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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La Conf' aux petits soins des producteurs de colza et de tournesol... la blague !

16 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #OGM

La Conf' aux petits soins des producteurs de colza et de tournesol... la blague !

 

 

(Source)

 

 

« Est-ce que le colza et le tournesol que vous semez c'est des #OGM ? », interroge la Confédération Paysanne. C'est un peu neuneu, vu que le colza a été semé il y a quelques mois déjà... Mais que ne ferait-on pas quand on déteste les OGM et, plus généralement, le progrès – rassurez-vous, pas tout...

 

La Conf' a donc écrit une lettre ouverte « A nos collègues producteurs de colza et de tournesol ». Ce n'est pas tous les jours que la Conf' fait preuve d'une telle civilité et délicatesse envers les « gens d'en face », les tenants de l'agriculture « productiviste », « industrielle » ou encore « chimique ».

 

« Vous allez prochainement réaliser vos semis de tournesol alors que des variétés issues de mutagenèse in vitro sont toujours présentes dans les catalogues de vos fournisseurs. Les récoltes issues de ces variétés pourraient être étiquetées OGM. Il en est de même pour les prochains semis de colza qui seront réalisés avant la fin du délai de 9 mois fixé par le Conseil d’État. »

 

 

 

 

Cette lettre n'a pas été postée sur le site Web de la Conf'. Nous avons juste trouvé une image de la première page sur Twitter. Mais les journaux agricoles ont publié les éléments essentiels (et se sont donc chargés implicitement de sa diffusion).

 

Nous ne nous étendrons pas sur les motifs allégués des décisions de la Cour de Justice de l'Union Européenne et du Conseil d'État par lesquelles il a été confirmé que certains types variétaux sont des OGM selon le droit de l'Union Européenne et que, parmi ceux-ci, certains sont assujettis aux procédures d'évaluation, d'autorisation, de surveillance, de traçabilité et d'étiquetage. Visiblement, la Conf' prend ses obsessions pour des réalités.

 

Mais cela n'a aucune incidence pratique sur la manœuvre – d'intimidation et quasiment de chantage –, sauf à la rendre encore plus ridicule.

 

La Conf' interprète aussi l'arrêt du Conseil d'État :

 

« Le gouvernement a l’obligation dans les 9 mois, soit avant le 11 novembre, de faire retirer du catalogue officiel les variétés obtenues et multipliées par les techniques de mutagenèse in vitro (dirigée ou aléatoire) ou de suspendre l’autorisation de culture. Passé ce délai, elles ne pourront pas être cultivées et commercialisées sans avoir obtenu au préalable une autorisation de dissémination d’OGM. En cas d’autorisation, elles devront être étiquetées et tracées tout au long de la filière jusqu’au client final. »

 

Là, la Conf' prend ses désirs (obsessionnels) pour des réalités. Rappelons les termes de l'article 3 de l'arrêt du Conseil d'État du 7 février 2020 :

 

« Il est enjoint aux autorités compétentes d’identifier, dans un délai de neuf mois à compter de la notification de la présente décision, au sein du catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles, celles des variétés, en particulier parmi les variétés rendues tolérantes aux herbicides (VRTH), qui y auraient été inscrites sans que soit conduite l’évaluation à laquelle elles auraient dû être soumises compte tenu de la technique ayant permis de les obtenir et d’apprécier, s’agissant des variétés ainsi identifiées, s’il y a lieu de faire application des dispositions du 2 de l’article 14 de la directive 2002/53/CE du 13 juin 2002 et des articles L. 535-6 et L. 535-7 du code de l’environnement. »

 

Trop compliqué pour les gens de la Conf' ? Le communiqué de presse du Conseil d'État décrit comme suit l'effet de l'identification des variétés en cause :

 

« Cela pourra amener en pratique à retirer les variétés concernées du catalogue et à en suspendre la culture. »

 

La radiation du catalogue ou la suspension de l'autorisation de culture n'est donc pas inéluctable. La lettre ouverte est par conséquent trompeuse. Si elle était adressée à un agriculteur individuel, elle pourrait avoir à notre sens une qualification pénale.

 

 

 

 

« La Confédération Paysanne revendique le droit de savoir comment ont été obtenues les variétés commercialisées », rapportent la France Agricole et Terre-Net sans que l'on puisse savoir s'il s'agit d'un extrait de la lettre ou d'une revendication exprimée par ailleurs. Mais, curieusement, la Conf' sait déjà quelles variétés cibler à ce jour et, sans nul doute, dans des actions ultérieures :

 

« Sont concernéees :

 

  • Les variétés de colza Clearfield® : Conrad CL (Advanta), Imaret CL, Imperial CL et Impressario CL (Dekalb), ES Angel, ES Aquarel CL, ES Curiel et ES Decibel CL (Euralis), Etendar CL (Caussade Semences), Veritas CL et Duplex CL (DSV), etc.

     

  • Les variétés de tournesol Clearfield Plus : Electric CLP, ES Poetic, ES Kapris CLP, ES Loris CLP (Euralis), SY Guardia CLP, SY Academi (Syngenta), LG50.627HOV CLP, LG50.797HOV CLP, LG56.97 CLP (Limagrain Semences), RGT Vollcano CLP (RAGT Semences), Carrera CLP (Saatbau), etc.

     

  • Les variétés d’endives rendues tolérantes aux herbicides. »

 

S'il est une entreprise qui n'a pas apprécié l'assaut sur les tournesols VrTH, c'est BASF (et pour cause...). La France Agricole titre : « BASF dément les accusations de la Conf’ » (réservé aux abonnés). Parole de BASF :

 

« En 2018 et 2019 déjà, ce syndicat sommait les producteurs de ne pas semer de variétés tolérantes aux herbicides (VTH) issues de la mutagénèse. La démarche n’est donc pas nouvelle, mais elle est toujours inacceptable. [La Conf'] interprète à sa guise la décision de Justice de l’Union européenne du 25 juillet 2018 et du Conseil d’Etat du 7 février 2020. [...] la mutagénèse traditionnelle est exclue du champ d’application de la directive OGM 2001/18. »

 

Selon BASF, « contrairement à ce qu’indique la Confédération paysanne, ces variétés [Clearfield Plus] ont été obtenues par des techniques de mutagenèse in vivo sur graines et non in vitro. […] Les tournesols Clearfield Plus et Clearfield sont donc exemptées des obligations réglementaires de la Directive 2001/18. »

 

Batailles judiciaires en perspective...

 

L'article de la France Agricole se termine par ce noble propos de M. Nicolas Girod. porte-parole national de la Conf' :

 

« L’objectif principal de notre action est de défendre les agriculteurs qui eux assument les risques et les conséquences financières des choix variétaux face aux firmes semencières qui ne poursuivent qu’un seul dessein : valoriser leurs inventions variétales par des brevets »

Oui, oui, on vous croit, Nico, pour l'altruisme de la Conf'.

 

Ah, mais zut ! Que viennent faire les brevets ici ? Ah oui, encore une obsession de notre supplétif de l'anticapitalisme déguisé en altermondialisme.

 

Oh ! Nous avons failli oublier : on n'a pas encore vu la Conf' faire preuve de la même attention et prévention pour « défendre les agriculteurs qui eux assument les risques et les conséquences financières des choix variétaux face »... aux décisions judiciaires qu'elle a provoquées.

 

Les variétés issues de la mutagenèse – quelle que soit la technique/méthode utilisée – sont... des OGM. Elles et leurs produits doivent être étiquetés si l'on s'en tient à un principe défendu mordicus par la Conf', « la liberté de cultiver et de consommer avec ou sans OGM ».

 

Elles doivent aussi être virées des champs des agriculteurs biologiques et des étals des distributeurs de produits biologiques. La Conf' leur écrira-t-elle ?

 

 

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