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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Effet cocktail » des pesticides : une petite éruption médiatique, bien sûr malavisée

6 Mai 2024 Publié dans #Article scientifique, #Pesticides, #critique de l'information, #Activisme

« Effet cocktail » des pesticides : une petite éruption médiatique, bien sûr malavisée

 

 

(Source)

 

 

Une étude sans doute intéressante – d'un chercheur manifestement militant – mais sur des cellules isolées, dont les conclusions sont forcément à prendre avec des pincettes car il y a loin de l'in vitro à l'in vivo. Une communication institutionnelle ambiguë... et une instrumentalisation...

 

 

Il y a une étude publiée récemment dans Scientific Reports qui est appelée à un grand avenir dans la nébuleuse anti-pesticides : « Differential effects of pesticides on dioxin receptor signaling and p53 activation » (effets différentiels des pesticides sur la signalisation du récepteur de la dioxine et l'activation de p53) de Myriam Fauteux, Nadia Côté, Sandra Bergeron, Alexandre Maréchal et Luc Gaudreau.

 

Oups !

 

Il y a un communiqué de presse de l'Université de Sherbrooke (Canada), pourtant plutôt nuancé, qui est appelé à un grand avenir : « Du nouveau sur le lien entre les pesticides et le cancer ».

 

 

Le résumé de l'étude

 

Voici, pour les motivés, les téméraires et les experts, le résumé de l'étude (découpé comme d'hab') :

 

« Au fur et à mesure que les pratiques agricoles modernes augmentent leur utilisation de pesticides chimiques, il est inévitable que nous trouvions un certain nombre de ces xénobiotiques dans les réserves d'eau potable et disséminés tout au long de la chaîne alimentaire.

 

Un problème majeur qui découle de cette pollution est que les effets de la plupart de ces pesticides sur les mécanismes cellulaires en général et la manière dont ils interagissent entre eux et affectent les cellules humaines sont encore mal compris.

 

Dans cette étude, nous utilisons des cellules cancéreuses humaines cultivées pour mesurer par qRT-PCR comment les pesticides affectent l'expression des gènes des voies de stress.

 

Des études d'immunoblotting ont été réalisées pour contrôler les niveaux d'expression des protéines et l'activation des voies de signalisation. Nous utilisons l'immunofluorescence et la microscopie pour visualiser et quantifier les dommages causés à l'ADN dans ces cellules.

 

Dans la présente étude, nous évaluons le potentiel d'un sous-ensemble de pesticides largement utilisés à activer la voie du récepteur de la dioxine et à affecter son interaction avec la signalisation du récepteur des œstrogènes.

 

Nous quantifions l'impact de ces produits chimiques sur la réponse au stress cellulaire dépendant de p53.

 

Nous constatons que non seulement les différents pesticides peuvent activer la voie du récepteur de la dioxine, mais que la plupart d'entre eux ont des effets plus qu'additifs sur cette voie lorsqu'ils sont combinés à de faibles doses.

 

Nous montrons également que les différents pesticides ont la capacité de déclencher des événements de diaphonie qui peuvent générer des métabolites d'œstrogènes génotoxiques.

 

Enfin, nous montrons que certains des pesticides testés, mais pas tous, peuvent induire une réponse au stress dépendant de p53.

 

Pris dans leur ensemble, nos résultats prouvent que plusieurs xénobiotiques présents dans l'environnement ont le potentiel d'interagir ensemble pour provoquer des effets significatifs sur les systèmes cellulaires.

 

Nos données incitent à la prudence lorsque la toxicité des substances est évaluée simplement pour des produits chimiques individuels, étant donné que des effets biologiques importants pourraient être observés uniquement en présence d'autres composés, et ce même à de très faibles concentrations. »

 

 

Le communiqué de presse souffle le chaud et le froid

 

C'est effrayant, non ?

 

Le communiqué de presse enfonce le clou... mais avec un conditionnel de prudence dans le chapô :

 

« Même à petites doses, les pesticides utilisés en agriculture seraient nocifs pour la santé, dévoile une étude conduite par le professeur de biologie Luc Gaudreau et son équipe. »

 

Et très vite, on comprend qu'il s'agissait a priori d'une recherche militante, qui cherchait à démontrer un effet prédéfini plutôt que d'établir l'existence éventuelle d'un effet :

 

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Nous connaissons les doses dites sécuritaires de chaque produit, précise le professeur Luc Gaudreau. Cependant, notre projet de recherche voulait mettre en lumière que plusieurs petites concentrations de plusieurs produits différents peuvent être aussi néfastes qu’une seule dose trop concentrée d’un seul pesticide. Les impacts sur la santé humaine ne sont pas connus.

 

Il n'y a pas que la dernière phrase ci-dessus. M. Luc Gaudreau s'est aussi fait prudent :

 

Le cancer est une maladie surtout liée à la vieillesse, estime le professeur Luc Gaudreau. Il est difficile de démontrer que l’exposition à des pesticides peut causer le cancer, parce qu’il y a tellement de facteurs d’incidence qui peuvent être déterminants.

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La conclusion du communiqué est tout aussi prudente :

 

« Par conséquent si plusieurs pesticides agissent ensemble à de faibles concentrations sur les cellules, pour perturber leur bon fonctionnement et même provoquer des dommages à l’ADN, il est possible qu’ils aient un effet (encore méconnu) sur les maladies génétiques. Les travaux du professeur Gaudreau se poursuivent. »

 

Bref, c'est un communiqué qui, comme souvent, survend une étude dans la partie initiale, qui est lue et surtout reprise par des pisse-copies ignares et/ou paresseux, et se fait plus pondéré dans le texte.

 

 

Le militantisme journalistique – ou le journalisme militant – n'a pas tardé à dégainer

 

Prenons-le de France Inter, relayé comme nous l'avons vu ci-dessus par Mme Florence Habets : « L'environnement, terrain de plus en plus miné pour les journalistes ». Dans l'espèce de pot-pourri :

 

« Le gouvernement doit présenter son énième plan "Ecophyto". Mais comme il a supprimé le thermomètre qui permet de mesurer la consommation de pesticides, comment pourra-t-il les réduire ?

 

Question empoisonnée alors qu'une nouvelle étude de l'université de Sherbrooke au Canada vient de prouver leur dangerosité. C'est l'effet cocktail, avec cette conclusion sans détour : "même à faibles doses, la plupart des pesticides ont des effets réels lorsqu'ils sont combinés". Pollution de l'eau, de notre alimentation (sic).

 

Alors cette fois les scientifiques, d'ailleurs menacés aussi comme les journalistes, seront-ils entendus ? On l'espère... »

 

Notons incidemment – surtout à l'intention de la « spécialiste environnement, énergies, biodiversité, ex-France Info économie, social, santé, éducation » (chez les VRP, on dirait : « multicartes »)qu'il est grossièrement faux d'affirmer que le gouvernement « a supprimé le thermomètre ».

 

Ensuite, l'obsédé textuel fera remarquer que la citation n'est pas exacte... donc pas une citation.

 

La phrase d'origine, qui n'est pas très heureuse, est la suivante :

 

« Non seulement les différents pesticides peuvent activer des réactions dans la cellule, mais la plupart d'entre eux ont des effets réels lorsqu'ils sont combinés à de faibles doses. »

 

Que signifie « effets réels » ? Mystère !

 

Mais surtout, non, l'étude de Sherbrooke n'a pas prouvé la dangerosité des pesticides.

 

 

Non, le cocktail de pesticides n'endommage pas la protéine P51 (Source)

 

 

Faire faire trempette à des cellules

 

Nous n'entrerons pas dans le détail de l'étude. Elle est trop complexe et il suffit de considérer le mode opératoire.

 

L'équipe de M. Luc Gaudreau a fait faire trempette à des cellules dans des milieux additionnés de pesticides et de cocktails de pesticides – ce que d'évidence elles n'allaient pas aimer – et ont observé les effets.

 

Nous n'avons pas vu le même genre de manipulation avec d'autres substances, par exemple celles contenues dans des aliments et bien connues pour être aussi cancérigènes, mutagènes et/ou reprotoxiques... ça n'intéresse pas grand monde et ne confère aucune notorité... alors que les pesticides... De même, à notre connaissance, il n'y a pas énormément de travaux de recherche sur les effets cocktail in vivo. Et ce qui a été produit n'a pas remué les foules d'activistes.

 

 

 

Attention ! Les échelles des ordonnées ne sont pas les mêmes.

 

 

Il y a très loin entre ces expériences et la réalité in vivo.

 

  • Il faudrait que les pesticides en cause soient utilisés. Sur les cinq que les auteurs ont choisis, seul le thiabendazole est approuvé dans l'Union Européenne.

     

  • Il faudrait que les résidus de ces pesticides se trouvent dans les aliments dans des combinaisons qui mènent à un « effet cocktail », sans présence d'autres substances qui réduiraient ou annihileraient cet effet.

     

  • Les résidus de pesticides devraient être absorbés et se retrouver dans la circulation sanguine, puis dans les cellules du corps humain à des doses correspondant à celles utilisées dans l'étude. Ces doses sont-elles du reste réalistes ?

     

  • Sans doute faut-il aussi que ces doses soient présentes suffisamment longtemps pour qu'il y ait un effet.

     

  • Enfin, pour qu'il y ait un effet néfaste, il faut que les mécanismes antagonistes, notamment de réparation de l'ADN, soient débordés et devenus inefficaces.

 

Si nous avons bien compris, l'équipe de M. Luc Gaudreau a étudié les réponses de ces mécanismes.

 

Pour autant que nous puissions en juger, l'étude apporte des éléments de connaissance. Mais il y a loin de l'in vitro à l'in vivo et son instrumentalisation pour incriminer les pesticides est manifestement abusive.

 

 

 

Attention aux échelles ! Comment ont été déterminées les associations ?

 

 

Rappelons à toutes fins utiles que si nous pouvons avoir un débat, c'est parce que nous sommes bien nourris – par une agriculture qui nous assure la quantité et la qualité de notre alimentation en partie grâce aux produits de protection des plantes.

 

 

Parlant d'instrumentalisation abusive...

 

 

(Source)

 

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