Brandolini et le Monde ?
Charles Pujos, sur LinkeIn*
« Ce post révèle juste mon agacement... », écrit M. Charles Pujos. C'est un agacement que je partage. J'ajoute que je n'ai toujours pas vu de vraie définition de l'agroécologie.
Les commentaires sur LinkedIn valent le détour.
Brandolini et le Monde ?
Les manipulateurs utilisent tous la loi de Brandolini : il faut plus de 10 vérités pour contrarier 1 seul mensonge ! Mais aurait-elle été adoptée aussi par des relais d’influence plus sérieux ?
Ainsi, deux papiers du Monde (Sara Fernandez, Philippe Pointereau), et des opinions émanant de porte-voix célèbres de l’écologie (Gaspard Koenig, Marc-André Selosse), ont-ils l’air de douter ces jours-ci de l’intérêt de l’irrigation. Certes, la critique du progrès remonte à la nuit des temps et les inconvénients de son mauvais caractère (illimité ou parfois même insensé, addictif, destructif) sont aussi avérés que ses avantages, nombreux également. Mais je pensais naïvement que l’irrigation, technologie ayant fait anciennement ses preuves, et le succès de grandes civilisations, était quand même moins inquiétante que la bombe atomique ou l’IA…
Mais non, car elle est parée désormais d’un vice tragique, celui d’être « une maladaptation au changement climatique » ! Rien que ça, alors que l’inverse (une adaptation inéluctable, liée à la hausse des températures desséchantes et à des pluies plus irrégulières que jamais) paraît pourtant plus intuitif.
Que faire à la place alors ? De l’agroécologie pardi, celle-ci n’étant pas un mot mal défini et mis à toutes les sauces mais un couteau suisse providentiel qui permet de se passer d’à peu près tout, y compris d’eau… Plantez des haies et couvrez vos sols (ce qui réduit l’évaporation et les maintient au frais, j’en conviens), et le tour est joué !
Le problème de cette belle histoire est juste qu’elle est fausse : comment par exemple protéger notre SAU (environ la moitié de la France !) avec des résidus de coupes forestières, des pailles céréalières et des déchets verts, à supposer que ceux-ci ne soient pas achetés à meilleur prix pour nourrir des méthaniseurs ?
La limite sauterait pourtant vite aux yeux si chacun s’y mettait, avec des matières organiques déplacées d’ailleurs et dont l’utilité potentielle sur leur lieu d’origine serait donc perdue (autre loi, celle de Lavoisier : rien ne se crée, tout se transporte et se transforme !). C’est bêtement une question d’échelle : ce qui marche pour un jardin familial ou une petite exploitation, n’est pas généralisable, faute des ressources disponibles et des quantités nécessaires. Quant aux haies et aux couverts permanents, incontestablement favorables à la biodiversité et à la préservation des sols, leur « effet réservoir » procure en revanche des bénéfices marginaux en eau, celle-ci étant indispensable à cette végétation additionnelle et n’étant alors plus guère disponible pour les cultures principales. Imparable là encore !
Ceux qui ont passé l’été en montagne ont vu la couleur paillasson des alpages, c’est-à-dire de milieux semi-naturels et peu suspects de pratiques intensives. Leur cas (parmi bien d’autres) dévoile une insuffisance de l’agroécologie, faux remède au dérèglement climatique quoi qu’en disent les anti-arrosage brandoliniens !
° o 0 o °
Ceci n’est pas un post défendant inconditionnellement l’irrigation. Optimiser l’eau est nécessaire et les terres agricoles irriguées (7 % de notre SAU, bien moins que les pays vers lesquels tend notre climat) ne risquent pas avant longtemps de voir leur étendue exploser…
En attendant, pour grosso modo 90 % des terres, il faut des itinéraires d’adaptation au CC fondés sur d’autres solutions, moins performantes que l’irrigation mais seules disponibles à un coût raisonnable. Et cette perspective sera un facteur d’inégalités entre ceux disposant d’un accès sécurisé à l’eau et une majorité d’autres, moins chanceux.
Ce post révèle juste mon agacement devant un discours anti-irrigation dont la dimension idéologique est devenue telle qu’à l’occasion de dossiers hautement conflictuels (Sivens, Caussade et Sainte-Soline) s’est tenu un concours d’arguments bidons de disqualification : retenues incapables de se remplir ou se vidant par évaporation avant usage, eaux empoisonnées par les cyanobactéries, accaparement de la ressource, etc.
Des arguments révélateurs, soit d’ignorance (beaucoup d’avis de pseudo-experts ne connaissant rien et n’étant pas venus sur place), soit d’une volonté de polluer le débat par de la désinformation pure.
_______________
* Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts
Source : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7502077843367985152/
/image%2F1635744%2F20150606%2Fob_b8319b_2015-06-06-les-champs-de-l-au-dela-tom.jpg)