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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cancérogénicité des pesticides (et autres substances) : l'OMS montre le bout du nez

3 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #CIRC, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #OMS

Cancérogénicité des pesticides (et autres substances) : l'OMS montre le bout du nez

 

La monographie du glyphosate publiée

 

 

Expliquer ? Se dédouaner ? Sauver la face ?

 

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de publier le texte suivant sous le titre « Résidus de pesticides dans l’alimentation et risques sanitaires » (en anglais : « Pesticide residues in food? ») [1] :

 

« Quels sont les risques sanitaires associés à la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation?

 

« Les pesticides sont des produits chimiques utilisés dans l’agriculture pour protéger les récoltes des insectes, des champignons, des mauvaises herbes et d’autres nuisibles. En plus de leur utilisation dans l’agriculture, on les emploie également pour protéger la santé publique dans la lutte contre les vecteurs de maladies tropicales, comme les moustiques.

 

« Mais les pesticides sont potentiellement toxiques pour l’être humain. Ils peuvent avoir des effets indésirables sur la santé, parmi lesquels des cancers, sur la procréation et sur les systèmes immunitaires ou nerveux. Avant de pouvoir en autoriser l’utilisation, il faut les tester pour rechercher tous les effets possibles sur la santé et les résultats doivent être analysés par des experts pour évaluer les risques éventuels pour l’être humain.

 

« Quelle est la différence entre "danger" et "risque"?

 

« Les études scientifiques des effets potentiels des produits chimiques dangereux pour la santé, comme les pesticides, permettent de les classer comme étant cancérogènes (pouvant provoquer le cancer), neurotoxiques (pouvant provoquer des lésions du cerveau) ou tératogènes (pouvant provoquer des lésions du fœtus). Ce processus de classification, appelé "identification des dangers", est la première étape de "l’évaluation des risques". Un exemple de l’identification des dangers est la classification des substances selon leur cancérogénicité pour l’homme, faite par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée de l’OMS dans ce domaine.

 

« Le même produit chimique peut avoir différents effets selon la dose, c’est-à-dire que l’effet sera fonction de la quantité de produit à laquelle une personne est exposée. Il peut dépendre également de la voie d’exposition, ingestion, inhalation ou injection, par exemple.

 

« Pourquoi l’OMS a-t-elle deux processus distincts pour «l’identification des dangers» et "l’évaluation des risques"?

 

« "L’identification des dangers", notamment la classification des substances par le CIRC en termes de cancérogénicité, est la première étape du processus "d’évaluation des risques". La classification d’une substance en tant qu’agent cancérogène est une indication importante établissant qu’un certain niveau d’exposition, par exemple dans le cadre professionnel, dans l’environnement, dans l’alimentation, etc., peut entraîner une augmentation du risque de cancer.

 

« L’évaluation des risques pour les résidus de pesticides dans l’alimentation, telle que menée par la Réunion conjointe sur les résidus de pesticides (JMPR), fixe un niveau d’absorption sûr. Les doses journalières admissibles (DJA) sont utilisées par les gouvernements et les gestionnaires du risque au niveau international, comme la Commission du Codex Alimentarius, pour fixer les limites maximales de résidus (LMR). Les autorités nationales font respecter les LMR pour s’assurer que les quantités de pesticides auxquelles les consommateurs sont exposés dans leur alimentation tout au long de leur vie n’auront pas d’effets indésirables pour leur santé.

 

« L’identification des dangers par le CIRC et l’évaluation des risques par la JMPR sont complémentaires. Par exemple, le CIRC peut trouver de nouvelles données factuelles dans les études scientifiques sur la cancérogénicité d’un produit chimique et, si nécessaire, la JMPR procède à une évaluation ou à une réévaluation de l’innocuité de ce produit chimique lorsqu’il est utilisé dans l’alimentation. »

 

C'est là une avancée.

 

Nous pensons que l'activité de certains blogueurs – dont nous sommes – a contribué à ce résultat. Mais nous avons toutes les raisons d'en bouder le plaisir. Car c'est bien trop maigre, et cela ressemble à un exercice contraint, une tentative de sauver la face de deux institutions qui ont commis une faute lourde en laissant se déployer des campagnes de dénigrement de substances qui, d'une part, rendent des services considérables à l'humanité et, d'autre part, présentent des risques très limités : le glyphosate évidemment, mais aussi le 2,4-D et le lindane, ce dernier encore utilisé comme biocide contre des affections humaines comme les poux et la gale, ainsi que le malathion qui rend (a rendu puisqu'il est maintenant pestiféré ?) de grands services dans la lutte antivectorielle.

 

Ce texte est publié dans l'arrière-cour du site de l'OMS, sans publicité aucune, alors que les classements récents du CIRC ont fait l'objet d'un extraordinaire blitz médiatique.

 

La moindre des choses aurait aussi été de le publier sur le site du CIRC, avec, évidemment, beaucoup plus de visibilité.

 

La moindre des choses aurait aussi été de publier un texte plus explicite, au lieu de « noyer le poisson ».

 

 

La monographie du glyphosate publiée

 

Le CIRC vient d'annoncer par ailleurs qu'il a publié la monographie du glyphosate [2].

 

Après le chaos médiatique que le classement du glyphosate a produit, on peut estimer qu'il est scandaleux que le CIRC continue d'intituler ses documents « IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans » (c'est nous qui graissons) et d'expliquer benoîtement dans une note aux lecteurs qu'en fait de « risques », il s'agit de « dangers ». Tout en reprenant le mot « risque » deux paragraphes plus loin pour dire que « [l]'évaluation du risque carcinogénétique est fait par des groupes de travail internationaux... »

 

__________________

 

[1] http://www.who.int/features/qa/87/fr/

 

[2] http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol112/index.php

 

 

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