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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Verts européens : que ne faut-il pas faire pour se faire remarquer...

19 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #Politique, #critique de l'information

Verts européens : que ne faut-il pas faire pour se faire remarquer…

 

Chercher des poux dans la tête des pesticides dans les cheveux

 

 

FoodPolicyRevolution est un compte du groupe Verts/ALE du Parlement Européen

 

 

Que ne faut-il pas faire pour se faire remarquer ? Tout, y compris le plus malhonnête ! Quand sa propre production n'est pas suffisamment conforme à la thèse, on laisse faire les médias. Une bonne photo avec un commentaire biaisé, et le tour est joué...

 

Le groupe des Verts/Alliance Libre Européenne a donc fait analyser les cheveux de 148 européens à la recherche de résidus de « pesticides ».

 

 

(Source) En titre : "Etude des Verts : excitation à propose des pesticides dans les cheveux". Mais le choc de la photo n'est pas relayé par le choc de la légende, comme dans le Parisien : "Un agriculteur épand des pesticides dans son champ. Mais l'agriculture n'est pas du tout le seul à l'origine des résidus trouvés dans les cheveux."

 

 

 

Une technique bien rodée...

 

Les pesticides dans les cheveux, vous connaissez ? Oui, une technique bien rodée chez Générations Futures et ses « rapports EXPPERT » ( EXposition aux Pesticides PERTurbateurs endocriniens). Dans la dernière itération en date sur ce thème, cette entité – qui sert de porte-voix du biobusiness pour le dénigrement de l'agriculture conventionnelle et par implication pour la promotion de l'agriculture biologique – avait analysé fait analyser les cheveux de sept nains « personnalités » : M. Yann Arthus-Bertrand, Mme Isabelle Autissier, M. José Bové, Mme Delphine Batho, M. Nicolas Hulot, M. Yannick Jadot, Mme Marie-Monique Robin (pas de recherche de nicotine, pourtant un pesticide efficace, dans ce cas).

 

Nous avions analysé cette merveille d'analyse de résidus dans « Générations Futures : jusqu'à quand allons-nous les laisser nous empoisonner l'existence ? », avec de brefs retours sur les bidouillages antérieurs. Signalons aussi un plus ancien « Perturbateurs endocriniens : Nouvelle intox, tirée par les cheveux, de Générations Futures » sur Forumphyto.

 

 

...mais un impact médiatique limité

 

M. François Veillerette, maintenant directeur et porte-parole de GF, s'était taillé un franc succès médiatique à en croire sa revue de presse (normal, il compte beaucoup d'amis et de coreligionnaires dans les médias). Tel n'est pas le cas de la manip des Verts européens, qui a pourtant porté sur 148 personnalités européens, 21 fois plus, avec des résultats tout aussi inquiétants rassurants, mais devenus inquiétants grâce à une savante présentation anxiogène.

 

Dans le cas présent, l'expertise dans l'anxiogénèse n'a pas été à la hauteur de celle que peut déployer GF. Il n'y a guère que le Parisien, parmi les médias généralistes en France, qui a repris l'« information » avec « Des traces de pesticides dans les cheveux de citoyens européens ».

 

 

Un « Institut », entreprise de droit privé

 

Le « rapport » de l'Institut de Recherche & d'Expertise Scientifique (IRES) se trouve ici. Contrairement aux instituts de beauté, pour lesquelles les choses sont claires, la raison sociale de cette entité est ambiguë.

 

Derrière ce nom ronflant se trouve une société de droit privé, par actions simplifiée à associé unique, et non un organisme public. Un élément (apparemment la société d'origine) en est Kudzu Science, qui vend des kits de test et des analyses aux particuliers, par exemple pour le dosage du glyphosate dans les cheveux (pour 149 € TTC). Un Kudzu Science promu par... Générations Futures... dont le maintenant directeur et porte-parole fut conseiller régional EELV de Picardie. Il y a évidemment aussi des retours d'ascenseurs… Le monde est petit...

 

 

Les résidus de « pesticides » recherchés dans les cheveux

 

 

Le rapport en bref

 

Voici les éléments clés de ce « rapport » :

 

« Entre fin juillet et octobre 2018, 148 échantillons de cheveux ont été prélevés dans 6 pays de l'UE : Allemagne, Danemark, Royaume-Uni (Pays de Galles), Italie, France et Belgique. Les échantillons ont été analysés afin de rechercher une sélection de 30 pesticides comprenant des insecticides, des fongicides et des herbicides.

 

Les principaux résultats de l'étude indiquent :

 

  • 15 pesticides sur 30 ont été détectés au moins une fois

  • 60,1 % des échantillons analysés contiennent au moins un résidu de pesticide

  • 23,6 % des échantillons analysés contiennent au moins deux résidus de pesticides

  • Les pesticides les plus présents sont 

  • le fipronil (insecticide) détecté dans 29,7 %  % d'échantillons,

  • le propiconazole (fongicide) trouvé dans 18,9 % des échantillons,

  • la perméthrine (insecticide) trouvé dans 18,9 % des échantillons,

  • le chlorpyriphos-éthyl (insecticide) trouvé dans 10,1 % des échantillons

  • La plus forte proportion d'échantillons contenant des résidus de pesticides (86,6 %) a été trouvée au Royaume-Uni (Pays de Galles)

  • La plus faible proportion d'échantillons contenant des résidus de pesticides (44,1 %) a été trouvée en Allemagne

  • Le plus grand nombre de résidus de pesticides différents (4) a été trouvé pour 4 échantillons en Belgique

  • La plus forte concentration de pesticides des résidus (3941,9 pg/mg) a été trouvée pour un échantillon de France

 

Les populations des 6 pays étudiés sont exposées à un nombre et à une quantité variables de pesticides en fonction de leur pays et de leur catégorie d'âge. »

 

 

Les résultats en résumé. Pourquoi la première colonne de chiffres porte-t-elle sur les maximums, alors que sa place logique est en dernier ? Militantisme...

Notez aussi : 90 % des échantillons (133) se trouvent sous la barre des 60 pg/mg de résidus totaux qui représente… 1,5 % du maximum trouvé chez un Français imprégné de perméthrine, un insecticide domestique.

 

 

Ce « rapport » de 85 pages – qui se termine fort justement par « fin du rapport » – est bourré de tableaux et de graphiques dont le but est manifestement d'impressionner le lecteur. Voici – c'est normal – la répartition des échantillons par pays :

 

 

 

 

On nous présente ensuite, sous forme graphique, le pourcentage d'échantillons avec résidus.

 

 

 

 

Et, à partir de là, une extrapolation sur le nombre de citoyens dont les cheveux contiendraient des résidus.

 

 

 

 

Franchement, passer de 148 échantillons à 228,6 millions d'habitants pour affirmer que 137,5 d'entre eux seraient « contaminés »... il faut oser !

 

 

Beaucoup de bruit pour pas grand-chose

 

Mais qu'a-t-on trouvé ? Voici la synthèse.

 

 

 

 

Pourquoi donner les fréquences en pourcentage ? Enfumage ! 0,7 % représente un échantillon. On trouve aussi cinq substances (sur 30 cherchées et 15 trouvées) sous la limite de quantification, dans trois cas sur un seul échantillon.

 

Pourquoi ne donner que les concentrations maximales ? Enfumage ! On a par exemple trouvé du fipronil sur 44 échantillons (29,7 %). On saura que le plus chargé avait 1.122,1 pg/mg. On ne saura rien sur les 43 autres, sauf à éplucher les tableaux détaillés sur les données individuelles (tout de même fournis). À la limite, ils (ou un certain nombre) pourraient se situer entre la limite de détection et la limite de quantification.

 

Nous avons cherché dans les 25 résultats français. Il y a eu 6 tests positifs avec, dans l'ordre décroissant, 54,4 (20 fois moins que le maximum) ; 33,5 ; 17,5 ; 10,0 ; 9,4 et 5,4 pg/mg (190 fois moins que le maximum).

 

Notez que la limite de quantification est dans ce cas de 4 pg/mg, soit 4 ppb (partie par milliard) ou encore 4 grammes (deux tiers de morceau de sucre) par 1000 tonnes.

 

 

Un hit parade dominé par des substances pesticides biocides

 

Mais ce sont les données positives qui sont les plus intéressantes. Passons donc au hit parade.

 

1. Fipronil (44 occurrences sur 148) : Cette substance est interdite en agriculture, en France depuis 2004 – ce serait un « tueur d'abeilles. Au niveau européen, il y a eu d'importantes restrictions d'usage en 2013, mais elles ont été annulées par la Cour de Justice de l'Union Européenne le 17 mai 2018. En pratique, ce n'est pratiquement plus un « pesticide » mais un « biocide » utilisé comme anti-puces et anti-tiques sur chats et chiens et pour certaines applications domestiques.

 

2. Perméthrine (28 occurrences) : Cette substance n'est plus autorisée en agriculture en Europe depuis 2000. Utilisée en intérieur comme insecticide essentiellement contre les mouches et moustiques, en particulier dans des diffuseurs. Faut-il s'étonner qu'on ait pu trouver près de 4.000 pg/mg (4 grammes/tonne) dans un échantillon ?

 

3. Propiconazole (deuxième ex aequo avec 28 occurrences, mais un maximum de seulement 54,2 pg/mg) : Cette substance est utilisée en agriculture (0,3% du tonnage des pesticides en France en 2015, nous dit Agritof80 sur Twitter), mais c'est essentiellement pour le traitement des semences selon le rapport de l'IRES (pas sûr...). On le trouve dans des produits pour amateurs pour traiter les rosiers contre les maladies fongiques. Il est aussi utilisé pour le traitement du bois.

 

 

(Source)

 

 

4. Chlorpyrifos-éthyl (15 occurrences) : pas ou plus de produit formulé autorisé en France. Utilisé pour le traitement du bois. Peut-être aussi comme anti-puces.

 

5. Diuron (septième du palmarès avec 5 occurrences) : il n'y a pas de produits autorisés pour cette substance en France. Ailleurs, elle est peut-être encore utilisée pour le désherbage des allées.

 

 

Résumons...

 

Le Parisien écrit en chapô :

 

« Les cheveux de 148 Européens ont été analysés. Dans 60 % des cas, ils contenaient des traces de pesticides, pourtant interdits en agriculture. »

 

Qu'en pense le lecteur non averti ? Surtout à la suite d'une photo représentant un pulvérisateur ? Sans nul doute que la situation est catastrophique. En réalité, ces 60 % correspondent très probablement (nous nous dispenserons de faire le contrôle et l'inventaire détaillés), dans la grande majorité des cas, à des produits d'usage domestique !

 

Et on accuse l'agriculture !

 

 

La preuve (enfin...) par le graphique...

 

En fait, ce « rapport » nous apporte aussi une réponse avec le graphique ci-dessous – sachant cependant qu'une analyse sur 148 échantillons n'est pas très concluante pour un esprit rationnel (pour les militants, c'est différent... quand le résultat conforte l'opinion a priori).

 

 

 

 

On y voit qu'il n'y a pas de différence dans le nombre d'échantillons avec résidu(s) de pesticides entre la population qui vit près d'une zone agricole (62 échantillons au total) et celle qui en est éloignée (86). C'est un résultat qui est cohérent avec l'analyse du hit parade.

 

 

Mais cela n'empêche pas le Parisien...

 

Quasi-conclusion du Parisien (l'article se termine par une gesticulation de M. Yannick Jadot avec une attaque contre la FNSEA) :

 

« Alors que la consommation de pesticides est repartie à la hausse l’an dernier en France, les députés écologistes français appellent l’État à interdire immédiatement tous les produits dont les substances actives sont considérées comme cancérigènes et à ne plus autoriser de dérogations. »

 

Chiche ! Mais soyons cohérents : alcool, pilule contraceptive, eau chaude (boissons chaudes), essence (contient du benzène), voitures (à cause des gaz d'échappement), viande rouge et surtout charcuterie, métier de coiffeur, travail posté, soleil... la liste est longue.

 

 

...ni les députés européens verts

 

Reconnaissons au groupe des Verts/ALE du Parlement Européen le mérite d'être resté prudent sur son site web. Il est plutôt factuel en anglais. La page française comporte une déclaration de Mme Michèle Rivasi, surprenante de retenue et de cohérence. Rien sur le site en allemand...

 

Mais il y a d'autres formes de communication. Cette vidéo s'attaque aux « pesticides » qui sont partout.

 

 

C'est de bonne guerre. Mais qu'en est-il de Mme Michèle Rivasi sur Twitter ?

 

« Exposition aux #pesticides : nos cheveux témoignent de notre contamination globale aux résidus de pesticides. C’est ce qui ressort des analyses lancées par les écologistes du Parlement Européen sur 148 échantillons de #cheveux prélevés sur des citoyens européens. »

 

Vraiment ? Quand les analyses n'ont trouvé que 60,1 % des échantillons contenant au moins un résidu de – essentiellement – biocide et 23,6 % en contenant au moins deux résidus ?

 

 

 

 

Citons encore M. Marco Affronte qui répercute les insanités de M. Robert Kennedy et nous apprend incidemment que celui-ci a été invité au Parlement italien pour narrer ses exploits dans l'affaire Dewayne « Lee » Johnson c. Monsanto. Il est permis de penser que nos démocraties sont en danger.

 

 

 

 

Un Robert Kennedy qui répercute aussi des gazouillis de Sustainable Pulse, une officine de désinformation états-unienne… qui ne manque pas de promouvoir la vente de tests de détection de Kudzu Science.

 

 

 

 

Le compte Twitter du groupe Verts/ALE dédié à la « révolution de la politique alimentaire » répercute aussi des gazouillis de Sustainable Pulse.

 

 

 

 

On en vient à se demander qui tire les ficelles et qui sont les idiots utiles... Relire sur ce site les billets de M. David Zaruk, alias Risk-monger, sur les carpetbaggers. Il est permis de penser que nos démocraties sont en danger (bis).

 

 

P.S. : avec mes remerciements à Agritof80 qui a grandement prémâché cet article.

 

 

Il suffit d'utiliser l'adjectif "inquiétant"...

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Max 19/11/2018 20:10

3941,9 pg/mg quelle blague, les µg ne suffisait plus cette fois-ci, ils ont même mis une virgule pour donner l'impression que ce nombre est énorme. La prochaine fois ils trouveront 3941900,00 fg/mg (ne pas oublier la virgule c'est plus impressionnant), ce niveau d’enfumage c'est tous simplement divin.

Seppi 20/11/2018 17:10

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est vrai qu'un résultat de ce genre avec une décimale est ridicule.