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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Générations Futures : jusqu'à quand allons-nous les laisser nous empoisonner l'existence ?

24 Février 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Générations futures, #Perturbateurs endocriniens, #Activisme, #Union européenne

Générations Futures : jusqu'à quand allons-nous les laisser nous empoisonner l'existence ?

 

À propos de la dernière « enquête exppert »

 

 

Une manifestation contre les pesticides, le 26 mars 2016, à Paris.

 

 

Générations Futures vient de produire une nouvelle « enquête ». La recherche de perturbateurs endocriniens (allégués sur la base de données issues de la recherche militante, voire de l'alterscience) dans les cheveux de sept « « personnalités du monde de l’Ecologie » aurait produit des « résultats [qui] sont sans appel ».

 

Sans appel, ils le sont en effet : établis et diffusés selon des procédures bien rodées, ils constituent une manœuvre pitoyable en vue d'influencer un processus décisionnel à Bruxelles.

 

Les médias se sont évidemment précipités, sans recul ni esprit critique, parfois avec complaisance.

 

Pourtant, à y regarder de plus près et en accordant, pour les seuls besoins de la démonstration, une crédibilité à cette œuvre farfelue, on pourrait trouver des conclusions encourageantes pour l'agriculture, celle qui nous nourrit.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "perturbateurs endocriniens générations futures"

Potentiel perturbateur, exposition, des critères qui ne doivent pas compter pour les activistes (Source)

 

 

Le pat bruxellois

 

Résultat de recherche d'images pour "pat échecs" Le 28 février prochain, une section du comité permanent des végétaux, des animaux et de l'alimentation humaine et animale devra se pencher sur des projets de règlements de la Commission devant établir les critères scientifiques pour la détermination des propriétés de perturbation endocrinienne. Sauf erreur, les textes proposés sont ici.

 

Les activistes sont en tenue de combat et ont sorti les armes lourdes : le projet de la Commission ne capture pas suffisamment de molécules (de synthèse, cela va de soi... les perturbateurs endocriniens naturels ne sont pas dans leur collimateur). Et tout est bon pour faire de la gesticulation et tenter d'influencer le processus décisionnel. Et, bien sûr, les milieux qui ne partagent pas leur jusqu'au-boutisme sont soit des lobbyistes, soit des mercenaires à la solde des lobbyistes.

 

Le 21 décembre 2016, si l'on s'en tient à la désinformation de Reporterre, « les États européens ont majoritairement refusé la proposition de la Commission européenne sur la régulation des perturbateurs endocriniens ». Pourtant, à en croire le Monde et sa journaliste Stéphane Horel dont la notoriété est due à son activisme, notamment anti-perturbateurs endocriniens (non... il n'y a pas de conflits d'intérêts) :

 

« ...selon nos informations, seulement douze Etats membres étaient prêts à voter pour, soit 39,34 % [...]. Au moins autant de pays ont choisi le camp de l’abstention [...]. Seuls quatre se sont prononcés contre : Danemark, Espagne, France et Suède. »

 

Quatre sur 28 qui se prononcent contre... ça fait une majorité... Voilà de quoi illustrer un autre article militant de Mme Horel dans le Monde : « Perturbateurs endocriniens : la fabrique d’un mensonge ».

 

Il est vrai que les abstentions contribuent à l'absence de majorité pour les propositions de la Commission. Quand la question est difficile et médiatiquement « sensible », les États membres sont donc nombreux à se réfugier dans l'abstention.

 

 

Rendre les question médiatiquement « sensibles »

 

La stratégie des lobbies « anti » est donc simple : ne pas se fourvoyer dans des discussions rationnelles (dans lesquelles ils sont – ou devraient être – perdants à tous les coups), mais faire de la gesticulation médiatique... il suffit que des États membres s'abstiennent dans les délibérations bruxelloises pour que les majorités requises ne soient pas atteintes.

 

Cette stratégie a un autre avantage : la question reste souvent à l'ordre du jour, soit qu'il faut une majorité des États membres dans un sens ou dans l'autre, soit que la Commission, à qui la décision peut échoir en l'absence de majorité, rechigne à prendre le mistigri. Et donc les lobbies « anti » ont du grain à moudre...

 

 

Générations Futures, ou l'intoxication médiatique

 

PE cheveux d'écolos Dans ce registre, la petite entreprise Générations Futures, incorporée sous forme d'association loi 1901, a une expertise reconnue. Sa dernière prestation est une nouvelle « enquête » « exppert » (« EXposition aux Pesticides PERTurbateurs endocriniens », la neuvième.

 

Après avoir coupé des cheveux d'enfants et de femmes enceintes (excellents supports médiatiques pour les marchands de peur...), Générations Futures a prélevé des cheveux sur les têtes de personnages qualifiés de « personnalités du monde de l’Ecologie » (avec la majuscule de majesté...) :

 

« Pour montrer au grand public et aux décideurs la réalité de la contamination de l’environnement et de nos organismes par les perturbateurs endocriniens (PE), et donc la nécessité d’agir pour réduire fortement cette contamination, Générations Futures (GF) a décidé de rechercher des perturbateurs endocriniens dans les cheveux de personnalités du monde de l’Ecologie. »

 

Résultat de recherche d'images pour "josé bové" Ces « personnalités » étaient donc : Isabelle Autissier, Delphine Batho, Marie-Monique Robin, Yann Arthus-Bertrand, José Bové, Nicolas Hulot et Yannick Jadot. Notez qu'il y a au moins deux fumeurs, et le tabac est un formidable cocktail de perturbateurs endocriniens. On est aussi ravi de savoir que les rangs des « personnalités du monde de l’Ecologie » incluent un membre du Parti Socialiste, des hélicologistes et une autre grande voyageuse à la fort modeste empreinte carbone...

 

Résultat de recherche d'images pour "marie monique robin fume" Mais revenons au sujet. La manipulation est connue car elle ne sort pas des paramètres habituels. Citons notamment :

 

  • Élucubrations pseudo-scientifiques sur la base de sept échantillons ;

  • Recherche d'un très grand nombre de molécules (toutes de synthèse... on ne va tout de même pas porter préjudice à son financeur, l'industrie agroalimentaire du « bio ») ;

  • Déclaration comme « perturbateur endocrinien » sur la base de la littérature activiste, incluant des « perturbateurs endocriniens suspectés » sur des bases fort suspectes ;

  • Déluge de chiffres et de graphiques pour noyer le lecteur ;

  • Manipulations grotesques, comme celle qui consiste à additionner des quantités sans relations (style : 1 kg de gravier + 1 carat de diamant = 1000,2 grammes de pierres) ;

  • Aucune mise en perspective (pas de référence à des valeurs telles que les doses journalières admissibles ; pas de référence au fait que certaines substances sont des polluants persistants retirés du marché depuis longtemps...) ;

  • Interprétations à sens unique ;

  • Com' sur la base de chiffres sans grande signification mais anxiogènes ;

  • En particulier, absence de distinction entre molécules simplement « trouvées » (l'aiguille du spectromètre a tressailli... + 1) et molécules quantifiées ;

  • Com' passant sous silence les aspects qui seraient plutôt rassurants.

 

 

Vraisemblables les chiffres ?

 

« 200 molécules différentes ont été recherchées : 32 congénères de PCB, 3 bisphénols (BPA, BPF, BPS) , 13 phtalates et métabolites de phtalates, plus de 150 pesticides et métabolites de pesticides (pour les pesticides, seuls les pesticides PE suspectés qui ont été retrouvés sont présentés dans ce rapport). »

 

Notez le mot « suspectés »...

 

Cela donne les résultats suivants, selon un graphique complaisamment publié par FranceTVInfo sous le titre : « José Bové, Nicolas Hulot, Yann Arthus-Bertrand... Même les écolos n'échappent pas aux perturbateurs endocriniens »

 

Nombre de perturbateurs endocriniens retrouvés chez sept personnalités françaises, selon une étude de l\'association Générations Futures.

 

 

En chapô, on a évidemment droit à une « enquête édifiante ».

 

Édifiante, elle l'est, en effet. On aurait également dû reproduire le graphique suivant sur les quantités totales. Il y apparaît clairement que les résultats pour Isabelle Autissier et, dans une moindre mesure, Nicolas Hulot, constituent des valeurs aberrantes. Le rapport est ainsi de 1 à 17 entre Delphine Batho et Isabelle Autissier.

 

 

 

 

Pour « faire du chiffre », il suffit de rechercher des molécules ubiquitaires, qui donneront à coup presque sûr un signal. C'est le cas des plastifiants et des PCB. Comme le montre le tableau ci-dessous, que nous avons établi en partant du capharnaüm de Générations Futures, d'une part, les chiffres pour les pesticides quantifiés sont très faibles et, d'autre part, les totaux (si tant est qu'ils ont une signification) prennent une tout autre allure si on retranche les phtalates.

 

 

 

D Batho

MM Robin

N Hulot

YA Bertrand

I Autissier

J Bové

Y Jadot (hors PCB)

Total PE trouvés

36

50

51

50

68

48

19

Total PE quantifiés

8

29

23

22

50

15

9

Quantité totale (pg/mg)

9031

34235

89182

10555

158643

18053

22208

Quantité phtalates pg/mg

3635

33601

86651

10019

156994

17745

22202

Total sans phtalates

5396

634

2531

536

1649

308

6

Nombre pesticides trouvés

13

13

16

13

25

13

9

Nombre pesticides quantifiés

1

2

5

1

13

1

1

Quantité pesticides (pg/mg)

5367

37,6

1924,6

19

481,5

276

5,6

 

 

Les méthodes des « enquêtes » passées étaient différentes, les cibles aussi. Mais on peut penser que les « enquêtes » successives doivent présenter une certaine cohérence. Verdict ?

 

Dans « exppert » 3, Générations Futures avait fait analyser les cheveux de 30 jeunes enfants vivant ou allant à l’école dans des zones agricoles. Ils ont trouvé (ils écrivent « retrouvé ») « 21,52 résidus de pesticides Perturbateurs Endocriniens » (admirez la précision!) et 639 picogrammes/milligramme de cheveux en moyenne par enfant.

 

Dans « exppert » 4, la cible était 29 femmes en âge de procréer vivant en milieu urbain, spécifiquement en Région Île-de-France. On avait recherché « 64 substances suspectées d’être des Perturbateurs Endocriniens [...] dont 54 pesticides ou métabolites de pesticides, 6 retardateurs de flammes bromés et 4 PCB ». Résultats :

 

  • 21,35 Perturbateurs Endocriniens ont été retrouvés en moyenne par femme, avec 19,42 pesticides Perturbateurs Endocriniens en moyenne par femme

  • Le nombre de résidus maximum par échantillon de cheveux est de 32 et le plus bas de 12.

  • La quantité moyenne de résidus de Perturbateurs Endocriniens trouvée par échantillon est de 109.39 picogramme /mg

  • La quantité maximale de résidus de Perturbateurs Endocriniens trouvée dans un échantillon est de 387.27 pg/mg (contre 24.14 pg/mg pour la plus faible) soit un rapport de 1 à 16 entre le moins contaminé et le plus contaminé!

 

Ces chiffres ne sont pas directement comparables à ceux de la nouvelle « enquête ». Mais on ne peut qu'être abasourdi devant des écarts considérables. Par exemple 158.643 (cent cinquante-huit mille...) picogrammes/milligramme (ou 0,158 gramme/kilogramme) au total chez Isabelle Autissier et 387,27 pg/mg (admirez aussi la précision !) chez la femme « la plus contaminée ». Un rapport de 410 à 1...

 

« ...les résultats sont sans appel ! » est une phrase fétiche de la com' de Générations Futures. Oui, ils sont sans appel !

 

Sur sa page Facebook, Un Monde Riant (merci Forumphyto) écrit 

 

« Générations Futures nous gratifie d'un nouveau rapport que j'aurais eu honte de rendre en TP chimie de collège. […] Bref, encore bien de quoi faire flipper tout le monde à l'aide d'une déformation scientifique de première qualité. Ils feraient mieux de mesurer leur niveau de ridicule, car à ce rythme-là, c'est ce qui risque de les tuer en premier. »

 

 

1702Exppert9GFUnMondeRiant

 

Non, le ridicule ne risque pas de tuer... Au contraire, les médias ont suivi avec empressement, sans recul ni esprit critique, parfois avec complaisance (Générations Futures se fait évidemment le plaisir jouissif de donner la liste). Dans « Des perturbateurs endocriniens retrouvés dans les cheveux de Nicolas Hulot (et six autres écologistes) », le Huffington Post fait fort avec son sous-titre : « Au moins trois bisphénols » : non ! Trois bisphénols avaient été recherchés, et le bisphénol F n'a été retrouvé sur aucune des sept têtes. L'empressement à ne pas rater un scoop...

 

Résultat de recherche d'images pour "intox" Mais à lire les commentaires sous certains articles, de moins en moins de lecteurs sont dupes. C'est par exemple : « Est-ce que la présence de ces substances dans leurs cheveux explique les positions, parfois démentes, qu'ils défendent ?? » sous le « Bové, Jadot, Hulot… Des perturbateurs endocriniens plein la tête » de Mme Martine Valo dans le Monde (un titre au demeurant bien sexiste !).

 

Allô ! Désintox ?

 

 

Des résultats pourtant encourageants !

 

Nous n'accordons bien sûr guère de crédit à cette « enquête » dont l'objectif explicite est de peser sur un processus décisionnel à Bruxelles.

 

Mais, si l'on veut bien y regarder de plus près, on peut y trouver des signaux encourageants.

 

On ne peut qu'approuver M. José Bové quand il déclare à FranceInfo :

 

« Il suffit qu'il y ait une bombe [d'insecticide] qui soit passée dans les moquettes au Parlement européen ou ailleurs, et pourquoi pas Radio France... Tout le monde se retrouve face à [ces substances]. »

 

On peut ajouter : il suffit de ne pas se laver les cheveux...

 

Avoir des substances qualifiées de perturbateurs endocriniens dans – ou sur... la méthodologie de l'« enquête » n'est pas détaillée – ne nous dit encore rien sur les effets, réels ou potentiels (pour les allégués, on sait...).

 

Mais qu'a-t-il dit à Générations Futures, M. Bové ?

 

« On retrouve 48 perturbateurs endocriniens dans mes cheveux… alors que je n’ai jamais utilisé de pesticides sur mon exploitation agricole et que je m’efforce de vivre sainement ! Ces résultats prouvent que nous baignons dans un cocktail de substances chimiques au quotidien. »

 

Encore un roi du discours sur mesure...

 

À propos de M. Bové, regardez l'image ci-dessous, tirée du « rapport », comment a été prélevée sa mèche de cheveux...

 

 

cheveux_bove

 

 

Si l'on regarde de plus près les pesticides quantifiés on trouvera surtout des substances d'usage domestique comme anti-moustiques, anti-puces et anti-tiques : par exemple l'alléthrine de Mme Batho (5367 pg/mg), la perméthrine de M. Hulot (1776 pg/mg sur un total de pesticides de 1924,6 pg/mg), ou encore le fipronil de M. Hulot (117 pg/mg).

 

Du reste, ces trois substances ne sont que suspectées selon la PAN Pesticides Database.

 

Une conclusion partielle de cette « enquête » aurait pu être : l'agriculture n'est pas un contributeur majeur à la question des perturbateurs endocriniens.

 

Oups ! L'agriculture produit des denrées alimentaires qui, comme le soja, le fenouil, le céleri, sont des perturbateurs endocriniens avérés... Mais c'est une autre affaire.

 

 

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