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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (13) Renate Künast

26 Décembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Schillipaeppa, #Politique

Un calendrier de l'Avent postfactuel : (13) Renate Künast

 

Schillipaeppa*

 

 

 

Ils ont Renate Künast outre-Rhin. Nous avons... chut...

 

 

Hier matin [11 décembre 2016], j'ai ouvert la Landeszeitung et qu'ai-je vu ? Renate Künast, députée au Bundestag de Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts) [ma note : et ancienne ministre fédérale de l'Agriculture dans la coalition rouge-verte de Gerhard Schröder de 2001 à 2005], a pris parti contre les fausses nouvelles sur Facebook. Künast ! Tiens donc ! « Tranchez dans le vif ! », conseille-t-elle :

 

« Il nous faut d'une part rester sur nos gardes sur la toile. D'autre part, nous devons prendre des mesures pénales contre ces faiseurs d'opinions, contre ces diffamateurs, et montrer aux agitateurs où est la ligne rouge. »

 

La politicienne verte pose comme quelqu'un qui se bat pour les autres :

 

« Le personnel politique a une responsabilité : répondre de manière critique, en se substituant aux autres, à ce qui se passe sur le réseau. Beaucoup de gens qui se sont engagés sont agressés et dénigrés sur l'Internet. Nous ne pouvons pas laisser passer cela. »

 

Une chose est claire : mettre dans la bouche d'autres personnes des mots qu'elles n'ont pas prononcés, dans le but d'attiser l'opinion publique sur le réseau, n'est pas acceptable et doit être poursuivi par le ministère public. Nos concitoyens pourraient aussi s'épargner les insultes gratuites. Il serait souhaitable à cet égard que les poursuites soient simplifiées pour les cas relevant de la justice. En outre, la censure interne de Facebook ne fonctionne pas bien : la réaction peut être trop longue à venir, ou encore on supprime des choses qui ne sont pas vraiment répréhensibles. Cependant, à mon avis, ces problèmes peuvent être résolus.

 

Retour à Renate Künast : qu'en est-il réellement de la sincérité de la politicienne, de sa propre relation avec la vérité ? Künast s'est déjà ridiculisée plus d'une fois sur les réseaux sociaux. Sa confusion d'Abraham Lincoln avec George Washington dans un billet sur Facebook est inoubliable. Le message original a été corrigé, mais voici un gazouillis à ce sujet :

 

 

Légende de la photo : « Künast devant Abraham Lincoln, pas Washington

Gazouillis : « La taz serait-elle aussi complaisante si l'erreur avait été commise par un politicien de la CDU ou du SPD ? »

 

 

Ou la confusion entre la Slovaquie et la Pologne dans un gazouillis après un talk-show :

 

 

Oh oui ! La Pologne a certainement de meilleurs ambassadeurs.

@RenateKuenast Il ne faut pas gazouiller si on n'intervient que brièvement. Mais il ne faut pas non plus en faire une tempête de merde apocalyptique.

 

 

Chacun fait de petites erreurs – c'est sûr. Mais cela devient inconfortable quand, ce faisant, on marche sur les pieds des autres : un gazouillis irréfléchi sur la crise de folie meurtrière d'un réfugié à Würzburg a suscité la colère et le mécontentement de la police, ainsi que des critiques de toutes parts :

 

 

Un Afghan de 17 ans agresse les voyageurs dans un train régional près de Würzburg – plusieurs blessés. La police l'a abattu.

Tragique et nous formons nos vœux pour les blessés. Pourquoi l'agresseur n'a-t-il pas été mis hors d'état de nuire par le tir ? ? ? ? Questions !

 

 

Depuis le début de l'année, Renate Künast se répand activement en insultes sur la toile. Elle se fait accompagner par le Spiegel dans des visites personnelles à des utilisateurs de Facebook qui l'ont insultée directement. Avec ce gazouillis, elle les invite à utiliser son outil de haine :

 

 

Vous voulez m'écrire un commentaire haineux sur Facebook ? Pas de problème avec mon nouvel outil de haine.

 

 

Qu'y a-t-il derrière cet outil de haine ? Eh bien, une page Facebook avec des instructions pour écrire des commentaires haineux ; cela commence ainsi :

 

« Bonjour,

 

Vous voulez me faire parvenir un commentaire haineux ? Vous voulez vraiment vous défouler ? Peut-être parce que je n'ai pas dit dans un talk-show ce que vous vouliez entendre ? Ou parce que vous n'aimez pas mes politiques ? Ou parce que vous n'aimez pas ma coiffure ?

 

Mais vous ne savez pas vraiment quoi écrire ? Ou vous avez une faiblesse marquée en orthographe ? Alors je vous donne ici quelques conseils pour vous aider à écrire et m'en faciliter la lecture. »

 

Voici quelques exemples de formulations :

 

« Lâchez-vous ! Soyez créatif ! Voici des choses que presque personne n'a écrites :

- "Beurkh ! ! ! !" "Insoutenable  ! ! ! ! !", "Embarrassant  ! ! ! ! ! !" "Vous devriez avoir honte  ! ! ! ! ! ! !"

- "Celle-là, quand je la vois... !"

- "Dans le passé, j'ai voté une fois pour les Verts, mais maintenant on ne peut plus !"

- "Il y aura bientôt des procès contre des politiciens (sic) comme toi !"

- "Pire que la Roth !"

- « Plus jamais les Vert !" »

 

Renate Künast a expliqué au Spiegel qu'elle voulait répondre ainsi aux intimidations avec « poésie et ironie » :

 

« Mais en tout cas, cela a produit une chose. Ce beau sentiment d'avoir dit de façon drôle : vous ne nous aurez pas ! »

 

Ah bon ? Ça devrait être drôle ? Serait-ce qu'il y a des gens qui se sentiraient vraiment provoqués ainsi ?

 

On n'a pas oublié non plus les diverses bévues techniques qui ont émaillé la carrière de Renate Künast en tant que ministre de l'agriculture. Aujourd'hui encore, elle parle en effet avec une grande conviction, mais avec légèreté, par exemple, à propos du glyphosate.

 

 

Titre : « Car elle ne sait pas de quoi elle parle »

Source : topagrar 11/2001, page 12

 

 

Le journaliste scientifique Kai Kupferschmidt, qui l'a contredite au sujet du glyphosate, elle le balaye et le déclare incompétent :

 

 

Désolée, mais vous n'y connaissez rien. Problème de Monsanto par exemple. Les études sont trop minces et ne sont pas publiques.

Bien sûr, quand on n'a pas d'autre argument, ad hominem tout simplement. J'ai fait des études de biomédecine moléculaire. Et vous ?

[Ma note : elle a fait des études d'assistante sociale, puis du droit et est devenue avocate]

 

 

Quand l'interlocuteur devient pénible sur Twitter, Mme Künast répond tout simplement par un blocage. Ainsi, on peut éviter des discussions désagréables.

 

 

 

Du calme, Mme Günther, je vous cherche l'analyse du travail malheureusement mauvais du BfR sur le glyphosate.

Vous pensez à celle-là ?

 

 

Künast semble totalement refouler une chose sur le dossier du glyphosate : quand elle a mis en place l'Institut Fédéral pour l'Évaluation des Risques, les mêmes personnes travaillaient comme aujourd'hui sur l'évaluation des risques du glyphosate – par exemple pour l'OMS – et ils étaient – comme aujourd'hui – parvenus aux mêmes résultats.

 

Renate Künast est la seule femme politique allemande qui ait soutenu le Tribunal Monsanto à La Haye – un tribunal factice. Elle s'est présentée officiellement en tant qu'ambassadrice et était présente à La Haye sur le podium :

 

 

 

Künast écrit sur sa page Facebook :

 

« Ce week-end a lieu à La Haye ce que l'on appelle le Tribunal Monsanto, une simulation de tribunal civil.

 

Monsanto détruit avec son agro-agriculture [Agro-Landwirtschaft], ses monocultures et son génie génétique la vie humaine et la planète. »

 

Est-ce déjà une atteinte à des intérêts industriels et commerciaux ou est-ce encore du domaine de la liberté d'expression ? Quand il s'agit des accords commerciaux comme le TTIP ou le CETA, Künast se positionne farouchement contre la justice parallèle ; mais si c'est contre Monsanto, il n'y a pas de problème pour elle ! En février 2015, Renate Künast s'est exprimée au Bundestag sur le CETA :

 

« Voilà pourquoi je le dis à nouveau : le problème est la coopération en matière de réglementation dans le cadre et l'enchevêtrement d'un mécanisme arbitrage, une sorte de justice parallèle. Nous et l'UE devons nous demander quel signal nous voulons donner. Nous disons toujours que nous avons des dialogues avec d'autres États de droit et que nous savons ce qu'est un État de droit. »

 

Dans un autre article, Künast fait même campagne pour que l'on fasse des dons à l'événement.

 

 

Cet automne, Monsanto sera traîné devant un tribunal organisé par la société civile. Pour que ça marche, nous sommes tous sollicités. C'est donc : donnez ! Donnez ! Donnez !

Pour plus d'informations...

 

 

Renate Künast explique enfin au journal télévisé les motivations des organisateurs – notons bien : elle est présidente de la commission juridique du Bundestag allemand : il y aurait depuis un certain temps un mouvement international qui dit :

 

« Il n'est pas acceptable que vos produits chimiques soient diffusés dans le monde, mais que vous ne soyez pas responsables des dommages pour la santé et d'autres dégâts indirects. C'est ce qui fera l'objet de l'accusation. Que ce soit "Monsanto", "Baysanto" ou "Bayer" , ça n'a pas d'importance. »

 

Les produits chimiques ne sont mis en circulation par les sociétés que sous réserve de l'approbation réglementaire. Il appartient toutefois à l'utilisateur de s'assurer que les substances sont utilisées conformément aux préconisations. Ou faut-il que VW soit maintenant tenu pour responsable des dommages subis par des personnes du fait des véhicules produits à Wolfsburg – par exemple en cas d'accident ? C'était quoi déjà, cette histoire d'État de droit ?

 

 

L'image : « Et comment sais-tu que ce que tu gazouilles est correct ?

– Mais j'ai un correcteur orthographique ! »

Le texte : « RenateKuenast et Claudia Roth : les déesses des réseaux sociaux des Verts en plein travail.

 

 

Postfactuel est le mot de l'année... alors maintenant nous savons tous comment on se sent comme scientifique quand Renate Kuenast dit quelque chose.

 

 

Ma conclusion : Mme Künast a raison de poursuivre en justice les attaques contre elle sur Facebook. Mais elle devrait être consciente d'une chose : Renate Künast n'est pas une Jeanne d'Arc de la démocratie sur les réseaux. Au contraire : quelqu'un qui prend tant de libertés avec la vérité et qui bloque ceux qui ne pensent pas comme elle pour éluder la discussion, fait une partie du problème, et non de la solution.

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle  ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/12/12/postfaktischer-adventskalender-teil-13-renate-kunast/

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