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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Exposition au glyphosate : un point de la situation – rassurant – par des chercheuses militantes

10 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Exposition au glyphosate : un point de la situation – rassurant – par des chercheuses militantes

 

 

Début janvier 2019, Environmental Health a publié « The evidence of human exposure to glyphosate: a review » (les preuves de l'exposition humaine au glyphosate : une revue) de Christina Gillezeau, Maaike van Gerwen, Rachel M. Shaffer, Iemaan Rana, Luoping Zhang, Lianne Sheppard et Emanuela Taioli.

 

Rien de nouveau, mais une synthèse utile.

 

En voici le résumé :

 

« Contexte

 

Malgré l'utilisation croissante et généralisée du glyphosate, herbicide à large spectre et dessiccant, très peu d'études ont évalué l'étendue et la quantité d'exposition humaine.

 

Objectif

 

Nous passons en revue les niveaux documentés d'exposition humaine chez les travailleurs en milieu professionnel et dans la population en général.

 

Méthodes

 

Nous avons effectué une revue des publications scientifiques sur les niveaux de glyphosate chez l’homme ; 19 études ont été recensées, dont cinq sur l'exposition professionnelle au glyphosate, 11 ont documenté l'exposition dans la population générale et trois ont fait rapport sur les deux.

 

Résultats

 

Huit études ont rapporté des niveaux urinaires chez 423 sujets exposés de façon professionnelle ou para-professionnelle ; 14 études ont rapporté des niveaux de glyphosate dans divers biofluides chez 3.298 sujets de la population générale. Les taux urinaires moyens chez les sujets exposés au travail variaient de 0,26 à 73,5 µg/L ; les taux urinaires issus d'une exposition environnementale variaient de 0,16 à 7,6 µg/L. Seules deux études ont mesuré les tendances temporelles de l'exposition, qui montrent toutes deux une proportion croissante d'individus présentant des concentrations détectables de glyphosate dans leur urine au fil du temps.

 

Conclusions

 

Cette revue met en évidence le manque de données sur les niveaux de glyphosate chez les personnes exposées sur le plan professionnelle, para-professionnel ou environnemental à l'herbicide. En tant que tel, il est difficile de bien comprendre l'ampleur de l'exposition dans l'ensemble et chez les populations vulnérables telles que les enfants. Nous recommandons de poursuivre les travaux pour évaluer l'exposition entre les populations et les régions géographiques, répartir les sources d'exposition (par exemple, occupation professionnelle, utilisation domestique, résidus dans la nourriture) et comprendre les tendances temporelles.

 

Cinq des sept auteures ont produit « Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence » (exposition aux herbicides à base de glyphosate et risque de lymphome non hodgkinien : méta-analyse et preuves à l'appui), dont nous avons publié une analyse par M. Geoffrey Kabat dans « Glyphosate : +41 % de risque de cancer ? Vraiment ? ». Les auteures sont manifestement affligées d'un conflit d'intérêt intellectuel : elles sont plutôt hostiles au glyphosate.

 

Cela se traduit bien dans le résumé qui « oublie » de mentionner les cas où on n'a pas détecté de glyphosate dans les urines, ou encore l'élimination rapide du glyphosate chez les professionnels dans les jours suivant le traitement...

 

Tant mieux pour le conflit d'intérêts ! Ce que les auteures ont trouvé dans la littérature – y compris pour une bonne part dans la littérature grise voire franchement militante comme Friends of the Earth Europe – ce sont des niveaux très largement inférieurs (sauf exception) aux niveaux toxicologiques acceptables.

 

En bref, ces taux de glyphosate dans l'urine, mesurés en microgrammes/litre correspondent à des absorptions également de l'ordre des microgrammes alors que la DJA européenne, très protectrice, ramenée à une petite personne de 60 kg, se monte à 30 milligrammes.

 

Pour les correspondances entre quantités absorbées et quantités excrétées, voir « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (examen critique des résultats de glyphosate dans des échantillons d'urine humaine et comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs) de Lars Niemann, Christian Sieke, Rudolf Pfeil et Roland Solecki – un article de référence qui n'est pas cité par les auteures...

 

Bien évidemment, les auteures appellent dans leurs conclusions à de nouvelles études. On peut penser qu'il y a des sujets d'études plus importants...

 

 

Concentration en glyphosate de l'urine dans des situations d'exposition professionnelle ou para-professionnelle (GM = moyenne géométrique)

 

Concentration en glyphosate de l'urine dans la population générale (attention : les ordonnées ne sont pas à la même échelle)

 

 

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Lebougre 16/06/2019 16:13

http://www.lejardinvivant.fr/2019/06/01/le-glyphosate-agit-sur-les-abeilles-comme-lalcool-au-volant-et-pas-seulement/

Seppi 16/06/2019 19:08

Bonjour,

Merci pour ce lien.

Difficile à interpréter car il n'y a aucune référence.

Mais je note tout de même ça :

"Il aura fallu 18 ans pour que votre ministère ait le courage d’interdire la picoxystrobine, cette molécule fongicide qui a littéralement empoisonné la chaîne alimentaire en commençant par nos vénérables laboureurs.

En effet, pendant toutes ces années, elle a décimé les populations de vers de terre, alors même que dans un document signé de son directeur général, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’ANSES, avait alerté de sa dangerosité dès le mois d’août 2010.

Le "document signé de son directeur général, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’ANSES" se conclut par :

"En conséquence, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail émet un avis favorable pour l’autorisation de mise sur le marché de la préparation ACANTO PRIMA (annexe 1) dans les conditions d'emploi précisées ci-dessous."

Bizarre, non ? En fait, on ne sort pas du problème de la différence entre danger et risque ni de celui du risque acceptable.

Et puis il y a "Il aura fallu 18 ans pour que votre ministère ait le courage d’interdire la picoxystrobine", avec aussi un lien vers l'ANSES.

Et l'ANSES écrit :

"L’Anses a procédé au retrait de 3 autorisations de mise sur le marché et 2 permis de commerce parallèle de produits phytopharmaceutiques à base de la substance active picoxystrobine, suite à l’entrée en vigueur du règlement de la Commission européenne concernant le non-renouvellement de l’approbation de cette substance."

Des interprétations aussi osées de deux événements relatifs à la picoxystrobine ne m'incitent guère à vérifier sa littérature sur le glyphosate, vérification qui m'obligerait à acheter le livre.


Grandjean 11/06/2019 17:31

Commentaire à effacer.
Bonjour,
les 21 & 22 septembre, à St Bauzille de Montmel (34160) , l'association AGIR organise un week end de la transition agro-écologique. Je devrais y animer une discussion sur les biocides et notamment le glyphosate, sans parti pris. 2 h de discussions, avec si possible des documents courts / des infographies sur le sujet.
Cela vous intéresse de participer à la discussion ?
https://www.agir-stbauzille.com/
Bien sincèrement,
Luc Grandjean