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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Néonicotinoïdes et ANSES : le délire politique et bureaucratique

27 Mars 2017 , Rédigé par Seppi Publié dans #Néonicotinoïdes, #Politique

Néonicotinoïdes et ANSES : le délire politique et bureaucratique

 

Agriculteurs, prenez les choses en main !

 

 

 

 

L'Assemblée Nationale, faisant fi de toutes les objections et tous les appels au bon sens et au réalisme, a adopté une interdiction des néonicotinoïdes avec effet au 1er septembre 2018, avec possibilités de dérogations jusqu'au 1er juillet 2020.

 

L'ANSES s'est vu confier une mission impossible : donner des avis sur les usages pour lesquels des dérogations peuvent être accordées dans le respect des conditions légales. Elle a mis un an pour produire un document partiel présentant une approche et une méthode.

 

Ce document est hautement critiquable, voire contre-productif dans le cas pris pour modèle : la vigne et le contrôle de la cicadelle, vectrice de la flavescence dorée.

 

Il reste près de 340 jours ouvrables d'ici l'échéance et le mandat de l'ANSES est d'étudier des milliers (3.500 dit-on) de triplets « espèce cultivée-ravageur-solution de substitution aux néonicotinoïdes ».

 

Au ministère de l'agriculture, c'est l'agacement ; à l'environnement, la douce béatitude.

 

Les agriculteurs devraient prendre les choses en main et demander des dérogation sans se fier à une inexistante bienveillance administrative et politique.

 

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Symptômes de la flavescence dorée (source)

 

Assemblée Nationale : au diable les conséquences !

 

L'Assemblée Nationale a adopté dans la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages le principe d'une interdiction d'usage des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018 (dans 17 mois) assorti d'une possibilité de dérogations jusqu'au 1er juillet 2020 :

 

« ...sur la base d'un bilan établi par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail qui compare les bénéfices et les risques liés aux usages des produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes autorisés en France avec ceux liés aux usages de produits de substitution ou aux méthodes alternatives disponibles.

 

Ce bilan porte sur les impacts sur l'environnement, notamment sur les pollinisateurs, sur la santé publique et sur l'activité agricole. Il est rendu public dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article L. 1313-3 du code de la santé publique. »

 

Le triomphe de la gesticulation, de la posture démagogique et, tout compte fait, de l'imbécillité. Pour faire avancer l'agenda de la pseudo-écologie punitive, décroissantiste et destructrice de l'activité économique – même si on proclame que la nouvelle donne créera des emplois – la tactique de l'interdiction avec effet différé, éventuellement assortie de possibilités de dérogations, est parfaite.

 

Il y a donc celles et ceux qui prennent des poses avantageuses – ce Joël Labbé si fier d'avoir privé les collectivités des produits de protection des plantes de synthèse, cette Ségolène Royal qui s'attribue, telle la mouche du coche, le mérite de l'interdiction des néonicotinoïdes... Il y a ceux qui, contraints et forcés, « font ou ferons avec » – les maires, le ministre de l'agriculture et, dans 17 mois, les agriculteurs.

 

 

Le ministre Le Foll saisit l'ANSES

 

Comment gérer ce régime de dérogations – du reste ingérable puisqu'il faut un arrêté conjoint des ministres chargés de l'agriculture, de l'environnement et de la santé et que, dans le contexte politique actuel et, peut-être bien aussi, futur, le ministère de l'environnement fera obstacle ? Le 18 mars 2016, M. Stéphane Le Foll a saisi l'ANSES pour la réalisation de l’expertise suivante :

 

« Évaluation mettant en balance les risques et les bénéfices relatifs d’autres produits phytopharmaceutiques autorisés ou des méthodes non chimiques de prévention ou de lutte pour les usages autorisés en France des produits phytopharmaceutiques comportant des néonicotinoïdes ».

 

Notez bien : c'est la demande d'un seul ministre, alors que le régime doit être cogéré à trois...

 

 

Un an pour une étude de cas, un document général incomplet et déficient...

 

Le 21 mars 2017, l'ANSES a remis au ministre de l'agriculture un avis ayant pour deuxième titre :

 

« Premier avis relatif à la méthode d’identification des alternatives existantes et à son application à une étude de cas ».

 

Notez bien : il a fallu un an pour produire ce que l'ANSES appelle « la méthodologie d’évaluation des alternatives aux néonicotinoïdes » dans son communiqué de presse.

 

À cet effet, l'ANSES a choisi pour modèle ou cobaye la vigne et la lutte contre la cicadelle, vectrice de la flavescence dorée, une maladie à phytoplasme. Vingt pages en tout et pour tout qui, selon le cas, vous laissent amusé, désabusé, sceptique, indigné, scandalisé.

 

D'autres se sont déjà exprimés sur cette production, notamment :

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Il y a aussi... M. Stéphane Le Foll. Deux paragraphes sont en gras dans son communiqué de presse. Le deuxième est sans conteste l'obligatoire gesticulation démagogique et politicienne (« Le Ministre rappelle son engagement pour diminuer l’usage des pesticides... »). Quant au premier, il peut s'interpréter comme une manifestation d'agacement :

 

« En outre, Stéphane Le Foll réaffirme la nécessité d’évaluer, pour chacune de ces solutions alternatives, leurs incidences économiques et pratiques pour les exploitations agricoles ainsi que les risques d’apparition de résistance parmi les organismes cibles. Il importe également que l’Anses puisse évaluer si les alternatives non opérationnelles aujourd’hui pourraient le devenir demain dans le cadre d’une évolution des modèles agricoles. »

 

Il aura donc fallu un an pour produire un travail initial partiel, limité à l'efficacité (rebaptisée « magnitude » dans l'avis) et l'opérationnalité des méthodes de lutte ne faisant pas intervenir le thiaméthoxame – des méthodes déjà largement connues et appliquées. L'intérêt de ce travail – au-delà de la présentation de la méthode – est donc nul.

 

 

et contre-productif, voire dangereux pour l'activité viticole

 

Pour notre part, nous choisirons d'être scandalisés.

 

 

 

 

Il nous paraît guère acceptable de voir délivrer un brevet d'aptitude à une « méthode » telle que l'arrachage des pieds présentant les symptômes de la flavescence dorée : ceux-ci sont déjà porteurs de phytoplasmes et infectieux avant de manifester les symptômes.

 

 

(Source)

 

 

Il en est de même pour les notes de 2 sur 3 (du reste une échelle bien maigre) données aux huiles minérales et aux poudre minérales... Ou pour l'évocation du traitement à l'eau chaude, qui n'est opérationnel que pour les plants de pépinière... Ou encore pour l'utilisation de microorganismes pathogènes « pour les organismes nuisibles » (cela inclut-il le phytoplasme?) et la confusion acoustique qui ne seront certainement pas opérationnels à l'échéance du 1er septembre 2018.

 

En définitive, évoquer positivement ce genre de produit dans un avis, du reste dépourvu de citations et de références, conforte les jusqu'au-boutistes de la biodynamie et menace la lutte collective contre la flavescence dorée par la lutte contre son vecteur.

 

 

 

Intéressant diagramme, mais les propositions de solutions sont-elles réalistes, tout au moins à court terme, les appréciations sont-elles justes, etc.

 

 

Pour l'ANSES, une mission impossible

 

Un constat s'impose : cet avis – partiel, répétons-le – n'est pas seulement insuffisant, inapte à répondre à -objectif et même dangereux pour la profession viticole ; il reflète aussi une mauvaise volonté et une incompétence de l'ANSES.

 

On conçoit fort bien qu'une agence comme l'ANSES soit réticente à endosser la responsabilité d'une dérogation dans le climat politique et social actuel de la France, voire plus simplement à proposer une dérogation qui sera retoquée par des ministres pleutres et démagogues et à saper ainsi son autorité et sa crédibilité. Quant à l'incompétence, il suffit de constater que l'Agence n'a pas les outils nécessaires sur plusieurs points du mandat qui lui a été donné par une majorité de l'Assemblée Nationale irresponsable.

 

Selon le communiqué de presse de M. Le Foll :

 

« Cet avis devra être étendu aux milliers d’usages des néonicotinioïdes et complété par une évaluation des risques sur l’environnement (y compris les pollinisateurs) et sur la santé publique, présentés par les différentes méthodes identifiées. »

 

Notez bien : des milliers d'usages (3.500 dit-on)... il doit rester dans les 340 jours ouvrables d'ici le début de l'interdiction !

 

 

À l'environnement, on nage en pleine béatitude

 

Nous ne commenterons que brièvement le communiqué de presse de la maîtresse d'école Ségolène Royal :

 

« Ségolène Royal approuve les conclusions du rapport de l'Anses et lui demande de les mettre en œuvre »

 

Elle « approuve »...

 

En revanche, un passage du discours prononcé par Mme Barbara Pompili lors de l'installation du Comité National de la Biodiversité, le jeudi 23 mars 2017, mérite d'être cité dans son intégralité :

 

 

« Sur la lutte contre les pollutions, c’est bien sûr en premier lieu l’interdiction des pesticides contenant des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018.

 

Et là encore, nous sommes entrés dans l’opérationnel   le premier avis de l’ANSES rendu il y a deux jours porte sur la méthode d’identification des alternatives existantes et à son application à une étude de cas en l’espèce la cicadelle de la vigne.

 

Cette évaluation comparative, innovante, pourra servir pour d’autres substances préoccupantes. Réjouissons-nous de voir ainsi se concrétiser l’objectif d’accompagner les changements de pratiques vers une agriculture plus durable : c’est une bonne nouvelle et pour la nature, et pour la santé des agriculteurs. »

 

Le règne de la bien-pensance béate, de la douce illusion ! Les pyréthrinoïdes et les organophosphorés meilleurs « pour la nature et la santé des agriculteurs » (on voit du reste comment s'établissent les priorités...) ? C'est à voir !

 

 

Les agriculteurs doivent réagir

 

Cette situation ubuesque appelle à notre sens une action énergique de la part des agriculteurs impactés par la prochaine interdiction des néonicotinoïdes. S'ils veulent obtenir des dérogations pour assurer une gestion des ravageurs de leurs cultures efficace sur les plans agronomique, économique et environnemental, ils doivent à notre sens impérativement demander ces dérogations dès maintenant, sans compter sur une inexistante bienveillance administrative et ministérielle.

 

Ce serait aussi honorer le travail de tous les parlementaires qui se sont investis pour s'opposer à l'interdiction.

 

Ne pas le faire, ce serait déserter devant la pseudo-écologie démagogique et délétère.

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