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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Qu'est-ce qui se cache derrière l'affirmation de Steven Novella selon laquelle « le glyphosate reste controversé » ?

6 Septembre 2026 Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

Qu'est-ce qui se cache derrière l'affirmation de Steven Novella selon laquelle « le glyphosate reste controversé » ?

 

Geoffrey Kabat, ACSH*

 

 

Image : ACSH

 

 

La récente décision de la Cour Suprême dans l’affaire Roundup a relancé le débat sur le glyphosate, mais elle a également alimenté des malentendus quant à ce que la Cour a réellement décidé. Un examen plus approfondi de l’analyse d’un éminent communicateur scientifique montre comment même des analyses bien intentionnées peuvent passer à côté d’éléments de preuve importants.

 

 

La récente décision de la Cour Suprême des États-Unis dans l’affaire Monsanto c. Durnell n’a fait qu’ajouter à la confusion déjà profonde du public concernant la sécurité du glyphosate, la substance active contenue dans l’herbicide Roundup. Dans une décision prise à 7 voix contre 2, la Cour a statué que la loi fédérale prévaut sur la responsabilité d’un État d’avertir ses habitants d’une menace potentielle liée au Roundup. Dans cette affaire, la loi fédérale est représentée par la conclusion de l’EPA (l'Agence Américaine de Protection de l’Environnement) de 2020 selon laquelle le glyphosate n’est pas cancérigène aux niveaux d’exposition auxquels la plupart des personnes sont soumises.

 

Beaucoup ont interprété cette décision comme une déclaration affirmant que le glyphosate est sûr, ou sans danger. C'est inexact. La Cour s'est en effet appuyée sur la conclusion de l'EPA selon laquelle le glyphosate n'est pas cancérigène aux niveaux d'exposition habituels ; elle n'a pas statué de manière indépendante sur la question de savoir si le glyphosate provoque le cancer.

 

En parcourant les articles publiés avant et après la décision de la Cour Suprême, je suis tombé sur un commentaire publié en février par M. Steven Novella, neurologue à Yale et contributeur du site Science-Based Medicine. Il expliquait qu’il actualisait un article précédent car le glyphosate faisait « à nouveau la une ». J’étais curieux de comprendre ce qui sous-tendait le titre de son nouvel article, « Le glyphosate reste controversé ».

 

M. Novella est neurologue à l’Université de Yale et l’un des fondateurs de Science-Based Medicine. Il anime également le podcast populaire « The Skeptics’ Guide to the Universe ». Son article mérite d’être examiné, car il s’efforce de présenter un aperçu équilibré et impartial de cette question épineuse et très controversée.

 

M. Novella considère globalement que les données disponibles indiquent que le glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde et aux États-Unis, semble être sûr, sans danger. Cependant, il tient clairement à prendre au sérieux la possibilité qu’il nous échappe quelque chose, et il se met en quatre pour envisager l’éventualité que le glyphosate représente une menace.

 

Son article commence ainsi : « Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde, les agriculteurs en appliquant environ 750 millions de kg par an. […] Ce produit chimique est très prisé des agriculteurs industriels car il est sûr et efficace, mais il reste néanmoins très controversé. Il fait à nouveau la une de l’actualité, et il est donc opportun de faire le point sur les données scientifiques relatives à la sécurité du glyphosate. »

 

M. Novella soulève des points importants qui sont souvent ignorés – par exemple, concernant la marge de sécurité fixée par les autorités de régulation sur la base de données toxicologiques, ou encore le caractère peu pratique des pesticides utilisés en agriculture biologique [utilisés aux État-Unis].

 

Il semble avoir exploré la littérature scientifique, en se concentrant sur des articles de synthèse, une méta-analyse et plusieurs rapports d’agences. Mais sa lecture de la littérature semble fragmentaire, et il n’a pas approfondi la manière dont il convient d’interpréter les différentes publications qu’il cite.

 

Abordant sa préoccupation centrale, M. Novella écrit : « Mais il existe également une controverse scientifique légitime qui alimente la polémique publique, et celle-ci porte principalement sur la meilleure façon d’aborder la question de la toxicité. Comme je l’ai déjà évoqué, on peut présenter cela comme une distinction entre danger et risque. »

 

Il poursuit en expliquant la différence entre danger et risque. Mais ce faisant, il ne semble pas avoir conscience que la distinction entre danger et risque ne fournit pas d’explication – ni de justification – suffisante à la conclusion de 2015 du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) selon laquelle le glyphosate est un « cancérigène probable ». J’ai récemment abordé cette question en détail (ici et ici). En bref, la décision du CIRC concernant le glyphosate reposait sur 1) la conclusion erronée de son groupe de travail selon laquelle les études menées sur des rongeurs montraient des preuves de cancérogénicité (ici et ici) et 2) l’implication de M. Christopher Portier, qui a signé des contrats pour apporter son aide dans le cadre de poursuites judiciaires contre Monsanto dans les deux semaines qui ont suivi la publication par le CIRC de la classification du glyphosate (ici).

 

Une preuve supplémentaire qu’il ne suffit pas de se référer à l’accent mis par le CIRC sur le « danger » pour comprendre sa décision concernant le glyphosate est le fait que l’Agence Européenne des Produits Chimiques, qui a mené sa propre évaluation du glyphosate en collaboration avec l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments et a conclu que ce produit chimique n’était pas cancérigène, se concentre elle aussi sur le danger.

 

Vers la fin de son article, M. Novella nous indique que « la controverse scientifique reste vive sur la question d’un lien avec le lymphome non hodgkinien (LNH), en particulier chez les travailleurs les plus exposés ». Il poursuit en citant deux « revues » qui « parviennent à la conclusion qu’il existe un signal persistant [c’est nous qui soulignons – GK] dans les recherches indiquant un lien entre une forte exposition au glyphosate et le lymphome non hodgkinien ». La première d’entre elles est une méta-analyse réalisée par Zhang et al. Cet article a fait l’objet d’une immense couverture médiatique lors de sa publication en 2019, car son résumé affirmait que les travailleurs fortement exposés au glyphosate présentaient un risque accru de 41 % de développer un lymphome non hodgkinien. Cet article était fortement tendancieux et souffrait d’avoir combiné des études cas-témoins de mauvaise qualité avec l’étude prospective « Agricultural Health Study », de bien meilleure qualité et de bien plus grande envergure.

 

La conclusion de Zhang et al. reposait sur la sélection d’un seul des cinq modèles utilisés dans l’analyse des données de l’« Agricultural Health Study ». L’analyse de l’EPA a souligné que les données de la plus haute qualité incluses dans la méta-analyse (à savoir celles de l’AHS) ne confirmaient pas l’hypothèse a priori de Zhang et al. selon laquelle le risque de LNH augmentait avec des niveaux d’exposition plus élevés au glyphosate. De plus, aucune des cinq analyses réalisées par l’Institut National du Cancer dans le cadre de son étude des données de l’AHS n’a mis en évidence de relation dose-réponse. Enfin, dans l’analyse privilégiée par Zhang et al., les risques relatifs pour le premier quartile et le deuxième quartile étaient plus élevés que ceux du quatrième quartile, contrairement à leur hypothèse selon laquelle le risque augmentait avec l’exposition.

 

(J’ai écrit à propos de la méta-analyse de Zhang et al. ici, ici, ici et ici).

 

La deuxième « revue » est signée par M. Dennis Weisenburger. MM. Zhang et Weisenburger sont tous deux des experts rémunérés par les plaignants, et M. Acquavella, dont M. Novella mentionne également la revue, a autrefois travaillé pour Monsanto. M. Novella ne fait aucune mention d’un éventuel biais dans aucun de ces articles.

 

De plus, M. Novella omet de citer deux autres méta-analyses, celles de M. Paolo Boffetta (ici) et de Kabat (ici). Ces deux méta-analyses n’ont trouvé aucune preuve d’un lien entre l’exposition au glyphosate et le risque de lymphome non hodgkinien.

 

Si M. Novella avait pris en compte ces trois méta-analyses et, de surcroît, accordé davantage d’attention aux résultats de l’Agricultural Health Study, qui a suivi 54.251 applicateurs de pesticides pendant 17 ans, il aurait trouvé des arguments supplémentaires à l’appui de son impression, qu’il a lui-même exprimée, selon laquelle le glyphosate joue un rôle précieux dans l’agriculture, est relativement sûr et n’est pas cancérigène aux niveaux auxquels la plupart des gens y sont exposés, plutôt que de titrer que « le glyphosate reste controversé ».

 

Cela montre simplement à quel point il est facile, même pour des chercheurs de grand renom, de tirer des conclusions mal fondées à partir d’une lecture non critique et incomplète des données pertinentes.

 

_________________

 

* Geoffrey Kabat est épidémiologiste spécialisé dans le cancer et auteur de « Getting Risk Right: Understanding the Science of Elusive Health Risks ». Ses articles sont disponibles ici.

 

Geoffrey Kabat a obtenu un doctorat en littérature russe et comparée à l’Université Columbia. Il s’est ensuite orienté vers la santé publique et l’épidémiologie, obtenant un master et le statut « ABD » (thèse en cours) à la Columbia School of Public Health en 1984. Il a mené des recherches fondamentales en épidémiologie du cancer à l’American Health Foundation, à la faculté de médecine de l’Université de Stony Brook et à l’Albert Einstein College of Medicine. Il a publié 155 articles scientifiques évalués par des pairs sur des sujets allant du tabagisme et de l’alimentation aux pesticides, en passant par la pollution atmosphérique, les champs électromagnétiques, le sommeil et divers facteurs cliniques, notamment l’obésité, la taille et le groupe sanguin.

 

Dans les années 1990, il s’est rendu compte que le message transmis au grand public concernant les recherches sur les expositions environnementales était souvent fortement biaisé et que, selon les termes d’un chercheur californien spécialisé dans la pollution atmosphérique, « il est dans notre intérêt que les gens aient peur ». Cela l’a conduit à adopter une double perspective sur la recherche épidémiologique. Au début des années 2000, il a commencé à rédiger des articles visant à clarifier divers risques présumés pour la santé, notamment les champs électromagnétiques, les téléphones portables, les pesticides, le bisphénol A, le radon, le tabagisme passif et les « perturbateurs endocriniens », dans Forbes, Slate, le Genetic Literacy Project, Quillette et ailleurs. Il a publié deux ouvrages consacrés aux risques sanitaires : « Hyping Health Risks: Environmental Hazards in Daily Life and the Science of Epidemiology » (2008) et « Getting Risk Right: Understanding the Science of Elusive Health Risks » (2016).

 

Source : What is behind Steven Novella’s claim that “Glyphosate remains controversial”? | ACSH

 

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M
En attendant en France tout le monde vous dira qu'on a bien fait de l'interdire car on attrapait des "myions et des myions" de cancers par sa faute et à cause de big agro...<br /> <br /> L'épidémiologie c'est simple, c'est une question de propagande avant tout.
Répondre
Oui, un agriculteur sur deux... <br /> J'ai un article en préparation. C'est une fake (leur article, bien sûr).
M
D'après la revue Frontiers in Public Health les pesticides causent entre 402 et 433 millions d'intoxications aigües chez les agriculteurs chaque année, rien que ça!