Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

C'est prouvé ! L'urine allemande n'est pas potable

12 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Activisme

C'est prouvé ! L'urine allemande n'est pas potable

 

Manœuvres dilatoires à Bruxelles

 

C'est prouvé ! L'urine allemande n'est pas potable

Comme on le sait maintenant, les instances européennes auraient dû se prononcer le 7 ou le 8 mars 2016 sur la réhomologation du glyphosate pour 15 ans (texte de la proposition ici et ici). Le vote n'a pas eu lieu, conformément au syndrome de Bruxelles de l'indécision et de l'absence de majorité (55 % des 28 Etats membres, représentant 65 % de la population de l’Union européenne, sont nécessaires pour une décision dans un sens ou un autre) : personne ou presque ne veut y prendre une décision impopulaire, et tout le monde ou presque souhaite pouvoir revenir dans sa capitale en disant : « ce n'est pas moi, c'est Bruxelles ».

Le gouvernement français a été particulièrement courageux : il a laissé la bride sur le cou – enfin, façon de parler, la dame n'est guère contrôlable – à la Ministre de l'écologie, etc. qui, comme à son habitude, a cédé à son penchant populiste et démago. Le Ministre de l'agriculture ? On le cherche

C'est prouvé ! L'urine allemande n'est pas potable

Le Monde, conformément à sa ligne éditoriale qui fait la part belle à l'activisme anti, s'est empressé de titrer le 8 mars 2016 : « Bruxelles reporte un vote sur le glyphosate, désherbant soupçonné d’être cancérogène ». Ses journalistes doivent avoir saisi un raccourci dans leur traitement de texte : ils tapent : « gly », et hop : « glyphosate soupçonné d'être cancérigène ».

Manœuvres d'intimidation à Berlin

 

Le Monde – de Stéphane Foucart – a eu du retard à l'allumage pour une information de la plus haute importance. Ce n'est en effet que le 9 mars 2016 (selon le site internet) qu'est paru « Les trois quarts des Allemands seraient exposés au glyphosate ». Notez bien l'étonnant conditionnel de prudence. On sent une odeur de doute, justifié, dès le titre ; mais l'« information » était trop belle.

 

M. Foucart nous livre sans barguigner le fond de l'affaire : une manœuvre :

 

« C’est une nouvelle pierre dans le jardin de l’herbicide le plus utilisé au monde, principe actif du célèbre Roundup de Monsanto : plus de 99 % des Allemands auraient des traces détectables de glyphosate dans leurs urines, dont plus des trois quarts de manière significative. Difficiles à interpréter en termes de santé publique mais très médiatisés en Allemagne, ces résultats issus d’une grande étude conduite outre-Rhin ont sans doute contribué aux réticences allemandes à valider le renouvellement de la molécule pour quinze ans en Europe, voulu par la Commission européenne. »

 

 

Mein Gott, Glyphosat im Urin !

C'est prouvé ! L'urine allemande n'est pas potable

De quoi s'agit-il ?

Le vendredi 4 mars 2016, la Heinrich-Böll-Stiftung – que l'on dit proche des Grünen – publiait les résultats d'une « analyse » des urines de 2009 personnes. Timing parfait : juste avant le rendez-vous bruxellois, avec un week-end pour faire le buzz.

On a donc trouvé du glyphosate dans les urines de 99,6 % des cobayes. Chez 75 % d'entre eux, le niveau de résidus dépasse 0,5 ng/ml (ou 0,5 µg/l), soit cinq fois la valeur présentée comme limite pour l'eau potable. Pour un tiers de la population, ce serait même 10 fois à 42 fois cette limite.

Il est ainsi confirmé que l'urine allemande n'est pas potable.

M. Foucart informe (si, si)

 

M. Foucart a cependant le mérite d'avoir creusé la question et offert des comparaisons permettant une mise en perspective. Notamment :

 

« En France, peu de données sont disponibles et les études ne s’accordent guère. L’étude pilote réalisée sur la cohorte ELFE (pour « étude longitudinale française depuis l’enfance ») a recherché le glyphosate et son principal produit de dégradation (l’AMPA) sur un échantillon de 238 femmes enceintes et n’en a trouvé aucune trace. Dans le cadre d’une autre étude, dite Pelagie (pour « perturbateurs endocriniens : étude longitudinale sur les anomalies de la grossesse, l’infertilité et l’enfance »), une cinquantaine de femmes enceintes ayant déclaré l’utilisation d’herbicides ont été analysées et seules 43 % d’entre elles présentaient des niveaux mesurables de glyphosate, jusqu’à dix fois inférieurs à ceux présentés par l’étude allemande : en moyenne 0,2 µg/l pour le glyphosate et 0,3 µg/l pour l’AMPA. »

 

Les résultats de la HBS sont effectivement étonnants, par exemple à la lumière de « Glyphosate biomonitoring for farmers and their families: results from the Farm Family Exposure Study », John F Acquavella et al.

 

En 2015, l'émission « À Bon Entendeur » de la RTS avait réalisé un test sur 40 personnes en Suisse romande. Résultat: 37,5% des volontaires (15) présentaient des traces de glyphosate dans leur urine, à des quantités comprises entre 0,1 et 1,55 µg/l.

 

 

 

Le BfR réagit

 

Mais ce qui devrait nous intéresser, ce sont les réactions en Allemagne. Sur ce sujet, M. Foucart n'est guère loquace :

 

« En Allemagne, l’agence de sécurité sanitaire fédérale n’a pas contesté la crédibilité des résultats présentés, mais les a jugés peu pertinents en termes de santé publique. "Ces valeurs ne nous surprennent pas, a déclaré au quotidien Die Welt Maria Krautzberger, présidente de l’agence fédérale allemande de l’environnement. Elles sont comparables à ce que nous avons trouvé récemment dans les urines d’une cohorte de 400 étudiants.»

 

Admirez la technique : l'avis de l'autorité sanitaire est expédié en une phrase lapidaire. La thèse contribuant à l'anxiogénèse est plus développée... Et même reprise en intertitre.

 

La Heinrich-Böll-Stiftung avait insisté sur l'imprégnation des enfants. Le jour même de son coup d'éclat, donc le 4 mars 2016, le Bundesamt für Risikobewertung (BfR – Agence fédérale d'évaluation des risques) a publié un communiqué (en anglais ici, traduction du résumé sur l'excellent site de M. Albert Amgar). « Les populations sensibles, en particulier les enfants, sont la mesure de toutes choses dans l’évaluation scientifique des risques » est-il dit en titre. Et :

 

« Le glyphosate est un composant actif dans une série de pesticides homologués en Allemagne et dans le monde entier. L’utilisation de ces pesticides peut conduire à des résidus dans les aliments. Lorsque les taux maximum légaux ne sont pas dépassés, la présence de ces résidus est sans danger en termes d’effets sur la santé et par conséquent légalement autorisée. Du point de vue scientifique, la détection du glyphosate en faible concentration dans les urines est attendue. En effet, cela montre que le glyphosate est rapidement excrété, principalement dans les urines. »

 

Et, dans le texte :

 

 « Les concentrations de glyphosate détectées dans l'urine jusqu'à présent ne pointent pas vers des niveaux qui soulèvent des préoccupations quant à la santé des consommateurs. Du fait de l'augmentation constante de la sensibilité des méthodes analytiques, on peut détecter des quantités de substances de plus en plus petites. Alors qu'en 1960, il était possible de détecter des substances au niveau du ppm (une partie par million = 10_6 = 0,000001), les niveaux de détection ont été abaissés grâce à la mise au point de nouveaux outils (chromatographie en phase gazeuse moderne couplée à la spectrométrie de masse à haute résolution) pour atteindre en 2015 un précision de l'ordre du ppq (une partie par quadrillion = 10_15 = 0,000000000000001) (voir graphique en allemand). »

Le Stern didactique

 

Un autre « circulez, y a rien à voir » – bien plus didactique – a été produit le même jour (4 mars 2016) par le Stern (qu'on peut comparer à Paris Match) : « Glyphosat im Urin: So werden Verbraucher verunsichert » (glyphosate dans l'urine : c'est ainsi que l'on crée le doute chez les consommateurs). Avec en sous-titre :

 

« La majorité des Allemands est-elle imprégnée de glyphosate ? C'est ce que tend à accréditer une étude. Mais elle n'apporte que peu d'éléments nouveaux et attise essentiellement les peurs. »

 

 

Petit aperçu :

 

« Que l'on trouve du glyphosate dans l'urine n'est de toute manière guère surprenant. Parce que, avec les méthodes de mesure sans cesse améliorées, on peut trouver à peu près tout – également dans l'urine. Mais cela ne dit absolument rien du danger. Et on commence à trouver fatiguant de le répéter : la valeur pour l'eau potable n'est pas une valeur de référence appropriée, elle ne dit rien sur les dangers d'une substance. »

 

D'ailleurs, c'est une limite de qualité et non de potabilité. L'Avis du CSHPF du 7 juillet 1998 relatif aux modalités de gestion des situations de non conformité des eaux de consommation présentant des traces de contamination par des produits phytosanitaires fait référence à une valeur sanitaire maximale (VMAX) provisoire de 9.000 µg/l. Vous avez bien lu : 90.000 fois plus élevée.

Tous contaminés !

 

La HBS – ou plutôt le laboratoire Biocheck co-fondé par Mme Monika Krüger, anciennement à l'Université de Leipzig et militante anti-pesticides et anti-OGM notoire – a trouvé en moyenne 1,08 ng/ml de glyphosate dans les urines. La dose journalière admissible (à l'ingestion) est de 0,5 mg/kg de poids corporel. Si l'on considère une excrétion urinaire de 1,5 litre/jour et une personne de 60 kg, on aboutit à une excrétion moyenne (et donc une ingestion, le glyphosate étant rapidement évacué) de 1,5 µg, alors que la dose admissible est de... 30.000 µg.

 

Monika Krüger

 

La rédactrice, Mme Lea Wolz a aussi entendu dans la présentation des résultats que si le glyphosate est cancérigène, alors chaque molécule est de trop. Argument récurrent ! Réponse :

 

« Mais qui suit ce raisonnement, doit éviter également le verre de vin rouge, ainsi que la promenade au soleil, les cigarettes ou les saucisses – parce que toutes ces choses peuvent aussi conduire à un cancer. »

 

En fait, ces choses ne sont pas des cancérigènes probables, mais des cancérigènes certains.

 

 

Ajoutons deux autres comparaisons.

 

Nous excrétons chaque jour de 15 à 35 grammes d'urée dont la DL50 (la dose qui tue 50 % des animaux d'expérience) est de l'ordre de 10 grammes par kilogramme de poids corporel. De quoi tuer par exemple un lapin. Mais que fait la Heinrich-Böll-Stiftung ? Et Générations futures ?

 

On peut contrôler la consommation de drogues (et de médicaments) dans les villes par une analyse des eaux usées. Cette quantité moyenne de glyphosate de 1, 08 µg/l, c'est trois fois moins que la quantité de benzoylecgonine (un métabolite de la cocaïne) trouvée par Nefau et al. dans des eaux usées arrivant en station de traitement.

 

 

Un grossier mensonge

 

Le Stern cite aussi la présidente de l'Umweltbundesamt (Agence fédérale de l'environnement), Maria Krautzberger, selon laquelle les résultats ne sont pas surprenants et correspondent à ceux de l'Agence.

 

Les valeurs sont « dans la fourchette de ce que nous avons récemment trouvé dans nos propres mesures à long terme sur l'urine de 400 étudiants. »

 

 

Afin de peser sur la position allemande, l'Agence avait produit des chiffres en urgence, le 21 janvier 2016, chiffres en partie rendus publics par la Süddeutsche Zeitung... la veille. Avec, bien entendu, le message adéquat : « Neue Warnung vor Risiken durch Glyphosat » (nouvel avertissement sur les dangers du glyphosate).

 

Il se trouve que, entre 2001 et 2015, le pourcentage d'étudiants contrôlés positifs a varié de 10 % (en 2001) à près de 60 % (en 2012 et 2013) ; pour 2015, c'était 40 %.

 

En abscisse, les années ; en ordonnée le pourcentage de contrôles positifs

 

On est donc loin des 99,6 % de la Heinrich-Böll-Stiftung, et ce, même en tenant compte de la différence de base (une LOD de 0,075 μg/l pour la HBS et une LOQ de 0,1 μg/l pour l'UBA).

 

Le document complet (quatre pages en tout et pour tout) indique aussi :

 

« Au stade actuel de l'analyse des résultats, on trouve les concentrations maximales suivantes : »

Comment mieux exprimer la précipitation, manifestement d'ordre politique ?

 

Un maximum de 02,80 μg/l en 2013 ? La Heinrich-Böll-Stiftung annonce un maximum de 4,2 μg/l et quelque 14 % de « cobayes » affichant des niveaux entre 2,01 et 4,2 μg/l. Là aussi, il est difficile de parler de « fourchette » comparable.

 

Le document complet ne comporte pas d'autre données intéressantes. Pas de moyenne, pas de distribution des concentrations. Juste des pourcentages (dans un graphique peu précis) de positifs et quatre valeurs maximales... un procédé bien connu dans la gesticulation « anti ».

 

 

La guerre des deux mondes

 

Mais, selon Mme Krautzberger, le débat ne devrait pas se focaliser sur le seul glyphosate :

 

« Il est important de ne pas considérer les pesticides de manière isolée ou de se focaliser sur des substances particulières. C'est l'utilisation intensive des substances dans leur ensemble qui n'est pas durable du point de vue de l'environnement. »

 

Comment mieux exprimer l'idéologie de l'intégrisme écologique ? On peut donc comprendre que le gouvernement de l'Allemagne n'ait pas été prêt à s'engager, dans un sens ou un autre, à Bruxelles.

 

S'agissant de la France, le ministre de l'agriculture est aux abonnés absents. Notre ANSES n'a pas le même sens du service public que le BfR. Nous peinons à trouver des médias comme le Stern...

 

Gross malheur !

 

 

Partager cet article

Commenter cet article