, on compte les « j'aime » (lire : « je déteste l'EFSA dont on dit tant de mal »)... et on conclut dans le sens souhaité.

 

 

BfR

 

Flashback sur le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR) :

 

« Qui a rédigé le pré-rapport du BfR ? On ne sait pas. […] Nul ne sait donc précisément qui a rédigé le pré-rapport allemand. »

 

Mais c'est :

 

« Une situation qui irrite considérablement les ONG, qui déplorent l’absence de politique de prévention des conflits d’intérêts au sein de l’agence allemande. »

 

« Les ONG » ne savent pas qui... mais sont perspicaces sur les conflits d'intérêts. Et, une fois de plus, le Monde se fait le relais du Corporate Europe Observatory.

 

En fait, on connaît les noms des membres du groupe d’experts du BfR sur les résidus de pesticides... On nous fournit même le lien... Nous avions donc le CEO et le Monde canal A et son tiers de membres du comité « Pesticides et leurs résidus » du BfR appartenant à des industriels ; nous avons maintenant le Canal B : on ne sait pas.

 

 

Les experts nationaux

 

Et ça continue dans la même veine pour les experts nationaux (75 paraît-il) ayant participé au processus de l'EFSA .

 

Le Monde nous livre ici une litanie d'insinuations odieuses, il est vrai sur la base d'une déclaration émanant, nominalement, de l'EFSA (dont nous pensons qu'elle a un gros problème de loyauté à ses missions dans sa communication).

 

Ces experts auraient donc participé au processus en tant que représentants des positions de leur gouvernement... et auraient donc dû, au moins pour certains, défendre des positions à leur corps défendant. Quel délire ! Agrémenté une fois de plus par la fabrication de doute : sur les 75 experts nationaux, seuls 14 auraient accepté que leur nom soit rendu public :

 

« Ainsi, 61 experts (soit 82 %) n’ont pas souhaité que leur nom puisse être associé à l’avis définitif de l’agence européenne… »

 

Ami lecteur, les trois points de suspension peuvent bien signifier – compte tenu de la politique générale de la rédaction du Monde – que ces 61 experts se dissocieraient de l'avis, pour peu que...

 

Mais il suffit de constater que l'unanimité – à une exception près – qui a prévalu au sein de l'EFSA ne s'est pas retrouvée quand le dossier est arrivé au niveau politique (et démagogique).

 

 

Et donc...

 

« En résumé : les experts ayant travaillé sous la houlette du CIRC sont connus, tandis que la quasi-totalité de ceux ayant participé à l’expertise européenne ne peut être identifiée. »

 

La fabrique du doute a fonctionné à plein. La suite n'est pas esquissée, mais elle saute aux yeux, d'autant plus que la mise en cause des rapports, opinions et avis sur la base d'un manque de transparence (allégué) du processus de production est une ritournelle dans ce monde des « ONG » (qui est lui-même d'une grande opacité) et de leurs amis de certains médias.

 

La mise en cause, évidemment, ce n'est que quand les rapports, etc. ne plaisent pas.

 

La critique argumentée de ces rapports, etc. est ardue. C'est tellement plus commode d'insinuer des conduites critiquables de la part de leurs auteurs – fût-ce au prix d'une allégation de conflit d'intérêts résultant d'un lien d'intérêt comme un emploi du temps de Mathusalem.

 

Mais prenons une grande respiration :

 

Il y a, du côté de l'Union européenne, un processus complexe impliquant un État membre rapporteur (et un État adjoint) et sa structure nationale d'évaluation des risques, avec des dizaines d'experts, puis une structure européenne (l'EFSA) s'appuyant sur des experts nationaux. Il y a sans nul doute, des personnages qui, dans le lot, ont des intérêts, passés ou présents, qui doivent hérisser les « ONG »... Mais, l'idéologie (et le fond de commerce qui doit être entretenu) exige de considérer qu'une seule situation apte à la critique, la dénonciation et la gesticulation suffit pour décrédibiliser le tout.

 

Et il y a de l'autre côté le CIRC, dont les noms des protagonistes sont connus. Mais justement...

 

 

...le CIRC n'est plus crédible...

 

 

Le classement en « cancérogène probable » a été en quelque sorte un don du ciel pour les activistes – et le CIRC a si bonne réputation (parce que, jusqu'à récemment, il n'apparaissait pas sur les radars des activistes et des médias). Les critiques si prompts à démasquer un conflit d'intérêts, même imaginaire, n'ont donc pas cherché.

 

Ce n'est pourtant pas compliqué.

 

Certain acteur de cette tragédie pour la rationalité a travaillé pour une « petite entreprise possédée par une femme et fournissant des services de pointe dans la découverte et le développement de produits aux agences gouvernementales ainsi qu'aux industries pharmaceutiques et biotech ». Un autre a contribué à un article financé – horresco referens – par la Bill & Melinda Gates Foundation ; avec des dizaines de co-auteurs dont un nombre appréciable ont annoncé des liens d'intérêts. Imaginez ce genre de situation côté EFSA, et les gesticulations du Corporate Europe Observatory, relayées par qui vous savez... A-t-on vérifié à partir des bibliographies et des documents du CIRC s'il n'y a pas quelques « copinages », autres que ceux de M. Portier avec l'équipe des monographies du CIRC ? Le groupe de travail incluait un auto-entrepreneur exerçant des activités de consultant... pas de questions ? Pas de suspicions ?

 

Nous ne donnerons pas de noms et n'avons insisté ici que pour montrer le « deux poids, deux mesures ».

 

La solidité d'un mur s'apprécie sur la base des caractéristiques du mur, pas de la trogne du maçon. Il doit en être de même pour les rapports du CIRC et de l'EFSA.

 

Mais il y a des circonstances où la conduite du maçon suscite des doutes sur la qualité du ciment utilisé. C'est incontestablement le cas du classement du glyphosate en « cancérogène probable » par le CIRC.

 

S'il ne faut retenir qu'une série d'éléments de la longue litanie de malfaçons et d'amateurisme, ce serait à notre sens le militantisme, dissimulé ou affiché, en faveur d'une mesure d'interdiction du glyphosate. La moitié du groupe de travail du CIRC a entrepris une démarche politique auprès du Commissaire Andriukaitis, avec plus de 80 autres scientifiques ; ils ont non seulement perdu tout crédit en tant qu'experts du CIRC, mais aussi jeté le discrédit sur le classement du glyphosate par le CIRC.

 

 

...quant au Monde...

 

Le Monde, fidèle à sa ligne éditoriale, vient de publier un article, « Inquiétudes et controverse autour des "nouveaux OGM" » tirant parti d'une manifestation qui aura empêché la tenue d'une session du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB).

 

Un commentaire :

 

« Et si pour changer les agronomes s'exprimaient publiquement sur la question ? Au lieu des sempiternels journalistes et activistes qui répandent leur ignorance depuis des années... »

 

 

À suivre, peut-être.

 

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Bugul Noz 12/04/2016 09:19

Ma Doué, je n'ai pas été très inspiré dans mes réponses à l'article de S. Foucart. Trois fois cinq cents signes, c'est peu et réagir sous le coup de l'agacement, c'est mal.

J'espère que Monsatan me versera quand même mes 30 deniers !

Seppi 28/04/2016 10:07

Bonjour,

Ma Doué, mais que si !