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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment gérer le stupide : Partie 2/10 – Les réseaux sociaux : où le stupide apprend à voler

20 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #critique de l'information

Comment gérer le stupide : Partie 2/10 – Les réseaux sociaux  : où le stupide apprend à voler

 

Risk-monger*

 

 

Je suis sûr qu'il y a des jours où la Food Babe, Vani Hari, doit fermer son ordinateur portable, regarder par la fenêtre de son salon et s'émerveiller : comment se fait-il qu'une femme avec un diplôme en informatique et sans aucune éducation en toxicologie, chimie ou nutrition a pu devenir un chef de file mondial en diététique et santé publique, dictant aux gouvernements, aux grandes entreprises et à des millions d'adeptes les ingrédients qui sont permis dans notre alimentation ? Le fait que la plupart de ses arguments ont été soigneusement réfutés et ridiculisés par la communauté scientifique n'a pas nui à son ascension rapide vers la gloire, loin de là. Chaque réfutation fondée sur des preuves semble la rendre plus populaire, gonfler encore plus les rangs et dynamiser son #FoodBabeArmy. Comme Food Babe, Vani est un remarquable exemple de la façon dont les réseaux sociaux ont créé une nouvelle forme, intelligente et puissante, de stupide. En effet, un peu de connaissance est une chose inutile.

 

Source : http://web.randi.org/swift/food-babe-serving-up-misinormation-and-rancid-advice

Et sur Twitterhttps://twitter.com/2nutchuck/status/589069461891592193?lang=en-gb​

 

 

Il y a un grand nombre de gourous de l'alimentation et du bien-être exerçant leur « métier » sur les réseaux sociaux (dans le monde anglo-saxon, on peut citer David Wolfe, le génie néo-religieux des aliments crus, Natural Nancy, l'anti-vaccins, le Health Ranger, l'anti-rationalité de Natural News, Living Traditionally, Mamavation, etc.) ; je vais cependant me concentrer sur la Food Babe pour cette analyse, dans la mesure où elle a été la plus en vue dans la violation des règles de bonne conduite et l'usage abusif des réseaux sociaux bien au-delà des limites de la responsabilité. Tous ces acteurs font figurer sur leurs pages des clauses de non-responsabilité et des avertissements pour vous signifier de ne pas vous fier aux informations fournies sur leurs pages, tout en précisant que les produits qu'ils approuvent peuvent faire l'objet de paiements de frais de référencement à leur profit.

 

Source : https://www.sciencebasedmedicine.org/vani-hari-a-k-a-the-food-babe-finally-responds-to-critics/

 

Les réseaux sociaux, en tant qu'outil de communication, se concentrent sur les histoires chargées d'émotion, et non sur les éléments de preuves factuels, et construisent des perceptions autour de biais de confirmation, au sein de communautés de croyances partagées. Les anecdotes largement répandues et répétées sans relâche peuvent usurper les faits et résister à la nécessité d'une vérification. Lorsque Vani, sur la Food Babe TV Channel, hurle dans une caméra qu'un certain produit chimique au nom imprononçable, utilisé par une société qui vous veut du mal, est tapi, bien caché, dans nos corps et n'a pas besoin d'y être, ses disciples bénévoles qui se sentent concernés se mettent en branle, sur le mode campagne, et diffusent le message de manière virale. En quelques heures, les autorités sanitaires et les grandes entreprises (de Kraft et de Subway à General Mills et Starbucks) réagissent, non pas avec des arguments scientifique ou des informations, mais avec des mesures de précaution et des déclarations de retrait de substance. Il n'y a pas de dialogue ni d'échange d'idées sur la sécurité alimentaire ou les raisons pour lesquelles les scientifiques de l'alimentation utilisent la substance. Les réseaux sociaux créent un environnement dans lequel les faits sont vulnérables à un blitzkrieg de colonnes émotionnelles et très irrationnelles de Panzer.

 

« Partagez si cela vous préoccupe »

Non : partagez si vous avez validé les citations !

 

#FoodBabeArmy n'est pas une élite intellectuelle. Peu d'« amis » de Vani sont vraiment intéressés par les faits ou les citations. L'alimentation est une question personnelle et ils veulent se sentir bien dans leur peau et à propos de leur nourriture. Et ils veulent partager ce sentiment de bien-être avec leurs amis (« share if you care », partagez si cela vous préoccupe !). Les scientifiques parlent une langue qu'ils ne comprennent pas et qui les indispose. On leur a dit à maintes reprises qu'ils se sentent mal à l'aise parce que ces scientifiques sont tous des vendus, payés par Monsanto (quand vous ne comprenez pas la science, attaquez le scientifique...). La Food Babe a rejoint la chasse aux sorcières lancée contre le professeur Kevin Folta, de l'Université de Floride, avec l'agressivité d'une louve. Vani n'a pas besoin de science ou de faits ; ses produits, ce sont la confiance aveugle, l'adoration et le réconfort face aux craintes et aux préoccupations des consommateurs – les faits ne comptent pas dans un monde construit sur une rhétorique de bons sentiments collectivement partagée, excluant les vues divergentes.

 

La Food Babe a proclamé qu'elle exclut quiconque remet en question ses prétentions ou sa sincérité ; la probabilité qu'il y ait un dialogue et un échange de vues est donc fortement réduite. Interdire des gens sur les pages des réseaux sociaux, même pour les questions les plus innocentes, est devenu un outil très commun pour créer une image de large accord. En bannissant ceux qui sont en désaccord, Mme Hari a créé le terreau idéal pour le stupide : et le stupide pousse sur un compost bien fertile.

 

Nombreux sont ceux qui soutiennent que les charlatans comme la Food Babe ne datent pas d'hier et qu'ils sévissent depuis aussi longtemps que la poudre de perlimpinpin ; mais maintenant, avec les outils des réseaux sociaux, leurs résultats sont différents, car ils atteignent un public bien plus grand, beaucoup plus rapidement et avec un plus grand effet sur les individus, les entreprises et les institutions.

 

Source : https://alyssaroyse.wordpress.com/2015/04/25/snake-oil/

 

Une révolution de la communication

 

Tout changement dans les technologies de la communication a d'importantes conséquences sur les principales structures institutionnelles. Lorsque Gutenberg a développé le caractère mobile, il se proposait d'améliorer l'accès du public à la Bible, et non de diffuser les voix dissidentes au sein de l'Église catholique (ce qui a ensuite alimenté la Réforme protestante). Lorsque le téléphone a été inventé, de nombreux aristocrates se sont emportés contre la disparition de la bienséance sociale et la vulgarisation de l'interaction humaine. Le cinéma et la radio ont changé les structures politiques et facilité la propagande manipulatrice infligée à une population sans méfiance dans les années 1930, alors que l'avènement de la télévision a provoqué une forte hausse du consumérisme dans la classe moyenne et une modification des structures économiques.

 

Il n'y a pas eu de révolution plus importante en matière de communication que la numérisation et la diffusion sans obstacle de la connaissance. L'Internet et sa socialisation (Web 2.0) ont déjà perturbé des institutions et des marchés importants, en transformant la musique, la culture, les voyages et les affaires, la façon de communiquer dans un monde interconnecté et de considérer ce que cela signifie d'être dans une communauté. Nous sommes juste à l'aube de changements qui auront une incidence durable sur les institutions (y compris la banque, la finance, le divertissement et, bien sûr, la politique et la réglementation).

 

Ces révolutions en matière de communication ont en commun le fait que les sociétés se sont félicitées des nouvelles technologies, souvent avec une grande innocence face aux messages diffusés par les communicateurs. Joseph Goebbels a pu assembler de puissants messages émotionnels avec des effets cinématographiques et priver le public de la capacité à discerner le vrai du faux sur le grand écran. Il en est de même quand Orson Welles a provoqué la panique avec sa Guerre des Mondes à la radio. Une décennie plus tard, George Orwell a vu la capacité de manipulation de ces nouveaux outils de communication quand il a écrit 1984.

 

 

Toujours dans leur enfance, les réseaux sociaux trouvent beaucoup de gens innocents qui sont victimes des compétences en manipulation des charlatans qui utilisent des anecdotes pour susciter la peur et fournir des « solutions de rechange ». Comme pour les outils de communication qui les ont précédés, il faudra un certain temps pour que les gens s'adaptent et comprennent que ce qui est écrit sur Facebook ou Twitter n'est pas forcément vrai parce qu'un ami (ou plusieurs douzaines d'amis) l'a répété. C'est peut être un vœu pieux, mais le jour viendra peut-être où les déclarations de Vani Hari seront traitées avec le même sérieux que les spams des milliardaires nigérians.

 

 

Le matraquage : laver, rincer, répéter

 

Aujourd'hui, les mamans blogueuses et autres activistes de l'environnement jettent des tombereaux de contenu anecdotique déguisé en preuves sur les réseaux sociaux, de façon personnalisée et avec une apparence d'autorité alors que le public n'est pas en mesure de comprendre qu'il s'agit d'activisme politique. Le visage d'un médecin à l'allure paternelle, un personnage qui semble avoir réussi et vous motive alors qu'il est comme vous et moi, un personnage qui se bat pour protéger ma sécurité ou ma liberté de choisir... tous ces vendeurs de poudre de perlimpinpin du Web 2.0 utilisent le brouillard des nouveaux outils de communication pour susciter la confiance, vendre leur camelote, changer les politiques et gagner en influence.

 

Ces acteurs du « petit pavé » ont sapé l'expertise et la confiance dans les institutions et les organisations ; et des individus innocents les suivent à leurs risques et périls, que cela implique de ne pas faire vacciner leurs enfants, de traiter un cancer avec du bicarbonate de soude ou de se lancer avec conviction dans une de ces nombreuses manies alimentaires : sans gluten, paléo, bio, sans lactose... De toute évidence, il y a eu des lubies alimentaires avant que les réseaux sociaux aient pris la préséance sur les canaux d'expertise, mais elles ne se sont pas propagées à la vitesse que nous voyons aujourd'hui – une explosion qui a banalisé le stupide grâce à une forme de messagerie de masse.

 

La différence est dans la « viralité ». Avant la généralisation de l'Internet, les efforts de marketing viral prenaient beaucoup plus de temps pour produire un résultat par le bouche à oreille – il a par exemple fallu des mois pour que se constitue un réseau de fans autour du premier épisode de la Guerre des Étoiles. Aujourd'hui, le succès d'un film se fait ou se défait sur le premier weekend. Un message, aussi absurde soit-il, peut devenir viral sur les réseaux sociaux et, grâce à la répétition et l'itération, atteindre ses destinataires en quelques minutes. Il faut du temps pour les contrôles de qualité, l'évaluation et la mise en œuvre du « stupidomètre ». Les réseaux sociaux sont bien trop rapides pour que les faits puissent rattraper le stupide.

 

Juste avant le week-end de Thanksgiving, plusieurs sites activistes américains (Just Label it, March Against Monsanto, EWG ) ont diffusé en masse le même message, une vieille rengaine, sur Facebook : que le problème avec les OGM est qu'ils combinent deux choses qui ne se trouvent pas ensemble dans la nature . L'argument est manifestement stupide – les ingrédients du pain ne sont pas non plus réunis dans la nature, mais cela ne signifie pas que le pain soit mauvais (et ce qui se trouve ensemble dans la nature n'est pas forcément bon, par définition). Mais en voyant l'argument sur autant de pages, puis en le voyant amplifié par le réseau des sites anti-OGM des mamans blogueuses, partagé sur Facebook et retweeté, le lecteur moyen qui suit ces pages trouvera cette information convaincante du fait de la répétition incessante.

 

Tout orateur sait que pour livrer un message à un auditoire, il faut le répéter à plusieurs reprises. Avec la répétition, l'auditeur se familiarise avec une idée, et cette familiarité arrondit les angles et gomme les éléments douteux. On peut être en désaccord avec un point, mais s'il est livré à plusieurs reprises par des messagers différents, seuls les esprits les plus forts peuvent résister à la force d'un tel matraquage. Il faut beaucoup d'énergie et de conviction pour s'opposer à la puissance d'un message largement exprimé.

 

 

Le stupide peut être mortel

 

Cette démocratisation de l'expertise a créé une arrogance de fausse intelligence (c'est-à-dire du stupide avec une posture) : des personnes rendent visite à leur médecin et l'informent sur la manière de traiter leurs maux (ou, dans le cas de la vaccination de leurs enfants, de ne pas les traiter) ; des agriculteurs perplexes ne savent pas comment réagir lorsque des consommateurs leur disent comment ils doivent faire pousser leurs cultures ; des gestionnaires de marques réagissent (sans en référer à leurs scientifiques) lorsque des millions signent des pétitions concernant l'utilisation d'un additif alimentaire dans leurs recettes ; et les décideurs politiques sont obligés d'inclure dans leurs processus de décision, comme parties prenantes, des groupes de pression en raison de leur capacité de mobiliser la peur ou la colère sur Avaaz. Aucune de ces professions n'a trouvé de moyen clair de mettre le stupide dans son contexte. Voici deux exemples de manipulation des réseaux sociaux :

 

  • La chaîne de restaurants Chipotle a essayé de capitaliser sur la peur des additifs alimentaires synthétiques et de l'agriculture industrielle, provoquant la bête pro-naturel, tout en faisant semblant d'être la petite alternative bio et locale. Elle a construit une perception que les ingrédients naturels et locaux sont bien meilleurs que la nourriture avec des additifs et des stabilisateurs, tout en mettant en œuvre une stratégie d'entreprise globale ; il ne faut donc pas s'étonner que les restaurants Chipotle aient à faire face à des problèmes de sécurité sanitaire [voir aussi, à ce sujet, le blog de M. Albert Amgar]. Au cours des trois derniers mois, ils ont été confrontés à trois crises de sécurité sanitaire différentes, sans rapport entre elles : salmonelles, norovirus et une série de flambées d'E. coli qui continuait de se répandre au moment où cet article a été publié. Les gourous des réseaux sociaux qui réclament des pratiques de distribution de produits alimentaires non sécurisées ont été bien silencieux sur les crises sanitaires de Chipotle (ce n'est pas retweeté, donc ça n'a pas eu lieu !) ; mais les restaurants vides et l'effondrement de l'action Chipotle en témoignent suffisamment.

 

 

Ces militants de la cause des abeilles sont-ils menteurs ou simplement stupides ? Ceux qui sont pris dans leurs étroits silos de croyances et qui écartent les données contraires sur commande ne sont que des figurants défilant dans cette parade du stupide. Je crois cependant que ceux qui profitent de cette campagne de peur dans le lobby du bio savent parfaitement que leurs pesticides sont aussi dangereux, sinon plus ; et leurs mensonges quotidiens et leur alarmisme destinés à gagner des parts de marché semblent implacables.

 

 

Comment les réseaux sociaux changent-ils le processus de communication ?

 

Depuis les temps de Moïse, la communication a été construite autour du concept d'un orateur diffusant un message à de nombreux auditeurs. La confiance a été incorporée dans le rôle du messager crédible qui possédait l'information et la transmettait à l'auditoire. Le succès du processus de communication dépendait de la façon dont le message était reçu (ou, dans des structures complexes, répercuté le long de la chaîne cible). Une bonne stratégie de communication consistait à construire la force et la crédibilité du messager. Jusqu'à l'utilisation généralisée de l'Internet, nous recevions des messages de sources largement considérées comme faisant autorité (leaders, bulletins de nouvelles nationaux, grands penseurs, médecins...).

 

 

Avec les réseaux sociaux, la confiance dans le messager unique a été rompue (nous avons perdu confiance dans nos institutions, nos organisations, nos experts et nos figures de proue). Il n'est plus question d'un messager transmettant avec succès un message à la majorité, mais plutôt de nombreux individus transmettant le même message à l'un (moi). Les nombreux messagers s'adressant à l'unique membre de l'auditoire font qu'il y a répétition, sous des angles divers, et créent une autre relation de confiance (entre pairs). Un message est bien reçu (c'est-à-dire bien communiqué) quand je prends (exerce les vertus de la prise de possession et de la capacité de décider pour moi-même) et que je deviens messager à mon tour en retweetant ou partageant le message avec la cible suivante.

 

Vani sait comment prendre la science et la rendre ridicule. Le stupide peut être intelligent.

 

Illustration : la Food Babe fera un commentaire sur la façon dont un additif alimentaire chimique au nom imprononçable pour elle est également utilisé dans des tapis de yoga, ajoutera un « Beurk ! » et une image drôle, et ce mème deviendra viral en quelques minutes. L'ayant vu des dizaines de fois sur de nombreuses sources en moins d'une heure, je serai plutôt convaincu qu'il est factuel et je partagerai le message à mon tour, devenant ainsi un membre de ce service de messagerie de masse. Ce n'est pas une cascade : le message de la Food Babe se répand en spirales à partir d'un point central, gagne des disciples de façon exponentielle et renforce son autorité et la confiance en elle. Elle utilise ensuite ce pouvoir pour exiger que la chaîne de restaurants supprime cet additif utile, se créant ainsi une image de bienveillance associée à un pouvoir d'influencer, ce qui élargit encore plus son audience.

 

La communications est devenue collective, construite en silos de communautés qui trouvent le confort et le réconfort dans l'adhésion à une même pensée. Si je suis en désaccord avec le message adressé par la foule à l'individu, je quitte cette communauté. Si je mets la communauté au défi, les outils de communication ont créé un mécanisme de bannissement – je suis exclu de la communauté d'opinion ou invectivé dans un langage qui est tout sauf courtois. La familiarité et la parenté sont d'importants bâtisseurs de confiance et nous nous trouvons bien dans des systèmes de croyances partagées – des systèmes dans lesquels le dialogue n'est pas bienvenu.

 

Avec le modèle de communication traditionnel, si je n'acceptais pas le message, je restais en grande partie isolé (aussi longtemps que l'autorité qui communiquait gardait sa crédibilité). Mon isolement m'aurait probablement amené à me poser des questions sur ma propre logique et mes systèmes de croyance. Maintenant, les voix dissidentes partent et rejoignent leurs propres communautés, renforçant ainsi leur pensée. Dans ces communautés, aucun doute ne peut être traité par des joutes verbales. Il n'y a aucune remise en cause de leurs systèmes de pensée et de leurs croyances. En d'autres termes, avec cette structure de communication des réseaux sociaux, le stupide a une plus grande chance de prospérer et de proliférer.

 

Par exemple, pendant des décennies, grâce aux messages communiqués par les autorités de santé, les scientifiques et les médecins, les enfants ont été vaccinés contre la polio, la tuberculose, et la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Il y avait peu de dissidence et de grandes menaces pour la santé publique ont été éradiquées. Même l'étude d'Andrew Wakefield qui avait fait un lien entre le triple vaccin ROR et l'autisme avait été largement démontée, les discussions s'étant alors essentiellement limitées au Royaume-Uni. Mais les réseaux sociaux ont gagné en influence, et avec eux l'importance des questions sur les risques des vaccins et leur inefficacité (on a utilisé pour cela une habile manipulation rhétorique, en extrapolant à tous les vaccins les données sur les échecs de la vaccination contre la grippe). Plus les autorités et les scientifiques contestaient les positions des gourous en mal de célébrité comme Jenny McCarthy, plus ceux-ci gagnaient en popularité ; dans le même temps, ces gourous s'enfermaient eux-mêmes dans leur propre silo de confort et le déni, tous les contre-arguments étant rejetés comme de la propagande de complices de l'industrie pharmaceutique, stipendiés par elle. La communauté anti-vaccins a gonflé, menaçant les succès de santé publique obtenus au cours du dernier demi-siècle. C'est là un niveau de stupide à même de ruiner les progrès réalisés par la science, un niveau jamais vu auparavant dans l'histoire de l'humanité.

 

 

Le stupide se sent pousser des ailes

 

Ainsi, le stupide se sent pousser des ailes sur les réseaux sociaux et peut affecter les décisions personnelles, que ce soit pour manger bio, ne pas faire vacciner vos enfants ou traiter un cancer avec du bicarbonate de soude. Face à un stupide enrobé dans des anecdotes répétées sans relâche, même une personne plutôt rationnelle peut se croire dispensée de rechercher des éléments de preuve ou de s'interroger sur les données que le stupide utilise dans ses arguments. Ces silos peuvent faire un bon travail de rejet des preuves, même claires, du contraire avec des générateurs de confiance et une rhétorique lénifiante.

 

Le stupide commence commence à voler dangereusement haut lorsqu'il tente de changer les lois et règlements – d'affecter la manière dont d'autres peuvent ou ne peuvent pas agir, d'imposer des conséquences économiques désastreuses ou des menaces pour la santé. C'est l'objectif à long terme de cette série – démontrer comment le stupide peut affecter la politique. Nous examinerons d'abord le zèle religieux de ces éco-militants et leurs bréviaires avant d'en arriver à leurs stratagèmes politiques.

 

 

Addendum sur la géopolitique

 

Bien que je ne sois pas un expert de la géopolitique ou du terrorisme mondial, je ne peux pas m'empêcher de remarquer comment le stupide a prospéré sur les réseaux sociaux dans les dernières atrocités terroristes. Le président Obama a qualifié l'État islamique (EI, EIIL, Daech...) de tueurs avec de bons réseaux sociaux. L'État islamique est un phénomène social alimenté par les médias – ce n'est pas un État, il n'a pas de leaders bien identifiés et atteint la notoriété via les chocs émotionnels bien diffusés en ligne. Les événements tragiques à Paris et le verrouillage récent dans ma ville de Bruxelles ont été à la fois horribles et bouleversants ; ils montrent comment les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour manipuler (dans ce cas-ci, recruter) les populations vulnérables et les radicaliser en ligne. L'État islamique utilise les réseaux sociaux pour projeter une ombre de peur et d'incertitude bien plus grande que sa réalité (un petit groupe de jeunes gens mécontents exécutant des actes aléatoires de terreur bien médiatisés) ; mais comme nous ne nous sommes pas encore adaptés à la capacité des réseaux sociaux à magnifier l'insignifiant dans une perception d'importance, la peur est répandue. Que les puissances occidentales tentent de bombarder une idéologie fondée sur les réseaux sociaux par voie aérienne montre très clairement combien le stupide a été peu compris au niveau institutionnel. Une fois de plus, des solutions du 20e siècle apportées à des problèmes du 21e siècle.

 

Maintenant, je ne dis pas que l'on pourrait comparer l'utilisation abusive des réseaux sociaux par la Food Babe ou les activistes de la cause des abeilles à celle de l'État islamique, mais il devrait être clair que ces outils de communication peuvent être manipulés ; et, à ce jour, les autorités n'ont pas été en mesure de les gérer avec des arguments ou des faits rationnels. C'est le stupide qui a la haute main et, tandis que leur recrutement se développe, nous semblons impuissants à faire autre chose que larguer des bombes de 10.000 mètres.

 

 

Table des matières

 

1. Définir le stupide

2. Les réseaux sociaux  : où le stupide apprend à voler

3. La nouvelle religion  : les éco-fondamentalistes et leur biais du naturel

4. Le manuel de l'activiste  : comprendre comment le stupide peut être astucieux

5. Un point commun  : mettre fin au dialogue et à l'engagement

6. Le dénormalisation de l'industrie  : le défi de l'idéalisme éco-topique

7. La science post-normale  : inviter le stupide à la table de la politique

8. Coup de pouce  : les dangers d'une architecture de choix moralisatrice

9. Les passivistes  : réveiller la majorité non impliquée

10. Comment gérer le stupide

 

Auteur  : David Zaruk

 

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* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger  :

www.facebook.com/riskmonger.

 

Source  : http ://risk-monger.blogactiv.eu/2015/11/27/how-to-deal-with-stupid-part-210-social-media-how-stupid-gets-its-wings/

 

 

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