Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La nature favorise les forts ; la science protège les faibles ; je suis faible !

13 Janvier 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger

La nature favorise les forts ; la science protège les faibles ; je suis faible !

 

Riskmonger*

 

 

Art makes us human, music makes us human, and I deeply feel that science makes us human. - Brian Greene

 

 

Ce n'est que la nature ; ni bonne, ni mauvaise, elle favorise le fort au détriment du faible.

 

 

La nature favorise les parasites, les mauvaises herbes, les pathogènes ; elle abhorre les vulnérables, les fruits et les fleurs. Le besoin d'idéaliser la nature, de la traiter comme une victime dans un récit cynique où le Père Profit abuse de la Mère Nature obtient un soutien croissant parmi les rêveurs et les artistes. Ils mettent leur préjugé anti-science au service de la lutte contre les produits pharmaceutiques (les médicaments pour l'homme) et les OGM et les pesticides (des médicaments pour les plantes). C'est un préjugé auquel je voue le plus grand mépris ; car autant la nature favorise le fort au détriment du faible, autant la science est conçue pour protéger le faible. Je suis un des faibles.

 

Il y a environ dix ans, j'ai été diagnostiqué avec une maladie vasculaire rare dont les spécialistes ont dit qu'elle aurait dû m'être fatale. Mais la communauté des chercheurs a trouvé un moyen de prolonger ma vie, et avec un peu de chance, un travail acharné de ma part et des découvertes des fantastiques chercheurs du domaine pharmaceutique, je ne suis pas encore une victime de la nature, mais plutôt une victoire de la science. Chaque jour, je prends un cocktail chimique, luttant pour vivre assez longtemps pour profiter un jour de mes petits-enfants.

 

La science a été fondée comme un moyen pour les faibles de lutter contre la nature. Francis Bacon avait annoncé l'arrivée d'un nouveau champ d'étude qui protégerait l'homme des ravages de la nature. Et avec la science est venu un sens plus fort de l'humanité : la vie n'était pas censée être dure, méchante, brutale et courte, et les scientifiques se sont engagés dans la solution des problèmes posés par la nature, protégeant l'homme de ses forces hobbesiennes. Depuis plus de 400 ans, la science nous apporte de meilleurs logements, médicaments, semences et une agriculture plus efficace ; elle nous a apporté du confort et des technologies qui ont amélioré la qualité de vie.

 

Je crois que l'avenir de l'humanité est dans le progrès de la raison par la science.  - Émile Zola

 

La science fait progresser l'humanité, protégeant les faibles contre les forces de la nature. L'industrie a été construite sur ce principe et a efficacement outillé la science pour la rendre plus efficace dans le progrès de l'humanité. Le biais anti-industrie dans nos médias d'aujourd'hui est répandu par des gens qui n'ont jamais travaillé dans une entreprise (mais ont l'arrogance de l'ignorance et du sentiment de savoir mieux que les autres). Comme beaucoup d'autres, je me levais tous les jours pour aller au travail, et ce, dans une entreprise chimique, Solvay, sachant que nos produits pharmaceutiques prolongeaient des vies et amélioraient la qualité de vie ; que nos polymères complexes innovaient dans les transports, les communications et la construction ; que nos désinfectants empêchaient les maladies et nous préservaient des forces de la nature. Dans de nombreuses autres entreprises, de GSK à Dow, d'Apple à Samsung, de Bayer à BASF, des milliers de femmes et d'hommes partagent cette conviction que l'humanité progresse par la recherche qu'ils conduisent (et ce, malgré la propagande paranoïaque des activistes anti-science et anti-industrie).

 

 

Le vilain retour de Malthus

 

La population mondiale et l'espérance de vie ont augmenté bien au-delà du pire cauchemar de Malthus, et nous progressons encore. Nous restons forts dans la vieillesse, la science – le visage de l'humanité – protégeant les faibles des ravages d'une nature qui favorise les forts. Je suis encore en vie aujourd'hui grâce à la science – une science qui apporte avec elle une humanité pour protéger les faibles des forces de la nature.

 

Vous pouvez donc imaginer combien j'ai été offensé de lire l'article récent d'Olivier De Schutter condamnant les énormes gains de l'agro-science. Avec une véritable étroitesse de vue néo-malthusienne, le professeur De Schutter estime que les récentes agro-technologies – impressionnantes – qui ont augmenté les rendements de la production alimentaire mondiale pour répondre aux besoins d'une population en croissance ne font que nous mener à une chute plus brutale. Il affirme que les rendements ne peuvent pas continuer à augmenter (notez son astuce sémantique habile selon laquelle les rendements n'ont augmenté que dans 57% des zones agricoles mondiales), que les « super-mauvaises herbes » prennent le dessus et que les ravageurs, les virus, les champignons et les bactéries se renforcent.

 

 

Ce n'est que la nature ; ni bonne, ni mauvaise, elle favorise le fort au détriment du faible.

 

 

De Schutter doute que la science puisse continuer à résoudre des problèmes (comme le fit Malthus), mais il y a quelques failles fatales dans ses hypothèses. Il affirme que la science qui nous a apporté une « monoculture industrialisée » (un vocabulaire indicatif d'un non-agriculteur) a échoué. Je me demande où en serait l'agriculture aujourd'hui s'il n'y avait pas eu la science et la technologie. Sommes-nous prêts à retourner aux jours de gloire des pratiques agricoles malthusiennes du XVIIIe siècle ? De Schutter prédit un retour des Dust Bowl des années 1930 (dû au changement climatique). Cela peut se produire, en fait, si l'on adopte la pensée agro-écologique étroite qu'il propose. Les dogmatistes du Tribunal Monsanto, dont De Schutter a pris le parti, ont implicitement rejeté l'approche du sans labour dont une grande partie de la communauté des chercheurs a déterminé qu'il est la meilleure façon de protéger les sols.

 

La science n'est pas dogmatique. Si une pratique fonctionne, la science l'adoptera ; si elle échoue, la science la rejettera et trouvera des solutions de substitution. Si l'agro-écologie peut produire des techniques agricoles meilleures et plus efficaces, la science ne la rejettera pas. Mais l'agro-écologie accepterait-elle l'édition du génome grâce à CRISPR, ou l'agriculture sans labour avec des herbicides si cela s'avère plus efficace que de retourner des prairies ou meilleur pour prévenir l'appauvrissement des agriculteurs ? C'est ça la différence entre la science et le dogme fondamentaliste. Malthus était, de fait, un homme d'Église !

 

 

La force implacable de la nature

 

Mais De Schutter a raison de dire que la nature est implacable. Les mauvaises herbes deviennent plus fortes ; les parasites apprennent à résister à nos moyens actuels de protection. Plus la science progresse, plus les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont grands. Mais ce n'est pas dû à la science, mais plutôt grâce à elle ! Nous ne déplorons plus des masses de victimes de famines ou de récoltes défaillantes, alors que les populations augmentent plus rapidement. Les médicaments et les technologies modernes prolongent les vies, prennent le dessus sur les cancers et les maladies cardiaques qui fauchaient la plupart d'entre nous dans les années 1950. Parce que nous vivons plus longtemps, les défis posés à la science grandissent alors que nous faisons face à des maladies du cerveau jusqu'à présent inconnues. Voulez-vous revenir à une plus grande insécurité alimentaire ou à une espérance de vie moindre pour prix d'un dogme éco-religieux et d'un révisionnisme historique ?

 

Je suis personnellement au courant de la force implacable de la nature. Les trois pilules que je prends tous les jours pour prévenir une attaque sévère m'ont assez bien servi au cours des trois dernières années, mais avec l'âge et peut-être un affaiblissement de l'efficacité du cocktail chimique que je prends, mes problèmes vasculaires reviennent à des niveaux inconfortables.

 

 

Ce n'est que la nature ; ni bonne, ni mauvaise, elle favorise le fort au détriment du faible.

 

 

Je commence une nouvelle série de tests médicaux la semaine prochaine afin que les chercheurs auxquels j'ai confié ma vie puissent continuer à me protéger de la récente manifestation de force de la nature. Pendant ces trois dernières années, la technologie a sans doute progressé, et je suis confiant que la science, le visage de l'humanité, trouvera une solution pour moi. Si cela ne devait pas être le cas, j'espère que ce que la recherche aura appris de moi aidera un jour mes enfants qui peuvent très bien avoir cette même maladie. Dans un monde malthusien avec moins de confiance dans la science, les faibles comme moi n'auraient jamais vécu assez longtemps pour avoir eu des enfants (ou rêver de la joie apportée par des petits-enfants). La nature s'en serait chargée !

 

 

Je suis faible ! Je ne tire pas ma force de la nature, mais de l'humanité !

 

 

Je n'aime pas utiliser le terme « maladie chronique » – c'est simplement la nature attaquant les faibles ; mais les faibles, avec la protection de la science, se battent. Avec moi, la nature finira par vaincre, mais, au grand désespoir des néo-malthusiens, la science s'améliore dans la recherche des solutions pour protéger les faibles. C'est l'humanité à son meilleur. Je me demande parfois comment ceux qui plaident contre les vaccins, les produits phytosanitaires et les technologies émergentes concilient l'inhumanité des conséquences de leur dogme avec le sens élevé qu'ils ont de leur propre importance. Notre humanité est définie par le mouvement continu des sciences pour protéger les faibles, et non le désir des arrogants et des forts de défaire les réalisations de la science.

 

Et j'accepte ma condition de faible. Beaucoup de militants de l'anti-science, dotés de l'« arrogance de l'ignorance », me disent en toute confiance que mes problèmes de santé sont dus à mon mode de vie, l'alimentation et l'exposition à des substances non naturelles. Ils ne savent rien de moi ! Que depuis mon diagnostic, j'ai perdu 18kg, je suis devenu végétarien, et je cours trois marathons par an (qualifié et couru à Boston) ; et je m'entraîne, ayant atteint le milieu de la cinquantaine, pour le Mont-Blanc Ultra Trail.

 

Je me suis beaucoup battu, je suis devenu tellement plus fort, mais je sais très bien que la nature peut être méchante. Je n'ai aucun respect pour les zélotes cosmopolites et leur arrogance de l'ignorance, qui pensent qu'ils peuvent me dire ce qui ne va pas avec ma santé et comment un régime avec plus de jus de citron va résoudre tous mes problèmes. Ces mêmes gens disent à l'industrie ce qui ne va pas avec elle, disent aux agriculteurs ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire, et pensent que la lecture de 140 caractères compte comme une recherche et de l'expérience.

 

Le professeur De Schutter a choisi de faire confiance à la nature. Il doit être une personne forte. Le professeur Zaruk a choisi de mettre sa confiance en la science. Il sait qu'il est faible. Où est l'humanité dans cette discussion ?

 

Afficher l'image d'origine

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2017/01/11/nature-favours-the-strong-science-protects-the-weak-i-am-weak/

 

 

Afficher l'image d'origine

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

lalilou 04/02/2017 09:28

Tout d'abord bonjour tout le monde
Voici un point de vue , la radicalisation et les extrêmes sont tellement nocifs .....comme les groupes ,sectes , dogmes ideologies etc ....comme cet article tellement radical et bien dommage de ne pas comprendre qu'il n'y pas de tout bien ou tout mauvais , vous citez Zola , ecrivain de la fin du XIX° qui a vécu juste quelques dizaines d'années après la révolution industrielle et bien evidemment la condition des hommes , des mineurs et paysans étaient si dures , vous n'êtes plus d'actualité . Oui on mourait dans les années 50 d'une tuberculose et que tout le monde n'avait pas l'eau courante à domicile . Encore une fois ce n'est plus d'actualité .Oui à la chimiotherapie mais oui en parallele les medecines douces pour contrecarrer les effets secondaires de l'effet "napalm" Oui la science à amener un confort non négligeable et oui la nature est terrible , dur et impartiale. Mais le bonheur n'est il pas dans l'equilibre qui est si dur a trouver en chacun de nous ? Il me semble qu'il en de même pour l'humanité . C'est bien dans l'equilibre que la solution existe il n'y a pas de tout bon ou tout mauvais . Ce texte n'est pas très credible quand ce cher monsieur explique qu'il est vegetarien et fait du sport a outrance et que vive les OGM alors qu'il n'ya plus aucune vitamines dans nos fruits et legumes , quand aux comportements extremistes ( sport , politique , religions ou toutes formes d'extremes....) en quoi cela est bienveillant pour soi et donc l'humanité ?Vous expliquez qu'on vit plus longtemps mais expliquez moi comment cela n'amène pas de problèmes démographiques puisque nous observons l'epuisement des énergies et en même temps le remplissage des poubelles grand V d'ou une impossibilité à traiter les déchets . Encore une fois cette notion de fort et faible est pour moi incompréhensible ou plutôt si , cela va avec l'ensemble du texte du tout bon ou tout mauvais tout noir ou tout blanc , le blanc est beau le noir est pas beau ....ça va ravir tout les racistes de la planète . Je pense qu'il n'y pas de fort ou de faible , mais des sensibilités differentes . Il n'existe pas de chance ou de malchance mais des experiences , comme la fatalité ou le hasard sont deux notions illusionistes . Puisque je pense qu'il existe la loi de la cause à effet . Quand à la notion de vie ou de mort je crois que tout le monde s'y perd il suffit de ne plus avoir peur .....
C'est un point de vue mais vous avez le droit de penser et le devoir d'évoluer dans la sagesse pour vos enfants et pas l'aigrissement même si la vie s'amuse à nous en faire voir de toutes les couleurs que pensez vous transmetter à vos enfants ? L'intolérance ? Belle preuve d'humanité ....
Bref c'est la nature en accord avec la science qu'on peut réequilibrer vous ne pensez pas ?

fm06 17/01/2017 11:59

Très bel article, plein d'émotion.

Seppi 27/01/2017 15:19

Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Plein d'émotion, en effet. Et surtout de rationalité.

Seppi 27/01/2017 14:52

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne suis que le traducteur.

Mais j'ai traduit avec le même sentiment d'émotion. Deux de mes frères, qui n'avaient pas été vaccinés, ont attrapé la polio. Les autres et moi, vaccinés...

Efget 15/01/2017 14:54

Merci pour ce beau billet!

un physicien 13/01/2017 11:09

L'article de De Schutter est assez pathétique : pour éviter une éventuelle future diminution, il préconise de diminuer tout de suite, se jeter à l'eau en prévision d'une pluie éventuelle...
Mais il a le mérite de faiore connaitre un travail qui montre justement le contraire de ce qu'il avance : Il y a de nouvelles voies - scientifiques - pour augmenter encore substantiellement les rendements :https://www.ncbi.nlm.nih.gov/labs/articles/27974806/

Seppi 27/01/2017 17:26

Bonjour,

Merci pour le commentaire.

Vous êtes bien aimable d'écrire « assez pathétique ».

La légende de la photo dit :

« Crop-breeding innovations are merely a short-term solution for falling yields. Only agricultural diversity can ensure food security and resilience »

Et les deux premières phrases du texte :

« As a new year dawns, it is hard not to be dazzled by the current pace of technological change in food and agriculture. Only last month, news emerged of a crop spray with the potential to increase the starch content in wheat grains, allowing for yield gains of up to 20%. »

De Schutter ? On a fait le tour du désastre, dont le point culminant – en attendant pire – est son implication dans la mascarade du Tribunal Monsanto.

Mais ce qui me chagrine encore plus, c'est que ce texte a été cosigné par Émile Frison.