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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : supprimé, faute de place

18 Juin 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Glyphosate: supprimé, faute de place

 

Schillipaeppa*

 

 

Résultat de recherche d'images pour "instrument used to measure length" Imaginez que l'on découvre que le président d'une commission scientifique internationale n'apporte pas toutes ses connaissances dans l'évaluation d'une substance. L'Agence Européenne des Produits Chimiques, par exemple, a récemment constaté que l'herbicide glyphosate n'est pas cancérogène. Imaginez que l'on découvre que le président du comité de l'ECHA ait été impliqué dans une étude à grande échelle dont les résultats relatifs au glyphosate n'ont pas encore été publiés. Étant donné que les résultats n'ont pas encore été publiés dans une revue scientifique, ils ne sont pas pris en compte en vertu des règles du comité. Le président connaît les résultats et a contribué à une publication scientifique sur les données issues de l'étude. Mais à un certain moment, on a décidé d'omettre la partie relative au glyphosate dans cette publication pour des raisons d'espace ; c'est ce qu'il déclarera par la suite sous serment. Imaginez que le scientifique ait su, en raison des données non publiées, qu'il y avait des indications que le glyphosate provoque le cancer – et qu'il n'ait pas fait part de cette information dans les travaux du comité. Que se passerait-il si une telle chose était révélée ? Une tempête d'indignation se déchaînerait : les associations de protection de l'environnement et des consommateurs lanceraient des pétitions ; des politiciens exigeraient du gouvernement qu'il interdise le poison Merkel [note : expression employée par le député vert Harald Ebner – voir ici et ici; il y aurait un chapelet d'articles journaliers dans la Süddeutsche Zeitung, pleins de spéculations sur les liens du scientifique avec l'industrie, et des comptes rendus racoleurs au Mitteldeutscher Rundfunk ; les canaux de propagande russes déborderaient : enfin ! À nouveau de quoi monter une théorie de la conspiration, vilipender le groupe américain Monsanto.

 

 

Les « CIRC Papers »

 

On vient juste d'apprendre une telle chose – sauf que c'est dans l'autre sens et qu'il n'y a pas eu de vagues. Aaron Blair a été le président du groupe de travail du CIRC qui a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène » au printemps 2015. Blair, maintenant à la retraite, a travaillé pendant des années pour l'Institut américain de Recherche sur le Cancer (US National Cancer Institute). À ce titre, il a également travaillé sur l'Agricultural Health Study, une étude à grande échelle sur 89.000 participants – travailleurs agricoles, agriculteurs et leurs familles – de l'Iowa et de la Caroline du Nord. L'agence de presse Reuters a analysé des pièces du dossier judiciaire d'une affaire en cours contre Monsanto qui montrent que cette étude épidémiologique n'a produit aucune indication que le glyphosate est cancérogène.

 

Les résultats de l'Agricultural Health Study n'ont pas pu être pris en considération pour la décision du CIRC parce que l'organisation ne peut utiliser selon le préambule de ses monographies que des informations accessibles au public. Ce sont généralement des articles de revues scientifiques. Les résultats sur le glyphosate du projet de l'Institut National du Cancer des États-Unis n'avaient pas été publiés au moment de la décision du CIRC ;et ils ne le sont toujours pas à ce jour.

 

L'agence Reuters a eu accès à des projets de publications sur les données de l'Agricultural Health Study qui sont datés de février et mars 2013. Reuters a soumis ces deux projets à deux experts indépendants, David Spiegelhalter et Bob Tarone. Les deux scientifiques ont dit que les données ne contiennent aucune preuve d'une association entre le glyphosate et le lymphome non hodgkinien. Cette information aurait dû changer la décision du CIRC selon l'opinion même d'Aaron Blair. Voici un extrait du rapport de Reuters :

 

« Interrogé par les avocats de Monsanto en mars sur la question de savoir si les données non publiées ne montraient "aucune preuve d'une association" entre l'exposition au glyphosate et le lymphome non hodgkinien, Blair a répondu: "Exact".

 

Interrogé dans la même déposition sur la question de savoir si l'examen par le CIRC du glyphosate aurait été différent si les données manquantes avaient été incluses, Blair a dit nouveau : « Exact ». Les avocats lui ont suggéré que l'ajout des données manquantes aurait « poussé le risque méta-relatif vers le bas », et Blair en est convenu. »

 

Mais les données sur le glyphosate ont été retirées des projets, et ce, pour des raisons d'espace.

 

Blair a déclaré sous serment ne pas se rappeler quand la décision a été prise d'omettre l'évaluation des données sur le glyphosate. Il a confirmé à Reuters que la décision avait été prise des mois avant que le CIRC n'ait décidé d'évaluer le glyphosate.

 

Reuters a cité un courriel que Michael Alavanja, un collègue de Blair maintenant à la retraite ayant travaillé à l'U.S. National Cancer Institute et co-auteur des projets, a écrit le 28 février 2014 à d'autres collègues – en ayant mis Blair en « cc » :

 

« Ce serait irresponsable que de ne pas chercher à publier notre manuscrit sur le LNH à temps pour influencer la décision du CIRC. »

 

Ce qui n'est pas, peut encore l'être : selon les scientifiques de l'U.S. National Cancer Institute cités par Reuters, un manuscrit avec les résultats relatifs au glyphosate est en chantier et pourrait être finalisé dans les prochains mois.

 

 

Liens

 

Special Report: Cancer agency left in the dark over glyphosate evidence

 

Non-Hodgkin Lymphoma Risk and Insecticide, Fungicide and Fumigant Use in the Agricultural Health Study

 

A Scientist Didn’t Disclose Important Data—and Let Everyone Believe a Popular Weedkiller Causes Cancer

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2017/06/15/aus-platzgruenden-weggelassen/

 

 

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