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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM, Gilles-Éric Séralini, trois études d'envergure et France 3 Normandie

9 Août 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Gilles-Éric Séralini

OGM, Gilles-Éric Séralini, trois études d'envergure et France 3 Normandie

 

 

Il a son site officiel

 

 

En Normandie, M. Gilles-Éric Séralini est comme qui dirait en jargon de commentateur de Tour de France, le régional de l'étape. France 3 Normandie fait preuve à son égard d'une formidable attention qui frise l'obséquiosité.

 

Il y a eu sur l'Obs ce pitoyable « Séralini : "On détourne des fonds publics pour discréditer mes travaux sur les OGM !» que nous avons analysé ici. France 3 Normandie se devait évidemment de donner de la brosse à reluire.

 

La chaîne l'a fait le 4 juillet 2018 sous un titre putaclic, « OGM, Cancer et Glyphosate : le Professeur Caennais Gilles-Eric Seralini (sic) est-il un manipulateur ? »

 

Qu'on se rassure : la réponse est, implicitement, négative. Mais examinons ce morceau de bravoure qui réussit l'exploit de citer trois fois l'entreprise honnie sur le point de disparaître en écorchant son nom !

 

 

Quatre phrases et de quoi sauter au plafond !...

 

En chapô :

 

« Plusieurs études récentes invalideraient le lien entre maïs OGM et cancer, scandale sanitaire révélé par le professeur caennais Gilles-Eric Seralini (sic) en 2012. Un épisode de plus dans son combat. Le Pr Seralini (re-sic) répond aux lobbyistes dans cet article. Le consommateur, lui, en perd son latin. »

 

Quatre phrases et déjà de quoi alimenter un article critique ! Est-ce le conditionnel de prudence de la journaliste ou d'incrédulité, voire de dénégation, de la supportrice ?

 

Un lien entre maïs OGM et cancer ? Il fut un temps où M. Séralini et ses amis soutenaient mordicus que son « étude » n'était pas de cancérogenèse, mais de toxicité chronique (voir par exemple ici).

 

Où est le « scandale sanitaire » ? Ce serait plutôt un scandale scientifique avec un article taillé en pièces par la communauté scientifique (à quelques exceptions près) et les agences d'évaluation et de réglementation ; mais l'auteur du chapô n'a pas compris cela.

 

Et si « [l]e consommateur, lui, en perd son latin » c'est bien parce que des journalistes à la déontologie chancelante ne prennent pas la peine de se mettre à jour.

 

Et puis il y a les grands mots : « lobbyistes »...

 

 

Du site officiel

 

 

...puis s'éjecter dans la stratosphère

 

L'entrée en matière est tonitruante

 

« Saura t-on (sic) un jour la vraie vérité sur ce qu'on mange "vraiment" ?

 

A propos du Round-up de Mosanto (sic) "qui contient de l'arsenic et des dérivés de pétrole", rappelle le Professeur Gilles-Eric Seralini (re-sic), "je demande depuis longtemps une véritable étude indépendante mais aucun gouvernement n'a le courage de s'y atteler» [Il n'y a pas de point final dans le texte d'origine.]

 

Il n'y a pas que la sémantique de la question – reflet du formidable bagage littéraire qui sied à une journaliste – qui choque, mais aussi et encore plus la réponse.

 

D'emblée « on » – la journaliste qui met la réponse en forme – prend un chemin de traverse. La stratégie du mille-feuilles argumentatif.

 

Et pour ce qui est de M. Séralini, il faut un sacré [censuré] pour laisser entendre que les gouvernements n'ont pas eu « le courage », alors qu'on parle présentement de trois études de grande envergure ayant coûté 15 millions d'euros à ce qui se dit. Il faut oser, par implication, affirmer que ces études ne sont pas « indépendantes ».

 

 

La théorie du complot n'est pas loin

 

L'auteure de ce merveilleux article s'emploie ensuite à décrire brièvement les démarches du Figaro et d'Europe 1 sur la base des études G-TwYst et Grace...

 

« Allant à l'opposé des conclusion de Gilles-Eric Séralini. Des études qui aident à dénoncer des erreurs et "une manipulation scientifico-médiatique soigneusement préparée", selon le Figaro. »

 

Et donc :

 

« Deux études qui plongent donc Gilles-Eric Séralini dans la controverse, voire dans le côté "obscur" : des erreurs sont relevées ( au moins deux) dans son étude de 2012 et on lui reproche aussi la lignée de rats choisie, etc... (sic) »

 

Visiblement, la journaliste n'a pas compris – pas cherché à comprendre – de quoi il s'agissait dans ces études et a zappé les épisodes précédents de la mise en pièces de l'« infameuse » étude sur les rats de 2012. Pour son information, il y a encore deux douzaines de commentaires et autres lettres à l'éditeur, en grande majorité critiques, sur le site de Food and Chemical Toxicology.

 

 

 

 

M. Séralini s'autorise à dire...

 

L'auteure nous informe :

 

« L'une des deux dernières études mises en avant est en fait un projet européen lancé après la publication des photos-chocs (sic) en 2012.

Son nom? Grace. »

 

Mais il y a un brin de vérité là-dedans : ce qui comptait alors, en 2012, c'étaient les « photos-chocs » (comme nous citons, nous gardons ce curieux trait d'union).

 

Cela se poursuit par :

 

« Étude à laquelle ont été associés (sic), dès le départ, l'équipe du Pr Seralini (re-sic) et celle des pro OGM (re-re-sic) dont l' AFBV ( L'association Française des biotechnologique (re-re-sic) végétales). »

Notez aussi les deux espaces fautives et la curieuse alternance de majuscules et minuscules pour l'AFBV.

 

Mais hélas, il ne s'agit pas ici de G-TwYst et Grace... mais de la française GMO90+... à laquelle l'AFBV n'a pas été associée...

 

Mais grâce soit rendue à la journaliste qui, par sa formulation, nous informe par implication que « l'équipe du Pr Seralini » est à ranger dans le camp des anti-OGM.

 

Télescopons donc les réponses de M. Séralini :

 

« "Mais nous avons fini par claquer la porte de ce comité". […] "Que le gouvernement et l'Europe veuillent vérifier la véracité de notre travail, nous sommes pour, au contraire ! mais pas en faisant n'importe quoi." [Changement de ligne et taille de caractères supérieure] "Les choses ont été bidonnées dès le départ" [...] »

 

Il va de soi que quiconque tiendrait les mêmes propos s'agissant de sa propre étude verrait un huissier réaliser un exploit...

 

 

Que devient l'articulet de Challenges du 14 juin 2018 ?

 

 

 

 

Texte manquant au bout de la première ligne : "les thèses défendues par quelques experts montrant les nuisances supposées des"

 

Le site Rédaction Médicale et Scientifique en a fait une copie d'écran, avec ce commentaire :

 

« En lisant la revue Challenges, numéro 570 du 14 juin 2018, page 106, j'ai découvert l'information ci-jointe (copie écran). Lisez tranquillement, c'est très inquiétant, car certainement vrai. »

 

Oui, les « mute news » sont inquiétantes. Mais qu'en est-il des « fake news » dans le cas présent ? Notre journaliste écrit (avec une typographie qui a encore changé) :

 

« Et sur les réseaux sociaux circulent ce type de publications, comme ci-dessous, les éléments de langage proposés par les pro-OGM » [pas de point dans l'original]

 

Voilà un article de Challenges et un commentaire de Rédaction Médicale et Scientifique relégués dans l'enfer des bobards sur les réseaux sociaux... et, s'agissant du fond, dans les tréfonds des « éléments de langage proposés par les pro-OGM ».

 

 

« Une "Fake News" l'étude Séralini ? »

 

Mais cela permet de poser un intertitre provocateur (repris ci-dessus)... et de sombrer dans le délire :

 

« L'image est forte. C'est une véritable guerre de la communication qui est engagée.

 

"Et c'est justement de la "com", réagit Gilles-Eric Séralini. A gros coups de millions (ndlr : l'AFBV a de forts liens avec le géant Mosanto [sic]), ils ont de quoi se payer de grosses agences qui sont douées dans la manipulation de l'opinion.»

 

Une guerre de la communication ? Trois articles dans le Figaro, une interview sur Europe 1... voilà les « forces » en présence du côté censé être « pro-OGM » (ou « pro OGM ») pour la journaliste de France 3 Normandie. Dérisoire !

 

Tout comme est dérisoire le propos de M. Séralini : à « gros coups de millions » ? Le budget de l'AFBV pour 2018 est de... 28.000 euros en dépenses ! Mais il est vrai qu'il y a un lourd contentieux avec l'AFBV... Notons aussi que contacter 150 journalistes et 200 parlementaires, ça se fait maintenant en un clic...Mais l'AFBV n'aura réussi à intéresser que deux rédactions, et cela soulève de sérieuses questions de déontologie médiatique.

 

Le propos est encore plus dérisoire quand on sait l'énormité des moyens déployés pour la communication autour de l'« infameuse » étude sur les rats de 2012. De Wikipedia :

 

« Une "mise en scène médiatique" est orchestrée par une agence de communication, qui propose à des journalistes français l'exclusivité sur ces résultats sur le point d'être publiés. Elle entraîne une forte agitation médiatique et politique, jouant sur les angoisses collectives et la haine du géant de l'agro-industriel Monsanto. »

 

 

Mémoire courte ?

 

« Des études citées, mais pas de données brutes publiées

 

Un autre détail dérange particulièrement Gilles-Eric Séralini : "on nous donne que (sic) du partiel. où (re-sic) sont les données brutes? ça (re-re-sic) me rappelle Mosanto (re-re-re-sic) qui n'a jamais voulu les communiquer" pour le Round up ou le Glyphosate. »

 

L'argument est certes recevable... mais d'aucuns se souviennent qu'un certain chercheur a refusé de fournir ses données brutes, tout en se livrant à une opération de communication pour « justifier » son choix. Son nom ? Devinez...

 

 

Nous sommes prévenus...

 

M. Séralini préparerait « cet été un livre choc sur le thème : "Round'up et Glyphosate ou le plus gros scandale alimentaire du siècle" »... Défense de rire !

 

Idem pour cette forte pensée de M. Séralini :

 

« Les OGM sont des sacs à Round-up. Les céréales en contiennent. quand (sic) on a compris ça. Les (re-sic) choses s'éclaircissent. »

 

Notons incidemment que nous aurons eu droit à : « Round-up », « Round'up » et « Round up »... Et on nous aura épargné le « glysophate ».

 

Et la journaliste abonde en conclusion :

 

« Une prochaine bombe, en plein débat public sur les poisons qu'on nous fait manger, parfois à notre insu. Le Professeur Séralini, lanceur d'alerte, lui, nous aura prévenu. »

 

Le ridicule ne tue pas... surtout pas une « journaliste », à qui nous ne dénierons pas le droit d'écrire des insanités. Mais nous pensons que la direction et la rédaction de France 3 Normandie doivent être interpellés sur leur conception de la ligne éditoriale et de la déontologie journalistique.

 

Et si la direction et la rédaction devaient faire un examen de conscience – rêvons –, elles pourront utilement visionner cette émission de 2013, absolument scandaleuse.

 

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