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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Procès du glyphosate aux USA : nouveaux épisodes dans le Monde, toujours pas d'honnêteté rédactionnelle

10 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Monsanto, #critique de l'information

Procès du glyphosate aux USA : nouveaux épisodes dans le Monde, toujours pas d'honnêteté rédactionnelle

 

 

Le procès intenté contre Monsanto (Bayer) par M. Dewayne « Lee » Johnson– ou plutôt par le cabinet d'avocats prédateurs Baum, Hedlund, Aristei & Goldman qui espère faire les poches de Monsanto (400 millions de dollars sont réclamés...) – a franchi une étape : les débats sont terminés et c'est maintenant au jury de se faire une opinion et de prononcer le verdict.

 

Le Monde publie donc « Etats-Unis : début des délibérations dans le procès Monsanto » sur sa page Amérique » (les gens de Planète doivent être en vacances...), ainsi que « Dewayne Johnson, l’homme qui a mis Monsanto sur le banc des accusés ».

 

Les deux articles contiennent beaucoup d'éléments communs – et reprennent des éléments déjà diffusés auparavant. Cela ressemble à des travaux de tâcherons de la plume, ou peut-être de militants pour qui la répétition est une vertu.

 

Le portrait de M. Johnson, le deuxième article, est destiné à faire pleurer dans les chaumières. Le titre est proprement scandaleux : nous sommes dans un procès au civil et le banc des accusés, c'est pour la justice pénale. Mais cela fait longtemps qu'au Monde, la qualité n'est plus l'objectif principal, tout au moins dans certaines rubriques...

 

On y apprendra toutefois (en fait, à nouveau) que : « A deux reprises, M. Johnson a été aspergé de Ranger Pro, et ses vêtements trempés à la suite de dysfonctionnements des vaporisateurs »... les fabricants des « vaporisateurs » ne sont pas inquiétés (tout comme le fabricant de pulvérisateurs dans une procédure en France)... poches pas assez profondes...

 

Mais on n'y apprendra pas ce que rapportait par exemple 20 Minutes avec AFP le 24 juillet 2018 :

 

« "Pas de preuve scientifique sur ce qui cause" ce type de cancer

 

Prudente devant ce témoignage poignant, la défense de Monsanto a procédé à un très court contre-interrogatoire, se concentrant pour l’essentiel sur sa ligne de défense habituelle. Qu’ont dit les médecins à Dewayne Johnson ?, lui a ainsi demandé Sandra Edwards, l’un des conseils de la firme. "Ils ont tous dit la même chose : qu’il n’y avait pas de preuve scientifique sur ce qui cause" ce type de cancer, a répondu le plaignant, ajoutant qu’il avait "une peau parfaite" avant d’être exposé au glyphosate.

 

On comprendra donc la brièveté du chapô du deuxième article :

 

« Cet homme de 46 ans attaque en justice le géant agrochimique, l’accusant d’avoir caché la dangerosité de son désherbant au glyphosate. »

 

Et cela nous plongera dans la perplexité à la lecture du chapô du premier article :

 

« Le géant agrochimique est confronté pour la première fois à la justice américaine. Un jardinier l’accuse d’avoir dissimulé les dangers de ses produits au glyphosate, et provoqué son cancer. »

 

Il nous semble, en effet, que les avocats prédateurs ont mis un sérieux bémol à l'allégation de lien de cause à effet entre le glyphosate et le lymphome de M. Johnson pour se concentrer sur l'absence d'information sur les dangers... une stratégie qui peut être gagnante à en voir les procès intentés contre Johnson & Johnson par des femmes ayant utilisé du talc pour leur toilette intime.

 

Rappelons que ce procès a fait l'objet d'une procédure accélérée, la loi californienne obligent la justice à organiser un procès avant la mort du plaignant. Et M. Johnson est selon son médecin en phase terminale de sa maladie, un mycosis fongoïde, une forme de lymphome non hodgkinien.

 

Le jury – et c'est peut-être l'information principale – doit désormais répondre, paraît-il, à trois questions :

 

« le Roundup, le RangerPro et leur principe actif, le glyphosate, sont-ils cancérigènes ? Monsanto a-t-il essayé de cacher ces risques aux consommateurs et aux agences de régulation internationales ? Combien doit-il débourser pour ces dommages au plaignant et à ses proches ?

 

Tel que c'est présenté, la question principale – à savoir si le lymphome de M. Johnson a été provoqué par le glyphosate – a été évacuée. Il est toutefois clair que la réponse est négative : ce lymphome est d'évolution lente et le diagnostic n'a été posé que peu de temps après que M. Johnson a utilisé du glyphosate. Mais il faut interpréter le compte rendu journalistique – qui relève des effets de manche des avocats des deux parties – pour le comprendre.

 

Les deux articles sont aussi l'occasion de digresser sur les déboires judiciaires de Monsanto en France. Eh oui, la haine de Monsanto...

 

Du premier :

 

« Si ce procès civil est le premier du genre, des milliers de procédures sont en cours aux Etats-Unis sur le même sujet, à des degrés divers d’avancement. En France, Monsanto est poursuivi dans deux affaires. La première concerne un céréalier, Paul François, qui a porté plainte en 2007. Après avoir été condamné en première instance et en appel, le groupe est parvenu à faire casser la décision en cassation, en raison d’une erreur de forme. Un nouveau procès d’appel doit avoir lieu. La deuxième est plus récente : un couple a saisi la justice fin mai 2018, accusant le glyphosate d’avoir provoqué la malformation de leur fils. »

 

Du second :

 

« Des milliers de procédures sont en cours aux Etats-Unis sur le même sujet, à des degrés divers d’avancement. En France, Monsanto est poursuivi dans deux affaires. La première concerne un céréalier, Paul François, qui a porté plainte en 2007. Après avoir été condamné en première instance et en appel, le groupe est parvenu à faire casser la décision en cassation, en raison d’une erreur de forme. Un nouveau procès d’appel doit avoir lieu. La deuxième est plus récente : un couple a saisi la justice fin mai 2018, accusant le glyphosate d’avoir provoqué la malformation de leur fils. »

 

Avez-vous eu l'impression de lire deux fois la même chose ? L'impression est juste... Ajoutons que la première affaire ne concerne pas le glyphosate, mais le Lasso et que, dans la deuxième, le produit qui avait été utilisé n'était pas de Monsanto... Mais vous aurez du mal à trouver ce genre d'information dans le Monde (et dans les médias en général).

 

Les deux articles se terminent par des paragraphes quasiment identiques :

 

« Le glyphosate est classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l’EFSA (sécurité des aliments) et l’ECHA (produits chimiques). »

 

Et :

 

« Le glyphosate est classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) et l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).

 

On a beau écrire sur des blogs ou dans les commentaires au bas des articles que ce n'est pas l'OMS, mais le Centre International de Recherche sur le Cancer, rien n'y fait. Imperturbable Monde...

 

On a beau écrire sur des blogs ou dans les commentaires au bas des articles que l'EFSA et l'EChA ne sont pas les seuls, rien n'y fait. Imperturbable Monde...

 

Imperturbable AFP aussi (voir par exemple sur Sciences et Avenir) :

 

« Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie, où se trouve San Francisco, a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes. Le glyphosate est aussi classé "cancérigène probable" depuis 2015 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques). »

 

Difficile, pour ces gens de l'AFP, de comprendre que la décision des autorités de la Californie est la conséquence directe et automatique du classement du glyphosate par le CIRC... Et de se tenir au courant : les conséquences de l'inscription – notamment l'obligation de publier des avertissements – sont suspendues (pour le dernier point de la situation, voir ici).

 

 

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MRR 10/08/2018 12:28

Bonjour, serait-il possible d'avoir une source concernant le délai entre l'accident de travail et la déclaration du mycosis fongoïde (d'ailleurs, il y a une faute, vous avez marqué fungoïde) ?
Merci

Seppi 10/08/2018 13:26

Bonjour,

Merci pour la question. La réponse se trouve par exemple chez Baum, etc., les avocats prédateurs :

https://www.baumhedlundlaw.com/first-monsanto-roundup-trial-june-18/

"Lee Johnson worked as a groundskeeper for the Benicia Unified School District. Between 2012 and 2015, Mr. Johnson’s job entailed the application of Monsanto glyphosate-based herbicides to school properties. In 2014, Mr. Johnson began to experience severe skin irritation, which he reported to health care providers.

[…]

In August of 2014, Lee Johnson was diagnosed with epidermotropic T-cell lymphoma. After his diagnosis, his job still required him to apply and be in close contact with Monsanto glyphosate-based herbicides. […]