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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment affamer l'Afrique : demandez au Parti vert européen

21 Juin 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #Union européenne, #Politique, #Activisme, #Risk-monger

Comment affamer l'Afrique : demandez au Parti vert européen

 

Risk-monger*

 

Est-ce la meilleure façon de se développer pour la prochaine génération de l'Afrique  ?

 

Il y a une expression néo-colonialiste commune : les Européens ont les montres ; les Africains ont le temps. Aujourd'hui [le 8 juin 2016], le Parti vert européen, avec le soutien d'innombrables ONG environnementalistes, a proposé une initiative au Parlement européen pour faire patienter l'Afrique au moins une génération de plus avant d'être en mesure de se sortir de la pauvreté.

 

Le rapport présenté par l'eurodéputée verte Maria Heubuch est aussi vil qu'égoïste dans ses exigences néo-colonialistes, en imposant l'agriculture paysanne sur un continent qui essaie de se développer et de se nourrir. Les Verts exigent que l'Union européenne ne participe pas à la Nouvelle Alliance du G8 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition, qui fait don de milliards de dollars pour créer une révolution verte dans dix des pays africains les plus pauvres. Beaucoup attribuent ce qui a été réalisé en Asie aujourd'hui – et ce qui fait cruellement défaut en Afrique – aux investissements de la Banque Mondiale dans les technologies agricoles dans les années 1960 et 70.

 

La Nouvelle Alliance est une plate-forme multi-parties prenantes fondée sur des engagements et des stratégies communs pour mettre un terme à la faim et réduire de moitié la pauvreté en Afrique d'ici 2025. « Elle se compose de représentants de haut niveau des gouvernements africains, des partenaires du développement, des secteurs privés africains et multinationaux, de la société civile et des organisations d'agriculteurs qui supervisent et soutiennent les progrès et y contribuent. » Elle a fait don de 28 millions de dollars à la Banque Africaine de Développement, à investir dans les infrastructures agricoles, 47 millions de dollars pour des projets technologiques et des millions répartis sur une gamme d'applications des TIC et de recueil et gestion des données pour l'agriculture africaine. Il y a aussi un engagement dans le cadre du Programme de Sécurité Alimentaire de la Banque Mondiale (atteignant le milliard de dollars). Voir l'engagement initial à la suite du Sommet G8-Afrique qui a eu lieu aux États-Unis en 2012. Avec plus de 3 milliards de dollars initialement engagés, on passe aux choses sérieuses, à un engagement sérieux et à une stratégie sérieuse pour enfin résoudre un problème sérieux.

 

 

Pourquoi le Parti vert voudrait-il essayer d'arrêter cela  ?

 

Les Verts semblent se lamenter que plusieurs grandes entreprises industrielles participent à la Nouvelle Alliance et contribuent par des dons. Ils ont peur que ces entreprises (six au total) imposent les technologies agricoles aux agriculteurs, augmentent leurs rendements et améliorent leur bien-être. À la place, ils demandent que les gouvernements africains investissent dans les petites exploitations et les fermes familiales pour y pratiquer l'agro-écologie.

 

Maintenant, je comprends que les verts, les écologistes et le lobby du bio soient désireux d'assurer un approvisionnement bon marché en produits biologiques (de la même manière que l'industrie du bio américaine salive devant la perspective d'un libre-échange avec un Cuba appauvri) ; mais ces éco-zélotes bien-pensants ne voient-ils pas que ces exploitations familiales ont été la raison pour laquelle l'Afrique ne s'est pas développée et pourquoi tant d'enfants pauvres sont liés à la terre plutôt que d'aller à l'école  ?

 

Mais non, sérieusement, ils doivent avoir une bonne raison de s'opposer aux investissements dans la technologie agricole africaine... Eh bien, les Verts semblent penser que le développement de l'agriculture africaine conduira à une augmentation de l'accaparement des terres par les grandes fermes industrielles, mettant les communautés pastorales dans des situations encore plus difficiles. Non seulement ils ne voient pas les engagements et les stratégies pour faire reconnaître les titres fonciers plus largement, ni les différents organismes de recherche impliqués, mais les Verts font aussi preuve d'une mémoire très courte. L'Afrique se remet d'un accaparement des terres dévastateur qui a eu lieu il y a une dizaine d'années pour la production de biocarburants, une folie imposée sur le continent par les propositions écologistes malavisées pour remplacer les combustibles fossiles par des produits dont ils avaient pensé à tort qu'ils étaient neutres en carbone.

 

Mais alors, les Verts ne sont pas sérieux ? Eh bien, le rapport Heubuch, en plus de son parti pris anti-industrie, s'inquiète également du fait que les agriculteurs du Malawi vont cultiver du tabac (je ne plaisante pas... même si le Malawi a des conditions idéales pour le tabac), qu'il va créer une dépendance à l'égard des engrais de synthèse (au lieu de zéro engrais pour le moment) et que cela empêchera les agriculteurs de garder des semences. Et au cas où vous vous demandiez, Heubuch, à l'article 72, sort du bois : «prie instamment les membres du G8 de ne pas soutenir les cultures d'OGM en Afrique »... Bingo !

 

Essentiellement, ce que ce rapport du Parti Vert veut dire à l'Afrique est que l'UE ne doit pas financer ses moyens de se développer. Au contraire, vous, Africains, vous ferez selon notre idéologie de l'agriculture biologique, des petites exploitations ; vous protégerez la biodiversité grâce à des pratiques agricoles qui diminuent considérablement les rendements et laisserez les agriculteurs vulnérables aux pertes de récoltes et aux baisses de revenus ; vous rejeterez les technologies des semences, des engrais et des pesticides et compenserez cela par la main-d'œuvre intensive des exploitations familiales qui mettront la pression sur leurs membres les plus jeunes et les priveront d'une chance d'obtenir une éducation.

 

Je dois poser cette question : pourquoi les écologistes détestent-ils l'Afrique ?

 

C'est une question sérieuse.

 

  • Le rapport Heubuch est la manifestation claire d'une attitude : « ça m'est complètement égal que des millions d'Africains meurent de la famine ; ma religion, c'est votre obligation ».

 

  • Que les ONG environnementales proclament fièrement, aujourd'hui encore, le succès de l'interdiction du DDT sans preuve valable (aujourd'hui, comme hier et tous les jours depuis les années 1970, près de 3000 Africains, principalement des enfants, meurent du paludisme).

 

  • Le rejet dogmatique obstiné de tous les OGM a signifié que l'Afrique n'a pas été en mesure de profiter de l'augmentation des rendements, de la réduction de l'utilisation des pesticides et de la sécurité des cultures offertes par les technologies des semences innovantes (par crainte que l'Union européenne ne bloque toutes les exportations si une semence GM devait être accidentellement détectée).

 

  • Sur la base de cette peur suscitée par les écologistes européens, des pays africains comme la Zambie et le Zimbabwe ont rejeté l'aide alimentaire GM pendant des famines.

 

Il y a un certain néo-colonialisme (ou plutôt, un zèle missionnaire) que les écologistes européens assument dans leur propension à imposer leurs choix de vie moralisateurs aux autres. Par exemple, quand Greenpeace veut interdire le Riz Doré à ceux qui risquent une carence en vitamine A (au motif exclusif de leur pureté dogmatique anti-OGM) ou quand les groupes anti-industrie veulent bloquer les accords commerciaux mondiaux (encore une fois, une source du miracle économique de l'Asie). Les ONG estiment qu'elles ont le droit d'imposer leur mode de vie de luxe sur les pays pauvres. Dans le passé, je parlais d'elles comme des néo-colonialistes quand elles imposaient leurs doctrines aux autres dans les pays en développement (étant entendu que leur éco-idéologie limite leur capacité à reconnaître leur propre hypocrisie lamentable).

 

Je me demande comment les Africains doivent se sentir.

 

 

Une réponse africaine

 

Il est évident que les Africains sont sensibles aux colonialistes d'esprit Européens et aux missionnaires éco-religieux animés par leur zèle dogmatique ; il n'est donc pas surprenant de voir des réactions fortes. Une déclaration plutôt directe a été faite par un agriculteur kenyan, Gilbert Arap Bor, dans une lettre ouverte au Parlement européen. Il a déclaré :

 

« Ce dont nous n'avons pas besoin, ce sont les leçons d'Européens dont le mode de vie apparaît luxueux aux Africains ordinaires. Ils veulent que nous restions des primitifs agricoles, coincés avec des technologies qui étaient déjà désuètes bien avant notre entrée dans le 21e siècle. »

 

Il a commencé sa lettre avec une courte histoire du colonialisme européen et a pris acte du fait que les Européens essaient à nouveau de « subjuguer » son continent. Son message est clair : « Ne faites pas la leçon à l'Afrique ! » L'Afrique a besoin de développer des technologies agricoles, de déployer des OGM et d'utiliser des engrais – elle n'a certainement pas besoin que des gens viennent les forcer à « abandonner la science ».

 

Un groupe d'agriculteurs nigérians a également écrit au Parlement européen, demandant pourquoi l'Espagne devrait pouvoir cultiver des OGM sur 137.000 hectares, et le Nigeria devrait se voir refuser la possibilité d'importer moins de nourriture et se développer davantage. C'est l'hôpital qui se moque de la charité, Mme Heubuch !

 

Je ne vois pas comment le point de vue de l'agriculteur africain pourrait être exprimé de manière plus directe : Maria Heubuch, vous et vos idées tordues, vous n'êtes pas la bienvenue en Afrique ! Mais à Strasbourg, c'est peut-être une autre affaire.

 

 

Un triste jour pour l'Afrique

 

Aujourd'hui, au Parlement européen à Strasbourg, les députés européens ont voté « massivement » par 577 députés pour, avec seulement 24 contre et 69 abstentions** le rapport Heubuch du Parti Vert et pour demander que l'Union européenne cesse de financer la Nouvelle Alliance du G8 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition. C'est avec beaucoup d'espoir que le monde ignore cette malencontreuse décision, considérant que c'est un geste, entaché d'étroitesse d'esprit, d'apaisement envers une fraction verte européenne passéiste.

 

En 2015, après 30 ans de résidence dans la région de Bruxelles, je suis devenu un citoyen belge. Aujourd'hui, pour la première fois depuis que je suis devenu officiellement un Européen, j'ai eu honte de ce que des gens malavisés ont fait au Parlement européen au nom de l'Europe. Cet acte égoïste de négationnisme de la science (avec le risque de conséquences négatives massives) n'est en aucune manière une démarche que l'on peut attendre d'Européens raisonnables.

 

Nous devons laisser à l'Afrique la chance de se développer, non pas selon nos conditions et nos exigences, mais selon les leurs. Il est temps de donner la montre aux Africains et de les laisser gérer leurs affaires sur leur temps, pas le nôtre.

 

Honte à Maria Heubuch et son groupe de fanatiques missionnaires éco-religieux.

 

_________________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger : www.facebook.com/riskmonger

 

** Ce lien aboutit au site personnel de la députée européenne Molly Scott Cato (britannique, Verts). Celle-ci a été rapporteur pour la Commission de l'agriculture et du développement rural.

 

Source : https://risk-monger.com/2016/06/08/how-to-starve-africa-ask-the-european-green-party/

 

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