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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les bureaucrates européens refusent aux agriculteurs européens l'accès à une technologie innovante

18 Novembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #Politique, #ogm, #CRISPR

Les bureaucrates européens refusent aux agriculteurs européens l'accès à une technologie innovante

 

Maria Gabriela Cruz*

 

 

 

 

Imaginez que vous essayiez de survivre dans le monde moderne avec l'un de ces vieux téléphones portables dotés d'une petite antenne, d'un pavé de numérotation par boutons-poussoirs et d'un écran LCD.

 

Vous préférez votre smartphone, non ?

 

L’appareil obsolète d’aujourd’hui était une technologie de pointe en 2001, l'année où l’Union Européenne a approuvé sa directive sur les OGM.

 

La différence est que, bien que nos technologies personnelles aient progressé de manière étonnante, l'UE est restée accrochée à sa réglementation obsolète, au détriment de tous les Européens.

 

Cet été, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE), l’instance judiciaire suprême de l’Union Européenne, a eu l’occasion de faire un grand pas en avant et d'ouvrir la voie à un avenir radieux. Au lieu de cela, elle a reculé, jugeant que la directive sur les OGM ne couvre pas seulement les OGM, mais également les techniques innovantes d'édition de gènes qui sont sur le point de devenir une réalité.

 

En d’autres termes, une réglementation désuète empêchera les agriculteurs comme moi d’exploiter les dernières innovations et de produire les récoltes les plus remarquables au monde.

 

Je suis agricultrice au Portugal depuis trois décennies et ma famille cultive depuis plus d’un siècle. Nous produisons des céréales d'hiver, du trèfle, du colza et du soja. Nous semons également un seul type de maïs OGM.

 

J'aimerais que nous puissions avoir d'autres variétés de plantes améliorées grâce à la technologie. Les nouveaux outils d'édition de gènes qui deviennent rapidement disponibles apportent des types de plantes qui permettent de conserver l'eau grâce à la résistance à la sécheresse, font un meilleur usage de l'azote et réduisent notre dépendance aux herbicides et aux pesticides. Nous utiliserions moins d’intrants, gagnerions en productivité sur les terres déjà en production, protégerions l’environnement et maintiendrions la compétitivité des agriculteurs. De plus, cela permettrait de maintenir des recherches indispensables pour les agriculteurs en Europe.

 

Mais on nous empêche d’utiliser ces plantes remarquables, en grande partie à cause de la directive sur les OGM.

 

Maria Gabriela Cruz a reçu le prix Kleckner 2010 du Global Farmer Network.

 

Pendant toutes ces années, j'ai pu voir que les agriculteurs du monde entier ont profité des technologies agricoles que les régulateurs de l'UE ont essentiellement interdites. Le résultat est que nous ne produisons pas autant de nourriture que possible, ce qui augmente les prix dans les épiceries de l’Espagne à l'Estonie.

 

Les Européens paient plus pour leur nourriture car l'UE me refuse les meilleures plantes.

 

J'étais donc ravie d'apprendre l'avènement de l'édition de gènes. La technologie actuelle, souvent désignée sous le nom d'OGM et utilisée en toute sécurité depuis plus de deux décennies, implique la transplantation de gènes d'une espèce à une autre pour rendre celle-ci plus forte grâce à une résistance à des ravageurs ou des maladies spécifiques. Bien qu’il n’y ait rien de mal à cela – les scientifiques du monde entier ont approuvé la méthode comme étant sûre – cela semble toujours problématique à certaines personnes. En réponse à cette préoccupation, en 2001, la directive sur les OGM a plus ou moins interdit les nouveaux types de plantes.

 

Pourtant, l'édition de gènes se traduit par quelque chose de fondamentalement différent des OGM. Identifiée sous le nom de « CRISPR » et d’autres noms, elle ne fait que manipuler des gènes déjà présents dans une plante, rendant possible la mise au point de plantes plus performantes capables de produire plus de nourriture sur moins de terres – une opportunité remarquable d'entrer dans une nouvelle ère d'agriculture durable.

 

Considérez cela comme une version accélérée de l'amélioration des plantes traditionnelle pratiquée par les agriculteurs depuis des millénaires, ce que la CJUE a reconnu dans sa décision comme une pratique totalement sûre. L’édition de gènes est encore plus sûre, car elle est également plus précise et plus prévisible.

 

C’est ainsi que, semble-t-il, l’avocat général de la Cour de Justice, Michal Bobek, a considéré la question. Au début de cette année, il a exhorté la Cour à exempter l'édition des gènes des restrictions étouffantes de la directive sur les OGM. Mais le 25 juillet, la CJUE a formellement rejeté sa recommandation sensée et a insisté sur le fait que la directive sur les OGM s’applique à une technologie que ses auteurs n’auraient tout simplement pas pu imaginer.

 

Dans le magazine Science, Sarah Schmidt de l’université allemande Heinrich Heine a qualifié cette décision de « coup de grâce pour la biotechnologie végétale en Europe ». Ce qu'elle veut dire, c'est que les entreprises européennes, les universités et les organisations à but non lucratif refuseront d’investir dans les technologies dont nous avons besoin.

 

Encore une fois, les bureaucrates nous refusent l'accès aux outils que les agriculteurs en Argentine, au Brésil, au Canada et aux États-Unis tiennent pour acquis. Leurs régulateurs ont compris – et ces pays continueront de dominer le monde en matière de créativité et de production agricoles.

 

Sur le continent européen, en revanche, nous continuerons de prendre du retard. Nous deviendrons moins compétitifs. Nos revenus vont chuter et les consommateurs vont payer plus pour leur nourriture.

 

Peut-être devrions-nous priver les juges de la CJUE de leurs smartphones. Peut-être commenceront-ils alors à comprendre les désagréments et même l’absurdité de leur interdiction de facto des plantes génétiquement modifiées.

 

______________

 

* Maria Gabriela Cruz gère une exploitation de 500 hectares, propriété de sa famille depuis plus de 100 ans, à Elvas, Portugal. Elle produit du maïs, du blé, de l'orge et des pois, en sans-labour ou techniques culturales simplifiées sur l'ensemble de l'exploitation. Elle produit du maïs GM depuis 2006.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2018/09/european-bureaucrats-deny-eu-farmers-access-to-innovative-technology/

 

 

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Max 19/11/2018 14:31

Le but des politiques n'est malheureusement pas d'amélioré la situation économique, social et environnementale mais plutôt de s'assurer un avenir électoraliste. Rajouté à ça qu'ils ne possèdent généralement que peut de culture scientifique voir de culture générale (apprendre des citations de philosophe n'est pas avoir de la culture, c'est ce la pété) et que certains d'entre eux sont des écologistes convaincue (oui je parle de toi Éric Andrieu), la situation ne risque pas de s'améliorer.

Seppi 20/11/2018 17:08

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je partage.

jean 19/11/2018 03:01

C'est la transgénése qui a été mie en scéne pour faire peur au public.cette introduction d'un bout de géne d'une autre espèce.Cette recherche de résistance a un herbicide total le round up! Les autres techniques d'évolution des plantes n'ont jamais été citée.Le scandale c'est que cette transgénése ai été appelé OGM et les anti OGM anti transgénése se sont retrouvés sans matière avec la fin de cultures de ces plantes en france.Ces associations qui touchaient des fonds publiques notament des régions a majorités avec des écologistes ont inventé ces nouveaux OGM cachés.Ils s'en sont pris aux essais de tournesol avec désherbage pour lutter contre l'ambroisie.Ils étaient mal à l'aise quand en réunion publique on expliquait que la mutagénése n'était pas une nouvelle technique post transgénèse mais très utilisé depuis les années 30 et que c'était présenté dans des livres de phytotechnies niveau BTA année 1970.Ces associations en mal d'actions pour continuer d'exister et toujours avoir leurs subventions ont continuer leurs campagne de Manipulation de l'Opinion publique.j'ai été abasourdi lorsque j'ai appris que la justice Européenne jouant sur les mots ne limitait plus les "OGM" aux plantes obtenues par transgénése.
Alors les plantes diploides,tétraploides,les betteraves monogermes.......99% des semences existantes déja en 2000 vont elles vraiment être considéré comme OGM? Et ceux qui veulent vendre en disant sans OGM ?

Seppi 20/11/2018 17:03

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Cette position absurde est peut-être une manière grotesque de mettre le nez de la Commission (et des Etats membres) dans son caca.

L'idéalisme commande de considérer que la justice… rend la justice. Le pragmatisme nous incite à penser que, dans certains cas, la justice sort de son rôle.

Les "OGM" sont une patate chaude. La Commission de M. Jean-Claude Juncker s'est défaussée de ses obligations sur la CJUE quand le Conseil d'Etat français s'est courageusement défaussé sur la CJUE (ou a décidé de créer la pagaille). Vas-y, Luxembourg, dis-nous comment interpréter notre merbeilleuse directive… Pendant ce temps, moi, Commission, je ne bouge pas. Résultat : tiens, Commission, encaisse…

S'il y a ne serait-ce qu'un peu de vrai dans ce scénario, l'Union Européenne est vraiment mal barrée.

Seppi 20/11/2018 16:55

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne partage pas entièrement votre analyse. Mais les différences sont mineures.

Conceptuellement, il y a d'une part un mouvement de fond de refus du progrès génétique (et chimique) illustré par les positions de, par exemple, la Conf'.

Il y a d'autre part les "Faucheurs volontaires" qui ont effectivement eu besoin d'un nouveau support pour leur vandalisme.

On peut dire la même chose des entités qui sont incorporées sous forme d'associations (avec ou sans adhérents) qui ont eu besoin d'un nouvel "ennemi" pour maintenir leur fond de commerce.

Tout cela converge et s'interpénètre. Au final, il devient difficile de faire la part des choses.

Oui, l'arrêt de la CJUE est étonnant. Et, oui, beaucoup de choses sont maintenant des "OGM", même si elles ne relèvent pas des procédures d'évaluation, d'autorisation, etc. Avis aux producteurs "bio"...

douar 19/11/2018 11:34

Ou alors, cette position absurde de la CJUE peut aussi être un moyen (involontaire de leur part) de banaliser les techniques de sélection végétale en considérant tout comme OGM.