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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le traitement des semences avec des insecticides neonicotinoïdes met-il en danger les abeilles sauvages ?

17 Mai 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #Néonicotinoïdes

Le traitement des semences avec des insecticides neonicotinoïdes met-il en danger les abeilles sauvages ?

 

Richard Levine*

 

 

Avertissement : dans cet article « abeille » se rapporte, sauf exception, à un ensemble d'hyménoptères comprenant les abeilles proprement dites, les bourdons, les osmies, etc.

 

 

« Les protections fédérales sont peut-être encore la seule chose qui sépare les bourdons de l'extinction », a déclaré Rebecca Riley, du Natural Resources Defense Council, après que l'administration Trump a publié sa position en mars et accepté d'inscrire Bombus affinis (rusty patched bumble bee) sur la liste des espèces en voie de disparition.

 

Les activistes qui défendent les abeilles font maintenant pression sur le Service des Poissons et de la Faune (Fish and Wildlife ServiceFWS) pour faire inscrire trois autres espèces d'abeilles sauvages : le bourdon occidental (Bombus occidentalis), Bombus terricola (yellow-banded bumble bee) et le bourdon de Franklin (Bombus franklini).

 

L'inscription sur la liste des espèces en voie d'extinction a reçu un accueil mitigé dans certains milieux. Alors que certains groupes environnementaux célèbrent l'événement, en affirmant que toutes les abeilles sont confrontées à un danger d'extinction et que les pesticides en sont le principal moteur, la décision a suscité un contrecoup parmi certains agriculteurs et partisans du plan de reconstruction des infrastructures en chantier dans l'administration Trump. Cette inscription pourrait exiger que les propriétaires fonciers et les entreprises demandent des permis spéciaux dans les zones où le bourdon est censé vivre, ce qui ouvrirait la voie à des batailles juridiques sur les projets de développement.

 

 

Les problèmes de santé des abeilles

 

L'inscription de Bombus affinis a également suscité beaucoup de controverses en relation avec les causes possibles des problèmes de santé des abeilles et de la question de savoir si l'inscription en tant qu'espèce menacée est la meilleure approche pour résoudre le problème. C'est un statut vague qui a de sérieuses conséquences pour les agriculteurs et pour l'amélioration des infrastructures – et la création d'emplois qui va avec – car il y aura inévitablement des contestations par les groupes d'opposition.

 

La plupart des experts reconnaissent que les abeilles sauvages sont confrontées à des défis aux États-Unis. Au début des années 1990, Bombus affinis était fréquent et abondant dans 29 États, mais aujourd'hui, on ne le trouve plus que dans des endroits dispersés dans 13 États, qui ne représentent plus que 0,1 % de son ancien territoire. On estime que sa population a diminué de 87 % ou plus. Il y a eu des rapports selon lesquels des centaines d'espèces d'abeilles sauvages sont en voie de disparition.

 

La raison exacte pour laquelle les populations d'abeilles sauvages diminuent n'est pas claire. Le Varroa, un acarien qui est censé être la cause principale des problèmes de santé des abeilles domestiques, ne semble pas être un facteur pour les abeilles sauvages. Une combinaison de nombreux facteurs, y compris la perte d'habitat, les maladies et les parasites, les changements climatiques et les pesticides, est probablement responsable, selon un communiqué de presse du FWS.

 

Certains groupes de protection de l'environnement mettent la responsabilité sur une classe de pesticides en particulier, les néonicotinoïdes. Selon Greenpeace, l'imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame, « devraient être complètement interdits ». À la surprise de nombreux entomologistes qui étudient les abeilles sauvages, le FWS a fait sienne cette croyance dans son évaluation de la situation de Bombus affinis :

 

« Les néonicotinoïdes ont été fortement impliqués comme la cause du déclin des abeilles et dans les diminutions de B. affinis en raison de l'introduction concomitante de l'utilisation de néonicotinoïdes et du déclin précipité de l'espèce. »

 

[Ma note : c'est du charabia traduit en charabia... les traducteurs ont, en anglais, une expression imagée à l'odorante vulgarité.]

 

Quel est l'état de santé des abeilles sauvages ? Les pesticides, et les néonicotinoïdes en particulier, sont-ils les principaux moteurs de la mortalité des abeilles sauvages ? La réponse à la première question est : personne ne sait vraiment parce que nous n'avons pas suffisamment de données. La réponse à la deuxième question est : probablement pas vraiment, et ce, pour un certain nombre de raisons.

 

 

Le cas de Bombus affinis

 

Bombus affinis est un « généraliste », ce qui signifie qu'il se nourrit sur une variété de plantes à fleurs et peut vivre dans de nombreux habitats différents, comme les prairies, les forêts, les marais et les paysages agricoles. Si les pesticides étaient responsables de ses problèmes, nous observerions probablement des baisses dans les zones où les pesticides sont les plus largement utilisés, et nous verrions des populations saines là où ils ne le sont pas. Cependant, il a décliné dans des zones où les pesticides ne sont jamais utilisés, comme le parc national Great Smoky Mountains, une vaste zone de 2.113 kilomètres carrés.

 

« Bombus affinis n'a pas été vu dans le parc depuis 2003 malgré les efforts répétés pour le trouver », a déclaré Becky Nichols, l'entomologiste du parc. « Nous ne savons pas vraiment pourquoi nous observons un déclin, surtout dans une zone protégée comme le parc national. »

 

Alors que les gardes forestiers peuvent interdire l'utilisation de pesticides, ils ne peuvent pas protéger les abeilles contre des pathogènes comme Nosema bombi, un parasite intestinal fongique qui affecte les bourdons. Bombus affinis et les espèces apparentées ont connu un fort déclin depuis les années 1990, dès avant l'utilisation répandue des néonics. Les problèmes ont été liés à des infections par Nosema après que des bourdons élevés commercialement pour la pollinisation dans les serres ont vraisemblablement transmis l'agent pathogène aux bourdons sauvages.

 

Selon le professeur T'ai Roulston, spécialiste des bourdons de l'Université de Virginie, Nosema est le facteur le plus important dans le déclin des espèces de bourdons. « Nosema bombi se trouve en grande abondance sur les quatre espèces de bourdons anciennement communes qui sont maintenant reconnues comme étant en déclin en Amérique du Nord », m'a-t-il écrit par courriel. « Parce qu'il peut être fortement pathogène, Nosema est probablement la cause du déclin, mais un travail épidémiologique plus important est nécessaire pour s'assurer qu'il n'y a pas une autre maladie impliquée que personne n'a encore reconnue. »

 

 

Qu'en est-il des autres abeilles sauvages ?

 

Il existe environ 4.000 espèces d'abeilles sauvages en Amérique du Nord. Au cours de la dernière décennie, les chercheurs ont identifié de nombreux facteurs susceptibles de nuire à certaines espèces. Il s'agit notamment de virus tels que le virus des ailes déformées, d'agents pathogènes tels que Crithidia bombi, d'insectes prédateurs tels que les mouches de la famille des conopides, de champignons tels que Nosema bombi, de la perte d'habitat, des changements climatiques et des pesticides.

 

Quelle est la gravité du déclin des abeilles sauvages ? Pour l'essentiel, nous ne savons pas, selon Sam Droege, un biologiste de la faune de l'Institut d'Études Géologiques des États-Unis (United States Geological SurveyUSGS) qui en sait probablement plus que n'importe qui sur la biologie et l'identification des abeilles sauvages. Aux États-Unis, la plupart des espèces d'abeilles sauvages vivent dans des régions très reculées, principalement dans les déserts, où les chercheurs ont peu de chances de les trouver, et encore moins de mener une recherche approfondie sur elles. Et même si nous pouvions les trouver, nous n'aurions tout simplement pas assez de chercheurs qualifiés pour faire le travail.

 

« Nous avons des gens sur le terrain, mais ils ne sont qu'une poignée », a déclaré M. Droege. « Dans beaucoup d'États, c'est en moyenne un spécialiste des abeilles par État. Imaginez qu'il n'y ait qu'un seul ornithologiste par État. Quelle serait l'évaluation de la situation s'il n'y avait qu'une personne observant les oiseaux ? »

 

En plus d'être difficiles à observer, les abeilles sauvages vivant dans des régions reculées ne sont probablement pas exposées aux néonicotinoïdes ou à d'autres insecticides parce qu'elles sont loin des terres agricoles. La plupart des abeilles sauvages nord-américaines sont des « spécialistes », c'est-à-dire qu'elles ne se nourrissent que sur les fleurs d'une seule famille de plantes, et certains super-spécialistes ne se nourrissent que sur une seule espèce végétale. Ainsi, elles n'ont aucun intérêt pour les cultures comme le maïs, le soja, le cotonnier ou le canola. Bien sûr, certaines espèces se nourrissent sur des plantes cultivées, mais selon Droege, elles ne sont pas à risque en raison de leur alimentation variée.

 

« Nous avons des abeilles indigènes dans les zones agricoles, mais ce sont des espèces généralistes, et elles se débrouillent plutôt bien partout », m'a-t-il dit. « Du point de vue de la conservation, nous ne sommes pas du tout préoccupés par ce groupe d'abeilles. »

 

Une étude publiée dans Nature Communications par 59 scientifiques du monde entier confirme cela. Les auteurs ont constaté que seul un petit nombre d'espèces d'abeilles sauvages visitent des cultures, et que les espèces menacées se dirigent rarement vers elles. On a trouvé que seulement 2,0 % des espèces d'abeilles sauvages connues visitent les cultures, et que ces espèces sont florissantes.

 

 

La question des néonics

 

Lorsqu'on l'a interrogé sur les effets des néonicotinoïdes sur les populations d'abeilles sauvages, Droege ne semblait pas préoccupé. « Pour ce qui est, pour ainsi dire, du monde qui court au désastre à cause des effets des néonicotinoïdes sur les abeilles, la réponse est "non" parce que nous n'épandons pas de néonics au milieu des refuges fauniques », a-t-il déclaré. « Personne ne pulvérise des néonics dans les parcs nationaux – – et dans la plupart des parcs de comtés et d'autres types de parcs, on n'utilise pas non plus de pesticides. Les [neonics] ne croisent pas des abeilles rares, dont la conservation fait souci, parce que ces abeilles ne se retrouveront pas sur des terres agricoles. Néonicotinoïdes ou pas, elles n'ont aucune raison d'y pénétrer. »

 

Le petit nombre d'espèces d'abeilles sauvages qui butinent dans les cultures sarclées et sont vulnérables aux pesticides pulvérisés ne risquent pas d'être affectées par les néonicotinoïdes en raison du mode particulier d'utilisation de ces insecticides. Plutôt que de pulvériser leurs champs avec des produits chimiques, la plupart des agriculteurs qui cultivent du maïs, du soja et du canola traitent leurs semences avec des néonics avant de les mettre en terre. Cela leur permet d'utiliser moins d'insecticides et ils évitent de pulvériser directement des produits chimiques sur leurs cultures, ce qui crée un environnement plus sûr pour les abeilles et d'autres insectes bénéfiques.

 

Les essais à grande échelle sur le terrain qui ont exposé les abeilles sauvages aux cultures de canola issues de semences traitées avec des néonnics n'ont pas montré d'effets indésirables, y compris un essai sur des bourdons fébriles (Bombus impatiens) au Canada et deux autres en Allemagne impliquant des osmies rousses (Osmia bicornis) et une autre espèce de bourdon (Bombus terrestris). Une étude allemande et une autre des États-Unis ont également montré que les résidus dans le nectar et le pollen des cultures traitées avec des néonics et dans la végétation voisine sont relativement faibles.

 

Le cas de l'abeille découpeuse (Megachile rotundata) est également informatif. Cette abeille non native se trouve à l'état sauvage, mais elle est également commercialisée pour les services de pollinisation. Au Canada, elle sert à polliniser une partie des 7,7 millions d'hectares de canola du pays, dont la quasi-totalité est issue de graines traitées avec des néonics. Ces abeilles ne butinent qu'à quelques dizaines de mètres de leurs nids, de sorte que leur régime consiste principalement en pollen et nectar de canola traité avec des néonics. En outre, les femelles mâchent des feuilles de canola traitées avec des néonics pour aménager leurs nids et donnent du pollen et du nectar des plantes de canola à leur progéniture. Ainsi, les quatre étapes de la vie – œuf, larve, pupe et adulte – sont exposées aux néonics à des doses plus élevées que pour la plupart des autres abeilles ; mais « leurs populations sont stables et saines », selon deux professeurs de l'Université du Montana.

 

Quelle est alors la plus grande menace pour les espèces d'abeilles sauvages ? « Perte d'habitat » de loin, selon Droege. « Si vous labourez ou arrosez le désert, ou le transformez en un parking, vous supprimez toute cette complexité de plantes rares auxquelles certaines espèces d'abeilles sont associées, et alors ces abeilles disparaissent », m'a-t-il déclaré.

 

« Dans les zones désertiques, l'estimation est qu'environ 50 % de toutes les abeilles sont des spécialistes. À l'est, c'est environ 30 %. Et elles sont hautement spécialisées, ce qui signifie qu'elles ne vont que sur une famille de plantes, ou parfois même une seule espèce. Si cette plante disparaît, alors cette abeille disparaît. »

 

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Richard Levine, co-auteur de « IPM for the Urban Professional: A Study Guide for the Associate Certified Entomologist », a géré le programme de communication de l'Entomological Society of America de 2006 à 2016. Suivez-le sur Twitter @Rich_Lev.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2017/04/25/neonicotinoid-insecticide-seed-treatments-endangering-wild-bees/

 

 

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