Principe de précaution v. « principe d'imprudence » : M. Marc-André Selosse batifole dans Science & Vie
Source : IA
Science & Vie a offert une page à M. Marc-André Selosse avec en surtitre : « Parole aux chercheurs ». Il y a eu erreur sur la personne : c'est le militant qui s'est exprimé... de manière, disons, curieuse.
M. Marc-André Selosse est un des grands noms de la biologie, de la botanique et de la mycologie. Il est aussi devenu un militant – disons en simplifiant : écologiste – fréquemment présent dans les médias écrits et sur les plateaux.
Science & Vie lui a offert une page dans son numéro de septembre 2026, dans la rubrique « Parole de chercheurs ».
En titre : « Menacer le principe de précaution : vive celui d'imprudence ? »
Lorsqu'on a fini de lire l'article, on peut penser que le point d'interrogation a essentiellement une valeur cosmétique : le « principe d'imprudence » serait, en effet, la ligne directrice de ceux qui remettent en cause le principe de précaution – ou plus précisément sa déclinaison sous une forme souvent décrite comme un principe d'inaction.
L'auteur commence – sans surprise – par planter le décor. À sa façon :
« Un syndicat agricole, la FNSEA, et des personnalités politiques veulent remettre en cause le principe de précaution. Inscrit dans la Charte de l'environnement, qui a valeur identique à la Constitution, ce principe évite qu'une décision politique soit prise dès lors qu'il existe un risque pour la population ou l'environnement. [...] »
C'est grossièrement faux !
Incidemment, les « personnalités politiques », ce serait selon un billet sur LinkedIn le seul Bruno Retailleau... Mais il y a aussi M. David Lisnard... À partir de deux le pluriel est justifié.
Voici le texte de l'article 5 de la Charte de l'Environnement :
« Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en oeuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »
Ce texte se rapporte à l'existence – non pas d'un risque – mais d'une suspicion de risque, et pas n'importe lequel : il doit être grave et irréversible, et ce, seulement pour l'environnement. Et le texte appelle – non pas une absence de décision politique – mais des mesures bien définies.
Cette introduction relève du sophisme de l'homme de paille : on répond à des gens qui veulent – est-il suggéré – que certains décisions politiques puissent être prises malgré l'existence d'un risque pour la population ou l'environnement.
Cela devient vite évident :
« Mais quel est le contraire du principe de précaution ? Le principe d'imprévoyance, d'imprudence, d'insouciance, ou encore de légèreté ? Les antonymes parlent ! »
Quel raisonnement binaire ! Il est tout à fait étonnant. Enfin pas vraiment si on considère qu'on est dans la sphère du militantisme.
Dans le monde réel, il y a un continuum entre la notion juridique – à valeur constitutionnelle ou interprétée de manière erronée – et ces nouveaux « principes » qui viennent d'être forgés. : la prudence, les activités et situations qui ne relèvent d'aucun des deux extrêmes.
L'auteur nous explique ensuite que si nous avions agi « dès les premiers doutes », nous vivrions dans un autre monde sans « canicules infâmes » qui ont « tué 5 700 Français en 2025 et induit des incendies de forêt […] ».
Mais ce n'est là que le hors-d'œuvre. Le plat principal de la critique est roboratif :
« Si l'on avait interdit, dès les premiers doutes, les substances toxiques, pesticides, PFAS et autres polluants industriels, les cancers des plus jeunes n'auraient pas explosé : +40 % pour les 0-19 ans en 50 ans ; +80 % pour les 20-50 ans en 30 ans. [...] »
Il faut oser faire un lien direct – de cause à effet – entre certaines substances et cancers. Là encore, le militant s'est exprimé à la place du chercheur.
Il est bien sûr loisible au militant Marc-André Selosse de critiquer :
« […] le monde politique [qui] attaque, met sous tutelle ou sous-finance des organismes indépendants qui explorent la précaution : Ademe, Anses, OFB ou encore l'Institut national de la consommation, organisme liquidé par l'État ».
Même en travestissant les rôles et missions des entités qu'il a citées.
Mais pour le chercheur Marc-André Selosse, ce devrait être sur des bases très différentes.
« […] le principe de précaution – écrit-il – ne freine pas l'innovation [mais] la canalise et promet des lendemains vivables ».
C'est à ce stade que l'observateur averti perçoit la proposition de la FNSEA : supprimer le « principe de précaution » inscrit dans la Charte de l'Environnement et lui substituer un « principe d'innovation ».
Selon le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau,
« en confondant risque et danger, le bénéfice/risque à la base du principe de précaution s’est totalement déséquilibré. Et le principe de précaution est devenu un principe d’inaction. »
Inaction ou blocage v. canalisation aurait pu être un sujet intéressant.
Pour M. Marc-André Selosse, l'affaire est réglée par un argument d'autorité : « scientifiques et ingénieurs dans une tribune, le 21 mars dernier » ont dit... évidemment dans le Monde.
Mais problème : la tribune repérée grâce au billet précité sur LinkedIn, « Le principe de précaution n’est pas un "frein à l’innovation et à la compétitivité de notre pays" », n'est signée que par M. François Lureau, ou celui-ci et Philippe Deltombes selon le chapô. Ils étaient peut-être, respectivement, président et vice-président d’Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF), il n'y a aucune indication qu'ils se soient exprimés au nom de l'association.
Du reste, leur analyse est nuancée et pointe les problèmes que suscitent un principe de précaution mal compris et invoqué à tort... du grain à moudre pour la position de la FNSEA, au moins en partie.
Science & Vie a préféré donner libre cours à la facilité, aux effets de manche et à un militantisme débridé qui, de plus en plus, s'intègre aussi dans son ADN, au détriment de ce qui a fait ses grandes heures par le passé : la vulgarisation de la science et de la technologie.
Il est pour le moins cocasse de voir que Science & Vie a publié dans le même numéro un double page, « Faut-il une loi pour contrer la désinformation climatique ? » La parole a été donnée à... Mme Eva Morel, de QuotaClimat, qui fait du lobbying – oups ! du plaidoyer – pour une telle loi, et M. Laurent Cordonnier, de la Fondation Descartes.
En pavé, une parole forte de M. Laurent Cordonnier :
« L'État pourrait fixer des exigences aux médias publics, et les journalistes renforcer leur auto-régulation, comme dans certains pays. »
Pour l'auto-régulation, Science & Vie...
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