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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les arguments économiques en faveur des OGM

7 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Union européenne, #Politique

Les arguments économiques en faveur des OGM

 

Jarosław Kalinowski *

 

 

À gauche : épis de maïs avec dégats dûs à la pyrale et l'infection par des moisissures.  À droite, épis de maïs Bt sur lesquels on a placé manuellement des larves de pyrale.  Notez l'absence de dégâts.

Sources : Iowa State University et http://www.21stcentech.com/agriculture-update-gm-minnesota-family-farm-perspective/

 

Belgique - Bruxelles: En 2015, nous avons examiné au Parlement européen deux propositions importantes faites par la Commission européenne sur les organismes génétiquement modifiés. La première portait sur la possibilité pour les États membres d'interdire ou de restreindre la culture de plantes GM sur leur propre territoire ; la seconde avait abordé la question de l'utilisation et du commerce des OGM dans les pays de l'UE.

 

Il n'y a probablement pas d'autre mot qui soulève aujourd'hui autant de doutes au sein des sociétés européennes que « OGM ». Tout ce qui est lié au génie génétique suscite un large éventail d'émotions, ce qui fait que le sujet est très délicat et très controversé.

 

Cependant, nous ne pouvons pas nier le fait que le génie génétique est présent dans nos vies depuis de nombreuses années et qu'il ne peut pas être abandonné complètement. Alors que les Européens en général acceptent l'utilisation des OGM pour, par exemple, la production de médicaments et de vaccins, les plantes génétiquement modifiées sont quelque chose dont les gens ont encore peur.

 

L'opinion publique est submergée par les publications diabolisant les OGM et suggérant qu'ils sont nocifs. Dans cet océan de vues prétendument « scientifiques », les faits réels – qui prouvent que les OGM ne sont pas plus nocifs pour l'homme et l'environnement que les organismes naturels – ne sont qu'une goutte d'eau et ne peuvent pas parvenir à nos citoyens. Les institutions universitaires professionnelles sont incapables de calmer les gens qui perçoivent le génie génétique comme une menace pour les écosystèmes naturels.

 

 

« Alors que les Européens en général acceptent l'utilisation des OGM pour, par exemple, la production de médicaments et de vaccins, les plantes génétiquement modifiées sont quelque chose dont les gens ont encore peur. »

 

En tant que membres du Parlement européen, nous ne pouvons pas ignorer les opinions des deux côtés de ce conflit. Conscients de notre responsabilité dans la construction de la législation européenne et son influence sur la santé et la protection de la biodiversité environnementale, nous ne pouvons pas fonder les lois que nous essayons de créer sur des points de vue communément exprimés, mais nous devons leur donner comme assise des données scientifiques fiables, même quand elles diffèrent des opinions manifestées à travers les différentes actions politiques.

 

Dans l'Union européenne, les produits destinés à l'alimentation humaine et animale et les cultures contenant des OGM doivent être étiquetés, la liste des produits GM approuvés pouvant être consultée sur le site Web de la Commission européenne. La plupart des produits sont faits de maïs et de soja, alors que, dans le domaine de la culture, la seule plante génétiquement modifiée approuvée est le maïs MON810 (résistant à des parasites – notamment la pyrale du maïs).

 

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est chargée de donner un avis sur les autorisations relatives à chaque produit GM particulier. Au début de 2015, le Parlement européen a accepté une directive qui a donné aux États membres beaucoup plus de liberté dans la prise de décisions à propos de la culture de plantes génétiquement modifiées sur leur territoire. Selon les règles qui sont entrées en vigueur en avril 2015, chaque pays membre de l'UE décide si les plantes modifiées déclarées sûres peuvent être cultivées sur son sol ou non. Actuellement, dans la plupart des États membres, dont la Pologne, la culture des OGM est interdite.

 

Mais la Commission européenne a voulu aller plus loin. En octobre dernier, le Parlement européen a travaillé sur une proposition offrant des limitations encore plus strictes en matière d'utilisation des OGM ; son introduction pourrait finir par donner aux États membres la possibilité de contrôler non seulement la culture, mais aussi d'autoriser ou d'interdire le commerce et l'utilisation des OGM. Bien sûr, nous avons rejeté le projet de la Commission, car il n'était pas seulement irréaliste, mais aussi dangereux. Outre qu'il n'y a pas de réelle possibilité de mettre ces règles en œuvre sur le marché unique européen – car cela exigerait des contrôles aux frontières entre les pays approuvant ou interdisant les OGM – il est nécessaire de souligner que ces restrictions auraient de terribles conséquences sur l'agriculture européenne.

 

Aujourd'hui, la question la plus importante dans la discussion est l'influence des OGM sur la santé et l'environnement. Dans ce dialogue constant, nous pouvons à peine entendre les voix faisant référence à des questions économiques, mais elles sont essentielles. Si nous examinons de plus près l'alimentation et la production animales, nous pouvons observer les énormes conséquences sociales et économiques de ces restrictions éventuelles. L'élevage est le secteur qui souffrirait le plus et, entre autres, la société polonaise devrait payer un prix très élevé pour ces limitations.

 

La Pologne est le plus grand producteur de volailles de toute l'Europe. Les ingrédients de base de l'alimentation utilisée dans la production de volailles sont les composants de protéines, principalement les tourteaux de soja produits à partir des graines de soja. Notre production nationale n'a pas été et n'est pas en mesure de répondre à la demande actuelle ; donc la Pologne importe environ 2 millions de tonnes de tourteaux de soja par an, principalement d'Amérique du Sud.

 

Environ 98% de ces tourteaux proviennent de soja génétiquement modifié, qui est de 20 à 30% moins cher que le soja « sans OGM ». Le coût de l'alimentation constitue à lui seul environ 60 à 70% des coûts de production de volailles. Pour le moment, il n'y a pas moyen de remplacer le soja génétiquement modifié et, sans lui, la production de volailles polonaises ne serait pas aussi compétitive qu'elle ne l'est à ce jour. En outre, les pénuries sur le marché seraient comblées instantanément par de la volaille asiatique et américaine. Les scientifiques conviennent que l'importation reviendrait plus cher et que la viande importée serait produite grâce à une alimentation transgénique. On peut donc raisonnablement craindre que notre production nationale ne soit pas seulement ruinée, mais aussi remplacée par des volailles plus chères, nourries avec des OGM interdits en Pologne. Cela conduirait d'une part à la destruction de notre important secteur agricole et, d'autre part, cela ne protégerait pas les consommateurs contre la consommation d'aliments produits avec des OGM. C'est un cercle vicieux.

 

Les pronostics ne sont pas du tout optimistes. La Commission n'a pas dit son dernier mot et, conformément à la loi polonaise, les aliments du bétail génétiquement modifiés ne pourront être utilisés que jusqu'au 1er janvier 2017. Après cette date, à moins que la législation ne soit modifiée, la production, le commerce et l'utilisation des aliments pour animaux modifiés seront interdits. L'avis du gouvernement polonais actuel est notoirement connu, et il diffère des règlements de l'UE. Les politiciens du Parti Droit et Justice ont opté pour des lois strictes.

 

En proclamant une « Pologne sans OGM », ils risquent de subir les conséquences juridiques internationales, mais, théoriquement, ils sont la voix de notre société qui est réticente aux OGM. Naturellement, nous devons écouter la Vox Populi, mais nous devons d'abord informer toute la population. Acquérir le soutien des citoyens en les effrayant est une tromperie politique, et utiliser le manque de connaissances de l'électorat pour légiférer ne fera que conduire à plus d'ennuis et est manifestement malhonnête. Pendant ce temps, la recherche digne de confiance trouve que les aliments pour animaux GM sont sûrs. Malheureusement, pour le moment, l'avis des experts n'a pas eu assez d'emprise pour atteindre les citoyens.

 

__________________

 

* Député européen depuis 2009. Deux fois Vice-Premier Ministre et Ministre de l'Agriculture de la Pologne.

 

Source : http://neurope.eu/article/the-economic-case-in-favour-of-gmos/

 

Cet article de New Europe, un hebdomadaire d'informations sur, essentiellement, les affaires européennes, fait partie d'une édition spéciale, 'Our World in 2016', dont on trouvera la table des matières ici.

 

Nous remercions chaleureusement New Europe pour l'autorisation de traduire et de publier.

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