Pesticides et pathologies pédiatriques : le CHU d'Amiens est-il dans son rôle ?
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Tout compte fait, l'analyse aboutit à une question simple : le CHU d'Amiens « fait-il » dans la santé publique ou dans le militantisme ou lobbying anti-pesticides ?
Ce sont trois articles qui commencent à dater. Mais la question reste sur la table.
La Voix du Nord a publié le 3 février 2024 : « À Amiens, une consultation au CHU vérifie le lien entre les pesticides et des maladies chez les enfants ».
En chapô :
« Leucémies, tumeurs cérébrales, malformations : les enfants dont les parents ont été exposés aux pesticides présentent un sur-risque de développer ces pathologies, selon le CHU d’Amiens. »
C'est, certes, la production d'un journaliste... de la très militante Agence France Presse (AFP)... quelle surprise !
Mais c'est avec des éléments livrés par un service qui s'est donné une noble mission en théorie – contribuer à la santé publique – et un objectif beaucoup moins glorieux en pratique – faire de l'activisme anti-pesticides et orienter les parents d'enfants malades vers le Fonds d'Indemnisation des Victimes de Pesticides (FIVP).
« Il [le médecin qui a fondé la consultation] estime à "plusieurs centaines" le nombre d’enfants potentiellement concernés en France. In fine, l’objectif de cette consultation, lancée en octobre 2023, est que les familles remplissent un dossier au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). »
« Il estime... » ? Sur quelles bases ? Comme nous l'avons vu dans « Pesticides : fonds d’indemnisation cherche victimes, désespérément » de M. Philippe Stoop, le Fonds n'est pas submergé par un flot de demandes.
Est-ce le CHU d'Amiens in corpore ou le médecin à l'origine d'une consultation non pas médicale, mais administrative voire pré-contentieuse, qui affirme l'existence d'un sur-risque ?
Un sur-risque évalué à « 20 % à 30 % » par un autre médecin, chef de service, pour les pathologies onco-hémato-pédiatrique. Où sont les preuves ?
Bref, cela sent le dérapage. Confirmé à notre sens par ce propos :
« Pour le Dr Chamot, si le fonds d’indemnisation a été créé, c’est parce que la "société reconnaît qu’elle fait certainement une erreur en continuant d’utiliser des pesticides qui, potentiellement, peuvent avoir des conséquences". »
C'est au mieux simpliste et en tout cas l'expression d'un militantisme affirmé – avec tout de même une prudence exprimée par un adverbe et un semi-auxiliaire : le Fonds est, en fait, le fruit d'une manœuvre politicienne.
Nous avons vu dans l'article de M. Philippe Stoop que le CHU d'Amiens a annoncé la « bonne nouvelle » par un « Une consultation pesticides et pathologies pédiatriques est créée au CHU Amiens-Picardie, une première en France » non daté (quel professionalisme!).
Annonce relayée trois mois plus tard par le Monde avec « Le CHU d’Amiens met en place la première consultation "pesticides et pathologies pédiatriques" » avec un chapô à nouveau explicite :
« Inauguré il y a trois mois, le dispositif vise à faire reconnaître l’exposition professionnelle des parents, afin qu’ils puissent prétendre au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides. »
Notez l'ordre des mots, il n'est pas anodin : « pesticides » précède « pathologies pédiatriques » !
Le 23 janvier 2024 (là, on a la date), le service de communication du CHU d'Amiens avait publié : « Le CHU d'Amiens-Picardie soutient les enfants victimes des pesticides ». C'est sans nuance ! Les enfants sont victimes...
Et la mise en route, après un chapô de nature essentiellement historique, est tout aussi tonitruante :
« Leucémies, tumeurs cérébrales, hypospadias et/ou fentes labio-palatines. Voici quelques-unes des douloureuses conséquences d’une exposition aux pesticides, dont les enfants sont aujourd’hui les premières victimes. »
C'est désolant !
Nous ne pouvons que souscrire à l'opinion de M. Philippe Stoop, reflet d'une évidence :
« Une consultation ciblée sur les seuls pesticides ne va pas aider à y voir plus clair, elle risque plutôt d’embrouiller davantage la situation. »
Embrouiller, et potentiellement nous faire passez à côté d'autres explications – et de réponses de santé publique – que « les pesticides ».
Et aussi faire paniquer. France 3 Hauts-de-France a ainsi publié le 9 février 2024 : « "Nous n’étions pas au courant que ces produits étaient si dangereux" : une consultation pesticides et pathologies pédiatriques créée au CHU d’Amiens »...
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