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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Générations Futures fait peur avec la peuf

5 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Générations futures

Générations Futures fait peur avec la peuf

 

 

 

Le printemps arrive. Et avec le printemps arrive la « Semaine sans pesticides », l'événement phare de Générations Futures, l'entité incorporée sous forme d'association à but non lucratif. Semaine devenue « Semaine pour les alternatives aux pesticides » en langage distingué et associant une belle brochette de « partenaires ». Il y a des membres de la Confédération paysanne qui doivent être contents de voir leur syndicat s'activer contre leur mode de production et, in fine, leurs moyens d'existence... Tout comme des citoyens, la Mairie de Paris, par exemple, étant associée à l'opération ; avec l'ONEMA, l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques, c'est la France entière qui est concernée. Et il y a des entreprises qui ont tout à gagner de l'agitation anti-pesticides (enfin, les insecticides de synthèse).

 

Et une bonne Semaine sans... se doit d'être préparée avec de bons gros arguments.

 

Cette année, après s'être attaqué aux pesticides – et aux perturbateurs endocriniens, plus anxiogènes – dans les cheveux, ou encore dans les fraises ou les salades, Générations Futures vient donc de « faire la peuf » – la poussière en savoyard et romand – avec son « enquête EXPPERT 6 (analyses de poussière): des riverains de zones cultivées exposés aux pesticides chez eux tout au long de l’année! »

 

Les résultats sont, évidemment, « préoccupants ». Repentez-vous, braves gens, la fin est proche :

 

« Résultats : un bain de poussière aux pesticides. Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions imaginer :

 

  • Entre 8 et 30 pesticides par habitation ont été détectés dans la poussière des habitations testées, sur les 61 pesticides recherchés ;

  • On retrouve en moyenne près de 20 pesticides par habitation testée dont près de 12 sont des Perturbateurs Endocriniens potentiels soit 60,18%.

  • 98,16% de la concentration totale en pesticides concerne les PE ! Ainsi, on retrouve en moyenne 17,6 mg de pesticides quantifiés par kg de poussières, dont 17,3 mg sont des PE potentiels. L’exposition aux pesticides dans ces maisons induit donc une exposition également très importante à des PE.

  • 3 produits sont aussi retrouvés dans 100% des échantillons (perméthrine, tebuconazole et dimethomorph).

  • Parmi les pesticides retrouvés certains sont interdits en agriculture en France depuis plusieurs années ! C’est le cas du diuron, retrouvé dans plus de 90% des habitations … pourtant interdit en France depuis décembre 2008. »

 

Des résultats avec deux chiffres après la virgule... ça doit être sérieux ! Sauf que cela concerne 22 échantillons de poussière prélevés en juillet 2015 et 5 échantillons supplémentaires en janvier 2016.

 

Et, pour bien s'assurer que le message ne soit pas brouillé, on a bien pris soin de se cantonner aux riverains (sans plus de précisions) de zones viticoles (6), arboricoles (5), de grandes cultures (8) et mixtes (3) ; de sélectionner des ménages qui ont prétendu ne pas utiliser de pesticides à usage domestique, sauf pour deux ; de ne pas rechercher les biocides domestiques et industriels (ceux qui imprègnent les meubles par exemple), et surtout pas ceux utilisés comme anti-puces sur un chien et un chat (expérience des « études » précédentes : ne pas insister sur le fipronil...).

 

Curieusement, on n'a pas non plus recherché, l'actuel ennemi public No 1, le glyphosate.

 

Et comme le sujet des résidus, en tant que tels, commence à être un peu usé, on insiste sur les perturbateurs endocriniens.

 

Mais on ne sait pas trop ce que c'est, un perturbateur endocrinien, vu que la caractéristique en cause est très difficile à établir en conditions réalistes (pas in vitro, en obligeant des cellules isolées à faire trempette dans une solution plus ou moins concentrée, comme certains s'en sont fait les spécialistes, particulièrement en Normandie). On se rabat donc sur les « Perturbateurs Endocriniens potentiels »... Et on gagne à tous les coups au jeu du « fais-moi peur ».

 

Grands dieux ! « ...17,6 mg de pesticides quantifiés par kg de poussières » ! Trois morceaux de sucre dans une tonne de poussière... Et, comme chacun sait, les maisons sont pleines de peuf...

 

« ...17,6 mg de pesticides quantifiés par kg de poussières » ? Admettons que ce kilo, c'est le poids d'un sac d'aspirateur plein. Combien de temps faut-il pour le remplir ?

 

« ...17,6 mg de pesticides quantifiés par kg de poussières » ? En gros 6 à 15 fois moins (selon le produit antipuces) que ce que nous mettons sur le chat. Notre très gros chien – interdit de canapé, mais pas de maison – reçoit périodiquement une dose de 400 mg de fipronil, 23 fois plus que le sac à poussière, une fois plein.

 

Ce « rapport » est un déluge de chiffres. Par exemple :

 

« La plus forte concentration de pesticides dans les poussières était de de 112 672,6 ng de pesticides par g de poussières, soit 112,6726 mg de pesticides par kg de poussières (1,12 parties de pesticides pour 10 000 parties de poussières ou 0.0112 %). L’échantillon contenait 28 pesticides différents. »

 

Nous n'en contesterons pas la véracité. GF a eu la courtoisie, que nous apprécions beaucoup, de publier les rapports d'analyse. On peut ainsi apprendre que, sur les 28 résidus précités, sept sont en-dessous de la limite de quantification. La perméthrine est classifiée dans ces résultats comme un produit utilisé en pomiculture. Dans le texte du « rapport », on écrit cependant :

 

« Un produit comme la perméthrine, retrouvée dans 100% des habitations, semble provenir d’un usage domestique. »

 

Dans les poussières de ce ménage, on a trouvé le chiffre faramineux de 101.822 ng/g de tébuconazole, un fongicide. Cela fait en gros 0,1 mg/kg de poussière. La dose journalière admissible (DJA) étant de 0,03 mg/kg de poids corporel/jour, une personne de 60 kg devrait absorber 1,8 mg/jour pour entrer dans la « zone rouge » (elle-même définie de manière très sécuritaire) et absorber par inhalation ou ingestion, journellement... 18 kg de poussière.

 

Ces chiffres de GF sont aussi bidon en ce que leur représentativité est nulle. Voici ce qu'écrit l'AFIS dans sa récente analyse de « Cash Investigation » :

 

« Jean-François Narbonne, toxicologue et expert pour l’ANSES (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) précise à propos de ce type d’analyse [sur les cheveux] qu’"on ne peut pas en tirer de conséquences". Évoquant une étude similaire menée par l’association Générations Futures, le toxicologue précise que "les vraies études sont celles menées par les agences sanitaires sur 3 000 personnes et non celle-ci sur 28 échantillons" ajoutant qu’on ne dispose d’"aucun repère sanitaire" et qu’il est impossible de faire la moindre comparaison. »

 

C'est aussi applicable à cette analyse de poussières.

 

Mais ce qui est encore plus navrant, c'est que des médias aient repris les « informations » sans vérification ni analyse. Mention spéciale au Monde et son « Les riverains des champs sont exposés à un cocktail de pesticides » :

 

« L’enquête confirme que les inquiétudes des riverains d’exploitations agricoles intensives sont fondées. Ils sont bel et bien exposés à un ensemble de produits chimiques dont on connaît mal l’effet cocktail. »

 

Au vu de la date et de l'heure de publication, il est évident qu'il y a eu concertation avec Générations Futures. Pour un article encore plus anxiogène que ceux d'autres médias qui se sont fondés sur une dépêche de l'AFP.

 

Au moins trouve-t-on dans ces articles une mise en garde sur les limites de l'« étude » :

 

« Générations futures reconnaît que son "enquête n'a pas la valeur d'une étude scientifique" car le nombre d'échantillons est faible et il n'y a pas de comparatif avec des zones a priori moins exposées. »

 

Pourquoi reconnaître a posteriori – dans la communication et non dans le « rapport » – une limitation quant à l'absence de comparateurs ? N'est-ce pas reconnaître que le protocole a été volontairement limité au départ ? Et ce, pour produire des résultats plus facilement exploitables sur le plan du marketing et de l'action politique ?

 

Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France a réagi par un communiqué, « Pesticides et poussières dans les maisons : Marketing de la peur, 6e édition ! ». Notamment :

 

« Force est de constater que les résultats de l’association militante sur les résidus de pesticides sont en réalité rassurants et conformes aux contenus des études des dossiers d’homologation des pesticides. En effet, de quoi parle-t-on ? De 17 milligrammes de pesticides par kilogramme de poussière ! Or, ce sont les éventuels niveaux de résidus de pesticides retrouvés dans les aliments et pour lesquels les évaluations de risque démontrent une absence de risque pour le consommateur. Surtout ne demandez pas à Générations Futures de vous parler des évaluations de risque, ce débat-là ne l’intéresse pas ! »

 

Il s'est tout de même trouvé quelques journaux pour évoquer – brièvement – la réaction du Collectif. Au niveau national, l'Humanité par exemple. Mais, à en croire par exemple Terre-Net ou Actu-Orange, la dépêche de l'AFP contenait une référence à la réaction à chaud du Collectif :

 

« Le collectif "Sauvons les fruits et légumes", rassemblant quelques dizaines de producteurs, a critiqué mardi la démarche de Générations futures qu'elle accuse de "chercher à faire peur" et dénonce la multiplication de ce type d'étude par l'ONG (analyses sur des salades, des fraises, des cheveux d'enfants, etc), sans qu'aucune conclusion scientifique puisse en être tirée. »

 

Il faut donc constater que cette réaction ne constituait pas une information pour les autres journaux. Le communiqué de presse du Collectif, mis en ligne sur son site le 3 mars 2016 non plus.

 

Ainsi est démontrée une nouvelle fois la grande misère de l'information française.

 

Il serait temps de faire la poutze dans les médias et de nous débarrasser de tout ce chenit.

 

 

« Poutzez ce petit chenit que je ne saurais voir! »

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