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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'« effet cocktail » des mélanges de pesticides est démontré... galéjade !

10 Septembre 2026 Publié dans #Article scientifique, #critique de l'information, #Pesticides

L'« effet cocktail » des mélanges de pesticides est démontré... galéjade !

 

 

Source : IA

 

 

Avec « Pesticides : on en sait (enfin) plus sur l’effet cocktail », Reporterre a fait preuve d'une prudence somme toute justifiée pour son titre. L'étude d'une équipe française dont le laboratoire Toxalim de l'INRAE fournit l'ossature vaut peut-être un clou, mais guère plus. Quant à la démonstration de l'« effet cocktail »...

 

 

Un article de Reporterre

 

Le titre est neutre : « Pesticides : on en sait (enfin) plus sur l’effet cocktail ». Selon l'URL, ce devait être : « Effet cocktail des pesticides : mauvais pour la sante même aux doses légales ».

 

C'est en quelque sorte rattrapé par le chapô :

 

« La quantité règlementaire de pesticides dans les aliments n’est pas protectrice de notre santé, montre une étude. L’effet cocktail auquel nous sommes exposés a des effets néfastes, même à des doses où chaque pesticide pris seul est considéré comme sûr. »

 

Reporterre nous gratifie aussi d'un résumé :

 

« […] l’équipe Toxalim de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, à l’origine de l’étude, a trouvé des dysfonctionnements du foie et du système de régulation du glucose liés à quatre pesticides présents dans notre alimentation à des doses réglementaires. Autrement dit, il y a bien un effet cocktail des quatre molécules qui, prises isolément, n’auraient pas eu d’effets nocifs. »

 

Est-ce bien exact ? Les habitués de ce blog devinent sans peine la réponse...

 

 

L'étude

 

L'étude, c'est « Diet modulates metabolic and hepatic responses to chronic pesticide mixture exposure in mice » (le régime alimentaire module les réponses métaboliques et hépatiques à une exposition chronique à un mélange de pesticides chez la souris), publié dans Archives of Toxicology.

 

Les auteurs en sont : C. Rives, N. Poirier-Jaouen, Y. Malaisé, C. M. P. Martin, M. Huillet, S. Ellero-Simatos, P. Perrier, A. Polizzi, F. Lasserre, V. Alquier-Bacquié, C. Guyon, Y. Lippi, C. Naylies, C. Comera, H. Budzinski, K. Le Menach, E. L. Jamin, N. K. Dieng, R. Vuillaume, C. Orlandi, J. Gomez, S. Costes, A. Arrar, A. Lucas, S. Fried, E. Boutet-Robinet, J. Guillermet-Guibert, E. Kesse-Guyot, H. Guillou, N. Loiseau, A. Fougerat et L. Gamet-Payrastre.

 

Notons déjà que ce titre n'évoque pas l'« effet cocktail ».

 

En voici le résumé (découpé) :

 

« L'exposition chronique à des mélanges de pesticides par le biais de l'alimentation est courante, mais leurs effets métaboliques combinés et leurs interactions avec les facteurs alimentaires [dietary] restent mal connus.

 

Nous avons identifié quatre pesticides fréquemment présents dans l'exposition humaine (l'imazalil, le thiabendazole, le boscalide et la lambda-cyhalothrine) et évalué leurs effets combinés sur le métabolisme hépatique et l'homéostasie métabolique à l'aide de cellules hépatiques humaines et de souris mâles nourries avec un régime alimentaire standard ou un régime occidental.

 

Nous avons constaté que le mélange de pesticides induisait des perturbations métaboliques dans les hépatocytes humains.

 

De plus, ce mélange a modifié l’expression génique hépatique chez les souris nourries avec une alimentation standard et a exacerbé l’intolérance au glucose, l’hyperglycémie à jeun et la résistance à l’insuline induites par le régime occidental, sans pour autant affecter le poids corporel ni la stéatose hépatique.

 

Ces résultats révèlent que le contexte alimentaire influence les conséquences métaboliques des mélanges de pesticides, soulignant la nécessité de prendre en compte le statut nutritionnel lors de l’évaluation des risques liés aux contaminants environnementaux.

 

Nos résultats suggèrent que les/des [il n'y a pas d'article dans l'original] mélanges de pesticides à des doses de référence peuvent contribuer à un dérèglement métabolique, en particulier dans des conditions alimentaires favorisant l’obésité.

 

Points clés

 

Quatre pesticides courants présents dans un mélange perturbent le métabolisme des cellules hépatiques.

 

L’exposition alimentaire à ce mélange de pesticides modifie l’expression génique hépatique chez la souris.

 

Le mélange de pesticides exacerbe les perturbations de l’homéostasie du glucose induites par le régime occidental.

 

Les pesticides et l’alimentation interagissent pour produire les effets métaboliques d’un mélange de pesticides. »

 

Il n'est toujours pas question d'« effet cocktail » !

 

Mais – est-ce étonnant ? – on trouve des alluvions caractéristiques d'une recherche qui n'est pas dépourvue de militantisme. La généralisation abusive s'associe à un « bon conseil » implicite pour les procédures d'homologation.

 

Ainsi, il n'est pas raisonnable de conclure, sur la base de cette recherche impliquant un mélange particulier de pesticides, à la nécessité de tenir compte du « statut nutritionnel » – lire sans doute : du régime alimentaire – lors de l'évaluation des risques... « liés aux contaminants environnementaux »... tous les contaminants.

 

La dernière phrase est aussi une extrapolation hasardeuse, quoique rédigée avec des tournures censées en atténuer la portée.

 

 

Un protocole d'essai extravagant.

 

Les essais in vitro sur cellules humaines

 

L'article est long et d'une grande complexité.

 

La partie relative aux essais sur cellules humaines in vitro exige des connaissances spécialisées pour être comprise et interprétée. Les résultats sont-ils pertinents ?

 

« Les concentrations d'exposition in vitro ont été déduites de la DJA de chaque pesticide. Les concentrations sanguines estimées ont été calculées en se basant sur un individu de 60 kg ayant un volume sanguin de 5 L, ce qui a donné lieu à des concentrations estimées de l'ordre du micromolaire. En conséquence, les cinq [?] composés ont été testés à des concentrations de 5, 15 et 30 µM. »

 

En conditions réelles, le mélange de pesticides devrait être absorbé sous cette forme, traverser la barrière intestinale et parvenir – aux concentrations précitées – aux cellules hépatiques... On aimerait avoir des preuves de la plausibilité d'un tel scénario.

 

 

L'essai sur souris

 

Cet essai a été mené sur des groupes de 12 souris mâles en deux cohortes – au régime alimentaire standard ou au régime « occidental », plus gras – avec les modalités suivantes : zéro addition de pesticides (témoins) ; addition du mélange des quatre pesticides au niveau de la dose journalière admissible (DJA) ; addition (…) au niveau DJA x 10.

 

L'essai a duré 20 semaines, soit environ 20-30 ans de vie humaine selon les modèles de conversion.

 

 

 

 

Point n'est besoin de grands développements pour conclure à l'extravagance de ce protocole... rien que « DJA x 10 » !

 

Illustrons tout de même : la dose journalière admissible pour le boscalide est de 0,04 mg/kg p.c., soit 2,4 mg pour une petite personne de 60 kg. La limite maximale de résidus est de 0,8 mg/kg pour le blé. Cette personne devrait donc ingurgiter – journellement pendant 20 ou 30 ans – l'équivalent de 4 kg de blé (au niveau maximum de présence autorisée de résidus, ce qui n'est déjà pas très courant), soit, grosso modo, autant de pain. La LMR est de 2 mg/kg pour la pomme ; il faudrait en manger 1,2 kg par jour. Ces quantités sont à multiplier par 10 pour la modalité « DJA x 10 »...

 

Bon appétit...

 

Au vu de ce niveau de gavage, on peut se dispenser d'examiner plus avant les résultats, eux aussi d'une grande complexité et difficiles à interpréter. L'équipe de recherche nous apprend sans doute quelque chose, mais l'intérêt pratique est (ou semble) quasi nul.

 

Mais il y a deux points très importants.

 

  • D'une part, les souris ont survécu, même à DJA x 10 – ou plutôt 4(DJA x 10) – et n'ont pas présenté de différence quant à leur masse corporelle.

 

  • D'autre part, l'essai ne comportait pas de modalités « pesticide isolé », à des doses permettant de déterminer si un mélange de pesticides produit un effet supérieur à celui d'un pesticide isolé à une dose équivalente. En d'autres termes s'il y a un « effet cocktail » (qui, du reste, pourrait aussi être protecteur).

 

 

Une partie des résultats.

L'exposition à un mélange de pesticides aggrave les perturbations de l'homéostasie glycémique induites par le régime WD [occidental]. Test de tolérance au glucose par voie orale (OGTT) réalisé après 18 semaines d'exposition aux pesticides dans chaque groupe soumis aux régimes CD [standard] (a–d) et WD (e–h) (n = 12 par groupe). Glycémie après administration orale de glucose (2 g/kg de poids corporel) et aire sous la courbe (AUC) représentant a, e les résultats de l’OGTT, b, f la glycémie et c, g l’insulinémie après une période de jeûne de 6 h, d, h

 

Ma note 1 : 2 g/kg de poids corporel = 120 grammes de glucose pour une petite personne de 60 kg.

Ma note 2 : Dans le régime « occidental », il ne se passe rien à la dose DJA. L'« effet cocktail » est nul pour les facteurs considérés. En fait, il n'y a pas d'effet tout court !

 

 

Et pourtant...

 

Revenons à Reporterre » :

 

« "Ce résultat confirme une question clé pour l’évaluation des pesticides : comment mesurer leur toxicité sachant que nous sommes exposés à des mélanges et non à des pesticides isolés", souligne Laurence Payraste, toxicologue et autrice de l’étude. Aujourd’hui, toute la réglementation des pesticides ignore cet effet cocktail. »

 

Mme Laurence Gamet-Pyrastre aura bien pris soin de ne pas utiliser l'expression qui plaît tant aux activistes...

 

Peut-être faudrait-il lui rappeler que les doses journalières admissibles (DJA) – la clé de voûte du système – sont définies avec une marge de précaution considérable : c'est en général le centième de la NOAEL ou DSENO, la dose sans effet nocif observé, elle-même assez éloignée de la première dose testée ayant produit un effet, n'importe lequel. Que les limites maximales de résidus (LMR) apportent un élément de sécurité supplémentaire (on a vu un exemple ci-dessus). Que la majorité des produits alimentaires sont sans résidus de pesticides quantifiables et que les dépassements de LMR, après prise en compte de l'incertitude des mesures, sont de l'ordre du pourcent.

 

« Peut-être faudrait-il lui rappeler... » ? Pas qu'à elle, hélas.

 

 

L'« effet cocktail », on en parle...

 

Reporterre a aussi cité Mme Sylvie Bortoli :

 

« "Ces résultats sont importants pour la communauté scientifique car ils étudient l’impact d’une exposition à des mélanges de pesticides, ce qui reste encore largement inexploré", commente Sylvie Bortoli, toxicologue dans l’unité Inserm Healthfex qui n’a pas participé à l’étude. »

 

C'est d'une grande complaisance !

 

Oui, l'étude porte sur un – et non « des » – mélange, mais sans comparateurs pertinents, les pesticides isolés.

 

Et, oui, le sujet « reste encore largement inexploré ».

 

Pourtant ! Qu'est-ce qu'on parle de l'« effet cocktail » !

 

Voici une théorie qui peut paraître complotiste : les chercheurs savent ou se doutent que le sujet n'est pas un os à ronger. Il y a aussi un biais de publication qui commence déjà au niveau de la politique éditoriale : la recherche qui ne trouve pas d'effets – plus correctement : qui trouve qu'il n'y a pas d'effets – ne reçoit pas le même accueil que celle qui en trouve. Les chercheurs objectifs ne trouvent aucun intérêt au sujet ; les militants se gardent de discréditer un argument performant dans l'activisme anti-pesticides par l'établissement des faits.

 

 

Post scriptum

 

Une équipe comprenant des auteurs de l'étude critiquée ici avaient publié un long article dans Environmental Health Perspectives en 2018, « Metabolic Effects of a Chronic Dietary Exposure to a Low-Dose Pesticide Cocktail in Mice: Sexual Dimorphism and Role of the Constitutive Androstane Receptor » (effets métaboliques d'une exposition chronique par l'alimentation à un cocktail de pesticides à faible dose chez les souris : dimorphisme sexuel et rôle du récepteur constitutif des androstanes).

 

L'article comportait le mot « cocktail » dans le titre, pour un mix de six pesticides... à des doses invraisemblables.

 

Nous l'avions examiné – et vertement critiqué – dans « Souris, cocktail de pesticides et obésité : encore une instrumentalisation sociopolitique ».

 

 

Post scriptum 2

 

Le 29 mai 2024, l'association Secrets Toxiques avait organisé un événement à Pamiers (Ariège), Mme Laurence Gamet-Payrastre y a été une intervenante. La Dépêche a retenu un de ses propos :

 

« Laurence Gamet-Payrastre estime que si "les politiques sont sensibilisés par les chercheurs et les scientifiques sur le sujet, il est aujourd’hui nécessaire que des actions soient prises dès aujourd’hui. Il ressort clairement un lien entre certains pesticides et certaines maladies." »

 

Nous ne dénierons pas aux chercheurs le droit d'avoir des opinions et de les exprimer.

 

On ne nous déniera pas le droit de citer ces opinions et de suggérer que des recherches, et des programmes de recherche, se déroulent, ou sont susceptibles de se dérouler, sur fond de conflits d'intérêts intellectuels.

 

 

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