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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des chercheurs ougandais prennent la route pour combattre la propagande anti-OGM

27 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Des chercheurs ougandais prennent la route pour combattre la propagande anti-OGM

 

Lominda Afedraru*

 

 

Crédit : Lominda Afedraru

 

 

L’Ouganda continuant de lutter contre son avenir dans le domaine de la biotechnologie, des scientifiques ont lancé une initiative visant à aider les agriculteurs locaux à mieux comprendre les éléments constitutifs de la loi nationale sur la sécurité des biotechnologies.

 

La loi a été approuvée par le Parlement en décembre 2017, mais attend toujours la signature du Président Yoweri Museveni, qui a exprimé des réserves sur cette mesure.

 

Alors que chercheurs et agriculteurs attendent avec impatience la résolution du problème, des militants anti-OGM continuent de se battre dans l'espoir de faire dérailler la loi. Les opposants ont organisé ce qu'ils appellent des réunions de sensibilisation des communautés d'agriculteurs, au cours desquelles des rassemblements d'agriculteurs reçoivent des informations attaquant la sécurité et les impacts potentiels des cultures GM.

 

Pour contrer ces efforts, les chercheurs ougandais travaillant sur les OGM et les partenaires de développement de la Science Foundation for Livelihoods and Development (SCIFODE – Fondation Scientifique pour les Moyens de Subsistance et le Développement) ont lancé leurs propres efforts d’éducation visant les agriculteurs.

 

Ils ont récemment rencontré, par exemple, des membres de la Fédération Nationale Ougandaise des Agriculteurs. Parmi les problèmes abordés, il y avait des préoccupations communes au sujet de l'impact des OGM – les critiques allèguent que les OGM peuvent causer l'impuissance chez les hommes, créer des aliments toxiques, nuire à l'environnement, réduire la diversité des semences et semer le chaos sur l'agriculture à travers diverses questions juridiques, notamment l'interdiction de produire ses propres semences. On s'inquiète également de la possibilité que les cultures GM contaminent les cultures non GM ou bio qui poussent dans les mêmes champs.

 

 

Les explication des scientifiques

 

La loi sur la biotechnologie et la biosécurité, actuellement en souffrance, répond en grande partie à ces préoccupations, a déclaré le Dr Babra Zawedde, de l'Organisation Nationale de la Recherche Agricole (NARO).

 

Le problème des plantes GM contaminant des variétés non GM, est résolu par le fait que la plupart des espèces (y compris le soja, les arachides et le riz) cultivées en Ouganda sont autogames. La seule culture importante à pollinisation croisée est le maïs. La loi sur la biosécurité couvre cela en interdisant la culture de maïs GM à moins de 500 mètres de maïs non GM.

 

Zawedde fait valoir que, s'agissant de la perte de semences, le pays perd déjà des semences de variétés obtenues de manière conventionnelle en raison d'une banque de gènes limitée. Les semences hybrides sont devenues de plus en plus importantes, réduisant les options pour les agriculteurs qui pourraient préférer conserver leurs semences à chaque saison de plantation, a-t-elle déclaré.

 

Nous avons des variétés hybrides de maïs que les agriculteurs doivent acheter à chaque saison de plantation pour obtenir de meilleurs rendements. Si, dans le processus de sélection du maïs GM, les scientifiques utilisent des variétés à pollinisation libre, cela signifie que les agriculteurs pourront toujours utiliser des semences qu'ils auront produites et obtenir un rendement moindre, mais cela ne s'appliquera pas si une variété de maïs hybride a été utilisée. Il est également important que les agriculteurs fassent la différence entre le grain et la semence.

 

De la même manière, la loi traite des problèmes de santé et d’environnement ; elle exige que ces problèmes soient résolus avant la mise en circulation d'un OGM.

 

 

Qu'y a-t-il dans la loi sur la biotechnologie ?

 

Parmi les dispositions clés de la loi, il est prévu d’approuver les recherches effectuées par des scientifiques en vue d'une commercialisation. Il en va de même pour les exportations et les importations d'aliments génétiquement modifiés, a déclaré Arthur Makara, directeur exécutif de la SCIFODE.

 

L’Ouganda importe déjà des aliments génétiquement modifiés, mais sous forme transformée. Il y a actuellement une loi interdisant les produits contenant des ingrédients non conformes aux normes.

 

La loi prévoit également la gestion des risques et de la sécurité. Cela signifie qu'un scientifique qui enfreint la loi en produisant des plantes génétiquement modifiées peut être sanctionné et se voir interdire toute recherche ultérieure. Il y a également une disposition permettant aux régulateurs d'inspecter tous les aspects de la chaîne de recherche – du laboratoire aux essais sur le terrain en passant par les emballages.

 

 

Crédit : Lominda Afedraru

 

 

Réactions des agriculteurs

 

Les efforts d’éducation ont suscité des commentaires positifs de la part des dirigeants agricoles, qui s’inquiètent du volume de désinformation diffusé. Dick Nuwamanya, président de la Fédération Nationale Ougandaise des Agriculteurs, espère que les scientifiques s’associeront à la Fédération, qui est en mesure de toucher un grand nombre de paysans ougandais.

 

Nuwamanya fait valoir que le président ougandais a été mal informé sur la loi sur la biotechnologie par des personnes ayant des intérêts particuliers dans le maintien des OGM hors du pays :

 

« Je suis conscient que la science peut être complexe même pour les élites, mais cela peut être simplifié au maximum. Les agriculteurs doivent connaître la différence entre hybrides, variétés à pollinisation libre et plantes GM. Cela nécessite un effort concerté et c’est là que la Fédération peut intervenir. »

 

Mugoya Awali Ogonzaki, un agriculteur, s’inquiète pour l’avenir de l’agriculture ougandaise si son gouvernement refuse de permettre l’accès à des semences améliorées. Il est également préoccupé par ce qui semble être un échec de la part des dirigeants ougandais qui ne font pas confiance à leur propre bras de recherche (NARO). Ogonzaki a dit :

 

« Si d'autres pays progressent grâce à l'innovation technologique dans la chaîne de valeur des aliments, pourquoi pas l'Ouganda ? Ce que je sais, c'est que les scientifiques nous disent que nos sols s'épuisent et que nous avons besoin de variétés de plantes pouvant pousser sur ces sols. »

 

 

Confusion et financements

 

L’opposition aux OGM en Ouganda implique divers groupes locaux fortement liés à des groupes européens et américains et financés par eux.

 

ActionAid Uganda est l'un des principaux opposants aux OGM du pays. Il est responsable d'une série d'annonces à la radio affirmant que la consommation d'OGM causerait le cancer. Le rapport annuel 2016 de l’organisation donne des détails sur un contrat de projet d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Les fonds ont été collectés auprès de diverses organisations, notamment la Banque mondiale, la Commission Européenne, ONU Femmes, ONU Habitat, ONU Droits de l'Homme, l'ambassade des Pays-Bas, DANIDA, la Fondation Ford et le Berkeley Trust. L'argent était destiné à des fins humanitaires. ActionAid bénéficie également du soutien de ses bureaux internationaux situés dans l'UE, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Les relations de l’organisation avec ActionAid UK ont créé une controverse sur la façon dont son argent est dépensé. L’unité britannique a déclaré ne pas soutenir financièrement l’opposition à la loi sur la biotechnologie:

 

« ActionAid UK s'inquiète des informations parues dans la presse faisant état de notre participation à un débat en Ouganda sur les effets sur la santé des organismes génétiquement modifiés (OGM). ActionAid n’a pas pour politique de prendre position sur l’impact des OGM sur la santé, car la recherche dans le domaine de la santé est très contestée et nous ne disposons pas de l’expertise nécessaire pour prendre des décisions éclairées. »

 

Parmi les autres organisations ougandaises, on compte Participatory Ecological Land Use Management (PELUM – Gestion Écologique Participative de l'Utilisation de la Terre), qui reçoit des subventions de donateurs des États-Unis. Les contributions de la Tides Foundation à diverses activités anti-OGM et l'initiative de New Venture Fund connue sous le nom de Fonds pour l'Agro-écologie ont fourni de multiples subventions pour soutenir les programmes de souveraineté semencière et d'agro-écologie anti-OGM.

 

Le rapport 2016 de PELUM Uganda indique que plus de 80% de son budget provient de donateurs européens tels que Pain pour le Monde, la Société Suédoise pour la Conservation de la Nature et Oxfam.

 

Advocates Coalition for Development and Environment (ACODE Uganda Coalition des Avocats pour le Développement et l'Environnement) est également connue pour son opposition aux OGM dans le pays.

 

ACODE reçoit des fonds de diverses sources, notamment le Fonds Mondial Greengrants, le Fonds pour la Gouvernance Démocratique en Ouganda, le Service Mondial Juif Américain CARE, la Fondation Ford, la Fondation William et Flora Hewlett, l’Institut International pour l’Environnement et le Développement et la Fondation MacArthur.

 

CARITAS Uganda s’est également opposé à l’adoption de la loi sur la biosécurité, à moins que celle-ci ne prévoie des responsabilités strictes. Parmi ses mécènes il y a d’autres bras de CARITAS en Norvège, en Italie, en Australie, au Japon, aux Pays-Bas et au Danemark.

 

L’Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique), basée en Afrique du Sud et financée par l’UE et les États-Unis, maintient une présence ougandaise et s'oppose aux OGM en Ouganda.

 

Les Amis de la Terre, via leurs bureaux européens, financent et soutiennent la National Association of Professional Environmentalists Uganda (Association Nationale des Environnementalistes Professionnels de l'Ouganda), qui s'oppose aux OGM. C'est indiqué dans leur rapport annuel 2015.

 

______________

 

* Lominda Afedraru est une journaliste scientifique indépendante en Ouganda qui se spécialise dans l'agriculture, la santé, l'environnement, les changements climatiques et les sciences de la mer. Suivez-la sur le site Internet du Daily Monitor, sur Facebook ou Twitter @ lominda25

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2018/11/01/ugandan-researchers-hit-the-road-to-battle-anti-gmo-propaganda/?mc_cid=2b2474d79d&mc_eid=afcdb5c221

 

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