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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ma famille est la première consommatrice de notre production : nous ne mettrions pas nos enfants en danger

3 Octobre 2026 Publié dans #Pesticides

Ma famille est la première consommatrice de notre production : nous ne mettrions pas nos enfants en danger

 

Amine Bennani, Réseau Mondial d'Agriculteurs*

 

 

Image : Petar Milošević, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

 

 

Si les agriculteurs ne protégeaient pas leurs cultures, ce sont les citoyens ordinaires qui en souffriraient. La nourriture serait moins abondante. Elle aurait l’air moins saine. Elle perdrait de sa valeur nutritionnelle. Les consommateurs seraient davantage exposés aux maladies d’origine alimentaire. Si vous êtes heureux de ne jamais trouver de vers dans vos pommes, vous pouvez remercier les produits phytosanitaires qui les empêchent d’y pénétrer.

 

 

La meilleure façon d’évaluer la sécurité alimentaire est de se poser une question simple : donneriez-vous cela à manger à vos propres enfants ?

 

Dans ma petite exploitation agricole du nord du Maroc, ma famille et moi mangeons ce que nous récoltons. Je ne vois pas de critère plus strict que celui que des parents comme moi appliquent chez eux. Nous ne mettrions jamais nos enfants en danger avec des aliments douteux.

 

Pourtant, nos myrtilles pourraient bientôt ne plus être jugées assez bonnes pour l’Union Européenne, où les régulateurs menacent d’imposer de nouvelles règles drastiques aux agriculteurs qui produisent des produits sûrs dont beaucoup de gens à travers le monde profitent aujourd’hui.

 

Le projet proposé par l’UE n’améliorerait toutefois ni l’alimentation ni la santé de quiconque. Il ne ferait que nuire aux agriculteurs comme moi et rendrait les denrées alimentaires moins disponibles et moins abordables pour les Européens.

 

Au cœur du litige se trouvent les produits phytosanitaires. Dans mon exploitation, nous ne les utilisons qu’en cas de nécessité, pour préserver la santé de nos cultures. Nous avons recours à la technologie des drones pour les appliquer avec précision et en quantités limitées. Notre objectif est de prévenir les maladies, d’éloigner les ravageurs et d’empêcher les mauvaises herbes de priver le sol d’eau et de nutriments.

 

Si les agriculteurs ne protégeaient pas leurs cultures, ce sont les citoyens ordinaires qui en souffriraient. Les denrées alimentaires seraient moins abondantes. Elles auraient l’air moins saines. Elles perdraient leur valeur nutritionnelle. Les consommateurs seraient davantage exposés aux maladies d’origine alimentaire. Ils pourraient même trouver des insectes dans leur nourriture. Si vous êtes heureux de ne jamais trouver de vers dans vos pommes, vous pouvez remercier les produits phytosanitaires qui les empêchent d’y pénétrer.

 

Les responsables publics et les régulateurs qui souhaitent imposer des règles plus strictes à des agriculteurs comme moi laissent entendre, sans aucune preuve, que les méthodes sûres de protection des cultures sont dangereuses pour la santé humaine. Ils jouent également sur les craintes des consommateurs lambda.

 

C’est révoltant. C’est aussi une pure absurdité. Notre approche de la protection des cultures est sûre à 100 %. Je ne peux pas être plus clair : si elles n’étaient pas sûres, je ne donnerais pas à mes enfants les myrtilles que nous produisons.

 

Les conséquences de ces nouvelles réglementations seraient énormes et dévastatrices. Je devrais changer ma façon de produire les myrtilles pour pouvoir continuer à les exporter vers l’Europe. Je serais contraint d’utiliser d’autres moyens de protection des cultures, plus coûteux mais pas plus sûrs. Cela signifie que les aliments en Europe deviendraient plus chers sans pour autant être de meilleure qualité.

 

Les nouvelles directives réduiraient notre saison de production. Les personnes qui aiment manger des myrtilles toute l’année constateraient que l’un de leurs aliments préférés n’est disponible en magasin qu’à certaines périodes. Elles seraient également plus rares, même en saison.

 

Une nouvelle étude du Centre Commun de Recherche, un groupe de réflexion alimenté par des fonds publics dont la mission est de fournir des avis scientifiques fondés sur des données à l’UE, indique que les réglementations proposées augmenteraient les coûts de production pour les agriculteurs et feraient grimper les prix pour les consommateurs.

 

L’étude n’évalue pas l’impact que cela aurait sur les myrtilles, mais elle décrit les conséquences pour d’autres denrées alimentaires. Le prix du café serait multiplié par plus de trois. Celui des agrumes augmenterait de 85 %. Le prix des tourteaux de soja, qui servent à nourrir le bétail produisant du lait et de la viande, doublerait.

 

Les prix augmenteraient pour 235 produits provenant de 86 pays : les amandes des États-Unis, les melons d’Amérique centrale, etc. Cette liste est longue.

 

Il s’agit également d’une barrière commerciale. L’une des principales motivations derrière ces nouvelles réglementations n’est pas de rendre les denrées alimentaires importées en Europe plus sûres, mais de compliquer la tâche des agriculteurs comme moi pour rivaliser avec les Européens. C’est un cas classique de protectionnisme qui nuit à l’ensemble de la population.

 

Mon exploitation agricole dépend du commerce avec l’Europe. Il en va de même pour environ 250.000 autres Marocains qui travaillent dans le secteur de l’exportation alimentaire. Notre situation géographique en Afrique du Nord signifie que nous sommes plus proches des pays de l’UE que de la plupart des pays de mon propre continent.

 

Les nouvelles règles nous inciteraient à développer de nouveaux marchés aux États-Unis, au Canada et en Asie. Peut-être y parviendrions-nous. Mais nous renoncerions à l’avantage concurrentiel que nous confère notre situation géographique. Quoi qu’il en soit, nous en paierions le prix fort. Beaucoup de gens perdraient leur emploi. De nombreuses exploitations agricoles feraient faillite.

 

Pendant ce temps, les bureaucrates européens à l’origine de tout cela feraient semblant d’avoir fait une bonne action en empêchant les gens de consommer les aliments sûrs que je donne à manger à mes enfants.

 

_______________

 

* Installé dans le nord du Maroc, Amine Bennani produit des fruits et légumes – notamment des myrtilles sur 15 ha et 8 ha d’avocatiers, ainsi que des pommes de terre – tout en dirigeant l’association marocaine des producteurs de baies. Fort d’une expérience de près de trois décennies dans l’import-export et la distribution, il se consacre à la formation des agriculteurs et à l’innovation pratique. Aujourd’hui, il accélère l’adoption des drones pour la protection de ses cultures et la prévision des rendements, et dirige une entreprise locale spécialisée dans les biostimulants afin d’augmenter les rendements. M. Bennani est un fervent défenseur des petits exploitants agricoles confrontés à des coûts de production élevés et à un accès limité aux technologies, souvent dans le cadre de politiques élaborées sans une consultation suffisante des agriculteurs.

 

Source : My Family is the First Consumer of Our Production: We Would Not Put Our Children at Risk | Global Farmer Network | Global Farmer Network

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